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Critique de film
Le film

Bravados

(The Bravados)

Partenariat

L'histoire

Jim Douglass (Gregory Peck) arrive dans la petite ville de Rio Arriba ; il souhaite assister à la pendaison qui doit se dérouler en ces lieux où la potence est en train d’être construite, celle destinée à quatre malfrats ayant tenter d’attaquer la banque, tuant par la même occasion l’un de ses employés. Suspicieux de la venue de cet étranger, le shérif interroge Jim sur ses véritables motivations et lui confisque ses armes le temps de son séjour en ville. Dans les rues de la cité, on le prend pour le bourreau venu pour exécuter les quatre prisonniers mais il détrompe vite les habitants ; d’ailleurs le véritable guillotineur arrive peu après. A l’hôtel où il s’installe, Jim rencontre Josefa (Joan Collins), une femme qu’il a autrefois beaucoup aimée ; lorsque cette dernière lui demande des nouvelles de son épouse, il évite de lui répondre. Jim demande au shérif à voir les futurs exécutés ; ce sont Lujan (Henry Silva), Bill (Stephen Boyd), Ed (Albert Salmi) et Alfonso (Lee Van Cleef). Il les scrute attentivement avec un rictus de haine sur le visage mais les quatre hommes semblent ne pas le connaitre. Peu après, alors que tout le monde s’est rendu à l’église pour un office religieux, l’homme qui se faisait passer pour le bourreau fait délivrer les bandits. Un posse s’organise et Jim demande à en faire partie : il n’a qu’une idée en tête, rattraper et tuer les fugitifs. On apprend alors qu’il pense qu’il s’agit des hommes ayant violé et tué sa femme : il les traque depuis maintenant six mois...

Analyse et critique

« Le respect et la grande tendresse du cinéaste pour ses personnages, son talent de conteur et son brio lors des séquences mouvementées font de Jesse James un des premiers westerns classiques importants de l’histoire du cinéma. »

« La Cible humaine est un western sobre et dépouillé mais dramatiquement très dense, dépourvu de toute emphase, à la beauté grave et poignante, évitant avec intelligence tous les lieux communs, empreint d’une tristesse nostalgique et d’une belle sensibilité. »

A mon grand regret, je ne serai malheureusement pas aussi dithyrambique à propos du troisième et dernier western réalisé par ce géant d’Hollywood qu'était Henry King et qui, depuis l’époque du muet, avait signé une bonne dizaine de chefs-d’œuvre. Si les années 50 furent moins prolifiques en terme de grands films (il y eut même d’abominables ratages tels Carousel dans le domaine de la comédie musicale), citons néanmoins David et Bethsabée avec encore Gregory Peck, l’un des plus beaux péplums qui aient été tournsés, ou encore l’émouvant mélodrame La Colline de l’adieu (Love Is a Many-Splendored Thing) avec William Holden et Jennifer Jones. Après Bravados, Henry King mettra encore en scène quatre films avant de se retirer de la circulation. Mais revenons-en à ce western qui pourrait s’avérer le film plus décevant de la pourtant passionnante collaboration entre King et Gregory Peck qui, outre La Cible humaine et David et Bethsabée déjà cités, comprenait aussi le magnifique Un homme de fer (Twelve O'Clock High).

Le retournement de situation final étant extrêmement important dans l’intérêt que pourrait avoir ce western, je ne pourrai raisonnablement pas le passer sous silence ; à tous ceux qui n’auraient pas vu le film et qui voudraient garder la surprise intacte, je conseille de ne pas lire ce paragraphe en son entier ainsi que le résumé au dos de la jaquette du DVD français au sein duquel tout est raconté de A à Z... Cet avertissement étant établi, l’histoire de ce western est très simple : un homme dont la femme a été violée et tuée est à la recherche de ses meurtriers ; pensant les avoir retrouvés dans la prison d’une petite ville de la frontière mexicaine où ils sont sur le point d’être pendus, il va continuer à les poursuivre après qu’ils ont réussi à s’échapper. Au moment de mettre un terme à sa vengeance, il se rendra compte qu'ils n'étaient pas les coupables de la mort de son épouse. Regrettant de s’être constitué juge, jury et bourreau, il ira se faire pardonner auprès d’un homme d’église mais les villageois l’applaudiront néanmoins pour avoir mis fin aux jours de ces dangereux bandits. On l’aura deviné, le principal intérêt du film (et son principal défaut) repose sur ces ambigüités. Si Henry King a, selon ses dires, voulu réaliser un pamphlet contre le fait de vouloir accomplir sa propre justice, la dernière image met mal à l’aise et semble vouloir anéantir cette noble pensée : alors que le vengeur, regrettant sincèrement son aveuglement, vient chercher le pardon au sein même de la religion, les habitants lui font une véritable ovation à la sortie de l’église, bénissant et légitimant ses actes, lui accordant ainsi sa rédemption. Ironie comme le pensent certains ? Je n’en suis pas certain, surtout connaissant la personnalité de King ; je parlerais plutôt de maladresse. Si les condamnés à mort ne furent pas coupables du meurtre de l'épouse du principal protagoniste, les auteurs ont néanmoins décrit les quatre hommes comme d’abjects et dangereux psychopathes, à l’exception de l’un d’entre eux qui a cependant laissé commettre des exactions par ses complices sans lever le petit doigt (encore un élément du scénario assez peu convaincant surtout lorsqu’on essaie au final de rendre ce personnage sympathique). Bref, Henry King et Philip Yordan semblent vouloir nous dire que si le désir de vengeance fait commettre des erreurs, celles-ci ne sont pas obligatoirement répréhensibles. En quelques sorte ils restent le cul entre deux chaises, sans parvenir à choisir leur camp concernant la loi du talion !

Ce détail n’aurait pas été de trop grande importance si le film avait été par ailleurs remarquable ou tout simplement intéressant, ce que sa structure en deux temps (1/3 dans la petite ville dans l’attente de la pendaison, 2/3 dévolus à la traque qui s’ensuit après la fuite des condamnés à mort) pouvait nous laisser présager. Ce n’est malheureusement pas le cas malgré des qualités certaines, à commencer par la somptueuse photographie de Leon Shamroy qui nous délivre des images et des éclairages de toute beauté, notamment ses nuits américaines bleutées où chevauche l’ombre de notre vengeur interprété par un Gregory Peck inquiétant et menaçant, presque tout autant que ceux qu’il poursuit, annonçant en cela les personnages d’anges de la mort de certains westerns joués et / ou réalisés par Clint Eastwood. Taciturne, glacial, le visage fermé, son impitoyable idée de vengeance le pousse à tuer ses adversaires de sang-froid même si passent sur son visage une fois son acte accompli une certaine peur, un certain remords, voire même une gêne. Les séquences des meurtres des fugitifs par Gregory Peck sont d’ailleurs les plus réussies du film à l’image de celle presque surnaturelle qui voit, tel un fantôme, Jim chevaucher à travers les arbres, échapper aux balles de son adversaire avant de pendre ce dernier par les pieds. La mort de Stephen Boyd dans le saloon mexicain, sèche et rapide, est tout aussi stupéfiante et violente. Il est dommage que le film n’ait pas été du niveau de ces quelques séquences, Henry King, poète élégiaque d'une grande sensibilité, paraissant s’être senti peu concerné par son histoire qui manque du coup singulièrement d'ampleur et d'émotion. Il s’agit non pas d’un western rugueux et sec mais plutôt d'un film asséché, sans âme ; un comble pour un cinéaste qui nous a donné tant de motifs de nous émouvoir et de nous toucher tout au long de sa carrière, notamment lorsqu'il travaillait avec le scénariste Lamar Trotti. Une telle histoire aurait peut-être mieux convenu au réalisateur pressenti au tout début du projet, Edward Dmytryk.

Après une demie heure consacrée à la mise en place, tendue, mystérieuse et assez prenante, le film devient plutôt ennuyeux dès que la course-poursuite s'engage. Le portrait des quatre bandits est assez terne, le rythme se fait languissant et l'on finit par trouver le temps long surtout que le scénario n'apporte plus grand chose d'original hormis le retournement final, et même si les scènes violentes d’exécutions évoquées ci-avant s’avèrent magistrales. Pourtant Henry King, à 70 ans, n'a rien perdu de son acuité de paysagiste : les lieux plutôt inhabituels montrés ici sont magnifiquement photographiés et filmés. Pour le reste, la déception est d'autant plus grande que j'admire sans réserve les superbes westerns que sont Jesse James (Le Brigand bien-aimé) ou The Gunfighter (La Cible humaine) et que, hormis Gregory Peck, la distribution ne fait pas vraiment d’étincelles : Joan Collins en tête fait presque figure ici de tapisserie et les autres personnages se révèlent trop schématiques. Bravados est un western amer mais à moitié raté. Sur un thème qui lui ressemble un peu, le sublime Decision at Sundown de Budd Boetticher lui était nettement supérieur, beaucoup plus puissant, virulent et radical. Le film de King n'est pas mauvais mais ne s'avère guère captivant. Dommage !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 6 septembre 2014