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Critique de film
Le film

Alerte aux marines

(The Fighting Seabees)

Partenariat

L'histoire

1942. Les Etats-Unis luttent contre le Japon dans le Pacifique et décident de construire des bases militaires aux endroits stratégiques. Un entrepreneur civil (John Wayne) est chargé de la mission. Après les pertes en hommes que son groupe d’ouvriers subit faute d’avoir voulu l’entraîner, il décide finalement de former ses hommes aux techniques de combat des Marines. Ils se feront appeler désormais les Fighting Seabees, participeront à l’effort de guerre américain et prendront part à certaines batailles.

Analyse et critique

Ce film de série fait partie de tous ceux tournés entre 1941 et 1945 alors que les Américains étaient engagés jusqu’au cou dans la Seconde Guerre mondiale. Ils avaient pour but, outre le divertissement et la propagande, de maintenir ou remonter le moral des troupes ainsi que des civils restés au pays. Dans le lot sortiront des chefs-d’œuvre mémorables comme Casablanca de Michael Curtiz et, dans une optique plus proche du film qui nous intéresse ici, Aventures en Birmanie de Raoul Walsh ou Les Sacrifiés de John Ford.

Il faut donc aussi replacer le film réalisé par Edward Ludwig dans le contexte de l’époque pour en accepter au préalable toutes les conventions : le rictus sadique et méchant (insupportable aujourd’hui) collé sur les "bridés", apparemment tous ravis de tuer ; la vision diabolique de l’ennemi et au contraire tout à fait héroïque des Alliés ; le manichéisme ambiant... Eh bien, malgré cette mise en conditions et l’absence de préjugés,  il est difficile de trouver quelque chose à sauver de ce film belliciste d’une totale médiocrité !

La déception est d’autant plus grande que l’idée de départ (pas mauvaise au demeurant, qui aujourd'hui connaît les Fighting Seabees ?) et le scénario ont été écrits par Borden Chase qui signera plus tard les merveilleux scripts de La Rivière rouge de Howard Hawks et Vera Cruz de Robert Aldrich, et qui collaborera surtout à trois des westerns de l’association miraculeuse formée par Anthony Mann et James Stewart. Contrairement à ces réussites, le scénario est ici très mal construit, mélangeant maladroitement humour plutôt balourd et romance sans intérêt avec l’éternel triangle amoureux pas crédible une seule seconde, film de guerre (comme il se doit) sans énergie ni vrai progression dramatique et même, le temps d’une scène ridicule, comédie musicale (la vision de John Wayne se lançant avec la grâce d’un éléphant dans une danse endiablée est vraiment pénible).

Le manque flagrant de moyens (quasiment une transparence par scène) n’est malheureusement pas contrebalancé par une mise en scène inventive. Au contraire, celle-ci se révèle très terne, sans aucune personnalité ni aucun rythme. Les seules visions assez originales sont celles des combats entre bulldozers alliés et tanks ennemis qui virent même au surréalisme du fait de l’utilisation pour ces scènes de maquettes qui pourraient être les ancêtres des Playmobil !

L’interprétation n’apporte aucune consolation et abaisse au contraire le niveau du film si cela est encore possible : John Wayne a rarement été aussi inexpressif (pourtant il est défini par le personnage féminin comme un rustre caractériel et soupe au lait) et sa mort ne nous touche absolument pas tout en permettant à la morale d’être sauve ; Dennis O’Keefe est aussi charismatique qu’un portemanteau, et la seule question que nous nous posons en voyant Susan Hayward est de savoir si elle n’a pas eu une dispute avec sa coiffeuse avant le tournage tellement cette bonne actrice est peu mise à son avantage ici. Enfin, des seconds rôles pittoresques ou savoureux (à la Walter Brennan ou Thomas Mitchell) ne sont même pas de la partie pour rattraper le coup.

Pour en  terminer, voici une tirade qui résume bien le film : « Nous allons faire un barbecue, il y aura assez de pétrole pour faire griller six générations de Japs. » Tavernier et Coursodon ont parlé de "pire histoire guerrière tournée par la Républic", il est difficile de leur donner tort... Navrant !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 23 novembre 2002