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Critique de film
Le film

Alien - Le huitième passager

(Alien)

Partenariat

L'histoire

De retour d’un voyage aux confins de la galaxie, le cargo commercial Nostromo ramène ses sept membres d’équipage sur Terre. Un signal inconnu, émanant d’un planétoïde tout proche, les tire de leur sommeil artificiel. Intrigués, les équipiers décident de se poser sur LV-426. Ils y visitent un vaisseau abandonné qui contient une couvée pour le moins étrange. L’un des équipiers est agressé par une des créatures contenues dans les œufs. De retour au vaisseau, l’équipage découvre la vérité : le signal n’est pas un appel à l’aide mais une mise en garde destinée aux malheureux voyageurs. L’horreur est en marche.

Analyse et critique

Le slogan de 1979 est génial : "Dans l’espace, personne ne vous entend crier !" D’emblée le décor est planté, tout est permis ; l’imagination des scénaristes sera la seule limite visuelle à l’horreur. Et d’horreur il en est réellement question, Alien évoque le pire de vos cauchemars, la créature tapie le soir en dessous de votre lit, la peur ancestrale, psychanalytique, primale, brute. Nous devons ce mythe moderne à l’imaginaire fertile de Dan O’Bannon, qui a enfanté ce fléau dans la foulée du Dark Star tourné par John Carpenter.

En 1976, O’Bannon revient de Paris, fauché comme les blés. Alejandro Jodorowsky et lui ont collaboré à une adaptation du roman Dune de Frank Herbert. Une expérience qui a rapidement tourné au fiasco. O’Bannon a cruellement besoin d’argent, il ressort le script d’Alien du placard. Le monstre circule, Roger Corman se montre intéressé, il est prêt à signer avec O’Bannon et Ronald Shusett, qui s’est embarqué dans l’aventure. Entre-temps, l’auteur-réalisateur Mark Haggard a lui aussi lu le script, il est enthousiaste et promet de trouver un financement à la hauteur du projet. Alien aboutit dans les bureaux de la Fox. Les producteurs Gavid Giler et Walter Hill retravaillent le script et s’approprient quelques éléments décisifs, tels que l’androïde Ash joué par Ian Holm, le chat Jonesy et les personnages de Ripley et Lambert, qui remplacent deux membres d’équipage masculins. Le sujet ressemble étrangement à la nouvelle La Faune de l’espace d'Alfred-Elton Van Vogt, bien que Giler et Hill s’en défendent, mais il puise également ses inspirations du côté de It ! The Terror from Beyond Space d’Edward L. Cahn et de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Après quelques retouches, le scénario est fin prêt, mais il peine à séduire un réalisateur visionnaire.


Tout va changer dès 1977, des spectateurs éberlués découvrent La Guerre des étoiles. Le film de George Lucas explose le box-office. La Fox, qui le distribue, fait plus de 50 millions de dollars de bénéfices. Alan Ladd Jr., qui devient le président du studio, souhaite profiter au plus vite de l’effet Lucas. On ressort une nouvelle fois Alien du placard.

Gordon Caroll et Walter Hill découvre Les Duellistes au Festival de Cannes, ils sont subjugués. Ridley Scott reçoit le script et se lance dans la réalisation des storyboards. L’univers d’Alien prend vie, mais l’essentiel fait toujours défaut : quelle apparence donner à la créature ? Dan O’Bannon contacte H.R. Giger qu’il a rencontré à Paris lors de l’aventure Dune. Son univers particulier correspond tout à fait à la vision de l’équipe. Giger est rapidement chargé de donner vie à la "sainte trinité" : face-hugger - chestburster - alien. Le résultat dépasse les espérances, Giger a donné vie à la plus terrifiante créature du cinéma, un prédateur parfait comparable à un virus. Comme le parasite, l’alien a traversé les siècles, il s’est adapté, transformé ; comme ce fléau il a vécu au détriment des créatures humanoïdes. L’alien a besoin de la vie pour se multiplier, exister. Lors de la visite du vaisseau sur LV-426, les équipiers mettent au jour le squelette d’un humanoïde dont la cage thoracique semble avoir explosé, une expérience fatale que connaîtra Kane par la suite. L’homme n’est donc pas l’unique victime du virus, d’autres ont succombé aux chants des sirènes du planétoïde maudit. Et comme nous le verrons dans Aliens de James Cameron, d’autres connaîtront également ce destin funeste. Tout comme le virus, l’alien semble indestructible, son organisme est un mécanisme de pure défense. Quand, lors de la confrontation finale, Ellen Ripley (Sigourney Weaver, révélée par le rôle) expulse la créature hors du Nostromo, même les propulseurs du moteur ne semblent pas l’entamer ; la caméra nous la montre qui dérive au large, mais on est en droit de se demander si elle a réellement succombé à ses blessures.

L’homme est lié à la technologie. Sans elle, il ne peut défier la créature. Mais cette technologie est volontairement désuète. Dès les premiers plans, les choix artistiques sont sans équivoque. Le Nostromo est usé, vieilli. Tout son intérieur sent la rouille, la mort lente. Il semble ne survivre que grâce aux interventions répétées des techniciens Brett (Harry Dean Stanton) et Parker (Yaphet Kotto). Si La Guerre des étoiles montrait également, par souci de réalisme, une technologie usée, Alien souligne son côté dérisoire et stérile. La bombe à retardement utilisée par Ripley finit par se retourner contre elle. La coque du Nostromo ne peut résister à l’acide qui compose la structure de l’alien. Les détecteurs de mouvement, inspirés par La Chose d’un autre monde de Christian Nyby et Howard Hawks, sont supposés aider l’équipage à localiser le monstre. Mais ils se révèlent inefficaces et ne font qu’ajouter à la paranoïa. Lorsque le capitaine Dallas (Tom Skerritt) s’aventure dans les conduits de ventilation, son détecteur ne lui est d’aucune aide, il sera inéluctablement piégé par l’alien. La technologie, comme au cinéma, recèle de possibilités, mais elle n’est qu’un moyen, pas une finalité, jamais elle ne remplacera l’inventivité.


Tout comme les membres d’équipage, ce n’est pas l’apparence cauchemardesque de l’extraterrestre qui nous cloue à notre divan, mais bien ses parties incessantes de cache-cache. L’œuvre tire sa force de la menace latente, tapie dans les entrailles du Nostromo. L’obscurité possède une vie propre. La présence de la créature est suggérée, Scott joue des plans sombres et de la musique pour faire monter la tension. Le rythme qu’il impose est lent, angoissant. On attend fébrile que quelque chose se passe. Le réalisateur joue brillamment avec nos nerfs, il pratique un art quasiment oublié de nos jours ; en effet, le cinéma actuel préfère se gargariser de scènes gore multiples au montage serré. Pourtant, la règle d’or fonctionne toujours : moins on en voit, plus on y croit. L’utilisation des jeux de lumière - les scènes qui prennent place dans les compartiments de détente - et d’obscurité - les recoins reculés du vaisseau - entretient la claustrophobie qu’éprouvent les personnages. Si, comme dans Les Dents de la mer de Steven Spielberg, la créature n’apparaît que rarement à l’écran, la menace est pourtant omniprésente, tant exogène (l’alien) qu’endogène (le chestburster). Avant de devenir le prédateur redouté, l’alien doit naître. L’hôte que choisit l’extraterrestre n’est qu’un médium ; sa seule fonction est d’assurer la survie de l’espèce. Une survie qui génère une tension inouïe. La violence est devenue un élément indispensable de tout scénario. Elle a une véritable intensité dramatique. Car si les spectateurs ne croient certainement pas à un prédateur venu de l’espace, en revanche ils n’auront aucun mal à croire en la douleur. Comme le soulignait Fritz Lang, c’est la seule chose que les gens craignent vraiment.


Alien, au-delà de ses qualités évidentes, s’impose comme une lutte acharnée de l’homme face à l’inconnu. L’équipage mène un combat quasiment perdu d’avance. Ce n’est que lors d’un quatrième acte que Ripley vient à bout de la créature. Alors qu’elle a rejoint la navette de secours, Ripley s’apprête à entrer en hyper-sommeil. C’est en sous-vêtements qu’elle effectue les dernier réglages. Elle est désarmée. Jerry Goldsmith accompagne ses mouvements de quelques notes très douces. Puis c’est le retournement de situation. Le final tant attendu n’est qu’un leurre. L’alien s’est immiscé dans la navette. Ripley lui fait face. La scène est presque sexuelle. La puissance de la créature face à la nudité de Sigourney Weaver. Le duel tourne court pour l’alien qui est éjecté dans l’espace. Ripley s’endort et rêve déjà à un cinquième opus ou à un cinquième acte...

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La fiche IMDb du film
Par Dave Garver - le 26 décembre 2003