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Critique de film

L'histoire

Au plus fort de la lutte que se livrent Irlandais et Anglais au début du XIXème siècle, voici l’histoire de Michael Martin (Rock Hudson), ardent partisan de la lutte contre le gouvernement anglais qui, suite à un concours de circonstances, se voit sauvé des griffes des Dragons Rouges de Sa Majesté par un pasteur qui se révèle être en réalité l’un des plus fameux chefs des rebelles irlandais, John Doherty (Jeff Morrow) surnommé Captain Thunderbolt. Ce dernier tient en outre une maison de jeux dans la contrée de Dublin dont les revenus lui permettent de financer son mouvement de résistance. Il prend sous son aile le bouillonnant détrousseur, en fait même son second qu’il baptise Captain Lightfoot et le présente à Aga (Barbara Rush), sa capricieuse et jolie fille qui, de par son caractère impétueux et indiscipliné, va les mettre sans le vouloir dans l’embarras...

Analyse et critique


Au petit jeu du "qui aurait pu mettre en scène cette intrigue", les paris sont ouverts ! Eh bien non, ce n’est ni un film de Richard Thorpe, de Henry King, de Henry Hathaway ou de quelconque autre spécialiste du film d’aventure hollywoodien mais bien de Douglas Sirk, réalisateur surtout connu pour ses mélodrames "outrageusement colorés" par le chef opérateur Russell Metty. Ces derniers ne représentent pourtant que la partie immergée de l’iceberg cinématographique de ce réalisateur d’origine allemande dont la première partie de carrière se déroula dans son pays natal. Il ne faudrait pas oublier qu’à Hollywood, il a aussi œuvré dans à peu près tous les genres avec plus ou moins de bonheur, que ce soit le film noir, le péplum, le film de guerre, la comédie, le western et même, comme nous en avons la preuve sous les yeux, le film historique avec ce Capitaine Mystère tourné juste après son premier mélodrame marquant, Le Secret magnifique (Magnificent Obsession).


Captain Lightfoot est la quatrième collaboration entre le cinéaste et son acteur fétiche, Rock Hudson. Alors que les deux précédentes étaient au mieux sympathique (Has Anybody Seen My Gal ?), au pire totalement ratée (Taza, fils de Cochise), le film qui nous intéresse ici se révèle au contraire comme étant l'un des plus enthousiasmants fleurons du film d’aventure américain, possédant une légèreté, une vivacité et une ironie qui lui donnent un ton assez unique. Rock Hudson y dévoile pour la première fois un don de comédien qui lui faisait jusqu’ici un peu défaut, ses prestations précédentes souffrant d’être souvent trop ternes. Ici, il interprète une sorte de fringuant Robin des Bois, rustre, naïf et mal dégrossi qui, en devenant le second du chef des partisans irlandais et au contact de la haute société à laquelle ce dernier appartient, prend de l’assurance et acquiert un certain panache. Il faut l’avoir vu dans la séquence du duel au cours de laquelle il perturbe la concentration de son adversaire par son apparent détachement et son incroyable aplomb ; avec audace, il prend le temps d’allumer un cigare avant de commencer à compter les pas qui vont les conduire aux coups de feu.


Un personnage au parcours initiatique intéressant, très bien écrit par les scénaristes et dont Rock Hudson s’accommode à merveille, d’autant plus que l’humour et les scènes de comédie ne manquent pas. A ses côtés, la charmante et pétulante Barbara Rush que l’on dirait sortie tout droit d’une screwball comedy et un Jeff Morrow classieux et vraiment très convaincant. Les seconds rôles n’ont pas forcément un visage reconnaissable, et pour cause, ils ont été embauchés sur place et non dans les équipes habituelles des studios, ce qui renforce ce cachet inhabituel d’authenticité propre à cette fresque historique par ailleurs entièrement tournée en décors naturels sur les lieux mêmes de l’action.


Douglas Sirk trouve avec ce divertissement alerte, au ton décontracté et à l’esthétisme très soigné, une belle occasion de déployer son savoir-faire et nous fait montre d’une mise en scène constamment inspirée ; il semble prendre un malin plaisir à utiliser le Cinémascope et s’en sort avec un remarquable brio, qu'il s'agisse des scènes d’action ou celles plus intimistes ou romantiques, jouant avec talent sur la profondeur de champ, les cadrages, la mise en place des objets... La photographie d’Irving Glassberg possède une palette expressément moins flamboyante que celle de Russell Metty, mais elle convient parfaitement aux paysages et au climat irlandais ; elle s'avère constamment superbe et contraste aussi beaucoup avec les films de studio de l’époque.


Le scénario n'est pas spécialement trépidant et pourtant le film semble l'être grâce à la vitalité de la mise en scène. Captain Lightfoot se présente comme un délicieux panachage de comédie, d’action et de romance aux indéniables qualités plastiques, formellement très maîtrisé auquel on pourrait néanmoins reprocher deux choses : une histoire pas nécessairement passionnante mais également - et paradoxalement malgré cela - le fait qu’il n’ait pas duré plus longtemps ! Un film de Douglas Sirk injustement méconnu qui mérite que l'on s'y arrête !

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