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Critique de film
Le film

Buffalo Bill

Partenariat

L'histoire

« En 1877, un jeune homme surgit de l’Ouest et du jour au lendemain son nom fut sur toutes les lèvres. Il n’avait pas découvert un continent ou gagné une guerre. Il n’était pas un grand général, un chef d’état ou un chercheur. Et pourtant, aujourd’hui encore, plus de 60 ans plus tard, sa légende est aussi vivante qu’au moment des faits. Son nom était William Frederick Cody. Mais aux yeux de tous, jeunes et vieux, riches et pauvres, il est connu sous le nom de Buffalo Bill. Ceci est son histoire. »

Analyse et critique

Nous savons donc dès le départ à quoi nous attendre, non pas à une biographie mais à une hagiographie de l’un des plus grands personnages de l’histoire du Far West. Pourquoi pas après tout ? Après que Hollywood a beaucoup misé sur les hors-la-loi, l’usine à rêves se tourne alors vers les héros "positifs" de l’Ouest. Il est étonnant que ce soit un baroudeur comme William Wellman qui s’y frotte, son univers semblant se situer à mille lieues de l’histoire de Cody. Et en effet, on apprend qu’il s’agissait d’un film de commande, un travail qu’il avait accepté de réaliser après qu’on lui a laissé le soin de tourner L’Etrange incident, western auquel il tenait énormément mais dont personne ne croyait financièrement parlant, une prévision qui s’est d’ailleurs révélée exacte.

Le réalisateur n’a jamais apprécié son Buffalo Bill, lui qui souhaitait faire de ce personnage légendaire un véritable imposteur ! Quand on voit le résultat, un trop plein de naïveté, de concepts rétrogrades - la civilisation n’est pas bonne puisqu’elle apporte la violence et l’injustice) et de bons sentiments balayant par leur nombre d’un revers de main toutes les bonnes idées un peu plus amères qui auraient pu s’avérer passionnantes (Cody désespéré par le massacre de ses amis indiens par la charge qu’il a lui-mêmecommandée ; Cody se trouvant obligé de faire le tireur d’élite de kermesse assis sur un cheval de bois…) et se terminant sur une séquence sirupeuse à souhait - on peut comprendre le désappointement de William Wellman. Au vu des désirs de ce dernier concernant Bill Cody, le premier scénariste Gene Fowler décide de stopper l’écriture, brûlant son travail en prétextant qu’il refusait de démystifier un tel héros. Comment le cinéaste aurait-il pu se sentir concerner par ce qu’il filmait alors qu’il avait une conception totalement opposée du personnage principal dont il narrait l’histoire ? On doit reconnaître au scénario final un certain courage dans sa prise de position en faveur de la race indienne (célébrant à plusieurs reprises sa grandeur avec une belle dignité), ainsi que contre la xénophobie de l’armée et des hommes politiques de l’époque ; mais autrement il s’avère bien médiocre malgré son immense potentiel de départ. Il s’agit plus d’une suite de vignettes sans liant ni cohésion que d’une histoire bien charpentée. Le film aurait été une chronique (comme Wellman le fera plus tard avec Across the Wide Missouri) que ce n’aurait pas eu de conséquences ; mais s’agissant de la biographie de Buffalo Bill, on reste sur notre faim d’autant que cette construction basique (Buffalo Bill chasse le bison ; Buffalo Bill se marie ; Buffalo Bill attend un enfant ; Buffalo Bill à la bataille de War Bonnet…) empêche toute progression dramatique et tout attachement à un quelconque personnage.

Car il faut bien le dire aussi, Joel McCrea, par ailleurs excellent comédien, n’était visiblement pas fait pour ce rôle. Peut-être que le cinéaste, pour garder une certaine mainmise sur son idée première, l’a poussé à le rendre aussi maladroit et sans saveur ; en tout cas, cela ne colle pas du tout avec le statut de héros pur et dur qu’on lui colle tout au long du film. L’acteur ne possède apparemment pas le charisme qu’il fallait pour interpréter un tel personnage ; James Ellison dans The Plainsman de Cecil B. DeMille était bien plus convainquant et sa prestance était toute autre. Il en va de même pour Thomas Mitchell, et surtout Edgar Buchanan qu’on a connu ces dernières années bien plus pétillant et drôle car il tient ici aussi un rôle assez pittoresque. Et puis avoir Maureen O’Hara et Linda Darnell sous la main sans leur demander d'en faire faire plus, c’est bien dommage. Ah pour sûr, elles sont photogéniques et magnifiquement mises en valeur mais on ne voit malheureusement pas assez la seconde ; quant à la première, on aurait voulu l’écriture de son personnage un peu plus étoffé.

Toutefois, elles sont de presque toutes les plus belles séquences de ce Buffalo Bill car on en trouve quand même quelques unes, le film, aussi décevant soit-il, étant quand même loin d’être mauvais. Au sein de la biographie "bigger than life" d’une légende, les scènes les plus marquantes sont presque celles qui n’ont que peu de rapport avec les faits historiques, ce qui semble démontrer le peu d’intérêt qu’eut William Wellman pour son sujet. Le cinéaste fait néanmoins preuve d’une réelle virtuosité et d’une belle vigueur dans sa mise en scène, les séquences d’action étant franchement mémorables, notamment celle de la bataille de War Bonnet plastiquement et rythmiquement prodigieuse. La superbe photographie en Technicolor de Leon Shamroy donne aussi beaucoup de prestige à ce film à gros budget.

Pourquoi alors avoir repris quelques plans de Sur la piste des Mohawks et de Western Union ? Pourquoi avoir inséré d’aussi vilaines transparences derrière les gros plans en extérieurs de Maureen O’Hara et Joel McCrea ? Pourquoi avoir accepté une musique aussi insipide que celle composée par David Buttolph ? Buffalo Bill devrait néanmoins plaire à un grand nombre, et notamment aux enfants dont ce pourrait être un film idéal pour leur faire découvrir le genre. Ceux qui auraient pensé trouver un semblant de réflexion sur les mythes, l’héroïsme et leur récupération par les journalistes et les hommes politiques doivent savoir qu’elle s’y trouve bien, mais à toute petite dose. Un somptueux livre d’images, cela ne fait aucun doute et ce n’est déjà pas négligeable ! Buffalo Bill, un bon film ? Je n’en suis pas vraiment convaincu.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 septembre 2010