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Critique de film
Le film

A l'ouest du Montana

(Mail Order Bride)

Partenariat

L'histoire

Le vieux Will Lane (Buddy Ebsen) revient dans une petite ville du Montana pour tenir la promesse qu’il a faite à un de ses amis désormais décédé, celle de s’occuper de son fils jusqu’à ce qu’il ait assez de plomb dans la cervelle pour prendre en charge la succession du ranch familial. En effet, Lee Carey (Keir Dullea) est un jeune homme pas très porté sur le travail, préférant aller boire, jouer aux cartes et fréquenter le bordel du coin et notamment Marietta (Barbara Luna). Voyant bien vite que ses leçons de morale ne suffisent pas, Will a dans l’idée de trouver une épouse à cette forte tête, espérant qu’une fois marié Lee deviendrait enfin plus mature. Etant tombé sur une petite annonce, Will se rend à Kansas City d’où il revient avec une jeune veuve déjà mère d’un petit garçon de six ans, Annie (Lois Nettleton). Elle n’est pas spécialement bien reçue par Lee qui ne supporte pas qu’on le force à se caser, préférant, plutôt que de se laisser "domestiquer", écouter les mauvais conseils de ses mauvaises fréquentations dont ceux de son meilleur ami, Jace (Warren Oates). Cependant, le mariage forcé a lieu ; reste à savoir si tout cela va porter ses fruits et si Lee va enfin évoluer vers plus de sérieux...

Analyse et critique

Deuxième film du célèbre scénariste Burt Kennedy, dont les plus grands titres de gloire furent non moins que des sommets du genre, certains des meilleurs westerns de Budd Boetticher (La Chevauchée de la vengeance – Ride Lonesome) et de Gordon Douglas (Sur la piste des Comanches – Fort Dobbs), Mail Order Bride est en revanche un petit western familial anodin de la MGM pour lequel, à mon humble avis, on a peut-être eu un peu trop d’indulgence. Certes Burt Kennedy fut un scénariste génial mais, au vu de ce médiocre western et de la plupart de ceux qui suivront, il faut bien se rendre à l’évidence : ce fut également et malheureusement un bien piètre réalisateur. Non pas que A l’ouest du Montana soit pénible à visionner mais, connaissant le génie de l'écriture de Kennedy lorsqu'il travaillait pour les autres, on pouvait raisonnablement s’attendre à beaucoup mieux. Le scénario adapté d’une nouvelle de Van Cort aurait mieux convenu à un court épisode d’une série télévisée qu’à un long métrage même d’une durée aussi faible qu’ici, à peine 80 minutes. Il s’agit de l’histoire d’un vieil homme chargé par le testament d’un ami décédé de veiller à ce que le fils de ce dernier prenne en charge sérieusement les rênes du ranch familial. Le jeune homme ne pensant qu’à s’amuser, la difficile mission du vieil homme va être d’essayer de lui mettre du plomb dans la cervelle ; n’y arrivant pas par ses leçons de morale, il va avoir l’idée de lui trouver une épouse. Même si pas spécialement originale, le postulat de départ s'avérait éminemment sympathique ; seulement, au final, la prévisibilité du scénario, la faiblesse d'ensemble de l'interprétation et la mollesse de la mise en scène font que le film ne soulève pas vraiment de franc enthousiasme.

Et pourtant le film débutait de la plus belle des manières par la séquence de la rencontre au sein de paysages magnifiques des deux protagonistes principaux (le jeune chien fou et son futur vieux tuteur) sans qu’ils ne connaissent encore leurs identités respectives. Séquence assez cocasse et bon enfant qui laissait présager un délicieux divertissement. S’ensuivait une scène dans un cimetière entre Buddy Ebsen et Paul Fix (interprétant le shérif) laissant à penser que le film de Burt Kennedy allait peut-être également suivre des pentes mélancoliques dans la lignée du bouleversant Ride the High Country - Coups de feu dans la Sierra, le chef-d’œuvre de Sam Peckinpah. Mais on déchante très vite dès la scène suivante au cours de laquelle Buddy Ebsen et Keir Dullea se retrouvent au saloon et qu’une bagarre générale se met en branle. Sans aucun talent pour filmer une telle séquence, plombée par ailleurs par un humour pachydermique et des effets de mise en scène totalement ridicules, Burt Kennedy n’arrivera ensuite jamais à retrouver la qualité des premières séquences, si ce n’est lors de celle du mariage expédié ou bien au moment de cette autre, assez émouvante, des confidences du mari à sa femme quant à ses défauts et son caractère impétueux. Tour à tour humoristique et dramatique, ce western familial devient ensuite bien trop sage, bien trop mou, bien trop naïf pour demeurer captivant. L’absence d’action ne serait pas rédhibitoire si les personnages avaient possédé une certaine étoffe ; malheureusement ce n’est pas vraiment le cas, y compris pour celui interprété par Buddy Ebsen (le compagnon de route de Davy Crockett version Disney ainsi qu’un habitué des films de guerre dans les années 50) qui, bien qu’attirant la sympathie, ne possède rien de bien original ni de vraiment touchant. Le comédien, pour l’une des rares fois en tête d’affiche, n’a pas eu grand-chose à faire d'autre qu’à surveiller du coin de l’œil son protégé. C’est peut-être d’ailleurs la raison pour laquelle Joel McCrea avait auparavant décliné le rôle.

Quant à son partenaire Keir Dullea, dont le titre de gloire aura été d’être le personnage principal de 2001 : L'Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, celui qui aura eu la "chance" de voyager au-delà des étoiles après avoir lobotomisé l’ordinateur Hal 9000, il faut bien dire qu’il ne brille guère par son talent dramatique dans la peau de ce jeune homme turbulent qu’une femme réussira à remettre dans le droit chemin. Warren Oates ne livre pas non plus une performance mémorable en bad guy, pas plus que la charmante Lois Nettleton. Reste la meilleure apparition du film, celle de Marie Windsor dont on regrette qu’elle n’ait eu qu’une seule scène. Piètre réalisateur, directeur d’acteurs très moyen, Burt Kennedy nous étonne encore plus par le fait d’avoir signé ce scénario sans aucune surprise. Comment arriver à se faire à l’idée que l’auteur de ces chefs-d’œuvre d’écriture et de richesse psychologique que sont 7 hommes à abattre (Seven Men from now), L’Homme de l’Arizona (The Tall T), La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome) ou Comanche Station, tous réalisés par Budd Boetticher avec Randolph Scott en tête d’affiche, puisse être le même que celui de ce Mail Order Bride, non seulement insignifiant mais manquant totalement de rigueur ? L’exemple le plus parlant pour le prouver se situe dans l’une des dernières séquences du film : Lee, harcelé par sa mauvaise conscience, décide de quitter le ranch et son épouse ; alors qu’elle est endormie dans la même pièce où il se trouve, après avoir fait en sorte de faire le moins de bruit possible pour prendre feuilles et crayons afin de lui laisser un mot expliquant son départ imminent, au moment d’écrire sa lettre il se la dicte assez fort à voix haute, rendant la scène plus risible que touchante.

Un western plein de bons sentiments, sans action ni violence, tour à tour humoristique et dramatique, pas désagréable à visionner en famille par un après-midi pluvieux (d'autant plus qu'il est tourné au sein de très beaux extérieurs), mais bien trop pantouflard, mollasson et prévisible pour réellement captiver.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 13 janvier 2018