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Critique de film
Le film

Cinq fusils à l'Ouest

(Five Guns west)

Partenariat

L'histoire

La guerre civile touche à sa fin ; les Sudistes sont aux abois. Ne disposant plus que d’un nombre d’hommes restreint et ne voulant pas encore en perdre trop, l’armée confédérée fait parfois appel à des prisonniers auxquels elle demande d’effectuer des missions délicates et dangereuses en échange de leur grâce. C’est ainsi qu’on offre la chance à cinq condamnés à mort ou à perpétuité - l’old-timer J.C. Haggard (Paul Birch), le joueur Hale Clinton (Mike Connors), les frères Candy, tueurs psychopathes, John (Bob Campbell) et William (Jonathan Haze), l’assassin désigné comme chef de groupe, Govem Sturgess (John Lund) - d’être amnistiés à condition qu’ils ramènent mort ou vif un traître à la cause sur le point de donner au camp adverse non seulement une liste contenant les noms d’espions sudistes infiltrés mais aussi 30 000 dollars en or. Cette dernière information n’est pas tombée dans l’oreille d'un sourd ; les cinq hors-la-loi acceptent le travail avec déjà en tête l’idée de s’enfuir avec cette manne financière qui leur tombe du ciel. Ils devront d’abord traverser l’hostile territoire Comanche afin de se rendre dans le Kansas, plus précisément dans une ville abandonnée, Dawn Springs, où seule reste active une station de diligence à laquelle doit s’arrêter l’escorte nordiste conduisant Stephen Jethro, l’homme à appréhender. Arrivés à destination presque sans encombres, les cinq hommes apprennent par Shalee (Dorothy Malone), la tenancière du relais (simplement accompagnée par son oncle alcoolique), qu’ils devront patienter quelques jours avant l’arrivée de la diligence. Il ne va pas être facile pour le chef de groupe de maintenir ses hommes au calme en raison de la tension qui monte suite à l’impatience croissante, des alliances traîtresses qui se créent et surtout de la présence féminine qui réveille en eux quelques primitifs instincts...

Analyse et critique

La première relative bonne surprise de ce mois d’avril 1955 riche en sorties westerniennes provient du western au plus petit budget, celui d’une série Z d’ailleurs, à peine plus de 60 000 dollars ! Il s’agit du premier film réalisé par Roger Corman, qui sera l'un des cinéastes les plus prolifiques de Hollywood dans les années qui suivront, auteur d’une cinquantaine de films en tant que réalisateur et près de 400 avec la casquette de producteur. Il sera surtout un formidable "chasseur de têtes" puisqu’il dénichera non moins que Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Ron Howard, Joe Dante, Peter Bogdanovich ou Jonathan Demme ; Corman contribuera à les lancer tous plus ou moins dans le métier. Alors qu’il distribua également aux USA des réalisateurs de renom (Fellini, Bergman, Truffaut...), dès qu’il se retrouvait derrière la caméra sa conception du cinéma était à l’opposé de celle de ces grands noms, entièrement tournée vers le pur divertissement avec comme paramètres, entre autres, un budget très faible, une grande liberté dans l’écriture et une durée de tournage limitée au maximum (rarement plus d’une semaine, neuf jours néanmoins pour son premier western). Filmés dans ces conditions, parmi ses films les plus connus, on pourra citer La Petite boutique des horreurs, comédie horrifique, Mitraillette Kelly, film de gangsters avec Charles Bronson, ou encore, dans le domaine du film de guerre, L’Invasion secrète avec Mickey Rooney. Mais c'est surtout son cycle Edgar Allan Poe qui contribua à sa réputation. S’entourant d’une équipe qui lui restera fidèle, soignant plus qu’à l’habitude ses mises en scène, il en résultera toute une série de films plastiquement assez recherchés : La Chute de la Maison Usher, Le Masque de la mort rouge, La Chambre des tortures ou Le Corbeau. Mais revenons-en à son premier film.

Un commando constitué de brutes, de tueurs, d’indésirables et de hors-la-loi, recrutés par l’armée pour effectuer une mission dangereuse, ce sera à nouveau le thème principal de L’Invasion secrète (The Secret Invasion), un très bon film de guerre réalisé en 1963 à nouveau par Roger Corman avec Raf Vallone, Mickey Rooney et Stewart Granger ; l'idée sera ensuite reprise dans ce qui demeurera le modèle du genre, le célèbre Dirty Dozen (Les Douze salopards) de Robert Aldrich en 1967. Mais, pour en revenir à ce western fauché qui innovait en quelque sorte avec ce thème, Roger Corman, pour son premier film, prouvait (après Lesley Selander et quelques autres) qu’avec l’aide d’un scénario plutôt bien construit, de personnages fortement caractérisés et de dialogues efficaces et cinglants, on pouvait maintenir l’attention du spectateur 75 minutes durant sans avoir recours à trop d’action et malgré un certain bâclage technique (des faux raccords en pagaille, des micros dans le champ, des éclairages studio réglés à la va-vite, des ombres intempestives...) Avec des bouts de ficelles, Corman parvient ainsi à un résultat somme toute plaisant, ce qui n’était pas le cas des quelques westerns disposant de moyens bien plus conséquents et sortis sur les écrans américains la même semaine, à commencer par le film de prestige de Mervyn LeRoy à la Warner, Une étrangère dans la ville (Strange Lady in Town). Comme le casting de Cinq fusils à l’Ouest était constitué d’au moins deux comédiens assez "connus" à l’époque (Dorothy Malone et John Lund), les moyens financiers qui restaient pour les autres secteurs du film devaient être plus que limités. On s’en rend compte surtout au travers des séquences de bagarres pour lesquelles la production n’a probablement pas dû pouvoir payer de cascadeurs, ce qui rend, il faut bien l’avouer, ces moments assez risibles. En y regardant de plus près et sans que cela nous ait gêné, on constate aussi que le film, au vu de son budget, n'est presque quasiment constitué que de scènes dialoguées. Mais comme nous le précisions ci-dessus, le scénario étant très bien écrit et bénéficiant de dialogues d’une grande efficacité, l'ennui ne pointe jamais ; même si par moments on ressent une petite lassitude, l'ensemble piétinant et tournant un peu en rond à partir de la mi-film.

Mais dans l’ensemble, le visionnage fut constamment agréable d’autant que Roger Corman a su s’entourer de comédiens qui se sont tous pris au jeu et révélés plutôt bons, à commencer par John Lund qui nous avait habitué jusqu’ici à jouer les sympathiques médiateurs entre Blancs et Indiens dans les westerns de George Sherman et se montre tout à fait convaincant dans la peau de son personnage qui nous réserve une surprise de dernière minute. Paul Birch n’est pas en reste dans la peau de l'attachant old-timer et nous découvrons ici dans le rôle du joueur sans morale le futur interprète de Mannix, Mike Connors. Les deux frères psychopathes sont incarnés par Jonathan Haze et R. Wright Campbell, ils s’en sortent aussi relativement bien d’autant que le second n’était pas acteur mais scénariste (notamment sur ce film). S’étant plaint à Corman de son salaire pour son travail d’écriture (200 dollars !), il put en contrepartie s’amuser en s’essayant au métier d’acteur. Le seul personnage féminin échoit à Dorothy Malone. Alors qu'elle figurait déjà au générique d’une dizaine de westerns sans trop s'être fait remarquer, on ne peut pas dire que ce soit encore dans celui-ci qu’elle fasse montre d’un grand talent mais sa prestation se révèle néanmoins correcte. Grâce à ce casting plutôt homogène, au scénario bien construit et à un bon sens de la répartie, Cinq fusils à l’Ouest n’est pas le "nanar" qu’il aurait facilement pu être, ce que nous faisait redouter le générique un peu ringard montrant cinq bras armés pointés vers le spectateur pendant toute sa durée.

Five Guns West bénéficie d’ailleurs aussi d'extérieurs photogéniques, d’une photographie automnale de Floyd Crosby assez agréable en Pathécolor (un procédé qui ressemble un peu au Cinecolor, mettant en avant les bruns, mais un peu plus nuancé) et d’une musique pas déplaisante de Buddy Bregman. Satisfait du travail du scénariste, du compositeur et du chef-opérateur, Roger Corman fera de nouveau appel à eux par la suite ; ils formeront ainsi une sorte de famille cinématographique. Le cinéaste utilise également assez bien le peu de décors construits qu’il a eu à sa disposition, notamment le relais de diligence et ses alentours où se déroulera la majeure partie de la deuxième moitié du film. L’idée de l’attaque finale des héros cloitrés dans la station par un bad guy, celui-ci s’étant faufilé sous le plancher pour tirer sur les assiégés par-dessous, est très bien vue et permet de maintenir un suspense assez efficace, le tueur tirant en fonction des bruits de pas au-dessus de sa tête. Pour résumer, nous avons une stricte économie de moyens (peu de décors, d’action et de figurants) qui n'empêche pas la tension dramatique de s'installer - les conflits internes menacent à chaque instant de faire se désintégrer le groupe -, le maintien d'un suspense assez efficace, quelques ingénieuses idées scénaristiques et de mises en scène pour un divertissement au ton âpre et peu glamour - un peu à la manière de La Ville abandonnée (Yellow Sky) de Wellman sans pour autant, loin s'en faut, lui arriver à la cheville - tout à fait honorable même si immédiatement oublié une fois le film terminé. Five Guns West n'avait de toute manière aucune autre prétention que d’être une récréation pour le public du samedi soir. Mission plutôt réussie !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 janvier 2015