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Critique de film
Le film

Bates Motel

L'histoire

Suite à son procès, le tueur en série Norman Bates est envoyé dans un asile psychiatrique. Il y fait la connaissance du jeune Alex, interné pour avoir tué son père qui le maltraitait. Norman tient vite un rôle de père de substitution pour Alex, qui lui voue une véritable admiration. Au décès de Bates, Alex hérite du Bates Motel, lieu où ont été perpétrés les crimes de Norman. Avec l'aide d'une jeune fille en fugue, il décide de remettre la propriété sur pied. Mais d’étranges événements vont lui donner du fil à retordre...

Analyse et critique


Le Psychose (1960) d’Alfred Hitchcock a connu un développement assez erratique, avec un Psychose 2 (1983) pas si mauvais, un Psychose 3 (1986) franchement nul, un Psychose 4 (1990) tout juste acceptable, un remake signé Gus Van Sant (Psycho, en 1998) et une intéressante série télévisée en cinq saisons : Bates Motel (2013-2017). Mais qui connaît le téléfilm Bates Motel, diffusé en juillet 1987 sur NBC ? A priori, pas grand monde, étant donné que son existence n’est même pas mentionnée dans le Psycho Legacy de Robert Galuzzo, documentaire consacré à la franchise. Boudé par l’audimat, attaqué par la critique, snobé par Anthony Perkins, ce qui devait être le pilote d’une série télévisée grand public s’est transformé en objet de moquerie. Pourtant, l’idée était bonne : reprendre le scénario original là où il s’était arrêté (l’arrestation de Norman Bates), se débarrasser du psychopathe et centrer l’intrigue sur le Bates Motel et son nouveau propriétaire. Le département télévisuel d’Universal fait confiance au flair de Richard Rothstein, producteur de la série à succès Le Voyageur, et s’attend à ce que les téléspectateurs soient au rendez-vous. Ce sera une catastrophe.


Pourtant tout démarrait bien : un générique efficace (le Bates Motel en plan fixe), un thème musical entêtant (une partition de piano délicieusement angoissante), une introduction percutante qui nous présente les destins croisés de Norman Bates et Alex West, le tout dans un ingénieux passage du noir et blanc à la couleur... Il y a même du comique, intelligent et fin, comme la scène de l’héritage où, tandis qu’Alex hérite de l’imposant motel, une vieille dame se voit léguer une dinde rôtie. Aussi, compte tenu des moyens alloués à un téléfilm, la scénographie et les décors sont judicieusement exploités : la caméra alterne plans serrés et cadres signifiants, les personnages gèrent les espaces de manière assurée. La libération d’Alex West aussi, et son installation au Bates Motel, qui est une partie importante du téléfilm, est savamment figurée : plans de la foule, bruits de travaux ou montage nerveux figurent bien la différence qu’il y a entre le cocon de l’asile et l’hostilité des grandes villes. Alors qu’Alex a grandi dans un centre de soins où tout le monde se connaît et s’entraide, le voilà débarqué dans une périphérie urbaine en pleine expansion où personne ne se parle. Un "nouveau monde" d’étrangers, forcément de passage, évidemment pressés. La découverte de Bates Motel, enfin, ravira les fans, puisque la mise en scène est faite pour la sublimer. Les contre-plongées sont saisissantes, de même que les décors et les accessoires : la réception, les oiseaux empaillés, le registre, les célèbres clés des chambres. Dernier point positif : le rôle tenu par Gregg Henry; comme toujours excellent dans les rôles tête à claques (Scarface, Body Double, L'Esprit de Caïn...).


L’ensemble se laisse regarder sans trop de peine et, s’il est loin d’être véritablement intéressant, il nous transporte dans un univers cotonneux, quelquefois amusant, gentiment balourd.  Si ce n’est le segment Sally, que nous allons étudier un peu plus loin, nous sommes face à un (plutôt) bon nanar, preuve en est l’introduction du personnage joué par Lori Petty. Déguisée en poulet, squatteuse et "grande gueule", elle occupera tout le long du film le rôle déterminant du sidekick. Médiocre, toujours dans la sur-interprétation, elle n’en reste pas moins un de ces compagnons obligés avec lesquels on aime à faire des concessions. On aurait pu s’arrêter là, faire semblant d’être surpris à la révélation de l’identité de la fausse Gloria Bates (dans une séquence digne d’un Scooby-Doo), doucement frissonner lors des quelques scènes d’angoisse qui reprennent les violons de Bernard Herrmann ou saliver à la vue des petits plats que confectionne la jolie Willie...


Mais il y a l’histoire de Sally, première cliente du (nouveau) Bates Motel, et qui loue une chambre pour s’y suicider. Une "fée" l’en empêche, aidée en cela par des dizaines d’adolescents spectraux, venus simuler une fête pour mieux avertir Sally que « la vie est plus belle que la mort. » Franchement ennuyeuse, lente comme l’agonie et pas crédible pour un sou, cette partie fera décrocher bien des publics accommodants. La caméra perd le peu d’énergie qui lui restait, les acteurs sont incroyablement faux, l’intrigue tire en longueur et verse dans la moraline. Du coup, le retour à l’histoire principale tombe complètement à plat : on avait oublié jusqu’à l’existence même d’Alex West (sans parler de Willie, qui n’est même plus agaçante en comparaison). La petite scène conclusive laisse la parole à Bud Cort, qui ressemble étrangement à Michel Houellebecq (ou est-ce l’inverse ?). La caméra s’envole, place au générique. Même pas drôle.


On l’aura compris, Bates Motel est un téléfilm particulièrement raté : si l’idée originale est bonne (chaque épisode introduirait un événement surnaturel, faisant du Bates Motel un lieu véritablement fantastique), le résultat passe totalement à côté. Pourtant, avec un peu d’indulgence et 90 minutes à perdre, on ne peut que regretter le fait qu’il ait été occulté : son étrangeté, son humour noir, sa bonne humeur et sa franchise font de cette comédie surnaturelle une curiosité cinématographique (et télévisuelle) attachante. Bud Cort, que l’on retient surtout pour sa prestation exceptionnelle dans Harold and Maude, insuffle un soupçon de surréalisme, et Lori Petty incarne typiquement celle que l’on adore détester. À visionner en dernier recours, après un Halloween un peu trop arrosé.

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 30 novembre 2017