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Critique de film
Le film

Collines brûlantes

(The Burning Hills)

Partenariat

L'histoire

Après que le fermier Johnny Jordan s'est fait lâchement assassiner d’une balle dans le dos, son frère Trace (Tab Hunter) se lance sur la trace des meurtriers. Après avoir fait sa propre enquête, il découvre que sur les lieux du crime se trouvaient au moins trois hommes : un boiteux, un fumeur de cigarillo et un dernier portant des éperons mexicains. Son ami Miguel pense savoir de qui il s’agit ; ils se rendent donc sans tarder dans la ville d’Esperanza sur laquelle Joe Sutton (Ray Teal), un gros rancher, règne en maître. Et pour cause, il est de notoriété publique que depuis longtemps Joe élimine sans scrupules tous les éleveurs et fermiers s’installant proches de ses terres. En arrivant dans cette petite cité sans shérif, Trace tombe sur des chevaux volés à son frère ; il est maintenant certain de l’identité des coupables et se rend directement chez Joe Sutton qui se révèle être le patron des tueurs. Trace menace Sutton d’aller prévenir l’armée si ce dernier ne livre pas ses hommes à la justice. Mais Trace blesse grièvement Joe après que celui-ci a tenté de le tuer. C’est désormais au tour du jeune homme d’être traqué. En effet, Jack Sutton (Skip Homeier), le fils de Joe, se lance à sa poursuite avec sa bande constituée d’une dizaine d’hommes. Trace compte bien se rendre dans la garnison la plus proche afin d’informer les autorités des agissements malveillants de Sutton. Mais, blessé à l’épaule lors de son "évasion", Trace s’écroule inconscient à l’entrée d’une mine abandonnée. Il y est découvert par la jeune Maria Colton (Natalie Wood) qui élève des moutons dans ce coin perdu avec l’aide de son frère et de son oncle. Son père fut autrefois tué par Joe Sutton ; une raison de plus pour assister Trace dans sa mission pour mettre fin au règne despotique de ce tyran local...

Analyse et critique

De la part de Stuart Heisler, il y eut tout d’abord dans le domaine du western le divertissant Le Grand Bill (Along Came Jones) avec Gary Cooper et Loretta Young, une des rares incursions réussies de la comédie parodique légère dans le genre. Puis, toujours avec Gary Cooper, ce fut Dallas, ville frontière (Dallas) ; à son propos, j’écrivais qu’à partir du moment où le sérieux prenait le pas sur l’humour (qui se volatilisait d'ailleurs sans crier gare), on commençait sérieusement à se désintéresser de l’histoire, des personnages et de ce qui pouvait leur arriver, d’autant plus que le réalisateur n’arrivait jamais à faire décoller ni à donner du souffle à sa mise en scène bien terne. A croire que dans le western, Stuart Heisler ne s’épanouissait que dans l’humour ; ce que cet "on ne peut plus sérieux" Collines brûlantes tendrait à nous confirmer, le film se montrant cette fois laborieux de bout en bout ! En revanche, le cinéaste avait entretemps signé un film noir très sombre et très réussi, Storm Warning, qui fustigeait les actes odieux du Ku Klux Klan, avec pour têtes d’affiches les très convaincants Ronald Reagan, Ginger Rogers et Doris Day. Les intentions de The Burning Hills ne sont plus du tout pamphlétaires (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément une tare surtout dans le genre qui nous concerne ici), les producteurs ayant surtout souhaité mettre en avant leurs jeunes recrues très récentes (Tab Hunter et Natalie Wood) et les auteurs ayant écrit une banale histoire de vengeance puis de chasse à l’homme avec, à la clé, une romance entre les deux "héros" positifs de l'intrigue. Rien de bien neuf donc dans tous cela si ce n’est l’âge des personnages principaux, plus proches de l’adolescence que de l’âge adulte !

"… Le film trouvant son originalité dans l'extrême jeunesse des deux protagonistes" écrivait d’ailleurs Jacques Lourcelles dans son dictionnaire du cinéma ; on aura beau chercher, il n'y a rien d’autre à trouver de "non conformiste" dans ce western. Ce ne serait pas bien grave si par ailleurs le film s’avérait divertissant ; ce qui n’est pas le cas à mon humble avis, m'en étant très vite désintéressé, l'ennui étant apparu très rapidement. Cependant, il faut savoir que ce western compte néanmoins de nombreux admirateurs. En 1956, la Warner misa donc assez gros sur le potentiel financier qui pourrait résulter de films réunissant deux de leurs poulains les plus frais, Tab Hunter et Natalie Wood, qu’ils firent non seulement tourner dans le western de Stuart Heisler mais également dans une comédie dramatique de David Butler, The Girl He Left Behind. Malheureusement pour le studio, aucun des deux films ne fit recette. Il faut dire que si Natalie Wood (alors âgée de 18 ans) avait fait forte impression juste auparavant dans les célèbres La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause) de Nicholas Ray et La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford, elle en fait ici des tonnes, affublée par-dessus le marché d’un accent mexicain à couper au couteau. Quant à Tab Hunter, s’il s’était révélé assez bon comédien dans l’étrange Track of the Cat de William Wellman, il manque singulièrement de charisme dans un rôle qui aurait nécessité un acteur plus chevronné ou tout du moins plus fougueux. L’une qui en fait trop, l’autre pas assez, résultat : aucune alchimie ne s’opère au sein du couple et l'on obtient au final une romance très peu convaincante et qui ne fait guère d’étincelles. Alors quand Bertrand Tavernier parle de « splendide ballade romantique », je reste un peu perplexe. J’aurais évidemment aimé que ce western retrouvât le ton par exemple des Amants de la nuit (They Live By Night) de Nicholas Ray ; j’aurais souhaité ressentir ce flamboyant romantisme annoncé. Hélas non, le scénariste, les comédiens et le réalisateur ne font rien pour.

Car on ne peut pas dire que la mise en scène de Stuart Heisler brille par son ingéniosité ou par son souffle ni que le scénario irradie d’originalité ou de finesse. A l’image de l’insupportable musique de David Buttolph qui nous casse les tympans à tout surligner avec ses gros sabots encore plus qu’à l’accoutumée (écoutez par exemple la cacophonie composée pour la scène du combat à poings nus dans la grange qui se termine par un mort "au crochet"), le plus gros défaut de Collines brûlantes est qu’il manque singulièrement de subtilité : les personnages sont non seulement sans épaisseur mais également caricaturaux au possible, que ce soit les bad guys ou les "gentils" (avec une mention toute particulière à la famille mexicaine de Natalie Wood, son frère presque abruti et son oncle fainéant de naissance), alors que le scénario regorge de clichés et d’invraisemblances assez risibles. Le personnage joué par Tab Hunter se transforme en Sherlock Holmes du Far West dès sa première apparition (en à peine une minute, il devine non seulement qu’il y eut trois hommes présents sur les lieux du crime mais découvre aussi leurs signes particuliers respectifs ; dès son arrivée en ville, il discerne immédiatement les marques trafiquées sur les chevaux) avant de prendre la défroque de McGyver pour brouiller les pistes afin que ses poursuivants perdent sa trace. Entretemps, il se sera caché une bonne partie du film au sein d’une mine abandonnée en carton-pâte lors de séquences mises en scène par le producteur Richard Whorf, guère plus inspiré que son réalisateur. L’intrigue mélangeant aventure (parfois "serialesque" avec entre autres l’évasion totalement improbable de la mine), romance, histoire de vengeance puis de chasse à l’homme inversée (le traqueur devenant traqué) aurait pu donner un honnête divertissement car il partait aussi sur de bonnes bases avec cette entrée en matière assez sèche qui nous fait assister à un meurtre de sang-froid ; mais le scénario d’Irving Wallace manque totalement d’originalité. C’était déjà le cas de son travail sur Gun Fury (Bataille sans merci) mais le métier de Raoul Walsh arrivait dans les grandes largeurs à transformer "le plomb en or". Stuart Heisler est malheureusement loin de posséder son talent.

Heisler et son monteur ne semblent en effet pas avoir été vraiment enthousiastes, témoins les scènes d’action s’éternisant plus qu'elles ne devraient au point qu'on ait hâte qu'elles se terminent ; c’est le cas notamment et surtout des quelques bagarres à poings nus parsemant le film, dont la dernière (en surplomb d'une rivière tortueuse et fougueuse) ressemble beaucoup à la scène finale de The Naked Spur (L'Appât) d’Anthony Mann mais sans jamais lui arriver à la cheville. C’est aussi le cas de la bataille contre les Indiens qui s’avère calamiteuse, les cascadeurs n’étant pas non plus au plus fort de leur forme. Alors que sauver de ce western manquant singulièrement de souffle, de vie, de relief et de tension ? Quelques beaux paysages ainsi que les bad guys qui, quoique aussi caricaturaux et peu consistants que les héros, sont interprétés par des comédiens qui semblent avoir pris un plaisir fou à être aussi méchants que possible : outre Earl Holliman, c’est surtout Skip Homeier (rappelez-vous, celui qui tue Johnny Ringo dans le superbe La Cible humaine de Henry King) qui vole la vedette à ses partenaires dans le rôle du fils du despote, un dangereux psychopathe qui n’hésite pas à tuer de sang-froid, de tirer dans le dos de quiconque ne lui convient pas, y compris ses propres hommes : c’est l’assez bon Claude Rains qui en fera d'ailleurs les frais. Quant à Eduard Franz, on lui a attribué un rôle assez intéressant, celui d’un éclaireur indien dont on ne connaitra les motivations qu’à la fin ; il est malheureusement aussi moyennement écrit que les autres personnages. Collines brûlantes avait un bon potentiel de départ mais il se révèle un western qui ne tient pas ses promesses, fade et sans la délicatesse ni le lyrisme tant attendus compte tenu de l’histoire.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 28 mars 2014