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Critique de film
Le film

Brisby et le Secret de NIMH

(The Secret Of NIMH)

L'histoire

Mme Brisby est une souris des champs qui a des problèmes de logement : le tracteur du fermier menace sa maison. Sur le conseil de la chouette, elle va trouver les rats de Nimh et découvre leur secret : une cité souterraine où ils ont appris à lire, à travailler et à se servir de l'électricité...

Analyse et critique

Brisby et le Secret de NIMH est une date du cinéma d’animation qui marque l’émancipation de Don Bluth. Celui-ci est un véritable enfant de Disney dont la vocation naît à l’âge de six ans quand il découvre Blanche-Neige et les sept nains (1937). Tous ses efforts seront dès lors voués au dessin, et c’est tout naturellement qu’il se présente à dix-huit ans portfolio sous le bras aux studios Disney de Burbank. Il démarre sur un des derniers sommets artistiques du studio en étant intervalliste sur La Belle au bois dormant (1959). Il sera également assistant animateur sur Merlin l’enchanteur (1963) avant un hiatus qui le fera poursuivre des études de littérature anglaise et participer à une mission en Argentine de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Ce ne sont pas des éléments anodins tant dès Brisby et le Secret de NIMH on ressent une imagerie baignée de cette culture et de ce mysticisme. De retour chez Disney à partir de 1968, Don Bluth a la malheur de tomber sur une des périodes les moins inspirées du studio et ronge son frein en tant qu’animateur - sur Robin des bois (1973), Les Aventures de Bernard et Bianca (1977), Peter et Elliott le dragon (1977) ou encore Les Aventures de Winnie l'ourson (1977) - tout en côtoyant les « Neuf Sages » dont il admirait tant le travail. Cette ère d’incertitude artistique freine toute l’inventivité qui fit l’âge d’or de Disney, et les élans d’un Don Bluth prêt à passer à la mise en scène seront ralentis par la frilosité de Ron Miller, président du studio. Dès 1973, Don Bluth, avec ses collègues et amis animateurs Gary Goldman et John Pomeroy, acquiert le matériel pour se lancer et signera au bout de cinq ans de labeur les deux court métrages Le Petit âne de Bethléem (1978) et Banjo, le chat malicieux (1979). Le second sera salué par la critique et remportera de nombreux prix, au point d’attirer l’attention de mécènes qui proposeront au trio de produire leur premier film. C’est l’occasion qu’attendait Bluth qui monte sa société de production Don Bluth Productions et débauche sept animateurs de Disney, ce qui ne sera pas sans conséquences sur la production de Rox et Rouky (1981). Le premier projet sera donc l’adaptation du roman de Robert C. O'Brien, Madame Frisby et les Rats de NIMH.

Si l’anthropomorphisme animalier du film trahit bien évidemment l’influence de Disney (ce qui contribuera à une certaine confusion pour le public et causera l’échec commercial du film), la noirceur et les thèmes abordés lorgnent sur d’autres tentatives contemporaines plus "adultes" telles Watership Down (1978) et The Plague Dogs (1982) de Martin Rosen. Don Bluth opère une forme de fusion entre la candeur de Disney et les éléments les plus marquants des films de Rosen, la dimension mystique et mythologique de Watership Down croisant les images cruelles de maltraitance animale de The Plague Dogs. Cependant, Don Bluth n’oublie jamais qu’il signe un film pour enfants et fixe ainsi des référents lumineux avec la mère dévouée et aimante qu’est Madame Brisby et plus convenus avec le side-kick disneyen qu’est le corbeau Jeremy. Cet amour maternel est un rempart face à l’univers sombre, tourmenté et dangereux du film, particulièrement terrifiant pour les jeunes spectateurs. L’allure frêle mais déterminée, la cape rouge illuminant un monde de ténèbres et le design charmant de Madame Brisby face à un bestiaire intimidant représentent le socle de toutes les valeurs positives que souhaite véhiculer Don Bluth. L’imagerie du film oscille entre monstruosité et mystère. Le premier point concerne le chat Dragon, protagoniste purement bestial (à la première apparition magistrale) synonyme de danger immédiat et qui exprime la violence d’un monde animal fonctionnant sur la loi du plus fort.

Bluth cède à un design plus raffiné, mais restant encore assez disneyen dans sa caractérisation, pour les rats comploteurs où l’anthropomorphisme négatif se justifie, ceux-ci ayant acquis à la fois l’intelligence, la fourberie et le goût du pouvoir propres aux humains. C’est lorsqu’il situe ses personnages dans un entre-deux que Don Bluth fascine et tire vers l’étrange. La saisissante apparition du Grand Hibou en fait une présence à la fois purement animale mais également totémique par ce look incroyable et une nature d’oracle omniscient. Il en va de même pour le rat Nicodemus, dont la narration d’ouverture puis l’apparition amènent toute une imagerie mythologique et fantasy qui donne des allures d’épopée au récit. Bluth manie à merveille ce grand écart à travers les différents environnements du film. La terreur des cadres réalistes naît de la démesure du jeu sur les échelles du point de vue de Madame Brisby et des souris, que ce soit ce tracteur avançant tel un cerbère pour détruire le logis ou lorsque l’héroïne s’introduira chez les humains pour endormir Dragon. A l’inverse, le monde des rats affiche des décors plus oppressants et stylisés, soit pour revisiter de manière plus inquiétante le réel, soit pour réellement nous emmener ailleurs à travers le personnage de Nicodemus, véritable mentor mystique du récit. C’est lorsque les deux tendances fusionnent que le film trouve ses meilleurs moments, notamment lors de l’évocation de l’odyssée de Jonathan Brisby et les rats.

La crudité réaliste - la seringue s’enfonçant dans le rat impuissant - choque dans les scènes de laboratoire, tandis que les effets de ces expériences sur les rats donnent des visions de mutations entre horreur pure et allégorie. La fuite des animaux portée par la narration habitée de Nicodemus (Derek Jacobi tout comme Jean Martinelli en VF se montrent particulièrement inspirés), les jeux d’ombres et les cadrages évocateurs de Don Bluth prennent donc des allures de chanson de geste légendaire. Ces visions grandioses ne peuvent se déployer que dans l’expression d’une bonté désintéressée, celle de Jonathan Brisby puis celle de Madame Brisby dans le final. Au terme d’un climax surprenant de violence - qui annonce les écarts du Taram et le chaudron magique (1985) de Disney -, c’est donc l’âme la plus pure et aimante qui saura se dépasser dans l’expression d’un pouvoir bienveillant pour sauver ses enfants. Tout ce livre d’images aura d’ailleurs été particulièrement élevé par la magnifique partition d’un Jerry Goldsmith très inspiré. La noirceur du film et la confusion avec Disney causeront l’accueil mitigé de ce dessin animé, signant la faillite de la boite de production d’un Don Bluth néanmoins fier d’avoir signé l’œuvre puissante et novatrice qu’il avait en tête. Mais Brisby et le Secret de NIMH gagnera immédiatement une aura culte et surtout tapera dans l’œil d’un certain Steven Spielberg, futur producteur du premier triomphe commercial de Don Bluth avec Fievel et le Nouveau Monde (1986).

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : SPLENDOR FILMS

DATE DE SORTIE : 25 JANVIER 2017

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Par Justin Kwedi - le 25 janvier 2017