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Critique de film
Le film

Comanche

Partenariat

L'histoire

1875. Un groupe de Comanches commandé par Black Cloud (Henry Brandon) attaque et détruit un village mexicain, prenant en otages quelques femmes dont la jeune Margarita Alvarez (Linda Cristal). Les Indiens échappent aux troupes mexicaines en allant se réfugier aux USA, de l’autre côté du Rio Grande. S’ils commettent de tels actes, c’est surtout pour se venger du commerce juteux que rapporte le trafic de scalps. Or Quanah Parker (Kent Smith), le chef de la tribu Comanche des Antelopes, souhaite faire cesser ces représailles, préférant mettre un terme aux agissements des chasseurs de scalps par un décret pris en commun avec les Américains. Il empêche ainsi Black Cloud de tuer un "scalphunter", Art Downey, afin de faire comprendre aux soldats les plus proches qu’il désirerait entrer en pourparlers avec eux. De son côté, l’éclaireur Jim Read (Dana Andrews) a les mêmes idées pacifiques ; il demande à Downey de quitter le territoire et prend en grippe John Ward, le délégué aux Affaires indiennes, qui préfère aller se battre pour mettre un terme aux raids que de parlementer. Avant de s’engager dans tout gestet inconsidéré, il obtient l’autorisation d’aller essayer de persuader Quanah de faire la paix en échange de la promesse que les Mexicains et les Américains cesseront le trafic des scalps. Le voilà parti avec pour seul compagnon de voyage un trappeur, Puffer (Nestor Paiva). Quand Ward apprend de la bouche de Downey que Quanah et Jim sont en fait cousins par leur mère, n’ayant plus aucune confiance dans les paroles de l’éclaireur, il décide de ne pas attendre le retour de ce dernier et d’envoyer des troupes se battre contre les Comanches; malgré les réticences du Général Miles qui doit cependant obéir aux ordres de l’envoyé du Président Grant...

Analyse et critique

George Sherman a réalisé une dizaine de très bons westerns et parmi ceux-ci, son chef-d’œuvre, Tomahawk, un western pro-Indien d’une rare puissance d’évocation à propos des massacres perpétrés envers les "Natives". Même si après The Battle of Apache Pass (Au mépris des lois) en 1952, le cinéaste ne nous a plus donné d’autres titres aussi réussis dans le genre, et surtout pas sa ridicule hagiographie de Crazy Horse (Le Grand chef), on pouvait néanmoins fonder un semblant d’espoir sur ce western à gros budget produit par la United Artists. Car le studio n’avait pas lésiné sur la figuration, le film étant tourné en Cinémascope et en extérieurs naturels dans la région de Durango au Nouveau-Mexique. George Sherman faisait à cette occasion une infidélité à la Universal, mais malheureusement cela n’a pas réussi à le remettre sur les rails car à mon humble avis, il s’avère encore plus mauvais que tous ses ratages précédents. Comanche est un western sans quasiment d’autre intérêt que de nous présenter l’un des chefs indiens les plus curieux qui aient jamais existé, Quanah Parker.

A l’instar du portrait de Cochise dans La Flèche brisée (Broken Arrow), nous avons donc l’occasion au travers de ce western de faire la connaissance d’un des plus éminents chefs du peuple Comanche, Quanah Parker, un Indien Kwahadi dont la mère, Cynthia Ann Parker, était une femme blanche enlevée en 1836 à l’âge de neuf ans par la tribu lors du massacre de Fort Parker. D’ailleurs, comme dans le film de Delmer Daves, l’histoire est avant tout celle d’un éclaireur allant essayer de faire aboutir des négociations pacifiques entre Blancs et Indiens - ici entre Mexicains, Américains et Comanches. L’animosité du peuple indien envers les Mexicains remonte à assez loin, puisque au début du 18ème siècle les Espagnols firent des Comanches leurs esclaves, les utilisant pour travailler dans les mines d’argent se trouvant sur les propres territoires de ces derniers. A un moment donné, les Indiens se rebellèrent et perpétrèrent des massacres. Depuis ce jour, les Espagnols offrirent des primes à qui rapporteraient des scalps d’Indiens, femmes et enfants compris. Une fois le Mexique ayant obtenu son indépendance, le gouvernement mis fin à cette pratique mais les chasseurs de scalps ne voulurent jamais mettre fin à un business aussi rentable qui perdura néanmoins. Dans le film de George Sherman, on évoque ainsi tous ces sujets historiquement vraiment très peu abordés au cinéma ; on trouvait donc pas mal d’éléments intéressants et assez nouveaux à la base avec également, faisant office de "bad guys", des chasseurs de scalps, des personnages encore jamais croisés jusqu'ici. Mais quand on est producteur, on ne s’improvise pas scénariste du jour au lendemain ; ce fut le cas sur ce film, Carl Krueger s'étant attribué les deux rôles. Scénariste est un métier, ce que Carl Krueger ne semblait pas avoir pris en compte !

Et tout logiquement, le résultat au niveau de l’écriture est tout simplement catastrophique : aucune intensité ni progression dramatique, aucun rythme, aucun personnage intéressant mais une succession de séquences aussi bavardes et ennuyeuses les unes que les autres. Quant aux passages mouvementées, ils ont beau bénéficier d’une importante figuration (rarement avions-nous eu l’occasion de voir réunis autant de guerriers indiens au sein d’un même plan), George Sherman semble s’en être totalement désintéressé. Hormis le fait de mettre en valeur les paysages qu’il avait à sa disposition, excepté le soin apporté à son cadre, le cinéaste parait avoir abdiqué toute tentative de sauver les meubles au vu de l'indigence du scénario, du ridicule des dialogues ainsi que de l’exécrable interprétation d’ensemble. Sont-ce d’ailleurs les comédiens qui étaient mauvais ou bien le cinéaste qui n’a pas trouvé indispensable de les diriger ? Reste que Dana Andrews a rarement été aussi terne, que Kent Smith n’est pas une seule seconde crédible dans le costume du grand chef indien, que Linda Cristal se révèle une piètre actrice pour son premier rôle dans un film hollywoodien, et que Nestor Paiva fait un peu pitié dans sa tentative d’être drôle comme pouvaient l’être ses ancêtres "old timers" westernien à l’écran, George Gabby Hayes, Arthur Hunnicut ou Walter Brennan.

Dommage qu'avec aussi Chief Crazy Horse on obtient deux aussi somptueux livres d'images gâchés par des histoires écrites avec autant d'incompétence. Et quelle drôle d'idée d'avoir demandé à Herschel Burke Gilbert (déjà auteur de la musique assez pénible de The Naked Dawn - Le Bandit d'Egar G. Ulmer) de composer une chanson (A Man is as good as his word) que l'on croirait avoir été écrite pour une pure comédie ou un film d'aventures du style Davy Crockett produit par Disney (les deux films partagent d'ailleurs une même médiocrité)  ! Son utilisation récurrente est tout bonnement insupportable, finissant de rendre le film ridicule. Pour l'anecdote, Henry Brandon, qui interprète ici l'Indien renégat face à Quanah Parker, jouera ce dernier rôle dans Les Deux cavaliers (Two Rode Together) de John Ford, un western qui comptera également Linda Cristal au sein de son casting. Les Comanches, des femmes blanches captives de ces derniers, des Tuniques bleues parties à leur recherche, Henry Brandon en Indien... Nous retrouverons tout cela quelques semaines plus tard dans un film d'une toute autre envergure puisqu'il s'agira non moins que de l'un des westerns les plus célèbres de l'histoire du cinéma : La Prisonnière du désert (The Searchers). Ne nous appesantissons donc pas plus longtemps sur un film au scénario aussi mauvais que les cadrages peuvent s'avèrer splendides. A ce propos et pour ne pas finir sur une note négative, nous conseillons néanmoins la vision du film pour un seul plan : celui où sont réunis des centaines de figurants à Blanco Canyon, les guerriers de Quanah Parker s'étendant tout le long de la crête montagneuse qui surplombe la plaine où va se dérouler le dernier combat qui opposera les soldats aux renégats indiens. Il y avait déjà un plan similaire dans le précédent western de George Sherman, Le Trésor de Pancho Villa ; comme quoi le cinéaste a néanmoins laissé sa marque dans sa capacité à superbement filmer des étendues immenses.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 25 février 2013