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Critique de film
Le film

Black Dragons

Partenariat

L'histoire

La Seconde Guerre mondiale fait rage. Aux USA, des industriels à la solde du Japon sont assassinés les uns après les autres par l’étrange M. Colomb. Les identités et les motivations de chacun seront finalement révélées grâce à l’intervention du détective Dick Martin…

Analyse et critique

L’année 1942 est encore une année de forte activité pour Bela Lugosi. Alternant films plus ou moins prestigieux et séries B désargentées, il respecte un rythme de tournage soutenu, avant tout afin de gagner sa vie. Ainsi, entre 1940 et 1942, ce ne sont pas moins de quatorze films le mettant en scène qui voient le jour sur grand écran. L’acteur profite encore d’une période assez faste, ne soupçonnant pas que l’année 1943 va marquer une rupture assez nette avec la qualité et la quantité, concordant avec la fin définitive de la collaboration régulière mais instable qui se nouait encore entre lui et la Universal. Présentement produit par la Monogram, Black Dragons s’affirme comme un produit anodin, à la qualité parfois douteuse, donnant un nouveau coup de semonce à l’équilibre déjà précaire de sa filmographie. Pourtant, des films à la Monogram, Lugosi en a tournés beaucoup… Par exemple, Invisible Ghost est un film honorable, peu épargné par ses nombreux défauts, mais au capital sympathie évident. De son côté, The Devil Bat est un film amusant, voire récréatif. Valablement mis en valeur, l’ombrageux Bela Lugosi lui donne ses principaux atouts, conjurant les mauvais côtés du scénario, lustrant les scènes moribondes et illuminant des décors trop simples. On peut aussi  voir Bowery at Midnight, un spectacle charmant et sincère, bien que sans grande intelligence, mais dignement élaboré, surtout en regard de son budget minuscule. Par contre, The Corpse Vanishes est un film d’une médiocrité affligeante, portant au pinacle le mauvais goût dans tout ce qu’il a de plus opportuniste. La qualité, fort discutable, se maintient plus ou moins selon les films, navigant entre réussite très modeste et échec artistique lamentable quoique programmé. Black dragons, qui nous intéresse ici, est légèrement en-dessous de la qualité Monogram habituelle (c’est dire), mais tout de même au-dessus d’un The Corpse Vanishes.

On ne peut pas en dire grand-chose, à commencer par son importance historique tout à fait négligeable, mais le bonheur de voir Bela Lugosi à l’écran reste intact. La légende hongroise est toujours en forme et, malgré une présence limitée à l’écran, reste probablement la seule et unique raison valable de voir le film aujourd’hui. L’ensemble de la production répond aux critères habituels de la Monogram : scénario ramassé et assez prometteur (dans des proportions bien entendu raisonnables) mais budget largement insuffisant, équipe technique amorphe et réalisation médiocre. Lugosi devait au moins avoir la satisfaction de pouvoir se considérer comme l’élément le plus important au moment où il tournait cette kyrielle de petits films. Il existe quelque miracle en ces lieux pour que son charisme, se jouant des misères budgétaires du studio, fasse encore effet ici même. Les années 30 et la belle poignée de chefs-d’œuvre du cinéma fantastique auxquels il a participé sonnent désormais dans le lointain, avec un amer goût de gâchis. Les grands studios ne l’ont ensuite plus jamais pris au sérieux et n’ont jamais su le réutiliser convenablement. Pour en revenir plus précisément à Black Dragons, il s’agit d’un produit destiné à soutenir l’effort de guerre, originalité liée à l’époque (on est en pleine Guerre mondiale), mais dont l’aura ne peut absolument pas rivaliser avec les grands studios, tels que la Warner Bros. ou la RKO, à ce moment-là très concernés par la guerre en Europe et dans le Pacifique, et produisant un grand nombre de films de guerre. Il faudra donc se concentrer sur une intrigue d’espionnage, ouverte en rythme grâce à des stock-shots de sabotage et à un montage faisant illusion sur les limites visuelles du récit. Par la suite, décors intérieurs interchangeables et dialogues ineptes vont malheureusement faire revenir le spectateur à la dure réalité qui est celle de la Monogram. Il n’est pas utile de parler de la distribution, excepté Lugosi, tant elle brille par sa fadeur. Le personnage féminin ne sert décidemment à rien et le héros intrépide pourrait tout aussi bien ne pas exister. Cette histoire d’opération chirurgicale menée à des fins d’infiltration et de sabotage aux USA est de surcroit régulièrement embrouillée (la fin n’est pas claire) et le mystère en fin de compte assez rapidement éventé.

Un thriller typique de la Monogram, n’excédant pas une soixantaine de minutes, l’exemple parfait de l’arrière-cour hollywoodienne dans laquelle sont tombés plusieurs vedettes en plein déclin. On peut néanmoins considérer que tout cela reste attachant, et surtout prendre plaisir à retrouver Bela Lugosi. On fera abstraction de sa disgrâce pour profiter un tantinet de ce cadeau.

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La fiche IMDb du film
Par Julien Léonard - le 16 juin 2011