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Livres

Martin Scorsese

Entretiens avec Michael Henry Wilson

Edition : Cahiers du cinéma / Editions de l'Etoile
Date de sortie : 18 novembre 2005
300 pages, format 24x29
Prix public : 55 euros

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Analyse et Critique

 
Au début des années 70, le météore Martin Scorsese est entré en collision avec la planète cinéma. Michael Henry Wilson et Michel Ciment découvrent ce jeune cinéaste en 1974 à l’occasion de la présentation de Mean Streets en France. Les deux journalistes de la revue Positif sont fascinés par le jeune italo-américain dont la virtuosité derrière une caméra n’a d’égale que sa cinéphilie. Au court d’un premier entretien, les trois hommes conversent à bâtons rompus à propos des projets en cours ou à venir du cinéaste et dialoguent passionnément autour de l’histoire du cinéma. Par la suite, Michael Henry Wilson deviendra le confident de Martin Scorsese et leurs entretiens successifs alimenteront les pages de Positif pour le plus grand bonheur des lecteurs de la revue. A l’occasion de l’Intégrale Scorsese organisée au Centre George Pompidou en décembre 2005, les Cahiers du Cinéma ont eu l’heureuse idée d’éditer l’ensemble de leurs conversations, depuis leur rencontre en 1974 jusqu’aux dernières discussions à propos de The Departed et No Direction Home.

Dans cet ouvrage de 300 pages, les dialogues entre Scorsese et Wilson sont présentés selon un ordre chronologique. Au fil des pages, on sent grandir la confiance que se portent les deux hommes : auprès du jeune journaliste de Positif, Martin Scorsese se confie comme rarement, laissant exploser toute sa passion sans la moindre retenue. Dans les premiers chapitres du livre, on devine un Martin Scorsese tourmenté et angoissé par son art. Ses projets sont multiples et le cinéaste semble débordé par l’envie : il évoque son projet consacré au Christ ou aux gangs de NewYork et ne cesse d’étaler ses plaisirs de cinéphile. De ce point de vue aussi, sa passion est démesurée : dans une même interview, Scorsese avoue ainsi que son cinéaste préféré est Polonski pour ensuite dire que c’est Fuller et conclure que c’est John Ford. Mais si l’homme se contredit, cela participe de son charme et le lecteur se laisse facilement prendre au fil des conversations animées par Wilson.

L’intérêt du livre repose évidemment sur ces dialogues mais également sur leur évolution dans le temps. Du Scorsese électrique de 1974, on retient sa fougue, ses angoisses et son franc parler (il n’hésite pas, notamment, à railler Robert Redford et son engagement politique). Puis au fur et à mesure que le temps s’écoule, la passion et les angoisses sont toujours présentes mais d’avantage contrôlées. Depuis qu’il a réalisé La Dernière Tentation du Christ, Martin Scorsese semble apaisé. Il a réalisé son rêve et ne tourne désormais que par pur plaisir. Dans les derniers entretiens publiés, ses propos sont posés, sa maîtrise de l’histoire du cinéma et de la mise en scène est totale : Martin Scorsese est devenu un sage. Un sage toujours en osmose avec son art et son époque, mais également avec la littérature et l’histoire de son pays qui semblent prendre une place de plus en plus importante dans sa vie et dans son oeuvre...


L’ouvrage est également remarquable dans sa forme. Découpé en 16 chapitres, dont quelques mots clés résument le contenu à chaque introduction (1), la maquette est splendide et offre un nombre impressionnant de documents rares et inédits : des photographies de famille à celles de plateau en passant par les premiers storyboards dessinés par Scorsese alors qu’il n’était qu’un enfant, le livre est un véritable trésor qui comblera de bonheur les nombreux admirateurs du cinéaste. De plus, l’éditeur a eu l’excellente idée d’inclure un index de tous les films cités lors des entretiens, ce qui permettra à tout un chacun de venir piocher les remarques éclairées du cinéaste sur un nombre incalculable d’œuvres.

Michael Henry Wilson déjà à l’origine du Voyage de Martin Scorsese à Travers le Cinéma Américain et réalisateur du documentaire intitulé A la recherche de Kundun pose ici la pierre angulaire de son travail au sur du cinéaste. L’ouvrage s’inscrit également dans la grande tradition des entretiens cinéphiles et rejoindra sur vos étagères les célèbres Hitchcock/Truffaut ou Welles/Bogdanovich... A la veille des fêtes de Noël, voici donc le cadeau rêvé de tous les cinéphiles !!


(1) Le principe est le même que dans l’ouvrage Hitchcock Truffaut

Premier entretien avec Michael Henry Wilson

Deuxième entretien avec Michael Henry Wilson

Par François-Olivier Lefèvre - le 9 décembre 2005