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Critique de film
Le film

Alexandre le grand

(Alexander the Great)

L'histoire

Alexandre nait et grandit en Macédoine où il apprend le métier de roi. Il pense qu'il descend d'Achille. Il participe à la Bataille de Chéronée. À la mort de son père, il devient roi à 20 ans. Chef de guerre redoutable, Alexandre le Grand cherchera à étendre son empire au-delà des limites du monde connu. Mais, trahi par ses passions et par ses hommes, celui qui voulut être l’égal des dieux courut tant vers sa chute que vers sa gloire.

Analyse et critique


Il fallut le retour de l’engouement pour les grandes fresques antiques durant les années 50 pour avoir enfin ce premier film occidental consacré à Alexandre le Grand, figure historique dont l’odyssée est pourtant hautement cinématographique. Un projet de cette ampleur constitue une seconde chance inespérée pour Robert Rossen, payée au prix fort après les dénonciations qui lui permirent de ne plus figurer sur la liste noire après plusieurs années d’inactivité. Sa conscience de gauche se ressent dans ses meilleurs films - Sang et or (1947), sur un scénario d’Abraham Polonsky, Les Fous du roi (1949), récit de la corruption morale d’un politique homme du peuple - ; et dans Alexandre le Grand, ce qui l’intéresse est la curiosité et l’ouverture du personnage vers l’extérieur, pas uniquement synonyme de conquête mais aussi de découverte. C’est une forme de réponse aux membres de l’HUAC (Commission sur les activités anti-américaines) pour lequel cet extérieur ne représente que la menace rouge. Si cet aspect est bien traité dans le versant intimiste du film, les aléas de production ne lui permettront pas de montrer ses réelles aptitudes dans la veine plus spectaculaire. La première partie constitue les meilleurs moments du film. La narration se fait linéaire avec l'ouverture sur la naissance d'Alexandre, immédiatement adulé par sa mère et traité en dieu vivant. Le contexte historique est plutôt bien posé, avec Philippe roi macédonien et tyran assoiffé de pouvoir contesté par les peuples conquis et qui a des vues sur la Grèce. Fredric March incarne parfaitement ce despote barbare et inculte, le contraste total de son fils. Richard Burton incarne un Alexandre parfait (bien que trop âgé pour le rôle, la première heure devait initialement avoir un adolescent pour le rôle-titre), arrogant et charismatique en dépit de sa moumoute blonde.


L’acteur est suffisamment subtil pour faire passer le côté torturé et fragile d'Alexandre, qui cherche autant à sortir de l'ombre de son père que d'échapper à l'influence de sa mère. La dimension homosexuelle associée à Alexandre, et largement exploitée par la version d’Oliver Stone, bien qu’impossible à montrer explicitement se ressent néanmoins dans certaines situations (le culte de la perfection physique, la fascination pour les corps dans les scènes de lutte notamment) et par ce mélange d’autorité virile et de vulnérabilité qu’exprime Burton. Pas sûr que Charlton Heston, initialement envisagé, aurait pu être aussi fin. Le jeu de pouvoir et le conflit dont Alexandre est l'objet s'avèrent très bien traités aussi, Danielle Darrieux se montrant très convaincante en mère manipulatrice - sans la dimension un peu incestueuse vue plus tard chez Stone avec Angelina Jolie - malgré son peu d'écart d'âge avec Burton. Les tensions psychologiques, la rivalité galopante entre Philippe et Alexandre, l'attraction du pouvoir, le refus de la vieille garde de céder la place à la jeune génération, cette première partie brasse une foule de thèmes intéressants et captivants. La quasi-absence de batailles ne se fait pas sentir, pris que nous somme dans les intrigues de palais, les déchirements familiaux et le conflit des générations.


C'est donc dans la deuxième partie avec l'accession au trône d'Alexandre que le bât blesse. Rossen avait construit son film dans l’esprit des superproductions de l’époque avec une odyssée de plus de trois heures entrecoupées d’un entracte. Pour des raisons commerciales (un film de trois heures signifie une séance de moins), le studio changea d’optique et le montage échappa à Rossen, les producteurs se livrant à un vrai massacre en coupant le film pour le ramener à une durée de 141 minutes. Cela se ressent malheureusement à l’image avec un spectacle incapable de nous proposer des bataille épiques dignes de ce nom : elles sont le plus souvent elliptiques (quelques fondus enchainés sur des cartes avec de vagues scènes de combat, des maquettes de cités en flammes voire même uniquement narrées en voix off) ou alors très brouillonnes.  L’opposition contre la grande armée perse de Darius est des plus décevantes à ce titre, surtout si à nouveau on repense la merveille de stratégie et de violence que donnera ce moment chez Oliver Stone bien plus tard. Le film, par sa durée trop brève, survole à peine la conquête de l'Inde pour passer de manière un peu artificielle sur un Alexandre contesté par son armée lasse de longues années de batailles que l’on n’a presque pas vues. Un vrai gâchis alors que l’on devine le squelette du vrai grand film contenu dans cet Alexandre le Grand, mais les quarante minutes coupées sont définitivement perdues.


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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 4 juin 2019