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Critique de film
Le film

5 000 dollars mort ou vif

(Taggart)

L'histoire

Ralph Taggart (Ray Teal) arrive pour s’installer dans l’Ouest en tant qu’éleveur avec son épouse, son fils Kent (Tony Young), ses hommes de main et son troupeau. Le rancher Ben Blazer (Emile Meyer), qui règne sur la région et ne souhaite pas partager ses terres, fait fuir les bêtes, attaque le campement et massacre tous ses membres. Kent échappe miraculeusement à la tuerie et va n’avoir de cesse que de se venger. Blessé, Ben est emmené en ville afin d’y être soigné ; mais Kent fait irruption chez le médecin et tue le fils de Ben qui avait participé au carnage. Le rancher sans scrupules loue alors les services d’un tueur à gages, Jay Jason (Dan Duryea), pour rattraper et liquider Kent contre 5 000 dollars de récompense. Débute une traque en plein pays indien, les Apaches étant sur le sentier de la guerre. Le chasseur de primes et son "gibier" se retrouveront tous les deux dans une mission abandonnée où se sont réfugiés un vieil homme (Dick Foran) qui y exploite une mine d’or, sa cupide et jeune épouse ainsi que sa fille. Mais les Apaches sont déjà en embuscade...

Analyse et critique

Dans les années 60, avec notamment des producteurs de triste renom comme A.C. Lyles, de nombreux westerns avec des budgets minimes sortirent sur les écrans de cinéma, espérant malgré leur aspect "tristounet" faire de l’ombre à la télévision qui programmait à tour de bras des séries westerniennes avec énormément de succès. La plupart de ces longs métrages furent tellement mauvais qu’ils ne parvinrent même pas à traverser l’Atlantique ; ce qui aura au moins eu le mérite d'éviter aux spectateurs européens de se rendre compte de l’état catastrophique dans lequel se trouvait le western de série B à cette époque, alors qu’il avait brillé de mille feux seulement une décennie auparavant, grâce surtout à Universal qui se mettait désormais à distribuer nombre de ces médiocres productions. Sachant que R.G. Springsteen avait souvent été associé durant cette période à A.C. Lyles et à ses productions non seulement totalement fauchées mais de plus extrêmement médiocres, il allait de soi que son nom au générique de Taggart pouvait faire craindre le pire même si son précédent western, La Patrouille de la violence (Bullet for a Badman) avec Audie Murphy, n’avait pas été trop déplaisant. On ne demandait pas au cinéaste ni de révolutionner le genre ni d’être novateur, puissant ou original ; on attendait juste un honnête divertissement... Il ne sera même pas parvenu à nous l’offrir ! En lieu et place, il délivre un effroyable navet, un film de série Z ultra cheap et que rien ne parvient à hisser des tréfonds de sa totale nullité.

C’est d’autant plus triste et rageant que l’on voit cachetonner de talentueux habitués du genre tels Ray Teale qui ne dépasse pas les premières bobines, Emile Meyer qui passe son peu de temps de présence couché et gémissant suite à ses blessures, ou au contraire de nouveaux visages tel David Carradine (placé en bonne place sur la jaquette, pas moins qu’en haut de l’affiche) qui non seulement n’ouvrent pas la bouche mais "dégagent" aussi vite qu’ils étaient apparus. Quant au souvent jubilatoire Dan Duryea, il nous prouve ici que lorsqu’il était mal (ou pas) dirigé il pouvait se révéler un insupportable cabotin. Concernant le reste du casting, nous ne sauverons du lot que Dick Foran dans le rôle du vieil homme mal marié, le seul personnage possédant un tant soi peu d’âme, de chair et de sang. En effet, les deux actrices n'ont rien d'autre à nous offrir que leurs charmes (et surement pas leur talent dramatique) ; quant à Tony Young, rarement un comédien de western aura été tour à tour aussi mauvais, terne et peu charismatique. Il est donc d'emblée tout à fait impossible de s’attacher à qui que ce soit. Quand en plus il faut se coltiner un western dont toutes les séquences d’action utilisent une majorité de stock-shots d’autres précédents films (ici, pêle-mêle, Hondo, A l’assaut de Fort Clark, Les Cavaliers de l’enfer, L’Héroïque lieutenant...), et que bien évidemment les plans de ces films ne s’intègrent plastiquement pas du tout avec ceux tournés en 1965 (avec une colorimétrie et des contrastes totalement différents en raison aussi du vieillissement des stock-shots), on obtient souvent un résultat non seulement pas du tout crédible mais pour être franc tout à fait insupportable. La partition d’Herman Stein a beau faire son effet, elle n’est constituée elle aussi que d’extraits non réorchestrés de quelques-unes de ses musiques de western précédentes..

Mais la récupération ayant ses limites, un tel niveau de je-m'en-foutisme et d’incompétence doublé un scénario d’une désolante banalité ne motivent pas à écrire plus sur un film qui ne pourrait de toute manière plaire qu’aux complétistes purs et durs. Nous nous en tiendrons donc à ces quelques lignes afin de ne pas plus perdre notre temps.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 2 janvier 2016