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Critique de film
Le film

Ce soir les jupons volent

Partenariat

L'histoire

Dans la maison du grand couturier parisien Pierre Roussel, à cause de leur séance de représentation prolongée la veille de Noël, des mannequins, notamment Marlène, Jeannette, Blanche, Catherine et Tania, vont voir leur nuit et leur vie sentimentale quelque peu bouleversées.

Analyse et critique


Avant-dernier film de Dimitri Kirsanoff, dont l’étrange carrière empêche toute approche systématique, Ce soir les jupons volent n’a de coquin que le titre. Quelques cuisses en collants, une paire de fesses en arrière-plan et six tétons : il faudra s’en contenter. En toile de fond, deux thèmes classiques du cinéma français : le milieu du mannequinat et les fêtes de Noël. Si Raoul André, en 1954, avait déjà exploré le monde de la haute-couture (Les Clandestines), c’était pour en faire un (plutôt) bon polar, grivois comme pas deux. Là, nous descendons d’un cran : nul sordide, nulles parties fines, nuls dialogues osés. Ce n’est pas le genre de Dimitri Kirsanoff. Du point de vue des célébrations de la Saint-Sylvestre, il est intéressant de constater qu’au même moment sort Paris, Palace Hôtel d’Henri Verneuil, autrement plus maîtrisé et obéissant au même canevas scénaristique. Preuve que la complexification des trames narratives est une préoccupation d’époque.


L’introduction du film rappelle Au Bonheur des dames, dans les versions de Julien Duvivier et d’André Cayatte : nous découvrons un grand magasin, son personnel, ses petits chefs... et ses défilés. Malheureusement, ces séquences sont polluées par les insupportables péripéties - elles seront nombreuses - de Jean Roussel, fils du grand couturier Pierre Roussel (impeccablement interprété par Jean Chevrier) : « Monsieur Jean » fait la cour aux demoiselles, « Monsieur Jean » badine, « Monsieur Jean » fait des blagues, « Monsieur Jean » est caché dans l’armoire... « Monsieur Jean » est ridicule ! Il est toujours difficile de rattraper un film qui commence de manière aussi mauvaise : l’adage se confirme. De longues scénettes montrent les mannequins se préparant à poser : incroyable capharnaüm, pépiements, gloussements. Le tout dans une mise en scène et un sens du dialogue qui ont tout du boulevard. Puis tout y passe : une Russe dépressive (« Pardon ! À force d’affronter le malheur, je l’ai fait venir ! Tue-moi ! »), un couple adultère superficiel... et même un Guy Bedos en risible macho ! Décidément, Ce soir les jupons volent repose sur des bases fragiles.



Du côté des points positifs, saluons la valeur de certains plans. Il y a une vraie recherche dans les tons, les costumes et la décoration. Quelquefois, la caméra se fait plus fluide, moins statique : la présentation de Tania et Natacha condense toutes ces qualités. Les scènes d’extérieur, malheureusement trop rares, ajoutent une touche d’authenticité à une œuvre de studio. Tout cela aurait gagné à être mieux exploité. Les scènes d’exposition, enfin, sont l’occasion de poser une situation familiale et/ou sentimentale. Le passage d’une situation à une autre se fait intelligemment, en se focalisant sur la nourriture, sur le mobilier ou sur un bon mot. Les histoires s’enchevêtrent, sans verser dans le film à sketches.


La dernière partie de Ce soir les jupons volent est mieux amenée. Sophie Desmarets, par exemple, se fait moins niaise, moins caricaturale. Brigitte Auber, qui a tourné pour Alfred Hitchcock (La Main au collet), verse dans le comique avec brio. Nadine Tallier, qui deviendra Baronne de Rotschild, est excellente dans son rôle d’aristocrate désœuvrée. On notera à ce propos l’excellente performance des deux "faux amoureux", qui, très flegmatiques, s’amusent de l’absurdité de leur situation (« Vous trouvez pas qu’on a l’air de deux cons ? »). Alors, bien sûr, on regrettera la conclusion abracadabrantesque où une tentative de suicide aboutit à une jolie "photo de famille" : un happy-end risible. Nous avons le droit d’être sceptiques. Ou d’apprécier un film aussi pénible.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 18 juillet 2017