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Critique de film
Le film

Belle of the Yukon

Partenariat

L'histoire

« On dirait que je suis entouré d’escrocs » déclare un protagoniste à un moment donné vers la fin du film. Quelle perspicacité : il ne croit pas si bien dire mais il lui en aura fallu du temps pour s’en rendre compte ! L’histoire se déroule dans le Klondyke au temps de la ruée vers l’or. Randolph Scott interprète John Calhoun, un tenancier de saloon que l’on prend pour le plus honnête homme de la ville au point de le nommer banquier du jour au lendemain mais qui ne se révèle être en fin de compte qu’un fieffé menteur et aigrefin tout comme la plupart de ses concitoyens. Son ancienne maîtresse, la meneuse de revue surnommée ‘Belle of the Yukon’ (Gypsy Rose Lee), essaiera de le faire revenir non sans mal sur le droit chemin…

Analyse et critique

Un petit film totalement oublié, hybride de western, comédie et 'Musical' dont une voix off nous prévient gentiment d'emblée que les amateurs de films d'action ne devraient pas retrouver leurs marques : "Si c'est le sang et le froid que vous recherchez, et l'appel des nuits du Klondike ; si c'est la boue et l'or que vous recherchez... vous êtes dans la mauvaise salle l'ami !" Et en effet nulle violence ni trace d'une quelconque noirceur dans cette gentille comédie musicale westernienne joyeusement amorale.

Il serait bien difficile de résumer le scénario de cette pochade sans prétention dans laquelle chacun cherche à se duper pour s’approprier l’or de la banque, du shérif au banquier lui même, du pianiste à la jeune première. Randolph Scott, dans un rôle à peu près identique à celui qu’il tenait aux côtés de John Wayne et Marlène Dietrich dans Les Ecumeurs (The Spoilers) de Ray Enright, se trouve être encore très à l'aise dans le registre de la comédie et ceux qui pensent encore qu’il n’a interprété que les cow-boys laconiques devraient à l’occasion pouvoir réviser leur jugement. Car contrairement au film précédent qui était pourtant déjà un divertissement assez léger, ici aucun élément sérieux ne vient s'introduire dans ce qui n'est que pure comédie.

On y trouve quelques morceaux musicaux (quatre exactement) pour justifier la présence de Gypsy Rose Lee et Dinah Shore dont une superbe chanson de Jimmy Van Heusen et Johnny Burke, Like Someone in Love (à signaler quand même que la musique a été nominée aux Oscars), un joli Technicolor bariolé par Ray Rennahan (celui qui avait fait des prouesses pour John Ford et son Drums Along the Mohawk), pour un tout ne cassant pas trois pattes à un canard mais néanmoins très plaisant à regarder car jovialement immoral et comportant des punchlines assez drôles sans néanmoins aller jusqu’à les juger spirituelles (Randolph Scott : « Il y a une épidémie de sentimentalité dans le coin. » Gypsy Rose Lee : « Ne t’inquiètes pas, tu es immunisé » ; Gypsy Rose Lee à Randolph Scott : « Le jour où tu seras platonique, les loups seront végétariens »...). A noter aussi une déclaration d’amour plutôt cocasse au cours de laquelle les deux tourtereaux, sous couvert de dialogues à forte teneur en mièvre sentimentalité, font le contraire de ce qu’ils se disent et tombent dans les bras l’un de l’autre sans demander leur reste.

En tant que scénariste, James Edwart Grant fera bien mieux par la suite (on y reviendra) mais son histoire a le mérite de ne pas se prendre au sérieux une seule seconde. Proche de la "Screwball Comedy" dans le ton mais non dénuée de lourdeurs et mollement filmée par l’ancien Keystone Cops de Mack Sennett, William Seiter qui s’était déjà illustré dans le genre avec le pénible Premier Rebelle (Allegheny Uprising) en 1939. La même année que Belle of The Yukon, il réalisera une comédie musicale dédiée à l’effort de guerre, l’amusant et bougrement sympathique Four Jills in a Jeep.

Une curiosité loin d’être marquante mais franchement pas désagréable et notamment grâce à son casting. Aux côtés de Randolph Scott, outre les deux comédiennes déjà citées (Dinah Shore chante merveilleusement bien à défaut d’être une bonne actrice), on trouve Charles Winninger (Destry Rides Again) etsurtout l’habituel compagnon d’Errol Flynn au cours de ses films à la Warner, l’amusant Guinn ‘Big Boy’ Williams, ici dans la peau du shérif benêt qui croira au final avoir dupé tout le monde. Un final au son d’un French Cancan qui termine ce tout petit film aussi joyeusement qu’il avait débuté. Pas de quoi se relever la nuit mais un bon moment à passer. Il n'est pas inutile de rappeler qu'hormis le décor, l'époque et les costumes, on trouvera plus d'éléments de comédie et comédie musicale que de western. A déconseiller donc à certains, ceux qui auraient voulu des grands espaces (quasiment aucun extérieurs) et du mouvement.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 25 septembre 2006