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Critique de film
Le film

Bergers d’Orgosolo

(Pastori a Orgosolo)

L'histoire

Le mont Orgosolo en Sardaigne est un ancien repère de brigands et d'évadés. Aujourd'hui, quelques rares bergers mènent leurs troupeaux de chèvres et de moutons au cœur de ce territoire d'une extrême rigueur.

Analyse et critique

Le fait que Vittorio De Seta enregistre depuis plusieurs films des sujets moins spectaculaires est à la fois le fruit d'une démarche humaine et artistique mais aussi, certainement, parce que les sujets possibles s'épuisent. C'est peut-être pour cela qu'à partir de 1958, le réalisateur quitte la Sicile pour s'en aller filmer la Sardaigne puis la Calabre.

Le premier des deux films documentaires qu'il tourne en Sardaigne est consacré aux bergers du Supromonte d'Orgosolo. Sur ce mont, qui était autrefois un repère de brigands et de prisonniers en cavale, le cinéaste découvre un monde encore plus reculé, rude et âpre que celui des Siciliens qu'il a jusqu'ici filmé. On sent dans ses images un dénuement total, la faim, la lutte pour la survie dans une territoire particulièrement aride et inhospitalier. De Seta, dans aucun de ses films, ne parle de la pauvreté de ces hommes, comme si leur mode de vie était complètement détaché de la question de l’argent. On ne voit donc pas ici la pauvreté mais une existence reposant sur le dénuement et l'économie. Economie de vie, mais aussi économie des paroles et des gestes. C'est un monde silencieux, dans lequel chaque action semble être portée par une absolue nécessité. On devine qu'au fil du temps, toute la vie des bergers s'est resserrée sur l'essentiel. Ici, il n'y a même plus de chants et les échanges se font en silence, chacun sachant parfaitement ce qu'il a à faire. Les bergers menant leurs brebis chercher les rares feuilles loin dans la montagne, la traite, la fabrication du fromage... il y a toujours de la part de Vittorio Seta une extrême attention portée aux gestes séculaires de ces hommes. Les images qu’il nous offre sont comme la résurrection d'un temps révolu, comme un souvenir arraché à la voracité du temps qui passe.

Bergers d’Orgosolo fascine aussi par la façon dont De Seta trouve cette respiration qui nous immerge complètement dans le monde filmé. Trouver un rythme interne qui correspond parfaitement au sujet semble être un talent naturel chez lui, un talent que l'on sentait dès ses premiers essais. Mais avec l'épure de son cinéma, cette pulsation du film qui épouse celle du monde atteint une forme de plénitude. Le réalisateur n'a plus besoin de souligner le trait par le montage ou les cadres : le rythme interne des plans, leur agencement et leur rapport au son suffit à créer cette impression d'harmonie qui, pour lui, définit la vie de ces bergers qui sont en lien profond avec le temps des hommes et la nature. De Seta ne raconte plus d'histoires, ne démontre plus sa pensée par sa mise en scène : il se contente de filmer la poésie des choses.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Introduction à l'oeuvre de De Seta

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Par Olivier Bitoun - le 4 septembre 2010