Critique de film

L'histoire

En échange d’armes et de tissus, Jefferson Cody (Randolph Scott) obtient la libération par les Comanches de Nancy Lowe (Nancy Gates), autrefois faite prisonnière lors de l’attaque d’un convoi. En cours de route, ils rencontrent un groupe de trois hommes qui souhaitent eux aussi ramener la femme à son mari, ce dernier ayant promis une alléchante récompense de 5 000 dollars pour la lui rendre morte ou vivante. Au sein de cette association de fortune, les tensions augmentent alors qu'ils approchent de leur but, d'autant plus qu'un groupe d'Indiens est à leurs trousses...

Analyse et critique

1960, le plus ascétique, sorte de continuité du précédent encore plus épuré et hiératique. En échange d’armes et de tissus, Jefferson Cody obtient la libération par les Comanches de Nancy Lowe, autrefois fait prisonnière lors de l’attaque d’un convoi. En cours de route, ils rencontrent un groupe de trois hommes qui souhaitent eux aussi ramener la femme à son mari, ce dernier ayant promis une alléchante récompense de 5 000 dollars pour la lui rendre morte ou vive. Au sein de cette association de fortune, les tensions augmentent alors qu'ils approchent de leur but d'autant plus qu'un groupe d'Indiens est à leurs trousses… Rien qu'à la lecture de ces quelques lignes, on peut remarquer de fortes similitudes entre l'intrigue de Comanche Station et celle de Ride Lonesome. Dans ces deux westerns jumeaux, on y trouve un petit groupe de personnes disparates réunis pour la circonstance qui doit en reconduire une autre à un endroit précis tout en étant poursuivi par un autre groupe, ici des hors-la-loi, là une tribu indienne. Encore un splendide scénario de Burt Kennedy (qui affirme que le cinéaste s’y est énormément impliqué aussi), qui opère des variations sur des thèmes similaires d'un film à l'autre, la différence principale étant que le final poignant de ce film se révèle bien plus pessimiste que celui du précédent ; Jefferson Cody, comme Ben Brigade, se retrouve seul mais alors que Ben a enfin pu évacuer ses démons et regagner sa sérénité, Jefferson, mû par son idée fixe et illusoire, doit partir de nouveau pour cette quête inaccessible à la recherche de sa femme après qu’il ait compris qu’il ne pourrait pas remplacer cette dernière, probablement morte, par celle qu’il vient de "rendre" à son mari. Quant à ses "compagnons" de voyages, ils auront tous été tués avant la fin du périple alors que dans Ride Lonesome ils se dirigent tous vers une vie enfin paisible. Hormis l’impassible Jefferson Cody, homme de l’Ouest fatigué, s’accrochant à ses rêves sans trop y croire, interprété par Randolph Scott (le visage de plus en plus sévère et buriné) avec toujours autant de classe et de charisme, les autres parlent énormément de leurs regrets et espoirs ; ils nous deviennent ainsi rapidement très familiers et attachants, y compris celui interprété par Claude Akins qui n’a pourtant pas vraiment le beau rôle. Les trois bandits possèdent certaines valeurs morales et pensent qu’avec la prime, ils pourront repartir de zéro tout en étant conscients qu’il n’est pas facile de survivre à cette époque dominée par la violence ; ils en feront les frais !

Malgré ces longues plages de dialogue et la très courte durée du film, le cinéaste a le temps de nous concocter quelques splendides scènes d'action et de se laisser aller (peut-être un peu trop cette fois) à filmer de longues minutes de chevauchées à travers des paysages spectaculaires. Encore plus épuré que tous ses autres films, quasiment ascétique de par sa volonté à faire table rase de tout pittoresque, Comanche Station est moins immédiatement jouissif que le précédent mais son final poignant d’une profonde humanité (le regard de Randolph Scott est aussi émouvant que celui de Robert Forster à la fin de Jackie Brown) fait vite oublier que l'on a failli s'ennuyer quelques secondes. Nous ne l'aurions pas pu, d’ailleurs, devant une mise en scène aussi rigoureuse et limpide, une partition aussi bouleversante de Mischa Bakaleinikoff et des paysages austères aussi bien utilisés (on y retrouve l’arbre aux pendus du film précédent, mais cette fois au milieu d’une étendue d’eau). Et Boetticher de conclure sur un travelling latéral de presque une minute sur Randolph Scott à cheval en contre-jour au fond d'un immense plan d'ensemble, qui disparait lentement pour la dernière fois d'un des somptueux westerns de Budd Boetticher. L'acteur ne remontera en selle que pour le sublime et crépusculaire Ride the High Country de Sam Peckinpah avant de mettre fin à sa discrète, très belle et prolifique carrière. Avant son baroud d’honneur à la fin de son dernier film, il nous aura déjà montré dans Comanche Station la rectitude morale de son personnage exemplaire, véritable archétype du cow-boy hollywoodien mythique. Alors qu’il discute en pleine nuit avec la femme qu’il a délivrée des Indiens, elle lui demande : « If you had a woman taken by the Comanche and you got her back... how would you feel knowing ? » Jefferson répond : « If I loved her, it wouldn't matter. » « Wouldn't it ? » rétorque-t-elle. Sur quoi il termine plus affirmatif et convaincu que jamais « No ma'am, it wouldn't matter at all ! »

Comanche Station

(Comanche Station)

Générique

Année : 1960

Pays : États-Unis

Genre : Western

Réalisé par : Budd Boetticher

Avec : Randolph Scott, Nancy Gates, Claude Akins, Skip Homeier, Richard Rust, Rand Brooks, Dyke Johnson

Montage : Edwin H. Bryant

Photographie : Charles Lawton Jr.

Scénario : Burt Kennedy

Décorateur de plateau : Frank Tuttle

Direction artistique : Carl Anderson

Studios de production : Columbia Pictures Corporation, Ranown Pictures Corp.

Technique

Durée : 74 min

Format d'image : 2.35:1

Couleur : Couleur

Dvd & Blu-ray

Avis de la rédac

  • Erick Maurel 9/10

  • Julien Léonard 10/10

  • Olivier Bitoun 9/10

  • Ronny Chester 10/10

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