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Interviews

Suite de notre série de discussions avec les éditeurs et détenteurs de catalogue, où nous sommes cette fois allés rendre visite à Lobster Films, la société de Serge Bromberg, toujours en quête de trésors cachés et qui continue vaillamment de promouvoir le patrimoine cinématographique en noir et blanc. C'est dans des locaux flambant-neufs, à quelques rues de leur boutique historique du 11e arrondissement parisien, que nous avons pu découvrir une structure très professionnelle mais toujours motivée par une passion indéfectible pour le cinéma...

DVDClassik : Racontez-nous la façon dont vous gérez les films que vous dénichez. Les stocks de bobines sont-ils éparpillés ?

Lobster : C'est Serge Bromberg puis, très rapidement, Eric Lange qui commencent la collection, il y a 30 ans. Lobster est créé en 1985, la collection grandit sur deux flancs : une partie française et une partie américaine. La majorité des éléments sont stockés dans des fonds d'archives européens et américains comme la UCLA (Université de Californie) à Los Angeles, la Bibliothèque du Congrès à Washington, l'Académie des Oscars, la Cinémathèque française, les Archives Françaises du Film, la Cinémathèque de Toulouse.

DVDClassik : Comment faites-vous les acquisitions ?

Lobster : Il y a plein de chemins différents. Il y a eu une grosse période de dons dans les années 80-90. Ce sont des particuliers ou d'anciens collectionneurs, des enfants qui récupèrent le stock de leurs parents et qui, ne sachant pas quoi en faire, préfèrent nous les donner. Depuis quelques années, c'est beaucoup d'achat sur Internet, des petites affaires qui tombent par-ci, par-là...

DVDClassik : On vient vous voir, vous solliciter ?

Lobster : Oui, c'est vraiment le hasard. Pour tout ce qui est don, nous récupérons surtout des copies. Mais il y a aussi des grosses périodes de rachats de lots ou de catalogues comprenant des négatifs. C'est le hasard. Nous sommes à peu près à 30 % de copies et 70 % d'éléments de tirage (négatifs originaux, éléments de laboratoire, interpositifs, "marrons", etc.).

DVDClassik : Cela veut-il dire que vous avez un budget dédié à la conservation, pour payer le stockage ?

Lobster : Les archives ne font rien payer, quel que soit le pays. Cela peut être amené à changer à tout moment, et nous poser problème, mais généralement ce qui est stocké en archive est un élément unique et revient donc au Trésor National. Même s'ils ne sont pas propriétaires, ils payent la conservation. Ce qui est systématiquement facturé dans les archives européennes (c'est moins le cas en Amérique), ce sont les sorties définitives.

DVDClassik : Y a-t-il un inventaire ?

Lobster : Oui, il est assez précis. En nombre d'éléments, c'est assez fiable. Le problème est qu'on ne connaît pas toujours le nombre de boîtes par élément. Je regardais ce matin : nous sommes à peu près à 65 000 ou 66 000 éléments. Nous estimons environ une moyenne de 3 boîtes par élément, pour un total qui pourrait atteindre 200 000 ou 300 000 boîtes. Cela dépend de la manière de compter. Nous avons racheté le catalogue RKO il y a maintenant cinq ans, en cédant ad vitam les licences déjà existantes (Warner possède l'hémisphère américain et l'Europe). Mais nous sommes officiellement propriétaires : tout le matériel RKO nous appartient. Sauf qu'il y a des éléments dans beaucoup d'endroits dont nous ne connaissons pas l'existence. Cela représente peut-être 60 000 boîtes, que nous ne comptons pas. Beaucoup sont chez Warner.

DVDClassik : Cela veut-il dire que lorsque Warner souhaite restaurer un film RKO, ils peuvent vous contacter et vous demander les éléments ?

Lobster :  Oui, mais ils ne le font jamais.

DVDClassik : Avez-vous des représentants dans différents pays pour travailler avec chaque fonds d'archive ou vous déplacez-vous ponctuellement ?

Lobster :  Nous travaillons au cas par cas. Mais, depuis les années 90, une partie des ventes internationales sont assurées par MK2, qui distribue notre catalogue. Le Japon sort des films RKO l'an passé, nous sommes en lien avec eux, leur fournissons le matériel restauré, mais c'est MK2 qui a finalisé la vente.

DVDClassik : Vous possédez le matériel RKO mais est-ce le même que Warner utilise pour ses restaurations ?

Lobster : Warner refuse de nous donner leur matériel alors qu'ils sont censés le faire. Ils ont sans doute retiré des éléments des archives avant notre rachat et ne les ont jamais rendus. Et, pour les obtenir aujourd'hui, c'est très compliqué. Mais il nous arrive de trouver de meilleurs éléments que ceux qu'ils possèdent, comme par exemple pour King Kong que nous avons restauré l'année dernière. Nous sommes tristes de ce constat, nous avons tout essayé. Le contrat est très clair : si l'une des deux parties restaure un film, l'autre partie aura le droit d'acquérir la restauration pour la moitié de ce que cela aura coûté. Nous les avons appelés, peut-être trois mois après l'achat des RKO : « Nous savons que vous avez refait Citizen Kane, nous aimerions utiliser votre restauration. »  - « Mais pas de problème, nous vous facturerons la moitié. La restauration a coûté 800 000 $, ce sera 400 000 $ pour le DCP. »  Ils fonctionnent comme cela. Sur les 5-6 dernières années, les majors américaines traitent les négociations des droits en Europe avec hégémonie. Même en demandant à une major de sortir un titre parce qu'on y tient, ils ne prendront pas le temps de nous parler parce qu'un seul titre est insuffisant.

DVDClassik : L'oeuvre les intéresse moins que ce qu'elle peut rapporter... Revenons à vos catalogues et stocks de bobines : comment choisissez-vous les titres que vous allez restaurer puis éditer ?

Lobster : Tout fonctionne selon nos goûts et nos envies du moment. Par exemple, sachant qu'il y avait l'événement Henri-Georges Clouzot l'année dernière, nous avons voulu faire un beau coffret de ses premiers scénarios et adaptations. Ou nous pouvons être au café ou dans nos locaux, en fin de journée, en train de boire un jus de fruit, et on se dit : « Tiens, ce film m'amuserait bien. » Il y a aussi les clients qui nous envoient des mails demandant certains titres, comme cette année Disque 413, un film d'espionnage de Richard Pottier. C'est aussi un échange avec le public.

DVDClassik : Vous numérisez beaucoup, sans forcément les sortir ensuite ?

Lobster : Nous numérisons beaucoup, voire trop. (Rires) Ce n'est évidemment jamais trop mais financièrement, cela a un coût. La majorité de notre collection est scannée dans nos locaux (nous ne faisons pas de scan par immersion) tandis que les "restaurations majeures" sont scannées à l'extérieur. Nous numérisons ici entre deux et trois heures d'images par jour, ce qui fait une bonne quantité de données, à peu près 30 To par semaine. Une majorité de ces images part en "restauration mineure" (un peu de nettoyage, de stabilisation) ou part en "sortie de scan", avec étalonnage, recadrage et éventuellement un tout petit peu de stabilisation. Nous scannons en 2K ou 4K, et cela nous donne une bonne qualité d'image.

DVDClassik : Que faites-vous des restaurations "majeures", une fois finalisées ?

Lobster : Les restaurations "majeures" ne sont pas en quantités énormes et ont quasiment toutes été éditées. Nous hésitons parfois à rééditer certains titres, comme les films de Guy Gilles que nous sommes en train de refaire et qui étaient sortis aux Editions Montparnasse. La majorité de ce que nous scannons sert de stock-shots : tout est disponible pour la vente d'extraits. Il n'y a pas un documentaire qui passe aujourd'hui sur Arte ou France 5 qui ne contienne pas d'extraits Lobster. Le scan en continu est surtout là pour ça. Nous faisons aussi beaucoup de "circulation non commerciale", en festivals ou en séances exceptionnelles. Cela équivalait à près de 500 projections en 2016.

DVDClassik : Comme les fameux Retour de flamme ?

Lobster : Non, ça c'est autre chose. Pour les Retour de flamme, on nous demande certains films et nous les envoyons. Nous faisons partir des DCP tous les jours, notre collection de 350 DCP circule en permanence. Ce sont des court métrages, des dessins animés, des documentaires qui ne sont pas forcément visibles en vidéo car nous ne pouvons pas tout éditer.

DVDClassik : Vous arrivez quand même à bien faire vivre votre fonds, vous maitrisez bien l'auto-gestion. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et créer votre propre site de VOD ?

Lobster : C'est une question qui nous trotte dans la tête depuis un moment, surtout que c'est matériellement plus facile à faire aujourd'hui. Autant la SVOD (par abonnement, avec consommation illimitée) change beaucoup les choses, autant la VOD à l'acte a toujours eu des résultats très mauvais. C'est très difficile de faire payer quelqu'un pour ne rien avoir. C'est exactement le même principe que la carte illimitée au cinéma, qui marche très bien parce qu'on n'a pas l'impression de payer quand on va en salle, alors que quand on n'y va pas suffisamment, on paye plus cher au final. Il y a plusieurs problématiques, comme d'abord de ne pas se fâcher avec nos partenaires, comme FilmoTV, qui nous achètent entre 10 et 20 films par an. Après, c'est un énorme travail d'éditorialisation pour que cela fonctionne. C'est aussi se fermer la porte à d'éventuelles ventes exceptionnelles, comme chez Netflix, etc., où on espère toujours vendre un film ou deux par an. Mais aujourd'hui, on est à zéro : Amazon ou Netflix, sur le patrimoine, c'est une catastrophe. Gaumont a réussi à trouver des accords avec eux, mais ce ne sont pas n'importe quels films. Quelque chose de plus linéaire, comme une web tv, nous aurait tentés pendant un moment. Nous avions même réfléchi à une web tv gratuite disponible sur les box Internet.

DVDClassik : Après l'aventure de L'Enfer, avoir retrouvé les bobines oubliées du film de Clouzot, y a-t-il eu d'autres belles surprises de ce genre ?

Lobster : Aussi symbolique et mythique que L'Enfer, non. Mais on redécouvre tous les jours des choses incroyables. L'année dernière, pendant que nous travaillions sur Le Roi des rois de Cecil B. DeMille, nous sommes tombés sur ce bout de négatif Technicolor. On n'y croyait pas ! On a même retrouvé un making of du tournage tourné en 35mm, des extraits assez incroyables qui sont dans notre édition. Le statut de L'Enfer est quand même original. Beaucoup de films n'ont jamais été terminés, on en a vu beaucoup, il y a même en ce moment un travail effectué aux Etats-Unis sur The Other Side of the Wind, le dernier film d'Orson Welles. J'étais à Vezoul avec Serge Bromberg, il y a trois semaine, après être tombé sur une annonce du Bon Coin, par hasard. Le père du vendeur était collectionneur, le fils voulait se débarrasser de tout. On repart de là avec 300 boîtes de nitrate, dont une copie du Roi des rois. Trois mois après avoir fini notre restauration... Elle n'aurait pas été nécessaire mais bon... Et sur ces 300 boîtes, dix sont merveilleuses et 290 ne serviront jamais, mais c'est comme ça. Il a été difficile en affaire : c'est toujours compliqué d'expliquer que ces films ont, en soi, une valeur commerciale mais que nous devons aussi payer notre propre travail. Ce n'est pas juste acheter la bobine et la revendre.

DVDClassik : C'est comme ces héritiers qui demandent des sommes faramineuses pour des films qui ne rapportent plus.

Lobster : Avec les auteurs, on arrive généralement à se mettre d'accord. 90 % de la négociation passe par la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) qui est extrêmement cadrée. On a quelqu'un ici qui fait du juridique quasiment à plein temps, qui passe son temps à échanger avec la SACD des droits sur tel film ou tel auteur à renouveler. C'est plus compliqué lorsqu'on traite directement avec les ayants-droit, surtout s'ils sont persuadés de posséder des milliards d'euro.

DVDClassik : Le Roi des rois est un film Paramount. Comme êtes-vous arrivés à le sortir ?

Lobster : Les droits ont été récupérés par la petite-fille de Cecil B. DeMille, avec qui nous travaillons depuis longtemps. Elle possède une grosse partie des droits d'auteur et les droits producteur pour certains films que DeMille avait rachetés. Extrêmement croyant, il avait racheté Le Roi des rois pour le projeter gratuitement dans les églises. Nous avons simplement racheté ces droits pour le monde. Les droits pour l'Amérique du Nord sont détenus par Criterion.

DVDClassik : Comment s'est déroulée la restauration ? Le film a-t-il été scanné aux Etats-Unis ?

Lobster : Une partie a été scannée dans nos locaux. Le reste a été scanné dans les archives où avait été déposé le matériel, une partie à l'UCLA et l'autre à la George Eastman House, dans l'Etat de New York. Depuis quelques années, surtout en Amérique et de plus en plus en Europe, les archives se sont équipées de laboratoires. Le CNC, en France, en possède un depuis très longtemps. Les laboratoires d'archive n'ont, en général, pas de vocation commerciale. Depuis globalement ces cinq dernières années, tous les gros fonds d'archive (comme la Bibliothèque du Congrès et la George Eastman House, aux USA, ou le Eye Film Institute, aux Pays-Bas) ont acheté des scanners. Aux Etats-Unis, il y a eu une grosse vague de legs (déductibles des impôts) à ces institutions, par des collectionneurs et d'anciens producteurs. Toutes les archives américaines en ont profité pour ouvrir de gros centres de stockage, la UCLA a par exemple créé le Hewlett Packard Center en 2015. Lorsque nous restaurons des éléments stockés en archive, ils proposent généralement de faire les scans eux-mêmes et peuvent ensuite récupérer ces scans bruts, les éléments numériques de leur matériel conservé. Ils pensent aussi à leur avenir : même s'ils n'en sont pas propriétaires, les archives ne vivent que des éléments en leur possession. Selon les accords, les échanges, nous pouvons aussi payer le scan. Mais nous gardons avec eux des relations d'archive : s'ils nous appellent en nous demandant du matériel qu'ils souhaitent restaurer, nous allons chercher nos bobines, les scannons et leur envoyons les fichiers. Il n'y aura jamais de facture : un échange de bons procédés. Nous fonctionnons comme cela. Bref, une fois que tout est scanné, les fichiers sont réunis ici.


Julien Duvivier, bientôt à l'honneur chez Lobster

DVDClassik : Avez-vous utilisé différents éléments pour restaurer Le Roi des rois ?

Lobster : C'était un vrai micmac. Il y avait en tout 4 ou 5 éléments, une partie du négatif Technicolor et des éléments de tirage.

DVDClassik : Y a-t-il d'autres exemples de ce type qui sont en projet ?

Lobster : Nous n'avons pas d'autre film américain cette année. Il y a pas mal de films français dans les tuyaux, notamment une grosse période de films de Duvivier muets, avec l'objectif d'un gros coffret de 6 ou 7 longs métrages, vers le début 2020. Nous avons complètement refait les plus célèbres comme Au Bonheur des dames ou Poil de carotte, et d'autres moins connus, certains de sa partie chrétienne comme L'Agonie de Jérusalem ou La Vie miraculeuse de Thérèse Martin.

DVDClassik : L'engouement autour de Julien Duvivier depuis des années est-il la conséquence du procès intenté contre René Château en 2006 ?

Lobster : Pour Duvivier, cela a toujours été compliqué et les statuts sont très différents selon les périodes. René Château a revendiqué les droits sur ses films muets pendant très longtemps et a perdu le procès que nous lui avions intenté à la fin des années 1990. Nous n'avions alors pas les moyens techniques et financiers de restaurer tous ces muets, un budget qui est de 700 000 ou 800 000 €. Le potentiel commercial est très bas : si nous avons pu trouver des financements supplémentaires pour pouvoir travailler dessus aujourd'hui, c'est aussi clairement grâce au CNC. Sinon, nous refaisons deux films américains prévus pour l'année prochaine. D'abord La Chevauchée fantastique (Stagecoach) de John Ford, dont nous avons récupéré par hasard les droits vidéo pour la France lors du rachat du catalogue RKO. Le matériel est à l'Académie des Oscars. Il sera restauré cette année pour une sortie au printemps 2019. L'autre film, que nous avons acheté il y a très longtemps et qui nous tient beaucoup à coeur, est House by The River de Fritz Lang. Le négatif a été détruit, il nous reste le "marron" tiré de ce négatif.


La Chevauchée fantastique, prochainement chez Lobster

DVDClassik : Vous possédez donc le catalogue RKO et l'on trouve même des Blu-ray japonais de vos restaurations...

Lobster : Le monde a été pas mal découpé au niveau des droits mais la majorité des cessions se termineront bientôt. Il reste encore quelques contrats, par-ci par-là, signés il y a dix ou quinze ans pour des durées de dix ou vingt ans, qui sont donc en train de s'éteindre. D'ici deux ou trois ans, il ne restera que Warner et nous.

DVDClassik : Avez-vous travaillé sur tous les RKO ?

Lobster : Non ! C'est du travail quotidien. Pour des raisons financières évidentes, nous avons commencé par travailler sur les gros titres. Nous avançons petit à petit. C'est compliqué de se lancer dans des restaurations puisque nous ne possédons que les territoires Asie et Océanie, qui sont assez difficiles à exploiter. C'est une question de rentabilité, tout simplement. Le marché asiatique est très compliqué, extrêmement piraté : l'Inde et la Chine sont des marchés incroyables mais récupérer de l'argent d'une vente en Inde ou en Chine est encore plus incroyable ! On arrive heureusement à faire quelque chose, par-ci par-là, mais pour l'instant notre principale source de revenus avec RKO est la vente de stock-shots, d'extraits pour des documentaires. Nous avons aujourd'hui numérisé plus d'une centaine de titres RKO, sur un total de 720, sachant qu'environ 300 sont considérés comme perdus. Mais il existe sûrement des éléments que nous espérons retrouver un jour... C'est compliqué pour nous d'en faire plus, pour l'instant. Nous pourrions éditer aujourd'hui plein de films qui n'existent pas en France, mais nous n'en avons pas les droits puisque c'est Warner qui les possède pour la France (en plus de l'Europe et l'Amérique).


House by the River, prochainement chez Lobster

DVDClassik : La politique très restrictive des majors américaines, qui font de moins en moins vivre leur catalogue, pourrait-elle changer ?

Lobster : C'est le domaine public qui va faire changer les choses. Nous possédons du matériel qui n'est pas encore dans le domaine public mais qui va bientôt y tomber. Aux Etats-Unis, historiquement, les films étaient protégés 75 ans après leur sortie. En 1997, s'apercevant que Blanche Neige et les sept nains tomberait bientôt dans le domaine public, Disney et les autres majors demandent un rallongement. Le copyright est alors rallongé de 20 ans, à 95 ans après la sortie du film. Nous sommes en 1998. Or, le problème se repose aujourd'hui puisque nous sommes 20 ans plus tard. Fin 2017, on se disait tous : « Pourvu qu'ils ne fassent pas un nouveau prolongement de copyright avant le 31 décembre ! » Le prolongement n'a finalement pas eu lieu et les films commenceront donc à retomber dans le domaine public, sans extension, à partir du 1er janvier 2019 - pour les films de 1923. Puis ce sera 1924, 1925, etc. Dans moins de dix ans, on commencera à attaquer les premières années du cinéma sonore. Il faudra attendre 2045 pour les films tournés en 1950, donc ce n'est pas pour tout de suite et le marché aura bien changé d'ici là. Du coup, c'est la seule chose qui va presser les majors car le nombre d'années qu'il leur reste pour faire de l'argent sur les films est compté. Dans dix ans, un film de 1933 est partout, légalement : cela va les forcer un peu à réfléchir... Ils pourront continuer à exploiter le film après le placement dans le domaine public mais auront, à ce moment-là, intérêt à verrouiller le matériel, avoir fait en sorte d'être propriétaires des meilleurs éléments. Quelque chose d'autre risque de se mettre en place à un moment ou un autre : le copyright sur la version restaurée. Légalement, cela existe déjà d'un point de vue industriel : celui qui fabrique est propriétaire de son matériel restauré. Nous nous battons contre cela en permanence, contre ceux qui veulent exploiter nos masters. Du point de vue de la propriété intellectuelle, ce n'est pas encore acté.

Après, pour répondre à votre question, il suffit que la bonne personne arrive à la tête d'une major, aime le cinéma de patrimoine et débloque tout cela en ouvrant un département dédié aux restaurations et en y allouant plusieurs millions de dollars par mois. Warner, qui possède l'un des plus gros catalogues et est sans doute le plus actif en terme de patrimoine, a essayé de relancer ses restaurations avec le TCM Festival à Los Angeles. Ils ne croient plus au support physique, estiment que les licences passées à l'étranger ne rapportent pas assez. Ils n'ont pas cette vision du public comme nous pouvons l'avoir en Europe, c'est clair. Jusqu'au jour où...

DVDClassik : Parlez-nous du cas Charade, film Universal réalisé par Stanley Donen, que vous avez sorti en Blu-ray.

Lobster : Un certain nombre d'informations inscrites dans les génériques des films sont nécessaires au copyright, ce qui n'est pas le cas sur Charade. Il y a eu une erreur et le film n'est donc pas copyrighté. Universal a maintenu le doute pendant très longtemps, jusqu'à ce qu'un juge ordonne de le re-copyrighter à cause des droits sur la musique de Henry Mancini, qui étaient déposés. Donc le film appartient à son studio d'origine, Universal, et au propriétaire de la musique de Mancini SUR L'IMAGE, en l'occurence Lobster - car nous avions eu l'opportunité de racheter les droits de la musique. Universal et Lobster se partagent les droits mondiaux sur ce film, un accord légal du juge par application de la jurisprudence. C'est l'un des rares films à être tombé dans le domaine public et à en être ressorti.

DVDClassik : Cela veut-il dire que vous avez financé votre propre restauration ?

Lobster : Exactement. Il se trouve qu'Universal n'avait plus de matériel. C'est la personne qui possédait les droits musicaux qui avait récupéré les négatifs. En Iui rachetant ces droits, nous avons repris le négatif.

DVDclassik : Avez-vous aussi racheté les films de Nelly Kaplan ?

Lobster : Nous avons racheté, il y a quelques années, la société Cythère Films qui était la société de Nelly Kaplan.

DVDClassik : Possédez-vous d'autres catalogues ?

Lobster :  Oui, cela peut concerner des auteurs comme Guy Gilles. C'est le hasard des rencontres.

DVDClassik : Vous êtes en train de sortir les films de Nelly Kaplan en DVD et Blu-ray. Comment est l'accueil du public ?

Lobster : Ce sont plutôt des bonnes ventes. A fin 2018, on sera à 18 mois d'exploitation, je pense qu'on touchera les mille exemplaires vendus. Pour nous, c'est un bon résultat. Nous les avons édités en combo DVD / Blu-ray parce qu'il y a la subvention du CNC, sinon cela n'aurait été qu'en DVD. Sauf pour La Fiancée du pirate que l'on aurait sans doute tenté en Blu-ray.

DVDClassik : A propos des restaurations, travaillez-vous le nitrate dans vos locaux ?

Lobster : S'il n'y a pas d'autorisation spéciale, la réglementation limite à 30 kg de nitrate par lieu de stockage. Cela correspond, en gros, à deux longs métrages. Nous respectons cette information à la lettre, sachant que plus personne ne peut obtenir d'autorisation dans Paris intra-muros, et que nous essayons d'avoir le moins de nitrate possible sur notre site. Après, même si cela reste dangereux, qu'il faut faire attention et ne pas en avoir trop au même endroit, s'il est bien conservé et bien manipulé, le nitrate n'est pas non plus de la nitroglycérine. Certains de mes prédécesseurs étaient beaucoup plus inquiets que moi sur le sujet, c'est sans doute une question de génération.

DVDClassik : Faites-vous aussi de la réparation mécanique sur place ?

Lobster : Oui, quand cela est nécessaire. Notre scanner est heureusement extrêmement tolérant, il y a très peu de réparations à faire pour passer les bobines. S'il y a du travail photochimique pur, comme en cas de disséquation ou de détente du film, etc., on l'emmènera évidemment en laboratoire.

DVDClassik : Etes-vous prestataire pour d'autres sociétés ?

Lobster : Il nous arrive parfois de faire des restaurations pour la Cinémathèque ou de nettoyer un peu plus certains stock-shots pour des clients, mais ce sont des cas très particuliers. Nous passons 99,5 % du temps de la restauration image sur la collection. Ce département emploie sept personnes. Nous sommes un laboratoire commercial sur tout le reste : son (le studio L.E. Diapason, créé avec le laboratoire Eclair), cinéma (création de DCP, etc.), vidéo (numérisation de Béta Num, HDCam, transcodage, etc.). Notre nodal est assez volumineux, nos capacités de stockage sont assez élevées. Nous faisons aussi de la production, de la location d'auditorium ou de salles de montage. 

DVDClassik : Toutes ces activités annexes équilibrent en fait votre budget global...

Lobster : L'équilibre financier de Lobster tient uniquement à la multiplicité de ses activités. Il y a des années où certains départements rapportent très peu quand d'autres peuvent mieux s'en sortir. C'est un principe très important chez Lobster : tous nos besoins peuvent devenir des services. Si l'une des salles de montage, que nous pouvons utiliser pour nos propres documentaires, n'est pas occupée alors nous la proposons en location. Nous n'avons pas de service commercial et travaillons surtout avec les sociétés de production amies. Trois documentaires de 52 minutes ont été produits ici depuis le mois de novembre, nous sommes plutôt contents.

DVDClassik : C'est une structure bien pensée et perenne.

Lobster : Exactement. Et il y a des périodes meilleures que d'autres. Lorsque je suis arrivé à Lobster, en 2011, nous étions 6. C'était une mauvaise période. Aujourd'hui, nous sommes 29... C'est aussi le hasard des rencontres, des personnes qui se sont investies et ont mis énormément de coeur à l'ouvrage.

DVDClassik : Vous êtes tous des passionnés. D'où venez-vous ?

Lobster : Nous avons des profils techniques qui sortent de BTS audiovisuel, des profils fac, principalement étudiants en cinéma, et des profils avec stages en laboratoire, édition ou distribution. Aujourd'hui Lobster tourne bien, il y a de nombreux appels d'offre, nous essayons de développer et produire des éditions au maximum. Nous sortons jusqu'à 30 titres par an, avec 5 ou 6 beaux coffrets en 2017, donc le Clouzot avant Clouzot, le coffret en bobine métallique Chaplin comprenant deux documentaires maison, réalisés par Serge Bromberg et Eric Lange, sur la naissance de Charlot et sur son frère ainé, Sydney Chaplin.

DVDClassik : Comment se portent les ventes DVD ? Savez-vous qui sont vos clients ?

Lobster : Les ventes se maintiennent en DVD. En sortant un titre, on sait que nous en vendrons plusieurs centaines à long terme. Comme notre catalogue est immense, nous pouvons nous permettre de faire beaucoup de sorties qui s'équilibrent, qui se compensent au niveau commercial. Nous avons parfois des sorties qui se passent extrêmement bien, comme L'Ordonnance avec Fernandel, ou L'Inhumaine de Marcel Lherbier qui a beaucoup plus fonctionné sur Amazon que dans les Fnac. Pour un film Art déco des années 20, ce fut une surprise, il y a eu un véritable emballement sur Internet. D'autres ventes n'ont pas suivi, comme Le Monde perdu de Harry O. Hoyt, que nous avions restauré avec les teintes d'origine. Nous avons été déçus. Nous vendons principalement en France. C'est un public de fidèles dont nous recevons régulièrement des appels ou des mails dans le but de s'informer des futures sorties. Nous essayons d'entretenir cet esprit en étant un peu plus actifs sur les réseaux sociaux. Nous mettons davantage d'extraits vidéo en ligne pour annoncer des sorties, en leur demandant des suggestions éventuelles, leurs impressions, des retours. Nous essayons d'avoir un vrai échange avec eux. Nous essayons aussi d'aller chercher un public différent lors de festivals de cinéma. En 2017, pour accompagner le centenaire de la Révolution russe, nous avons sorti La Ligne générale d'Eiseinstein ou Aelita reine de Mars de Protazanov. Nous n'avons pas hésité à faire la Fête de l'Humanité pour vendre ces films car la thématique s'y prêtait bien.

DVDClassik : Cette thématique russe a-t-elle trouvé son public ?

Lobster : Elle a mieux marché (environ + 20 %) que les titres habituels de notre collection orange, qui sont des films que nous sortons pour notre propre plaisir et que nous vendons entre 200 et 400 exemplaires. Même si nous les présentons dans de bien meilleures copies, il est toujours difficile de revendre des films qui ont déjà connu de multiples éditions par le passé.

DVDClassik : Vous avez également relancé une collection autour du cinéma américain, avec des films libres de droit qui étaient souvent disponibles dans une qualité déplorable.

Lobster : Nous avons commencé cette collection avec des titres qui ont été souvent édités mais nous allons en proposer quatre plus rares, l'année prochaine, provenant du studio RKO.

DVDClassik : Possédez-vous le matériel de ces films ?

Lobster : Il y a 20 titres (sur 720) dans le domaine public, nous pouvons donc les exploiter en France. La majorité du matériel RKO appartient à la Bibliothèque du Congrès, et nous y avons accès.

DVDClassik : Warner y a-t-il également accès ?

Lobster : S'ils le souhaitent, oui.

DVDClassik : Quelle est la part de l'import dans vos ventes, notamment pour les films muets ?

Lobster : Avec Amazon, on ne peut pas savoir. Sur la boutique de notre site, nous sommes à environ 10-15 % d'achats venant de l'étranger. Mine de rien, avec les spectacles Retour de flamme qui tournent beaucoup hors de France, nous avons un public à l'international : Serge Bromberg fait six à huit dates par an, (Abu Dabi, Israël, Etats-Unis, etc.) et une ou deux en France.

DVDClassik : Votre nouveau site internet est très convivial. Est-ce que la boutique fonctionne bien ?

Lobster : Cela peut faire 10 % des ventes. C'est faible mais c'est utile pour ceux qui se tiennent au courant de nos sorties et qui sont dans la logique de donner directement à l'éditeur.

DVDClassik : Votre catalogue est très éclectique : parlez-nous de ce coffret yiddish.

Lobster : Tout part du film Mir Kumen On, d'Aleksander Ford. Une de nos voisines, une petite mamie très charmante d'origine polonaise, passait voir Serge dès qu'elle l'apercevait dans la vitrine de notre boutique, rue Lacharrière. Elle nous disait qu'elle avait vu ce film quand elle était petite, qu'elle n'avait jamais pu le revoir, qu'il n'existait nulle part. Elle demandait régulièrement des nouvelles du film. Nous avons fait le tour des archives et avons fini par en retrouver plusieurs copies en République Tchèque, un autre élément aux Etats-Unis, un petit morceau en France, et nous nous sommes lancés dans la restauration. Nous nous sommes dit, ensuite, qu'on ne pouvait pas se contenter d'un seul film, qu'il devait y avoir d'autres oeuvres intéressantes de cette période. L'idée du coffret de films yiddish a commencé à germer. Nous avons acheté certains droits, d'autres sont dans le domaine public.

DVDClassik : Et cela a donné quoi, au niveau commercial ?

Lobster : Il y a eu un emballement autour de Mir Kumen On, film mythique pour la communauté yiddish. Le résultat commercial fut plutôt bon, nous avons tiré 2 000 coffrets et un millier de DVD individuels. C'est la deuxième meilleure vente depuis 2013 (derrière le coffret Meliès, notre meilleure vente toutes années confondues, près de 8 000 exemplaires). Nous avions récupéré une dizaine de titres pour le coffret, il a fallu en choisir 4 mais les autres méritaient aussi leur place : nous sortirons un volume 2 l'année prochaine. Ce sont des films américains, pré-guerre ou post-guerre, tournés en majorité aux Etats-Unis.

DVDClassik : Y a-t-il d'autres projets de ce type ?

Lobster : Il y a toujours plein de choses. On nous a demandé des films du Maghreb, nous sommes en train de chercher du matériel mais c'est très compliqué, il ne reste que des bandes vidéo. Quand on touche un public de niche, nous savons qu'il y aura un certain relais, surtout si personne ne l'a édité auparavant.

DVDClassik : Y a-t-il des archives en Afrique du Nord ?

Lobster : Il y a des cinémathèques assez présentes depuis un moment, en Afrique du Nord. Mais c'est très compliqué car il y a de la corruption et c'est toujours contrôlé par des ersatz du pouvoir. Comme les régimes changent souvent, les règles changent, les moyens financiers changent...

DVDClassik : Vous nous avez dit que le coffret DVD Meliès était votre meilleure vente. Vous préparez un Blu-ray...

Lobster : Ce sera une sélection d'une trentaine de films. C'était au départ la volonté de pouvoir montrer en HD des titres en couleurs. Et nous avons, entretemps, trouvé des inédits en noir et blanc que nous allons proposer.

DVDClassik : Dans votre line up toujours très variée, vous sortez Une page folle, un muet japonais, loin des films américains ou français que vous proposez habituellement.

Lobster : C'est le hasard des rencontres et des trouvailles. C'est un échange avec l'éditeur Flicker Alley, avec qui nous travaillons principalement aux Etats-Unis. Ils en ont trouvé une partie, nous les avons aidés à en trouver d'autres parties. Le film a été restauré de leur côté. Nous travaillons aussi avec Kino Lorber, par exemple sur Fièvre sur Anatahan de Joseph Von Sternberg, que nous sortons cette année. Nous avons fait la restauration image en échange des droits pour la France.

DVDClassik : Est-ce que ces incursions ponctuelles vers d'autres cinéma payent ?

Lobster : Une page folle s'annonce très bien, pour un film de la collection orange. Il y a eu un très bon accueil lors d'une projection au Forum des Images, il y a quelques semaines. La salle était comble, on ne pensait pas que le film allait susciter un tel engouement. Nous sommes optimistes pour les ventes de DVD. C'est un film connu par certains cinéphiles, mais difficile à voir.


L'Argent de Marcel Lherbier, prochainement chez Lobster

DVDClassik : Trouvez-vous des choses en Asie ?

Lobster : Nous en trouvons surtout en Amérique et en Europe. Nous ne sommes pas du tout représentés en Asie, il y a eu très peu de Retour de flamme là-bas. C'est plus compliqué que l'Océanie (l'Australie et la Nouvelle-Zélande).

DVDClassik : D'autres films à venir ?

Lobster : Il y aura L'Argent de Marcel Lherbier. Et des Keaton nous attendent encore. Certains sont libres de droit, dont le copyright n'a pas été renouvelé. Il y a eu une réforme en 1938, je crois. Si l'entreprise ne renouvelait pas son copyright à ce moment-là, le film tombait dans le domaine public. Certaines sociétés de production, dont celle de Joseph Schenk qui produisit Buster Keaton, n'existaient plus en 1938 et les droits des films concernés n'ont pas été renouvelés. Nous exploitons les films de Buster Keaton dans le domaine public, avec du matériel qui nous appartient.

DVDClassik : Le coffret Keaton en Blu-ray a-t-il bien marché ?

Lobster : Moins qu'espéré. Mais c'est compliqué quand ce n'est pas de l'inédit. Faire un combo a peut-être dissuadé ceux qui visaient le DVD et ont pensé qu'ils payaient le prix du Blu-ray en plus.

DVDClassik : Vous le vendez à l'étranger ?

Lobster : Ce sont des éditions mondiales, quoi qu'il arrive, mais nous exportons très peu. MK2 a déjà vendu les films de Buster Keaton un peu partout en Europe mais, par accord, nos restaurations des Keaton sont sorties chez Kino.

DVDClassik : Hormis les Blu-ray japonais RKO ou vos partenaires habituels, les éditeurs viennent-ils vous demander vos restaurations ?

Lobster : Tout passe par MK2. On nous demande de tout. Certaines choses de manière très systématique, comme les burlesques, Keaton, Chaplin. Nous sortons chez Eureka, chez Arrow, chez Kino. En Asie un peu moins, toujours pareil. On a revendu les droits de Charade en Allemagne.

DVDClassik : Vous avez fait un coffret autour de Clouzot. Avez-vous d'autres idées de ce genre ?

Lobster : L'équipe aurait très envie de rassembler les films de monstres de notre collection, les premiers monstres du cinéma, le côté un peu forain qu'on trouve dans les Retour de flamme. Sinon, nous continuons la petite collection blanche, par réalisateur-producteur, avec un coffret de films de Maurice Tourneur, prévu normalement pour la fin de l'année. Ce sont des films américains et muets, avec notamment une superbe copie du Dernier des Mohicans qui n'a jamais été édité. Nous attendions depuis un moment de l'accompagner avec d'autres films et nous commençons à avoir des titres intéressants, comme Le Secret du bonheur (Victory).


Le Secret du bonheur (1919) et Le Dernier des Mohicans (1920) réalisés par Maurice Tourneur

DVDClassik : Comment a été accueilli le Blu-ray de J'accuse, d'Abel Gance ?

Lobster : C'est notre troisième meilleure vente depuis 2013. Notre meilleure vente en France depuis 2015 est L'inhumaine de Marcel Lherbier. Nous avons vendu 2 000 exemplaires et nous allons le re-presser. Le film est sorti aux Etats-Unis chez Flicker Alley.

DVDClassik : Est-ce encore un échange ou gagnez-vous quand même un peu d'argent avec ?

Lobster : C'est comme avec n'importe quel éditeur, sauf que nous fonctionnons sans Minimum Garanti. Sur ce marché-là, ce n'est pas possible. Nous avons négocié un pourcentage sur les recettes des ventes.

DVDClassik : Allez-vous sortir plusieurs films français grâce aux aides du CNC ?

Lobster : Il y aura les films de Jean Devaivre, La Ferme des sept péchés et La Dame de onze heures. Nous avons acquis ces droits pour vingt ans, grâce à l'amitié de 30 ans entre Serge Bromberg et la fille de Jean Devaivre. Il y a un potentiel commercial quand des films ont été invisibles, ce qui va être le cas. Si je rachète à Gaumont un film mineur à éditer, il ne marchera pas s'il est déjà sorti.

DVDClassik : Que pensez-vous du crowdfunding, le financement participatif ?

Lobster : Nous en avons fait un qui a bien marché, pour les court métrages de Buster Keaton. C'est quelque chose que nous ne regrettons pas mais qui nous a demandé beaucoup d'énergie par rapport à la somme récupérée. Nous réfléchissons de nouveau sur un crowdfunding mais nous préférons essayer de trouver d'abord un financement privé, c'est plus simple et rapide. Le concept du crowdfunding ne durera pas longtemps si les gens doivent s'acheter leur culture deux fois plus cher. La loi française sur le crowdfunding est claire : la valeur du cadeau doit être inférieure au tiers de la somme donnée.


Jean Devaivre

DVDClassik : Est-ce qu'il n'y a pas un souci avec ce "cadeau" justement, qui parasite le geste de mécénat ?

Lobster : Oui, cela le transforme en quelque chose comme du pré-achat. Certains le font en demandant quasiment la valeur du DVD, ce qui est complètement illégal, classé directement comme de la vente déguisée par le fisc. Le problème, c'est que cela ne marche pas en terme de donation pure. Nous avons réussi à faire le coffret Keaton grâce aux Américains, à hauteur de 70 %. Si on le refait aujourd'hui, ce sera plus en terme de communication autour d'un gros projet qui va nous tenir à coeur, avec la participation de plusieurs partenaires. Les médias aiment beaucoup parrainer le crowdfunding parce que c'est à la mode, que cela permet d'avoir un sujet dans le JT ou dans Télématin...

DVDClassik : Un gros projet à venir dans quelques années ?

Lobster : Nous avons cette idée de "Train et Cinéma" qui pourrait s'étaler sur 2019-2020 et dont nous n'arrivons pas à boucler le financement. Un gros programme sur tout ce qui touche au train, de près ou de loin. Une quarantaine de court métrages (et quelques longs) autour du train, des films sublimes que j'appelle "anatomiques", sur les locomotives, un DVD et éventuellement un documentaire, des projections événementielles, peut-être à Marseille, etc.

DVDClassik : Il y a un mordu de train dans votre équipe ?

Lobster : Cela vient d'abord d'un fonds "films de train" auquel nous avons accès, une collection incroyable de films pour collectionneurs où ont été filmées des locomotives des années 30 jusqu'aux années 60. On avait sans doute envie de parler de trains, l'idée a fait son chemin. On pensait aussi inclure The Iron Horse de John Ford car nous pensions qu'il tomberait dans le domaine public en 2019. Mais nous nous sommes trompés car il ne sera libre de droits qu'en 2021, bien après la sortie du coffret.

Entretien réalisé le 13 mars 2018.
Tous nos remerciements à Emile Mahler et Antoine Angé pour leur disponibilité et leur enthousiasme !

Par Stéphane Beauchet - le 3 avril 2018

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