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Critique de film

L'histoire

Nous sommes en 1953, pendant une période particulièrement dure du régime communiste hongrois. Le régime de Rákosi multiplie alors les arrestations arbitraires et de nombreux opposants, souvent unilatéralement considérés comme tels, sont enfermés au secret sans que leurs proches ne soient au courant de leur sort. Luca vit ainsi dans l’angoisse de ne pas savoir si son mari János est vivant ou non. Désirant protéger sa belle-mère malade elle invente pour son mari un exil américain. La vieille dame vit dans l’attente de la prochaine lettre contant les histoires invraisemblables de son fils devenu là-bas un cinéaste renommé.

Analyse et critique

Károly Makk est l’un des cinéastes hongrois les plus réputés, dont malheureusement en France les films restent difficilement visibles. Amour, Grand Prix du Jury à Cannes en 1971, est l'un de ses titres les plus connus. Un film magnifique qui nous donne l’irrépressible envie de découvrir le reste d’une œuvre rare qui pourrait se révéler essentielle si Clavis et d’autres éditeurs courageux pouvaient poursuivre son exhumation.

Amour condense deux nouvelles de Tibor Déry, inspirées elles-mêmes de sa vie, des témoignages de son rejet du communisme hongrois alors qu’il fut un proche du Parti. Le film est d’abord un magnifique portrait de femmes. D’abord Luca (Mari Törõcsik vue dans Silence et cri de Miklos Jancso), jeune fille en lutte, qui cache au plus profond d’elle ses tourments pour afficher une vigueur de façade, manière pour elle de s'opposer à la dictature du régime communiste. Aux mensonges d’Etat elle substitue, avec la complicité de la servante Irén, des mensonge familiaux qui tendent à protéger celui qu'elle aime - à savoir János, son mari absent - à travers sa mère malade, interprétée par la grande actrice hongroise Lili Darvas. C’est toute la beauté de ce film, cette manière de nous montrer comment malgré l’acharnement d’un régime à détruire les individus, l’amour et la fidélité continuent à lier les hommes. A la dureté du régime s’opposent des petites résistances intimes, des actes désintéressés de solidarité, de protection des plus faibles. Si la révolution semble impossible, on peut toujours essayer de protéger ses proches. Si Makk nous montre des amis infidèles qui ferment la porte à Luca par peur de se faire arrêter, le cinéaste ne les condamne pas mais essaye de nous montrer combien il est dur de résister, combien on doit sacrifier pour tenter de faire refleurir la liberté. Au quotidien, Luca subie les brimades : son appartement est confisqué, ses meubles également, son emploi est sur la sellette. Sans avoir commis de crime, elle est mise au banc de la société. mais Makk parvient nous montre que malgré la rigueur des régimes coercitifs, l’humanisme et la fraternité parviennent à survivre.

Amour est également un magnifique portrait de la vieillesse, Makk pliant son film aux rêveries et aux espoirs de la vieille dame. Le film s’ouvre sur des instantanés, des souvenirs épars qui reviennent rythmer le film au gré des flottements méditatifs de la belle-mère de Luca. La vie de cette vieille dame est en morceaux, c’est un puzzle de souvenirs qui s’entremêlent et d’instants présents qui s’évaporent. Parfois ses phrases sont coupées alors que son esprit vagabonde et quitte le quotidien, parfois la description réaliste d’un instant présent glisse vers les souvenirs ou vers ce qu’elle imagine être des (fausses) lettres de son fils. Ce montage savant répond à des scènes quotidiennes naturalistes. Makk marque ainsi la frontière entre ce qui est inaliénable (le monde intérieur de chacun, les souvenirs, les rêves) et un quotidien soumis au diktat d’un régime totalitaire. Amour est film magnifique, ervi par un noir et blanc splendide et des acteurs sensibles et justes. A découvrir de toute urgence.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : clavis films

DATE DE SORTIE : 21 decembre 2015

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