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Critique de film
Le film

Buffy, tueuse de vampires

(Buffy the Vampire Slayer)

L'histoire

Pom-pom girl dans un lycée de Los Angeles, Buffy Summers ignore tout de sa véritable destinée... Jusqu’à ce qu’elle rencontre Merrick Jamison-Smythe. Il lui apprend qu’elle est une tueuse de vampires. Au terme d’une formation accélérée, elle affronte Lothos, le plus féroce des descendants de Dracula.

Analyse et critique


Lorsque Joss Whedon propose à la 20th Century Fox un scénario mettant en avant une adolescente tueuse de vampires, bien malin qui imagine que cela deviendra l'une des séries TV les plus populaires de tous les temps. Et même si le film n’a jamais été considéré (par les fans comme par Whedon) comme faisant partie intégrante de la mythologie Buffy, il n’a pu faire l’économie de dresser un bilan critique de ce premier essai. Et le constat est accablant : une héroïne plus bête que nécessaire, un ton comique inapproprié, des seconds couteaux sans charisme, une édulcoration des psychologies et des enjeux... Bien sûr, Buffy, tueuse de vampires a tout d’un film médiocre. Mais il n’est pas non plus l’affreux long métrage qu’on imagine. Passons donc en revue cet étrange échec.


Tout part pourtant sur de bonnes bases : une introduction efficace, avec voix off rocailleuse et contextualisation légendaire, forces en présence, permanence de la lutte (« la lutte séculaire entre le Bien et le Mal »), transition avec l’époque contemporaine, générique musical. Les codes du teen movie aussi sont là : opposition élèves / professeurs (et plus largement : monde adulte / monde adolescent), shopping pour les filles, sport pour les garçons, drague et blagues... Les codes du film fantastique (tendance vampires), enfin : la Lune, les attaques nocturnes, les morsures, les rêves prophétiques et la hiérarchie draculienne (le chef, les lieutenants et les seconds couteaux). On a donc affaire à du très classique. Mais ce qui devait tenir de valeur ajoutée va très vite tomber à l’eau. Donald Sutherland, qui joue le rôle du Maître, celui qui détecte la Tueuse à chaque génération, celui qui met tout en place pour que Lothos (le Mal) ne triomphe jamais... passe complètement à côté. Et dire qu’il a incarné Matthew Bennell dans L’Invasion des profanateurs (Philip Kaufman, 1978). Là, il expédie toutes ses scènes, meurt de manière absurde, disparaît de façon ridicule. On en vient même à oublier complètement sa performance une fois qu'il a disparu de l’écran.


Autre aspect du scénario qui aurait pu marquer les esprits : l’inversion des rapports homme / femme. Normalement, dans tout bon film d’action ou fantastique de cette époque, l’homme est fort et sauve la femme. Là, c’est l’inverse : Buffy s’éprend d’un loser, le sauve à de multiples reprises, et va même jusqu’à le plaquer au sol pour lui faire le coup du « nez contre nez, partie remise ». Seulement, et même s’il y met un peu plus de lui-même que Donald Sutherland, on ne peut pas dire que Luke Perry se distingue réellement. Pareil : normalement, les amies de Buffy auraient dû être drôles à voir, on aurait même pu trembler pour elles, prendre parti pour l’une ou pour l’autre, en détester une en particulier, etc. Là, c’est simple : elles sont toutes inutiles et absolument prévisibles. Parlons de Kristy Swanson, qui tient quand même le premier rôle. Elle est jolie. Voilà. Et parlons enfin de Rutger Hauer, qui incarne Lothos. Non, n’en parlons pas. Time to die.

Un Sutherland qui ressemble à un clochard, une Swanson qui est juste mignonne, un Perry superfétatoire... Mais qu’en est-il du récit et du montage, alors ? Disons que ça se laisse regarder : il y a l’annonce de la destinée, la longue phase d’acceptation, le sympathique (et plastique) entraînement physique, la première attaque de Lothos et puis la bataille finale. Le fait de naviguer constamment entre la comédie (qui nous arrachera tout au plus quelques petits sourires) et le fantastique (qui ne nous fera hélas jamais frissonner) n’est pas déplaisant, même si cela va à l’encontre de ce que souhaitait Joss Whedon (qui quittera très tôt le tournage). La musique, quant à elle, créée par Carter Burwell, ne sera pas reprise dans la série. Sa qualité, pourtant, est un des points forts du film : synthétiseurs en folie, hip-hop et hits rock. Tout ce qui fait le charme du début des années 1990 (et de la fin des années 1980).


Difficile d’imaginer que ce « mauvais film sympathique », ce nanar tout juste passable, deviendra une franchise télévisuelle de sept saisons, qui dérivera sur un spin-off de cinq saisons (Angel) et des comics à succès. Difficile d’imaginer aussi que cette série bouleversera les représentations de la femme en Occident, contribuant à un imaginaire féministe percutant. Un jalon dans la pop culture. Car si Buffy, tueuse de vampires est clairement regardable (on ne s’ennuie pas une minute), son score au box-office est mauvais. Normalement, ce sont les films à succès qui sont adaptés en série. Généralement mauvaises. Là, c’est l’exact contraire : un film plutôt mauvais, qui sera adapté en série à succès (et de bonne facture). D’ailleurs, la série Charmed surfera sur la vague fantastico-féminine de Buffy (l’impact sera moins important). Reste que le film de Fran Rubel Kuzui reste intéressant à découvrir, pour toute personne ayant été, de près ou de loin, marquée par la série TV de Joss Whedon.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 26 mars 2019