Menu
Critique de film
Le film

Carnage

(The Burning)

L'histoire

Lors d'un camp de vacances, des adolescents décident de faire une blague à leur moniteur Cropsy, qu'ils détestent. Mais la farce tourne mal, et le moniteur est très sévèrement brûlé. Cinq ans plus tard, sa soif de vengeance est intacte. Il retourne sur les lieux du drame, où un nouveau camp de vacances a ouvert ses portes...

Analyse et critique


Au début des années 1980, le slasher est un (sous-)genre en vogue. Black Christmas (1974), tout d’abord, puis Halloween (1978), de John Carpenter. L’indépassable. La série des Vendredi 13 (1980), quant à elle, installe une formule qui marche : un petit budget, des acteurs débutants et ambitieux, un tueur masqué au look immédiatement reconnaissable, des meurtres choquants et une psychologisation simpliste. Peu à peu, le succès étant au rendez-vous, on en vient à mettre en place une multitude de franchises qui, comme c’est souvent le cas, iront à l’encontre de l’inventivité des origines. Bob et Harvey Weinstein, qui viennent de fonder Miramax, réunissent un peu plus d’un million de dollars et tablent sur cinq semaines de tournage (puis trois semaines de post-production) pour surfer sur la vague. Ils confient leur scénario à Tony Maylam, issu du documentaire, et s’entourent d’une brochette de futurs ténors du cinéma fantastique : Tom Savini, responsable des maquillages et des effets spéciaux, déjà excellents dans Zombie (1978) et Maniac (1980), Jack Sholder au montage, qui deviendra réalisateur à succès (Alone in the Dark en 1982, La Revanche de Freddy en 1985, Hidden en 1987...), et enfin Rick Wakeman, le claviériste de Yes ! Étonnant attelage, aussi génial qu’hétéroclite, capable du pire comme du meilleur.


Mais d’abord, qui est Crospy, cet inquiétant serial killer muni d’un sécateur ? Légende urbaine des années 1970 qui confond plusieurs tueurs d’enfants et d’adolescents de la région de Staten Island, il est devenu une sorte de croquemitaine d’outre-Atlantique. Le film revisite ses origines : des adolescents, durant un camp d’été, veulent jouer un tour au gardien du parc. La situation dégénère et l’ivrogne se retrouve brûlé à 90 %. Miraculeusement sauvé, mais défiguré, il n’a de cesse, dès sa sortie d’hôpital, de hanter les classes vertes. Pourtant, la première victime de Crospy est... une prostituée : alternant vue subjective et plans d’exposition, cette première scène, maîtrisée tant du point de vue du suspense que de la photographie, brouille les pistes. Car nous embarquons pour Camp Stonewater, ses lacs, ses forêts, ses adolescents dénudés... Et son excursion ! Car il faudra que les personnages s’isolent pour que Crospy sorte ses sécateurs. Comme d’habitude, il pourra compter sur la bêtise ambiante pour arriver à ses fins : les garçons sont soit des brutes, soit des fourbes, soit des blagueurs, soit des êtres torturés, et les filles sont soit des cruches, soit des donneuses de leçon. Psychologie du slasher...


Après un feu de camp qui aura peut-être inspiré les scénaristes de la série Fais-moi peur (1990), les premiers meurtres ont lieu. Ils sont particulièrement malsains, comme cette jeune femme qui se fait éventrer après avoir été harcelée par un tombeur trop sûr de lui. Comme d’habitude dans ce genre de films, la sexualité est passible de mort : ce sont toujours les vertueuses (et, plus rare, les vertueux) qui triomphent du Mal. Moralisme du slasher... Arrêtons-nous sur la scène la plus célèbre de Carnage : alors qu’ils pensent avoir mis la main sur un des canoës mystérieusement disparus, un des deux groupes de campeurs aborde la petite embarcation. Surgit alors, dans une contre-plongée saisissante, Crospy, sécateur levé, mi-démon, mi-antique, dieu de la mort, maniaque bondissant. Jack Sholder explique, dans les bonus du DVD, comment cette scène (et une autre du même esprit) fut difficile à monter. Car tout l’enjeu était d’arriver à faire monter la tension, avec pour unique accessoire, pour seul item, un canoë tout ce qu’il y a de plus commun. Jump scare d’anthologie et photographie exceptionnelle.


Plus maîtrisé que ses contemporains, mais moins audacieux, Carnage n’a malheureusement pas eu le succès qu’il méritait. La faute à un sous-genre victime de son succès. Pourtant, l’ensemble gagne à être redécouvert : des acteurs plutôt convaincants (disons : qui remplissent leur part du contrat), un montage et une bande sonore solides, un  goût du gore qui tient la route. Certes, ce n’est pas le « Grand Méchant » qui hantera nos nuits, malgré le parti pris de ne pas insister sur sa mythologie. Mais il en ressort une efficacité et une virtuosité qui le placent définitivement au panthéon des slashers.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 8 juin 2017