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Critique de film
Le film

Alice Comedies

Partenariat

L'histoire

Le « Pestacle » de Far West (12 min)
Alice’s Wild West Show / 1924 / sans paroles
Lors de son « pestacle », Alice raconte ses face-à-face au Far West avec les Indiens et les bandits. Un véritable western féministe !

La Maison hantée (9 min)
Alice’s Spooky Adventure / 1924 / sans paroles
A la recherche d’une balle de baseball, Alice fait irruption dans une maison hantée, quand elle se retrouve projetée dans une ville pleine de fantômes... Une Alice téméraire et intrépide, dans un court métrage plein d’inventivité !

Alice, chef des pompiers (8 min)
Alice the Fire Fighter / 1926 / sans paroles
Un hôtel surpeuplé prend feu. Alice et son équipe de pompiers sont prêtes à surmonter tous les obstacles et à sauver tout le monde. Un cocktail burlesque de gags et de situations loufoques !

Une journée à la mer (11 min)
Alice’s Day at Sea / 1924 / sans paroles
Un marin raconte son naufrage à Alice qui devient aussitôt l’héroïne d’une épopée sous-marine. Une plongée onirique dans l’univers magique des cartoons.

Analyse et critique

On aurait presque tendance à l'oublier mais Mickey Mouse n'est non seulement pas la première série initiée par Walt Disney mais sa création a été le fruit d'un long processus dont le succès fut loin d'être immédiatement au rendez-vous. Sa première incursion dans le monde professionnel remonte à 1921 avec les Laugh-O-Grams pour lequel le jeune homme fonde son premier studio d'animation avec la collaboration de son ami Ub Iwerks, avec qui il avait tenté de créer une société de publicités sans grand succès. La réception estimable des Laugh-O-Grams, à l'animation rudimentaire, donne à Walt Disney de plus grandes ambitions avec une nouveau projet pour lequel il réalise un pilote : Alice's Wonderland en 1923. Certes, son concept de mélanger animations et prises de vues réelles n'est pas nouveau, il suffit de songer à la très populaire série des Out of the Inkwell des frères Fleischer. Cependant Disney parvient à surpasser la concurrence par des trucages beaucoup plus perfectionnés et complexes, résolus en grande partie par le génial Ub Iwerks, dont le talent pour le bricolage parvient à surmonter les nombreux défis.

Partant seul en quête d'acheteurs de son programme, Disney est embauché en 1923 par Margaret Winkler pour réaliser douze Alice Comedies. Pour cela, il lui faut quitter le Kansas pour la Californie en compagnie de la comédienne d'Alice's Wonderland, Virginia Davis. Après quelques épisodes, le réalisateur parvient à convaincre son ami Iwerks de le rejoindre sur place. La série trouva son public et fut renouvelée à plusieurs reprises (avec plusieurs changements de comédiennes) pour former au total 52 épisodes. Pourtant les Alice Comedies, dont plusieurs épisodes sont portés disparus, restent assez peu connus en France et n'ont eu droit qu'à une maigre diffusion et se trouvent souvent relégués en de simples bonus DVD (notamment dans quelques muets sortis chez Arte) pour être désormais dans le domaine public. Malavida arrive à point nommé pour nous permettre de replonger dans cette œuvre historique au charme désuet irrésistible pour un programme constitué de quatre titres : trois datant de 1924, Le Pestacle de Far West, La Maison hantée et Une journée à la mer ainsi que Alice chef des pompiers réalisé en 1926.

D'une durée moyenne de 10 minutes, les épisodes de 1924 possèdent tous la même structure, commençant en prises de vues réelles où la jeune Virginia Davis introduit des passages animées dans lesquels elle vit des aventures rocambolesques et invraisemblables avant de revenir à la réalité, soit en se réveillant soit en étant rappelée à l'ordre par son audience. Il est d'ailleurs très amusant de constater qu'Alice est bien loin des personnages féminins qui peupleront les futures productions de Walt Disney. Elle n'est pas une délicate princesse passive mais une fille au caractère bien trempé qui se salit, déchire ses vêtements, essaye de fumer un cigare, se moque des garçons plus âgés qu'elle et adore tout simplement affabuler. Et malgré sa petite taille, elle n'hésite pas à se battre ou à se servir de pistolets. Dans La Maison hantée, elle finira même en prison pour ses bêtises ! C'est justement ce tempérament explosif qui en fit un personnage réussi, prétexte à de nombreuses aventures. L'animation permet ainsi de la plonger dans de multiples péripéties pour des trucages toujours surprenants puisqu'on y trouve une réelle interaction entre Alice, en chair et en os, et et ses partenaires dessinés. Les deux se mélangent adroitement sur un rythme enlevé, surtout dans Le Pestacle de Far West dont les effets spéciaux sont les plus soignés.

On sent que l'équipe y est d'ailleurs plus à l'aise que lors des prises de vues réelles où la direction d'acteurs est plus aléatoire, la petite comédienne jetant de temps en temps des coups d’œil derrière la caméra pour suivre les indications que lui donne le réalisateur. Les parties animées sont, quant à elles, beaucoup plus dynamiques et enlevées même s'il faut admettre aussi que les animateurs puisent leur gags dans d'autres séries. On adjoint ainsi rapidement un comparse félin à l'héroïne, qui n'est pas très loin du plagiat de Félix le chat en reprenant un certain nombre de ses caractéristiques telle une queue "couteau-suisse" toujours pratique pour se sortir des situations les plus retorses.

L'arrivée d'Ub Iwerks semble correspondre à une nette évolution de la série vers un humour beaucoup plus loufoque et surréaliste, pour toujours plus d'imagination débridée. Le seul représentant présent de ce virage est Alice chef de pompier qui abandonne les parties live pour se présenter comme un cartoon plus conventionnel mais dont le rythme et l'humour sont délectables. Iwerks truffe le film de gags impayables avec ce qui sera sa marque de fabrique à savoir que n'importe quel objet peut prendre vie : les échelles se mettent à courir, les notes de musique deviennent des escaliers, la fumée sert d'ascenseur... L'humour se fait aussi plus corrosif comme les pompiers qui sauvent des victimes en les précipitant dans le vide depuis le haut de leurs échelles, soit la même hauteur que l'étage où ils étaient prisonniers. On note aussi que l'animation même gagne en efficacité et en fluidité. On peut supposer qu'Ub Iwerks imprime son style à Alice Comedies comme il le fera sur la prochaine série qu'il lance avec Walt Disney, Oswald le lapin chanceux. Et encore plus sur une certaine souris nommé Mickey qu'il créa, anima et dont il réalisa seul les premiers épisodes.

Redécouvrir les Alice Comedies est également l'opportunité pour nous de remettre en avant ce brillant animateur un peu oublié aujourd'hui, même s'il n'est présent que sur un seul court de ce programme revigorant. C'est peut-être le seul reproche qu'on peut faire à cette sortie : celui de ne proposer que quatre court métrages alors qu'on aurait pu en rajouter aisément deux ou trois autres dans la sélection. Cela dit, peut-être cela constitue-t-il un avant-goût avant une ressortie plus large (en vidéo ?) puisque la Eye Film institute a annoncé en octobre dernier avoir restauré l'ensemble des épisodes toujours existants. En attendant, la redécouverte de ces quatre épisodes est un saut joyeux dans une fontaine de jouvence pour retrouver une candeur rafraîchissante et entraînante, d'autant que les copies sont somptueuses.


(1) Si vous désirez en savoir un peu plus sur Ub Iwerks et la période pré-Mickey Mouse de Walt Disney, nous ne pouvons que vous encourager à découvrir le double DVD consacré aux aventures d'Oswald, le lapin chanceux qui possède justement trois cartoons des Alice Comedies (non présents dans la séance concoctée par Malavida) et surtout un passionnant documentaire réalisé par la petite fille d'Ub Iwerks, The man behind the mouse, qui regorge d'anecdotes étonnantes, l'occasion de savoir comment Iwerks a sauvé une partie des Oiseaux d'Hitchcock et d'apprendre combien d'Oscars il a rapportés au Studio Walt Disney.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : malavida

DATE DE SORTIE : 7 decembre 2015

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La fiche IMDb du film
Par Anthony Plu - le 7 décembre 2016