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Critique de film
Le film

12 hommes en colère

(12 Angry Men)

Partenariat

L'histoire

Douze jurés d’un procès pour meurtre sont enfermés dans une pièce pour rendre leur jugement sur la culpabilité d’un gamin de 18 ans accusé du meurtre de son père. Le cas est accablant, les indices à charge se sont accumulés contre le jeune homme et certains membres du jury sont déjà prêts à repartir quand un homme, un seul, le juré n°8, demande à réétudier certains éléments du dossier. Point par point, il va tâcher de convaincre les autres membres du jury, non pas que le jeune homme est innocent, mais qu’un doute légitime demeure quant à sa culpabilité.

Analyse et critique

Sidney Lumet est déjà un réalisateur de télévision chevronné lorsqu’on lui soumet l’idée de réadapter pour le cinéma la pièce dramatique de Reginald Rose portée à l’écran par Franklin Schaffner pour la série Studio One en 1954. De cette expérience de stakhanoviste de la chaîne CBS, Lumet avoue lui-même avoir retenu des principes essentiels ayant conditionné le cinéaste qu’il est devenu, au premier rang desquels l’efficacité, la précision et la discrétion de la mise en scène. Ces trois qualités, qui en font un cinéaste tout sauf spectaculaire et ont participé à sa très injuste réputation de réalisateur impersonnel, étaient déjà perceptibles dans cette première réalisation pour le cinéma, produite par le comédien vedette Henry Fonda.

Evidemment, le script de Reginald Rose était d’une rare efficacité, narrative autant que symbolique, et le film bénéficie sans nul doute de cette qualité d’écriture pour instaurer une réelle tension dramatique autant qu’il ouvre d’innombrables pistes de réflexion sociales (bien des préjugés culturels, générationnels, ethniques sont tour à tour démontés) comme philosophiques : 12 hommes en colère est moins un film dénonciateur, à charge contre les dysfonctionnements de la justice humaine, qu’un essai théorique sur le droit au doute ; il se garde ainsi bien de conclure, d’une manière ou d’une autre, et l’absence de cette esbroufe sensationnaliste qui entache bien des films de prétoire n’est pas la moindre des qualités du film. D’ailleurs, Sidney Lumet aura l’occasion, dans d’autres films, d’explorer sous d’autres angles certaines des thématiques du film, de la question de la justice (The Verdict, Find me Guilty...) à celles de l’existence interne et de la cohésion des collectivités humaines, qu’elles soient éphémères ou durables (The Group ou la famille dans Before the Devils Knows You’re Dead).

Sur ce dernier point, l’émulation intellectuelle autant que les inévitables tensions entre les jurés sont restituées par l’interprétation irréprochable d’un casting 100 % masculin et 100 % parfait (les trois plus virulents partisans du vote "coupable" en particulier - Lee J. Cobb, E.G. Marshall et Ed Begley - étant, chacun dans son registre, exceptionnels). Mais puisqu’un bon scénario et un bon casting ne suffisent pas forcément à faire un grand film (ce que 12 hommes en colère est assurément), attardons-nous pour finir sur la grande maîtrise de la mise en scène de Sidney Lumet, parcimonieuse dans ses effets mais d’une minutie d’orfèvre : par le choix des cadrages autant que par la disposition des protagonistes à l’intérieur d’icelui ; par une utilisation pertinente et marquante des gros plans comme des plans larges ; par l’attention portée à la lumière (le directeur de la photographie étant le grand Boris Kaufman) ou aux focales (Lumet changeait régulièrement la longueur de celles-ci pour modifier la profondeur de champ et ainsi accentuer la sensation de claustrophobie), tout concourt à la dramatisation de cet instant, et à d’une certaine manière son inscription dans l’éternité. Douze hommes en colère sont enfermés dans une pièce, et en même temps que leur vote, c’est l’humanité qui bascule.

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La fiche IMDb du film
Par Antoine Royer - le 21 octobre 2011