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Dossiers

Introduction à la série

Les épisodes de la saison 1

Les épisodes de la saison 2

Les Episodes de la saison 3

A signaler d'emblée que tous ces textes devraient être garantis sans importants spoilers.

  • 3.01- Ryker
  • Réalisation : Don Richardson
  • Scénario : Frank Fenton
  • Guest Star : Leslie Nielsen
  • Première diffusion 16/09/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Deux hommes sont pourchassés par un détachement de l’armée mais parviennent in extremis à le semer. L’un d’entre eux se nomme Ryker, un joueur/aventurier qui fut également policier. Après s'être séparé de son coéquipier, il arrive à Medicine Bow où un certain John Hagen (Leslie Nielsen) lui demande de l’aider à accaparer les terres d’un rancher endetté, quitte à assassiner ce dernier. Mais Ryker refuse, mécontent d’avoir été pris pour un tueur à gages. Après le meurtre de ce propriétaire gênant, il va même décider de rejoindre le camp adverse en aidant la fille du défunt à trouver le coupable et à garder son ranch...

Mon avis : Début de nouvelle saison et générique en partie remanié. Le juge Garth, Trampas et le Virginien apparaissent toujours avec pour chacun d’entre eux une image extraite de cette nouvelle saison associé à celles déjà présentes. On constate l’apparition de Betsy et Randy via un extrait de leur duo en train de chanter, donnant ainsi une image un peu faussée de ces protagonistes qui sont bien plus que des personnages de seconde zone venant pousser la chansonnette "à la mi-temps". Enfin, on remarque la disparition de Steve - qui ne va pas tarder à quitter la série - remplacé par Clu Gulager dans le rôle de Ryker à qui ce premier épisode est consacré ; le titre de l'épisode lui est même attribué, une première ! Il faut dire que ce nouvel héros ne passe pas inaperçu, d’une originalité telle que, à ma connaissance, nous n’avions jamais vu auparavant de personnage semblable dans le western, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Mais souvenons-nous qu’avant de tenir ce rôle, le comédien Clu Gulager était celui qui à deux reprises nous avait fait le meilleur effet au cours des deux saisons précédentes, interprétant d’abord dans le magnifique The Judgment le bad guy le plus mémorable de la série, qui n’avait rien à envier à Dan Duryea dans ce style de personnage abject et haïssable à souhait. Puis dans Run Quiet, Gulager, sans trop en faire, sans se caricaturer mais au contraire toujours extrêmement juste, s’avérait formidablement plausible en sourd-muet. Deux prestations en totale opposition mais tout aussi remarquables l’une que l’autre.

Faisons les présentations de ce nouvel arrivant qui va être présent dans la série durant pas moins de quatre saisons complètes. D’après ses dires, il n’a quasiment pas connu ses parents, se définit comme "a gunman, a gambler and a drifter", paraît avoir eu une vie mouvementée, tour à tour policier ou homme de main de gros propriétaires impliqués dans les sanglantes Range Wars de la fin du XIXème siècle, en constant équilibre sur la frontière très mince qui aurait pu le faire basculer du côté des hors-la-loi, mais fier de ne jamais l’avoir franchie, même si ses années en tant qu'aventurier et joueur n’auront pas été aussi claires qu’il semble vouloir le dire. La preuve : alors que l’épisode débute, il est pourchassé par l’armée américaine pour - a priori - de la vente illégale d’armes, même s’il se défend d’être un trafiquant. Nous ne saurons jamais vraiment de quoi il en retourne exactement, tout comme resteront floues les innombrables zones d’ombre qui entourent le personnage et son caractère assez difficile à appréhender. S’il a tous les traits et les comportements d’un mercenaire, il n’en demeure pas moins qu’il évite au maximum toute forme de violence, ses répliques sont vives, acérées et cinglantes mais son fond reste digne et bon. La meilleure définition qui pourrait être faite de lui est celle du shérif Abbott qui semble bien le connaitre : "When he's broke, he's a peace officer. When he's got himself a stake, he trades in his badge for a deck of cards." On aura peut-être ainsi réussi, grâce à ces rapides descriptions, à mettre le doigt sur l’extrême complexité de ce personnage remarquablement interprété par un Clu Gulager en grande forme.

Le comédien est tellement bon et possède un tel charisme que dès qu’il apparaît dans une scène, il vampirise l’écran et éclipse tous ses partenaires au point de se demander parfois si nous sommes bien en train de regarder un épisode du Virginien. Et c’est paradoxalement un peu le gros défaut de cet épisode puisque certains protagonistes habituels comme Doug McClure paraissent du coup en pâtir, ne pas savoir quoi faire et être intimidés face à un tel talent de cabotin, Gulager parvenant pourtant à ne jamais basculer dans le ridicule ou le grandiloquent. L’épisode s'affiche lui aussi presque trop brillant, trop "petit malin", allant constamment là où on ne l’attend pas, peu avare en surprises en tous genres ou en scènes d’action mouvementées à l’image de celle qui ouvre l’histoire, une poursuite à cheval filmée avec maestria et imposants travellings. Elle se terminera bizarrement par un plan en noir et blanc avec le saut des chevaux des poursuivis du haut d’une falaise dans une étendue d’eau, une image qui provient probablement d’un western des années 40 ; une faute de goût qui détonne avec ce qui a précédé, la maîtrise de ce réalisateur de télévision étant également parfois phagocytée par d’énormes faux raccords assez déstabilisants. Reste que l’ensemble au rythme très soutenu s’avère d’une belle efficacité, tout autant dans son écriture pleine d’assurance, habile et très dense - Frank Fenton est décidément une valeur sure de la série - que dans sa mise en scène qui ne manque pas de testostérone ; à ce propos, il vous faut admirer la rapidité d’exécution du montage lors des scènes de billard.

Cet épisode consacre ainsi l’arrivée de Clu Gulager, qui n’a aucun mal à imposer sa forte personnalité. Malgré le fait qu’il "bouffe" littéralement l’écran, la pirouette finale vient nous rappeler qui est le patron, au travers d'une séquence de comédie tout à fait réjouissante, nous remettant dans le même temps sur les rails de cette série qui sait aussi rester légère, ici non dépourvue d’humour à plusieurs reprises malgré la gravité de l’ensemble. Quant à Ryker, après avoir réussi à déjouer les machinations du vil Leslie Nielsen - le futur Inspecteur gaffeur Franck Drebin de la série Y-a-t-il un flic... (The Naked Gun) -, il se fait nommer pas moins qu’adjoint du shérif après avoir prouvé son honorabilité - il refuse le badge avant de s’être confronté à un tueur à gages de ses amis afin que si ce dernier le tue il ne soit pas condamné pour le meurtre d’un homme de loi - et sa volonté de vouloir régler les affaires sans trop faire de dégâts. Certainement pas le meilleur épisode de la série, mais une parfaite entrée en matière pour ce nouveau protagoniste qui va devenir un personnage régulier. Pour l’anecdote, vous serez ici témoins de la première et furtive apparition de Raquel Welch dans une fiction, ici en saloon gal.

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  • 3.02- Dark Challenge
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : True Boardman
  • Guest Star : Victor Jory & Katharine Ross
  • Première diffusion 23/09/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : La famille Hendricks vient de s’installer dans une ferme abandonnée près de Shiloh. Pour faire connaissance avec leurs voisins, ils se rendent au bal où Trampas insiste un peu trop pour que la jolie Jenny (Katharine Ross) se mette à danser ; il s’avère qu’elle a un pied bot et que la soirée se termine dans un certain malaise. Son frère Arnie (Chris Robinson), amoureux d’une saloon gal, va dévaliser une diligence afin d’avoir assez d’argent pour partir avec elle. Ces deux intrigues vont s’entrecroiser et une tragédie va en découler, faute en partie au père (Victor Jory) trop attentionné pour sa fille et au contraire trop exigeant avec son fils...

Mon avis : Don McDougall est à la baguette dès le deuxième épisode de cette troisième saison et, une fois encore, il s’avère qu’il peut avoir toute notre confiance pour trousser une fiction certes non dépourvue de défauts mais néanmoins de grande qualité, continuant à se révéler à cette date le meilleur réalisateur de la série. Dark Challenge imbrique deux intrigues qui ne se rejoignent à vrai dire qu'assez rarement mais qui concernent les différents membres d’une même famille nouvellement arrivée sur les terres voisines de celles du ranch Shiloh. Le père (excellent Victor Jory) semble avoir une préférence pour sa fille handicapée par un pied bot, très exigeant en revanche envers son fils qu’il n’arrête pas de rabrouer et rabaisser. La jeune femme est interprétée par l’actrice qui se verra quelques années plus tard disputer les faveurs non moins que de Robert Redford et Paul Newman dans Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill, Katharine Ross. La comédienne parvient sans difficultés à rendre très touchant mais jamais mièvre son personnage de fille désavantagée par son infirmité et n’ayant que peu confiance en elle. L’épisode débute un peu comme le magnifique roman de Stephan Zweig, La Pitié dangereuse : au bal où les Hendricks se sont rendus pour faire connaissance avec les habitants de la petite ville de Medicine Bow, Trampas se fait lourdement insistant auprès de Jenny qu’il pousse à se lever pour danser avec lui. Lorsqu’il se rendra compte que la jeune fille refuse faute à son invalidité, il va se sentir embarrassé et tout penaud puis va tout faire - poussé par Betsy qui n’hésite pas à le secouer - pour aller s’excuser de sa maladresse qu’il voudrait absolument réparer.

Le père, qui remarque à quel point sa fille est ravie de la démarche entreprise par le cowboy ainsi que le plaisir qu’ils ont à passer du temps ensemble, va profiter de l’opportunité pour espérer faire de Trampas son gendre ; il lui propose non seulement la place de régisseur de son futur élevage mais également de devenir plus tard son associé. Seulement Jenny est tombée sous le charme d’un autre citoyen de Medicine Bow, le maréchal ferrant interprété par un Larry Pennell un peu trop cabotin, faisant de son personnage une sorte de bouffon un peu lourdingue ; probablement la marque d’un des deux scénaristes, True Boardman, celui qui nous avait peu de temps auparavant complètement embarrassés par son minable épisode A Bride for Lars, totalement indigne de la série. Les séquences à la kermesse, malgré quelques traits d’humour assez amusants provenant surtout de répliques octroyées à Randy Boone, s’avèreront également assez moyennes. Mais ce ne sont que quelques courtes scènes qui font vite place à d’autres de bien plus belle tenue. Outre cette histoire romantique tournant autour de jenny, l’autre piste dramatique rappelle celle de l’épisode Stopover in a Western Town au cours duquel Dick York passait du mauvais côté de la loi pour les beaux yeux d’une femme vénale ; ici, c’est le frère de Jenny qui, tombé amoureux fou d’une entraineuse de saloon, est prêt à faire des bêtises pour fuir la région avec elle. Et en l’occurrence, sachant qu’elle cherche un homme aux poches pleines, il va décider d’attaquer une diligence dans laquelle est monté un joueur dont il a été témoin qu’il venait de remporter plus de 600 dollars à une table de poker.

Arnie est joué par Chris Robinson qui, après sa prestation inoubliable dans l’épisode It Takes a Big Man, prouve à nouveau qu’il aurait mérité une carrière bien plus glorieuse que d’être obligé d’en arriver à squatter des soap operas comme Hôpital Central ou Amour, gloire et beauté. Encore plus que Clu Gulager, à qui l’on n’a pas donné ici autant d’importance que dans l’épisode précédent, Chris Robinson attire tous les regards, absolument parfait dans un rôle pourtant pas facile, celui d’un jeune homme indolent, sévère et peu affable qui non seulement va braquer une diligence, blesser un passager et voler le butin mais également provoquer une consternante tragédie. Un personnage qui malgré tout suscite l’indulgence car on le sent d'emblée malheureux comme une pierre ; il semble qu’il ait été brimé et qu’il n’ait pas reçu beaucoup d’affection de la part de ses parents. Jaloux de sa sœur qui de par son infirmité retient toute l’attention et l'amour de son père, il est au contraire constamment remis à sa place, ni écouté ni compris. Trouvant en la fille de saloon une échappatoire à son quotidien étriqué et à son ennui, fou amoureux d’elle, il va s’empêtrer dans une succession de situations dramatiques qui le conduiront en prison et au tribunal. Grâce à l’interprétation de Chris Robinson, les séquences qu’il partage avec la ravissante Joan O’Brien - déjà superbe dans Six Black Horses de Harry Keller aux côtés d’Audie Murphy - sont absolument remarquables et l’on ne peut s’empêcher de ressentir une forte empathie pour lui lorsque l'entraineuse lui fait comprendre qu’elle ne l’aime pas en retour et que tout ce qu'il a fait pour elle est complètement idiot.

D’autres occasions de se réjouir parsèment cet épisode : Wait for the Wagon, une chanson dynamique interprétée par Betsy et Randy au cours de la soirée dansante, quelques séquences très amusantes, d’autres assez puissantes avec quelques belles utilisations de gros plans par Don McDougall - celles des gifles assénées par Victor Jory notamment, d’abord à Trampas puis plus tard à son fils - ou encore de jolis thèmes musicaux de Sidney Fine surtout en fin de parcours. Dommage que, contrairement à tout ce qui touche aux conflits familiaux, la partie enquête procédurale menée par Clu Gulager soit aussi peu captivante et que la fin soit à ce point bâclée et aussi peu convaincante ; car le point faible de cet épisode est qu’il ne sait pas toujours sur quel pied danser, les enchaînements entre séquences légères et autres à la tonalité très dramatique n’étant pas toujours des plus fluides. Cela étant dit, la qualité exceptionnelle de l’interprétation des protagonistes habituels et plus encore des guest stars fait que l’on oublie vite les imperfections de l’ensemble pour se régaler de cette histoire qui prend son temps mais qui n’en est pas moins assez poignante. On se réjouit en tout cas d’avance du fait que Chris Robinson vienne encore s’inviter à deux reprises dans le courant de la série.

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  • 3.03- The Stallion
  • Réalisation : Bernard McEveety
  • Scénario : Louis Vittes & Carey Wilber
  • Guest Star : Robert Culp & Jena Engstrom
  • Première diffusion 30/09/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Slaughter gagne sa vie grâce à une attraction qu’il a mise en place : il parie avec des volontaires qu’ils ne tiendront pas plus de 10 secondes en selle sur son fougueux étalon. Le cheval est tellement nerveux - suite aux mauvais traitements que lui fait subir son maître - que ce jour-là il tue un homme avant de s’enfuir. Randy le trouve, le tire d’une mauvaise posture et l’emmène chez Charlie (Robert Culp), un vétérinaire alcoolique nouvellement arrivé. Une fois qu’il l’a soigné, Charlie le ramène à Shiloh où le juge l’achète à son propriétaire, ne supportant pas que la bête soit malmenée. Par contre, il va devoir l’achever afin qu’elle ne tue pas à nouveau...

Mon avis : The Stallion est le cinquième et dernier épisode réalisé par Bernard McEveety pour la série, des fictions dont le principal point commun réside dans des situations qui se déroulent le plus souvent en extérieurs, le tournage en studio étant donc forcément plus limité qu'à l'accoutumée, ce qui aboutit assez logiquement à des épisodes dotés d’un peu plus d’aventures et d’action que la moyenne. Comme dans son précédent, The Invaders, The Stallion nous offre également le plaisir de retrouver enfin réunis tous les protagonistes principaux, nous octroie de belles envolées musicales - notamment lors des longues séquences de chasse à l’étalon -, une jolie utilisation des paysages - même si certains stock-shots ne sont pas très raccords avec les séquences tournées pour la série - ainsi que d'amples mouvements de caméra. Le réalisateur nous avait précédemment beaucoup déçus avec The Fatal Journey mais s’était magnifiquement rattrapé avec l’excellent It Takes a Big Man, l'un des plus purs sommets de la série. Sans atteindre, loin s’en faut, le niveau de ce dernier, The Stallion narre une jolie histoire de cheval sauvage, autrement plus captivante que celle du western de Jesse Hibbs avec Joel McCrea, Black Horse Canyon, duquel la plupart des stock-shots proviennent et notamment ceux où l’on voit l’étalon allant faire sortir les chevaux des différents enclos où ils sont parqués.

Dans l’épisode qui nous concerne ici, un homme vit des gains rapportés par les paris qu’il organise de ville en ville, estimant qu’aucun cow-boy ne sera capable de tenir plus de 10 secondes sur son étalon. Et pour cause, le cheval est malmené par son maitre, ce qui le rend très agressif et somme toute indomptable. Ce qui devait arriver a lieu ; ce jour-là, la bête tue un homme essayant de le maitriser avant de s’enfuir. Randy le trouve alors qu’il s’était empêtré dans un tas de boue, mort de fatigue. Craignant que le cheval ne passe l'arme à gauche avant d’arriver à Shiloh, le jeune cow-boy s’arrête chez un vétérinaire nouvellement arrivé dans la région, un homme bourru et taciturne qui boit toute la journée et qui rechigne à exercer sa profession (excellent Robert Culp très crédible en ivrogne sans être obligé d’en passer par un pénible cabotinage). Pas très chaud pour le soigner, le véto s’acquitte néanmoins de sa mission à la demande expresse de Randy et lui fait passer sa fièvre avant de le reconduire dès le lendemain à Shiloh. Entre-temps nous aurons fait connaissance avec la charmante Jody, qui fait son maximum pour attirer l’attention de cet homme esseulé à qui elle trouve énormément de charme. Jena Engstrom se révèle toute aussi convaincante que son partenaire, la séquence en très gros plans qui les fera tomber dans les bras l’un de l’autre vers la fin de l’épisode étant d’un romantisme échevelé et pouvant se targuer d’être une des plus touchantes vues depuis le début de la série.

A Shiloh, le propriétaire du cheval vient le récupérer mais le juge, estimant que la bête a assez subi de mauvais traitements, menace l'homme avec une grande roublardise, l’obligeant à lui vendre son "gagne-pain". Au vu de la dangerosité de l’étalon, il demande néanmoins à ses hommes d’aller l’abattre et c’est Randy qui se propose ; on imagine bien qu’il se désigne volontaire pour en fait aller sauver l'animal une nouvelle fois. Il ramène l’étalon chez le vétérinaire en lui promettant de venir le dresser tous les soirs après son travail ; ce qui génère des situations assez cocasses et très amusantes, Randy faisant croire à ses "collègues" qu’il a rendez-vous chaque nuit avec une fille, ce dont personne n’est dupe, son immense fatigue étant une source de réjouissantes railleries de la part du Virginien et de Trampas. Nous sommes ici ravis de retrouver Doug McClure en grande forme après s’être fait octroyer quelques épisodes peu glorieux et avoir été ces derniers temps souvent absent. En revanche, Clu Gulager, qui avait fait une entrée fracassante au tout début de cette saison, s’avère pour l'instant sous-employé depuis. Mais revenons à notre histoire ! L’étalon est de nouveau à l’abri sauf que le vétérinaire, miné par le whisky et traumatisé par un passé dramatique qui le remue - via une voix off assez embarrassante -, décide de libérer le cheval. Le reste de l’épisode va consister en une double course poursuite, d’une part un posse étant organisé par les éleveurs pour aller abattre le cheval qui encourage leurs juments à s’enfuir, de l'autre le trio formé par Randy, Jody et Charlie allant essayer de l’appréhender avant eux en espérant pouvoir les convaincre de le laisser en vie.

Ce sera l’occasion pour le réalisateur de mettre en place de superbes et très efficaces travellings pour filmer des chevauchées très vigoureuses, pour le monteur de s’amuser comme un fou avec des stock-shots divers et variés remarquablement bien intégrés aux scènes tournées pour l’épisode - à l’exception, comme dit précédemment, du choix de certains paysages qui ne sont pas du tout raccords -, et enfin pour le chef opérateur de nous régaler les yeux avec des extérieurs très bien utilisés. Non sans menus défauts, The Stallion est néanmoins un épisode bien aéré et bien mené qui ne manque ni de panache, ni de lyrisme ni d’humour avec en vedette un Randy Boone s’avérant toujours aussi craquant de naïveté. Mais le côté le plus plaisant de l’épisode réside dans la complicité naissante entre Trampas et Randy, avec des répliques très amusantes qui en découlent. Un épisode très sympathique et qui devrait plaire aux amis des animaux.

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  • 3.04- The Hero
  • Réalisation : Richard L. Bare
  • Scénario : Clair Huffaker
  • Guest Star : Steve Forrest & Warren Stevens
  • Première diffusion 07/10/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Le Juge accueille à Shiloh durant quelques jours le journaliste James Templeton (Steve Forrest) qui doit écrire un article biographique sur son hôte dont on pense à Washington qu’il pourrait devenir sénateur du Wyoming. Betsy ne tarde pas à tomber sous le charme de ce bel homme non seulement intelligent mais talentueux dans tous les domaines, aussi capable de dompter un cheval fougueux que de danser la valse ou de jouer du violon. Trampas, un peu envieux, le surveille d’assez près... et il n’a pas forcément tort, une diabolique machination contre Garth se tramant en collaboration avec un "avocat" nouvellement arrivé en ville…

Mon avis : Le fait de dévoiler sans précautions dans le pitch ci-dessus que le personnage interprété par Steve Forrest n'est pas tout blanc comme il semble vouloir se présenter d’emblée aux habitants de Shiloh n’est pas franchement un spoiler, car l’épisode débute par une séquence pré-générique où on le voit prêt à laisser Betsy tomber entre les mains de dangereux bandits qui veulent la kidnapper. S’ensuit un flash-back narré par la jeune fille complètement perturbée par ce qui lui arrive ; un retour en arrière qui durera presque jusqu'au dix dernières minutes du film où les images de ce début seront reprises avec quelques plans supplémentaires permettant de mieux comprendre la fâcheuse situation dans laquelle s’est empêtrée la fille du juge Garth. Et puis cet excellent comédien, frère de Dana Andrews, qui, pour rester dans le domaine du western, était déjà le frère aîné d'Elvis Presley dans Les Rodeurs de la plaine (Flaming Star) de Don Siegel ainsi que l'inoubliable tueur à gages dans le trop mésestimé La Diablesse en collants roses (Heller in Pink Tights) de George Cukor, avait précédemment tenu un rôle assez similaire dans The Money Cage, le 23ème épisode de la saison 1. Comme ici, il endossait le rôle d'un homme raffiné, galant et d’une grande élégance, doté d’un physique fortement avantageux et d’une profonde intelligence. Très à l’aise dans ce genre de personnages, Steve Forrest porte presque tout l’épisode sur ses épaules, le duo qu’il forme avec Roberta Shore étant assez touchant, permettant ainsi au surprenant final de nous émouvoir.

C’est le chevronné Clay Huffaker - Les Sept chemins du couchant et Les Cavaliers de l’enfer avec Audie Murphy, Les Rôdeurs de la plaine de Don Siegel avec Elvis Presley, Les Comancheros de Michael Curtiz avec John Wayne, Rio Conchos de Gordon Douglas... - qui est à l’écriture de cet épisode qui narre une machination assez tordue pour arriver à faire chanter le juge Garth. Il n’est pas possible de rentrer plus en profondeur dans les méandres de l’intrigue de peur de dévoiler ses éléments les plus importants ; il est cependant bon de savoir que sa résolution sera vraiment très réussie, tout aussi inattendue qu’éloignée de l'atmosphère souvent assez légère qui aura principalement prévalu durant la majeure partie du temps. Car le manque d’ampleur dû à une constante hésitation quant au ton à adopter est bien le principal point faible de ce scénario, sinon très bien écrit mais qui a du mal à faire hisser l’épisode plus haut qu’un très honnête divertissement. Ce qui n’est déjà pas si mal ! Durant une bonne moitié de la durée de l’épisode, afin de rentrer dans les bonnes grâces du juge, le journaliste invité se montre sous son meilleur jour et met tous ses talents en avant, ce qui amène la mise en place de situations assez amusantes du genre "arroseur arrosé". En effet, au tout début, apprenant qu’un "pied tendre" arrive de l’Est, les cow-boys du ranch Shiloh avec à leur tête Trampas se délectent par avance des occasions de pouvoir s’en moquer. Sauf qu’ils vont vite déchanter et se sentir bien inférieurs à lui dans tous les domaines.

Cette supériorité affichée et cette sorte de vantardise séductrice vont provoquer chez Trampas une espèce de jalousie envieuse allant conduire à une méfiance qui se révèlera donc justifiée mais qui aura entre-temps fait sourire ses proches par sa mauvaise foi. Doug McClure est tout du long dans le même registre, ce qui n'est pourtant pas rédhibitoire, les spectateurs que nous sommes arrivant sans problèmes à nous mettre dans sa peau d'autant plus que nous savons qu'il n'a pas tort de douter de cet homme "parfait". Les dialogues sont excellents, et notamment lors d’une séquence remarquable qui voit la confrontation verbale dans une chambre d’hôtel entre Warren Stevens et Steve Forrest au cours de laquelle ils s’interrogent entre autre sur les principes et l’éthique. Lee J. Cobb revient enfin au premier plan après s’être fait ces derniers temps bien trop discret - voire souvent absent - et affirme une fois encore la formidable droiture de son personnage que personne ne peut acheter. Quant aux scènes qui le réunissent avec Roberta Shore, loin d’être mièvres, elles s’avèrent au contraire une nouvelle fois d’une très belle sensibilité, la dernière clôture d’ailleurs l’épisode débutant par un plan dans la pénombre admirablement éclairé. A signaler également, puisque l’on parle de photographie, que la plupart des séquences assez nombreuses en extérieurs sont admirablement filmées et que le travail sur le montage est assez efficace, témoin la scène de l’attaque du cougar.

Du beau travail scénaristique et de mise en scène donc, même si l’on aurait souhaité davantage de rigueur ainsi que se sentir un peu plus impliqué. Même la séquence au cours de laquelle le juge est sur le point de passer un mauvais quart d’heure manque un peu de tension, tout comme la bagarre à poings nus entre Trampas et Templeton qui vire presque à la farce. Parmi les motifs de réjouissances, outre les grimaces assez drôles de Trampas et Randy qui entonne avec grand talent la chanson traditionnelle Cindy - celle-là même qui était chantée en chœur dans Rio Bravo par Ricky Nelson, Dean Martin et Walter Brennan - on relève une scène d’action finale d’une grande sécheresse et d’une remarquable vitesse d’exécution. La saison 3 est partie pour l'instant sur des bases très solides.

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  • 3.05- Felicity's Spring
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Jean Holloway
  • Guest Star : Katherine Crawford & Mariette Hartley
  • Première diffusion 14/10/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Tout le monde à Medicine Bow - aussi bien les enfants que les adultes - est sous le charme de Felicity (Katherine Crawford), la nouvelle institutrice qui illumine son entourage par sa bienveillance innée. Elle vit avec sa sœur ainée (Mariette Hartley) et son grand-père, qui semblent tous deux porter une extrême attention à son bonheur. D’abord étonné par cette unanimité, le Virginien finit par succomber à son tour au sourire de la jeune femme... à tel point qu’il en tombe amoureux et la demande même en mariage. Tout le monde se prépare aux noces mais un lourd secret va bientôt être révélé, qui va faire du mal à beaucoup...

Mon avis : Leur travail n’étant pas des plus faciles, les cow-boys ont parfois le droit de ne rien faire, de se la couler douce, de se divertir et même d’entamer des romances ; et du coup le western n’est pas censé obligatoirement nous proposer de l’action, des morts violentes ou de l’aventure. C’est ce qu’ont bien compris les auteurs du Virginien, nous proposant en l’occurrence un épisode à la fois romantique et mélodramatique. Car c’est aussi le privilège de séries d’aussi longue haleine de pouvoir de temps à autre ralentir l’allure et bifurquer à certaines occasions vers des choses que nous n’aurions pas nécessairement eu l’occasion de voir au cinéma dans le domaine de genres précis comme ici le western. Un westernophile se retrouvant en salles devant un scénario aussi peu remuant, sans même un seul bad guy à l’horizon, pourra vraisemblablement être déçu. Ce ne sera probablement pas le cas pour le même spectateur dans son canapé devant un épisode de sa série préférée, le fait qu’elle s’engouffre sur de tels chemins de traverse la rendant au contraire souvent encore plus riche et passionnante. Surtout bien évidemment lorsque cette manière de prendre le large est réussie ; ce qui n’était pas forcément le cas de toutes les tentatives et surtout pas par exemple celle à tendance humoristique qui nous avait d’ailleurs déjà fait rencontrer la comédienne Katherine Crawford lors du très pénible A Bride for Lars à la fin de la saison 2.

Mais que ceux qui auraient pu craindre de ce scénario a priori fleur bleue un résultat mièvre et larmoyant se reportent sur ce que j’avais déjà avancé précédemment, comme quoi avec Don McDougall à la baguette, nous ne pouvions en principe qu’avoir grande confiance, ce cinéaste s’étant révélé pour l’instant être le meilleur de la série. Et c’est effectivement le cas ici encore, le talent du réalisateur, la justesse de ton, la belle sensibilité du scénariste Jean Holloway ainsi qu'une excellente direction d’acteurs font que tout ce qui pouvait aisément verser dans la guimauve la plus écœurante parvient constamment à se maintenir avec dignité sur la corde du bon goût : même la séquence du repas au cours duquel les enfants apprennent la politesse et la galanterie aux adultes est bien plus amusante que réellement gênante. Bref, avec ce très joli épisode, la saison 3 de la série continue à se maintenir à un niveau égal depuis son commencement, sans réels sommets mais sans non plus aucune anicroche. Si Don McDougall trouve toujours les bons placements de caméra pour filmer ses paysages et ses personnages, il réussit surtout à diriger ses acteurs à la perfection ; et pour ce genre d’intrigues c’était une condition impérative. On peut donc également applaudir les trois comédiens qui parviennent à éviter presque tous les écueils : Katherine Crawford humaine et rayonnante à l’instar de son personnage ; James Drury qui prend des risques en sortant de son registre habituel, parvenant presque constamment à rester juste et sobre ; et enfin la charmante Mariette Hartley - la comédienne principale du sublime Coups de feu dans la Sierra de Sam Peckinpah, excellente aussi dans Barquero de Gordon Douglas ou dans l’épisode du Virginien intitulé The Drifter - qui continue à nous ravir.

La douce et ravissante Mariette Hartley - avec ses jolies taches de rousseur - interprète donc le rôle ingrat de la sœur aînée de celle qui suscite autant d’admiration - voire même d’adoration - et elle se révèle encore plus touchante que cette dernière. Nous ne pouvons pas vous dévoiler les dessous dramatiques de l’intrigue sous peine de casser l’effet de surprise principal. Bien évidemment que nous nous doutons bien d'emblée que le régisseur de Shiloh ne pourra vraisemblablement pas convoler en justes noces auquel cas la série aurait dû s’arrêter là ; mais on veut y croire durant la durée de cette belle histoire au cours de laquelle l'attachante institutrice apporte sa joie de vivre ainsi que sa philosophie carpe diem à Medicine Bow, faisant chavirer tous les cœurs et les esprits y compris ceux des plus endurcis, à savoir le juge qui se met à boire du lait au lieu de son traditionnel verre de whisky. Une séquence assez facétieuse, le principal intéressé se faisant gentiment railler par son contremaitre. De nombreuses saynètes en classe avec les enfants... et les adultes, beaucoup d’humour, des réflexions didactiques bien senties, et surtout à mi-parcours la fameuse histoire d’amour entre l’enseignante et le Virginien après que celui-ci s'est moqué durant la moitié de l'épisode de tous ceux n’ayant eu d’yeux que pour la jeune femme : "He just likes to make his own judgements" expliquera le juge concernant cette remise en question par son régisseur de l’unanimité faite autour de la jeune femme.

Autres motifs de réjouissance, un très bon Carl Benton Reid dans le rôle du grand-père des deux sœurs, de jolis thèmes musicaux, pas mal de très beaux extérieurs bucoliques ou encore un Gary Clarke très amusant pour l’une de ses dernières apparitions dans la série. Enfin, parfaitement bien réfléchi dans son écriture, le fait que l'auteur prenne son temps à mettre en place la romance et que par la même occasion, à cause de cette sœur trop dévouée qui fait tout pour que sa cadette ne soit pas "blessée", il parvienne à instiller un malaise dont on ne comprend pas bien d’emblée sur quoi il repose, provoque chez le spectateur une certaine inquiétude malgré l’atmosphère plutôt légère de l’ensemble. Un formidable suspense sentimental en quelque sorte. Et il faut se rendre à l'évidence : la sensiblerie a été presque constamment évitée pour faire place à une véritable émotion. Un épisode non dénué de lyrisme, très touchant, et qui nous fait voir le Virginien sous un autre jour au point de se comporter comme un adolescent éperdument amoureux et de nous dévoiler ingénument son désir d’avoir des enfants. On regrettera néanmoins l’absence de Trampas qui n'a ainsi pas pris part à la préparation des noces de son meilleur ami.

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  • 3.06- The Brazos Kid
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Carey Wilber
  • Guest Star : Barbara Eden
  • Première diffusion 21/10/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Après s’être fait licencier de tous ses précédents emplois, une journaliste (Barbara Eden) vient tenter sa chance à Medicine Bow. Mais son envie de réussir lui fait reprendre les mêmes travers, à savoir affabuler sans limites quitte à déformer totalement la vérité ; une pratique d’où découlent souvent scandales ou drames. C’est ce qui va se passer avec son article sur la possible résurrection de The Brazos Kid, un bandit dont personne ne connait le visage, qui va faire arriver en ville détectives et chasseurs de primes bien déterminés à trouver et tuer un coupable quel qu’il soit. Et c’est le Virginien qui va se trouver être la première cible...

Mon avis : Après la regrettée Molly tragiquement disparue dès la saison 2, Medicine Bow voit en ce début d'épisode l’arrivée d’une nouvelle journaliste en la personne de Samantha, jeune femme délurée et peu scrupuleuse de la vérité, préférant la maquiller ou carrément la transformer à sa façon pour attirer l’attention sur ses articles - et non "pour imprimer la légende" de la manière dont John Ford nous l'avait décrite dans Liberty Valance. Les leçons précédentes ne lui ayant vraisemblablement pas suffi - elle s’est fait renvoyer à plusieurs reprises de journaux prestigieux à New York ou à Chicago -, par ennui, ambition et envie de reconnaissance, elle replonge rapidement dans ses travers habituels. Ayant entendu parler lors d’une soirée organisée chez le juge - à l’occasion de laquelle nous aurons eu la chance d’entendre Randy Boone interpréter avec son talent habituel la chanson traditionnelle Cripple Creek - d’un certain bandit surnommé The Brazos Kid dont personne ne semble avoir connu la véritable identité, et ayant trouvé son pseudonyme très "exotique", elle va partir à la recherche d’informations sur son compte pouvant éventuellement lui servir de base pour une histoire croustillante. Lorsque Ryker commet l’imprudence de lui raconter que, pourchassé par des hommes de loi, le bandit s’était noyé avec son cheval dans un cours d’eau sans que l’on n’ait jamais retrouvé son corps, il n’en faut pas plus pour la charmante chroniqueuse : elle met alors tout en œuvre pour suggérer que l’outlaw puisse être encore vivant.

Une récompense de 5 000 dollars étant toujours en cours pour avoir sa tête, les journaux de l’Est à qui Samantha a décidé d’envoyer ses articles font leurs choux gras de ce captivant fait divers. Non seulement les lecteurs s’en délectent mais également les chasseurs de primes qui ne veulent pas louper une telle occasion. Même l’agence de détectives ayant lancé la prime envoie l'un de ses hommes au cas où il pourrait empêcher que cette somme tombe entre d’autres mains que les leurs. Les suppositions vont bon train et le portrait que trace la journaliste du bandit recherché pour meurtre fait tout d’abord se porter les soupçons sur le Virginien. A partir de là, si la première demi-heure s’était avérée assez légère et humoristique, le ton bascule vers beaucoup plus de drames et de noirceur, plusieurs morts allant même être occasionnées. Sur ces dernières, nous ne révèlerons bien évidemment rien au risque d'être vilipendés par les "anti-spoilers". On peut cependant deviner à la lecture de cette description que la thématique principale est assez novatrice et sacrément intéressante. D’ailleurs, la conclusion l’est encore plus, faisant - à travers la bouche du Virginien - reporter la faute des situations tragiques provoquées par l’inconséquence de la jeune femme sur également bien d’autres coupables, traçant ainsi un portrait peu reluisant de l'Amérique de l’époque. Mais nous ne pouvons à nouveau guère aller plus loin dans la narration de l’intrigue sous peine de révéler trop de surprises scénaristiques.

Alors oui, les pistes scénaristiques sont assez enthousiasmantes ; mais n’est pas Frank Chase qui veut ! Et il faut bien se rendre à l’évidence : Carey Wilber ne parvient pas comme ce dernier à opérer un parfait mélange des tons, son talent pour ce faire étant loin d’égaler celui de son "collègue", leurs précédentes participations à la série nous l’ayant déjà fait constater. Le passage de l’humour au drame n’est donc ici pas toujours convaincant tout comme le choix de Barbara Eden pour porter l’épisode sur ses épaules, la comédienne se révélant incapable de le faire, même si l'on aura noté quelques progrès depuis Les Rôdeurs de la plaine (Flaming Star) de Don Siegel dans lequel elle avait déteint sur la fadeur de sa rock star de partenaire, soit Elvis Presley. Certes parfois assez truculente, elle n’arrive jamais à faire naître la moindre empathie, la faute en incombant également en partie à l'écriture de son personnage bien trop peu nuancée. Dommage également que l’excellent Skip Homeier voit systématiquement ses personnages sacrifiés ou mis en retrait dans toutes ses participations à la série en guest star - soit déjà trois fois - l’empêchant de se démarquer contrairement à ses mémorables apparitions au cinéma. Ceci étant dit, même si ces éléments empêchent The Brazos Kid malgré un postulat de départ passionnant d’être plus qu’un très plaisant épisode - et nous n’allons pas nous en plaindre -, il possède néanmoins de très beaux atouts à commencer par la réalisation toujours aussi inspirée de Don McDougall, qui nous offre par exemple en tout début d’épisode un travelling étonnant qui suit en une seule prise James Drury et Barbara Eden de sa descente de train à son arrivée au journal, les deux comédiens ne s’arrêtant pas de dialoguer pour autant y compris avec d’autres personnes rencontrées sur leur parcours.

Détectives trop zélés ayant peur de perdre de l’argent, hommes de loi peu regardants, chasseurs de primes sans scrupules, lecteurs - friands de faits divers crapuleux - trop crédules, membres de la famille des victimes au sang un peu trop chaud, journalistes de la presse à sensations bien trop volubiles et aux méthodes pour le moins douteuses afin de parvenir à se faire une réputation par n’importe quel moyen... tout le monde en prend pour son grade dans cet épisode finalement assez crépusculaire dans sa conclusion. Assez habile, bien rythmé, très agréable à suivre, The Brazos Kid n’est certes pas avare en substance mais manque de rigueur et n’aurait peut-être pas dû partir sur un mélange des genres qui annihile un peu l’émotion. Signalons enfin la très bonne interprétation de Clu Gulager ; Ryker acquiert enfin un peu de l'importance qu’il n’avait plus eue depuis sa venue à Medicine Bow dans le tout premier épisode de cette saison 3 qui lui était presque exclusivement consacré.

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  • 3.07- Big Image... Little Man
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : Frank Chase & Carey Wilber
  • Guest Star : Slim Pickens
  • Première diffusion 28/10/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitchUn déplaisant millionnaire est poussé de son train privé par sa "secrétaire particulière", qu'il venait de profondément humilier. Il se retrouve en plein désert où le Virginien le découvre à moitié mort de soif. Les hommes de Shiloh conduisant un troupeau à Seattle, et étant pressés d'arriver avant la concurrence, ils ne peuvent perdre leur temps à accompagner le "rescapé" jusqu'à un relais de diligence. Il devra donc travailler et aider les cow-boys à convoyer les bêtes malgré sa forte réticence et ses diverses tentatives pour "acheter" les hommes voire même pour s'enfuir en volant des chevaux. Le Virginien va avoir fort à faire pour le canaliser...

Mon avis : Frank Chase au scénario, c'était déjà à coup presque certain au moins la qualité d'écriture assurée ; et effectivement, cette variation autour d'un récit qui a été usé jusqu'à la corde depuis les premières adaptations de Capitaines courageux de Rudyard Kipling fonctionne parfaitement bien grâce au talent de l'auteur. Le thème est celui bien connu du parcours initiatique d'un homme riche à souhait à qui tout a réussi, qui par ennui est devenu odieux envers tout son entourage, et qui se retrouve du jour au lendemain à devoir partager le quotidien rude d'hommes simples et laborieux, voire même à devoir aider à la tâche pour "payer" son voyage : une brusque confrontation à un monde qui est à l'opposé du sien, une expérience non recherchée et qui devra le rendre plus humble. Frank Chase reprend certes toutes les conventions liées à ce genre de trame dramatique, mais son extrême compétence fait que l'ensemble est parfaitement bien géré et que l'ennui ne nous gagne jamais. Il faut dire que son histoire est principalement basée sur les relations qu’entretiennent le millionnaire antipathique et un Virginien qui pourra sembler l'être tout autant tellement il joue ici sur son intransigeance, sa froide rectitude et sa dureté : "I need everyman who can walk, ride, or crawl to work the herd. And you're going to work, Leland. You're going to work harder than you ever dreamed it was possible !" Et comme James Drury n'est jamais meilleur que dans ce registre - on peut même dire qu'il nous étonne toujours autant tellement un héros de série télévisée familiale était à l'époque censé nous être constamment attachant -, l'épisode demeure grâce à lui toujours tendu et captivant.

Mais si ma note n'est pas plus haute, c'est faute en partie à son partenaire antagoniste, un Linden Chiles qui ne fait pas le poids et qui a tendance à trop en faire dans le cabotinage teigneux ; un Chris Robinson aurait par exemple bien mieux fait l'affaire. Ceci étant dit, le comédien n'est pas non plus spécialement mauvais et parvient souvent à faire illusion passé un premier quart d'heure durant lequel il se révèle assez pénible par ses grimaces incessantes et mal maîtrisées. Il faut dire aussi que la direction d'acteurs n'a jamais été le fort du réalisateur de serial William Witney. Il n'y a qu'à voir comment il dirige la comédienne Olive Sturgess lors de la séquence qui se déroule au relais de diligence ; jamais encore un jeu d'actrice n'aura été aussi désastreux au cours de la série. En revanche, nous sommes ravis de retrouver un Slim Pickens tout à fait à l'aise dans un domaine où il a toujours excellé, celui de personnages hauts en couleurs. Ici il interprète le cuisinier du convoi qui va être missionné pour "parfaire l'éducation" du millionnaire, qui va devoir lui apprendre à faire la vaisselle avec du sable ou à ramasser du bois sans provoquer de stampede : tout un lot de petits détails anecdotiques que nous n'avons pas eu l'habitude de voir au cinéma et qui renforcent le très intéressant aspect documentaire de la série. Enfin, toujours concernant le casting, nous noterons l'absence de Trampas ainsi que l'avant-dernière apparition de Steve qui quittera définitivement la série après un dernier épisode à venir très prochainement.

Ce qui empêche également ce très bon Big Image... Little Man de se hisser vers les sommets de la série, ce sont outre une direction d'acteurs un peu faiblarde et de mauvais choix de comédiens, les autres travers habituels de William Witney, à savoir des choix de mise en scène parfois hasardeux, une propension aux zooms, trop de faux raccords et une mauvaise utilisation des stock-shots et des transparences. En revanche, il parvient toujours aussi bien à faire bon usage des nombreux paysages naturels à sa disposition, sa manière de filmer les extérieurs demeurant toujours aussi efficace. Cet épisode nous rappellera également quelques problématiques de l'Ouest sauvage de l'époque comme l'obligation pour les éleveurs de devoir impérativement convoyer des milliers de bêtes le plus vite possible afin d'arriver sur le marché avant que les prix n'aient trop baissé faute à une concurrence plus rapide, ou encore le fait que ces ventes de bétails étaient, sur le plan du "business", vitales pour une bonne partie des ranchers puisque le fait de ne pas arriver dans les délais pouvait conduire à leur ruine. D'où le fait que le Virginien ne puisse absolument pas accepter les requêtes autoritaires du riche homme d'affaires capricieux qu'il a sauvé et qu'il décide coûte que coûte de poursuivre sa route jusqu'au bout sans en dévier, quitte à le laisser derrière lui. Se voyant obligé d'accompagner le groupe sous peine de mourir, le "pied tendre" va provoquer des drames par toutes ses tentatives maladroites et meurtrières pour partir "confortablement", trouvant en face de lui un homme aussi entêté que lui en la personne du contremaître de Shiloh. La patience de ce dernier, mise à rude épreuve, va provoquer de violentes confrontations. Sa colère lui fera même le menacer très violemment : "One more trick and I'll stomp on ya. I don't have time to babysit you !"

Un script solide et jamais trop répétitif, une mise en scène peut-être pas au niveau mais un résultat tout à fait honorable, d'autant plus que ce récit de rédemption et cette leçon de vie sont livrés sans aucune mièvrerie mais avec au contraire une grande âpreté, la prise de conscience ne venant qu'à la toute fin au sein d'une séquence assez sympathique, sans moralisme trop appuyé. Un épisode toujours d'actualité dans sa description des décisions prises en haut lieu sans avertissement et sans se soucier des conséquences qu'elles auront sur la vie de leurs propres employés, en l’occurrence ici la fermeture d'une ligne de diligence. On appréciera aussi des dialogues très lucides et moralement de haute tenue qui fustigent le droit qu'ont les nantis de penser que tout peut s'acheter : "You couldn't buy me one thing if you spent every last million that you own", dira au millionnaire le personnage joué par Slim Pickens. Une saison 3 qui pour l'instant continue de ne pas voir sa qualité être érodée.

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  • 3.08- A Father for Toby
  • Réalisation : Alan Crosland Jr.
  • Scénario : True Boardman
  • Guest Star : Kurt Russell & Rory Calhoun
  • Première diffusion 04/11/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 3/10

Le pitch : A l'orphelinat de Medicine Bow, le jeune Toby (Kurt Russell) est chahuté par les autres enfants qui se moquent de ses sempiternels mensonges, surtout lorsque selon ses dires son père ne serait pas mort mais parti en mission secrète pour le compte de l'armée des Etats-Unis. Ayant pris la fuite pour s'être senti humilié, il tombe sur Trampas qui le ramène après lui avoir promis de revenir le chercher de temps en temps pour l'emmener sortir en ville. Ce dont Trampas ne se doute pas est que Toby va le faire passer pour son père, ce dernier (Rory Calhoun), bel et bien vivant, sortant tout juste de prison, attendu par d'anciens complices...

Mon avis : True Boardman, le scénariste qui nous avait à la fin de la précédente saison complètement embarrassé avec A Bride for Lars, minable épisode totalement indigne de la série, s'était rattrapé en ayant co-signé en début de cette saison 3 le très bon Dark Challenge avec en guest star un Chris Robinson mémorable. Malheureusement, A Father for Toby s'avère presque aussi mauvais que la première incursion de l'auteur au sein du Virginien ; ce qui nous met un peu mal à l'aise sachant qu'il travaillera à nouveau pour la série à pas moins de quinze reprises, dont cinq épisodes à venir au cours de la saison qui nous concerne ici. Espérons qu'il tirera les leçons de ses échecs et qu'il saura se ressaisir à temps car il est toujours difficile de maintenir son entière confiance à une série après être tombé sur de tels ratages ! La série initiée par Charles Marquis Warren avait pourtant déjà su démontrer qu'elle pouvait se sortir sans problèmes d'épisodes avec des enfants pour protagonistes principaux sans jamais sombrer dans la mièvrerie, le plus bel exemple étant en fin de première saison l'étonnant The Small Parade avec David Wayne et Barbara Barrie. Non pas que A Father for Toby soit doucereux, mais il s'avère tellement prévisible et si peu captivant qu'on ne lui pardonne guère plus que s'il nous avait écœuré par trop de guimauve.

Faute donc principalement à un scénariste incompétent, la mayonnaise a beaucoup de mal à prendre malgré sur le papier plusieurs postulats de départs intéressants : un orphelin qui aime affabuler mais qui n'arrive à duper personne et surtout pas les autres enfants qui se moquent de ses histoires, et notamment de celles qui feraient de son père un agent secret pour l'armée américaine ainsi que le seul survivant de la bataille de Little Big Horn ; Trampas qui en voulant aider le jeune garçon, qui s'est pris d'amitié pour lui, se voit endosser malgré lui le rôle du père alors que dans le même temps il tombe amoureux de l'éducatrice de l'orphelinat ; le véritable géniteur de l'enfant qui sort de prison après y avoir purgé une peine de cinq années pour cambriolage, mais qui est attendu par ses deux anciens complices qui réclament leur part du butin qu'il clame pourtant haut et fort avoir perdu lors de sa fuite. Alors qu'à Medicine Bow, la situation dans laquelle s'est fourré Trampas est plutôt cocasse, le drame semble se profiler lorsque le père du garçon arrive sur les lieux pour y récupérer son fils. Tout aurait pu se dérouler pour le mieux si l'ancien bandit avait réussi à semer ses acolytes ; ce qui n'est évidemment pas le cas, le vil duo de voleurs allant décider de kidnapper l'enfant afin d'obtenir ce qu'ils estiment être leur dû.

Malgré ce pitch qui aurait très bien pu aboutir à une histoire passionnante, l'épisode d'Alan Crosland Jr. se traîne lamentablement, n'arrive jamais à capter notre attention puisque d'une part les séquences se voulant les plus légères se révèlent plutôt laborieuses avec un humour pas toujours de très bon goût (avec pour point d'orgue la trop longue séquence de la kermesse organisée à Shiloh, qui se termine sur la plus mauvaise prestation de Randy Boone obligé de chanter Press Along to the Big Corral avec tous les autres participants à la fête), d'autre part les scènes censées être les plus dramatiques ne parviennent jamais à gagner en tension. Le scénariste n'est pas seul en cause puisque la mise en scène de Crosland manque cruellement de rythme et d'idées alors même que le choix des guest stars n'est pas complètement réussi. En effet, si le jeune Kurt Russell - oui, le futur acteur fétiche de John Carpenter - est plutôt convaincant, il n'en va pas de même du comédien qui interprète son père, un Rory Calhoun qui, comme dans la plupart de ses films de fin de carrière, se révèle souvent totalement amorphe. Certains westernophiles ont d'ailleurs beaucoup exagéré les talents dramatiques de Calhoun qui, rien que dans le domaine de la série B westernienne et même s'il fût parfois très bien, n'est jamais arrivé à la cheville d'un Randolph Scott, d'un Audie Murphy ou d'un John Payne. Ici, il traîne son imposante stature sans jamais pratiquement rien exprimer ; son clin d’œil à son fils dans les dernières minutes s'avère même assez ridiculement gênant. Joanna Moore, pourtant pas mal du tout dans l'épisode The Money Cage, semble elle aussi avoir été piquée par on ne sait quelle mouche tsé-tsé, aucune alchimie ne s’opérant au sein du couple qu'elle forme avec Doug McClure, la romance étant pleinement fade et inodore.

Au cours de cet épisode étiré artificiellement pour en arriver à une durée standard, on se lamentera d'un running gag tombant constamment à l'eau - celui du baiser sans cesse repoussé faute aux apparitions inopinées de l'enfant -, de la plus mauvaise chanson donnée à interpréter à Roberta Shore (I Love my Willie), mais on s'amusera donc quand même parfois lors des confrontations entre Doug McClure et le jeune Kurt Russell, et l'on retrouvera le sourire lors des brèves apparitions du Virginien et du juge Garth mais surtout lorsque cette laborieuse fiction en sera arrivée à son terme. A noter pour les amateurs d'anecdotes que l'un des acolytes de Rory Calhoun n'est autre que Bing Russell, le véritable père du tout jeune Kurt. Enfin, parmi les bonnes choses de ce mauvais épisode, le juge Garth qui prouve à nouveau sa tolérance lorsqu'il accepte d'embaucher l'ancien hors-la-loi : "I'm not so much interested in where a man's been as where he's going." Après un quasi-sans faute depuis le début de la saison, il fallait bien un premier faux pas ; espérons qu'il ne sera pas suivi par de nombreux autres. On croise les doigts !

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  • 3.09- The Girl from Yesterday
  • Réalisation : John Florea
  • Scénario : Louis Vittes & Mark Rodgers
  • Guest Star : Ruta Lee
  • Première diffusion 11/11/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Steve retrouve à Medicine Bow un ancien amour de jeunesse, Jane (Ruta Lee), désormais saloon gal. Il tente de renouer des relations sauf que dès le lendemain un Marshall lui apprend qu’elle pourrait faire partie du gang d’un dangereux bandit qui a déjà plus de 27 morts à son actif. Steve ne veut pas croire à la culpabilité de Jane mais se voit obligé de l’espionner pour en avoir le cœur net, le juge Garth n’ayant pas envie de voir débouler la bande dans la région. Sa mission va être encore compliquée par le fait que personne ne doit être au courant, y compris le Virginien qui ne comprend pas le nouveau comportement de son ami...

Mon avis : Nous nous doutions bien que Steve allait quitter la série depuis que le nom de Gary Clarke n’apparaissait plus au générique de début dès le premier épisode de cette troisième saison ; le moment est donc malheureusement arrivé de prendre définitivement congé de ce personnage récurent de la série qui, s’il n’avait peut-être pas l’aura de Trampas ou du Virginien, nous était cependant devenu extrêmement sympathique malgré - où grâce à - son caractère pas toujours aimable ou plutôt sa trop grande susceptibilité. Au vu du final de cet épisode, on se demande encore si le départ de Gary Clarke de la série était prévu ou si cela s’est passé sur un coup de tête, car rien ne nous dit que Steve quitte Shiloh même si ce fut pour le cow-boy un épisode très tourmenté et extrêmement tendu. Grâce aux auteurs Louis Vittes - déjà signataire du très bon The Stallion - et Mark Rodgers, Gary Clarke se voit donc offrir ici le rôle principal de cette intrigue d’espionnage au cours de laquelle Steve va devoir infiltrer un peu malgré lui un gang de dangereux hors-la-loi au risque de faire pendre sa dulcinée. Ce sera l’une des meilleures interprétations du comédien, qui sera même assez convaincant lorsqu’il devra jouer un état avancé d’ébriété, un registre jamais vraiment facile à tenir, le cabotinage prenant souvent le pas sur la subtilité.

On peut féliciter John Florea pour sa rigoureuse direction d’acteurs, lui qui nous avait auparavant déjà démontré son talent dans le domaine puisqu’il fut précédemment le réalisateur de l’excellent The Thirty Days of Gavin Heath, le fameux épisode dans lequel Leo Genn tenait le rôle d’un riche immigrant britannique dont le médecin ne lui laissait comme espoir qu’environ 30 jours à vivre et qui décidait donc de passer ses dernières heures en actions philanthropiques. Outre un beau festival Gary Clarke, on admirera la prestation de Ruta Lee - l’une des Sept femmes de Barberousse de Stanley Donen - déjà très bien dans un rôle pourtant pas vraiment gratifiant de mère indigne dans un épisode de la saison 2 intitulé The Long Quest. Don Collier dans les frusques du Marshall s’en sort lui aussi très bien ainsi que Peter Mark Richman et Charles Bateman, tous deux aussi inquiétants l'un que l'autre dans la peau de bad guys sans scrupules. Quant à James Drury, il arrive à nous faire de la peine lorsque l’on constate à quel point le nouveau comportement de Steve affecte le personnage du Virginien qui, afin qu’il y ait le moins de fuites possible, n’a pas été mis dans le secret du piège tendu et n’est donc pas au courant de la mission d’espionnage confiée à son employé. Mais essayons sans trop de spoilers de narrer brièvement et clairement l’intrigue, ainsi que de faire entrevoir la richesse de ses tenants et aboutissants.

Après que Steve a eu la bonne surprise de retrouver au saloon de Medicine Bow un ancien amour de jeunesse avec qui il avait passé son enfance dans le Kansas, et avec qui il avait failli se marier, on lui apprend que cette charmante Jane devenue chanteuse de saloon pourrait faire partie d’un gang très dangereux à l’origine de pas moins d’une trentaine de morts. Les soupçons proviennent du fait que l'on aurait effectivement remarqué la présence de l'entraineuse dans plusieurs villes quelques jours avant que des cambriolages ne s’y soient déroulés. Le juge qui doit recevoir une forte somme d’argent, destinée à des négociations territoriales avec les Indiens, craint fortement que ce "pactole" soit la cible de cette dangereuse bande de malfrats et, en collaboration avec un Marshall sur la piste des hors-la-loi depuis des mois, demande à Steve d’espionner son ancienne maitresse pour avoir des informations sur les éventuels méfaits à venir. Steve étant toujours amoureux de la séduisante Jane, il refuse catégoriquement avant que le juge ne le fasse changer d’avis pour "raisons vitales" : "Every man has to deal with something unpleasant, distasteful sometime in his life in order to achieve a greater purpose." Il lui demande également de ne mettre personne d’autre dans le secret de sa mission d’infiltration, pas même comme nous l’expliquions ci-avant, son supérieur direct, autrement dit le Virginien. Et c’est sur ce point que le scénario fait très fort puisque nous voudrions tant expliquer au régisseur de Shiloh que les comportements bizarres de Steve ne visent qu’un seul but alors que nous nous trouvons impuissants, obligés de constater que le contremaitre ne reconnait pas son ami qui se met à tricher aux dés, boire plus que de coutume, ne plus lui obéir, saboter son travail, voire même tout faire pour être licencié.

Des moyens assez conséquents semblent avoir été mis à la disposition du réalisateur John Florea qui peut ainsi mettre en scène des séquences d’action assez efficaces, y compris avec une troupe de Tuniques Bleues dont notamment une bonne dizaine de minutes se déroulant sous un vent puissant qui soulève des nuages de poussières, de solides dialogues, une intrigue rigoureuse, pas mal de bonnes chansons interprétées non par Besty ou Randy mais par le personnage que joue Ruta Lee (A Kiss from You ; Oh Dear, What Can the Matter Be...), une intensité dramatique maintenue tout du long quant à l’épée de Damoclès qui pèse sur la tête de Steve... Un épisode dans la droite lignée de la plupart de ceux de ce premier tiers de troisième saison, soit très bon sans néanmoins atteindre des sommets. Quoi qu’il en soit, une dernière très bonne participation de Gary Clarke qui nous manquera un peu, notamment lors des séquences qui montraient sa grande complicité avec les deux acolytes de ses débuts.

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  • 3.10- Return a Stranger
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : True Boardman
  • Guest Star : Leif Erickson
  • Première diffusion 18/11/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Le vieux Charley (Leif Erickson) est propriétaire d’une mine d’argent près de Shiloh ; jusqu’à présent elle ne lui a pas bien rapporté  mais il compte grandement sur le retour de son fils (Peter Brown), qui est parti 4 années faire des études en ingénierie minière. Le jeune homme a beaucoup changé, au grand dam de Betsy qui a été élevée à ses côtés et qui était sa meilleure amie d’enfance. Aujourd’hui, il ne pense qu’à son travail et à la rentabilité de la mine familiale quitte à provoquer des drames chez ses voisins ou ex-amis de son père. Parmi ces derniers se trouve Garth, qui soupçonne ce dernier de polluer les rivières où vient boire son bétail...

Mon avis : Où l’on se rend compte une fois encore avec Return a Stranger que Le Virginien est une série où il est tout à fait possible de regarder chacun des épisodes comme s’il s’agissait d’une succession d’innombrables westerns autonomes, qui plus est de la durée standard de la majorité des films de séries B de l'époque, soit environ 75 minutes. La qualité étant les ¾ du temps au rendez-vous, c'est une véritable aubaine pour les westernophiles qui auraient pensé avoir fait le tour de presque tout ce qui pouvait y avoir de bien dans le genre au cinéma et qui vont ainsi avoir la chance de pouvoir se tourner vers le petit écran afin de continuer à se délecter de nouvelles bonnes histoires se déroulant dans le Far West du 19ème siècle. Pour établir cette relative "indépendance" de chaque épisode, ici Steve a définitivement quitté le bateau, Trampas est absent et le Virginien n’est présent que le temps d’une seule séquence où il vient faire ses adieux au juge pour un voyage d’affaires de plusieurs semaines. Randy n’est quasiment présent que pour nous offrir son désormais traditionnel duo musical avec Betsy - le fort plaisant The Cat Came Back - alors que le shérif Ryker n’a guère plus de temps de présence. Restent actifs durant ce nouveau très bon épisode le Juge Garth et sa fille, les deux guest stars et protagonistes principaux de cette histoire qui sont de vieux amis à la famille, le jeune homme ayant même été le meilleur camarade de jeu de Betsy, voire même son premier coup de foudre adolescent.

Ce petit monde évolue principalement au sein d’un nouveau décor pour la série, celui d’une mine d’argent dans laquelle travaille ce vieil ami du juge Garth que Betsy appelle "Oncle Charley" ; un homme foncièrement bon et haut en couleurs de la même génération que Garth et qu’interprète le très sympathique Leif Erickson. Maurice Geraghty étant pour l’instant avec Don McDougall l’un des réalisateurs les plus inspirés et talentueux de la série (voir les excellents A Matter of Destiny, The Accomplice et surtout le magnifique Impasse), il utilise parfaitement bien ce nouveau lieu installé près des terres du ranch Shiloh. Charley était donc jusqu’à présent seul à exploiter ce filon qui ne s’est jamais avéré rentable du fait de l'impossibilité de raffiner le métal sur place. Sa joie lorsqu’il reçoit un télégramme de son fils lui annonçant son retour n’est pas feinte, à tel point qu’il ne peut s’empêcher de vanter les mérites de son rejeton à Garth et Betsy, sans se rendre compte lorsqu'il plaisante sur "ses notes scolaires toujours parfaites sauf en morale" qu'il nous dévoile en partie les drames à venir. Craig était parti durant quatre années pour des études de géologie et il en revient avec de grandes idées pour la mine. Sauf qu’en étudiant le télégramme de plus près, le juge explique à son naïf ami que son fils lui a fait hypothéquer sa maison et sa mine et qu’ils n’ont que trois mois pour rentabiliser le gisement au risque de tout perdre. Charley faisant une entière confiance à son fils, il n’écoute ces conseils de méfiance que d’une oreille distraite. L’épisode va alors surtout reposer sur le changement de caractère du jeune homme que ses études ont transformé de gentil petit garçon en un capitaliste sans scrupules, sur le fait que ses ex-connaissances et amis ont du mal à reconnaitre ce garçon sans éthique, uniquement préoccupé par le profit et dont on se demande jusqu’où il ira pour parvenir à ses fins. "It seems like you went away as one person, and only part of you came back, or you're a different person altogether" lui dira Betsy.

Pour que l’intrigue fonctionne, il fallait que ce personnage complexe et de prime abord profondément antipathique soit crédible. Il l’est non seulement grâce à une belle écriture de True Boardman - un scénariste qui n’arrive à s’en sortir que lorsqu’il adapte l’histoire d’un autre, ici en l’occurrence George F. Slavin, auteur entre autres pour le cinéma de celles de The Nevadan de Gordon Douglas, Red Mountain de William Dieterle, City of Bad Men de Harmon Jones, Smoke Signal de Jerry Hopper... - mais aussi par le fait que le comédien choisi pour l’interpréter s’avère aussi formidable que pouvait l’être le tout aussi jeune Chris Robinson lors de ses deux épisodes de la série en guest star. Peter Brown est en effet l’acteur sur les épaules duquel Return a Stranger repose et il se révèle magistral, capable d’exprimer la complexité de son personnage tout à la fois haïssable et attachant, d’une acuité et d’une intelligence telles qu’on aurait presque tendance à lui pardonner sa diabolique roublardise lorsqu'il s'agit de manipuler ses salariées ou pour obtenir de l'aide ; l’évolution de ce protagoniste - dont j'éviterai de parler pour préserver les surprises - s’avère passionnante. Pour l’anecdote - attention, suivez bien - ce même Peter Brown incarnera le héros d’un spin off du Virginien, le Texas Ranger Chad Cooper dans Laredo dont le pilote sera en fait la reprise de We've Lost a Train, l’épisode qui conclut cette saison 3 du Virginien. Une idée de future édition DVD pour Elephant Films ? Peter Brown domine donc le casting même si Leif Erickson, William Fawcett - dans un rôle de old timer à la Walter Brennan -, Lee J. Cobb, Roberta Shore ainsi que Whit Bissell en bad guy assez vicieux, s’en sortent également très bien.

Un épisode qui dépeint avec rigueur le profil psychologique d’un jeune loup aux dents longues mais qui propose aussi une réflexion sur l’écologie (puisqu’il sera question de pollution de l’eau), l’industrialisation et le capitalisme galopant (le nouveau propriétaire de la mine fait venir ses hommes plutôt que d’en faire profiter les chômeurs de la région), un climax assez prenant, un véritable suspense autour d’un décor encore peu usité au sein de la série (un camp minier, un barrage, une longue rivière tortueuse...) et une belle photographie signée, excusez du peu, Ray Rennahan, l’un des très bons chefs opérateurs dans le domaine du western et qui officiait d’ailleurs déjà sur le précédent épisode. Le juge dira à Betsy à propos du jeune ambitieux : "Every man changes under pressure. The question is how much does he change and in what direction." Les différentes directions que prendra l’arriviste Craig permettront à cet épisode de se maintenir à un très bon niveau tout du long.

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  • 3.11- All Nice and Legal
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Jean Holloway
  • Guest Star : Anne Francis
  • Première diffusion 25/11/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Victoria (Anne Francis) est heureuse d’arriver à Medicine Bow pour exercer sa profession d’avocate. Elle ne souhaitait pas rester à Philadelphie pour ne pas profiter du nom et de la réputation flatteuse de son père ainsi que pour prouver qu’elle pouvait y arriver par elle-même. Ce ne sera néanmoins pas facile de se faire une place au sein d’une communauté où les préjugés sur les femmes sont encore tenaces. Le Virginien, qui faisait au départ partie des plus "réactionnaires", à ce sujet va petit à petit retourner sa chemise d’autant qu’il est tombé sous le charme de la ravissante juriste à qui il a demandé de l’aide pour une affaire le concernant...

Mon avis : On peut continuer à l’affirmer : avec jusqu'à présent au compteur neuf épisodes tous de très grande qualité, Don McDougall s’avère décidément le meilleur réalisateur de la série puisqu’une fois encore avec All Nice and Legal il signe le premier grand épisode d'une saison 3 qui volait déjà pourtant dans l'ensemble assez haut. Savoir que ce même homme au parcours sans faute en réalisera encore une trentaine d’autres est sacrément motivant et rassurant pour la suite ! Il s’agit ici d’une fiction westernienne à la fois progressiste et féministe, ce qui s’avère très plaisant, d’autant plus a postériori puisque l’on ne peut pas vraiment dire que les années 60 à la télévision aient été très en avance dans le domaine, assez avares en quelconques réflexions sur la condition féminine. "If one woman takes a step forward all women benefit" sera la phrase la plus importante de cette jolie fiction à tel point qu’elle sera répétée à deux reprises, dont une fois par le Virginien en guise de conclusion. A ce propos, le récit de Jean Holloway est très efficace d’autant plus que l'étendard des femmes se révèle ici être la ravissante et talentueuse Anne Francis, l’inoubliable comédienne blonde et gracile des géniaux Planète interdite (Forbidden Planet) de Fred McWilcox et Un Homme est passé (Bad Day at Black Rock) de John Sturges. Le talent de McDougall est tel qu’il remporte la gageure de tenir son épisode jusqu’au bout sans nous procurer aucun ennui à partir pourtant de postulats dramatiques de départ plus que légers.

Comme c’était donc le cas pour Felicity’s Spring qui réunissait déjà le même duo réalisateur / scénariste, le talent et la rigueur du premier, la justesse de ton et la belle sensibilité du second, ainsi qu'une excellente direction d’acteurs, font que tout ce qui pouvait aisément verser dans la guimauve parvient constamment à se maintenir avec dignité sur la corde de l’intelligence, de la lucidité et du bon goût, l'essentiel de l'épisode étant basé sur les relations et les savoureuses joutes verbales entre un Virginien un peu vieux jeu et une avocate au contraire très émancipée. Mais revenons-en à ce que nous raconte cet épisode. Victoria, jeune avocate de Philadelphie (pimpante et charmante Anne Francis), a décidé de se rendre à l’Ouest où les hommes de loi sont rares pour se prouver qu’elle n’avait pas besoin du nom prestigieux de son père dans la profession pour arriver à se faire une place en tant que juriste talentueuse. Elle arrive à Medicine Bow avec Mrs Clancy (délicieuse Ellen Corby) qui est tout à la fois son amie, son assistante mais qui lui sert également de "servante", Victoria n’étant pas vraiment douée pour les tâches ménagères habituellement dévolues aux femmes. Alors qu’elle se rend chez le juge Garth pour lui proposer de louer le local vacant dont il est propriétaire pour y ouvrir son cabinet, elle se heurte au Virginien qui, en l’absence de son patron, a repris les rênes de la gestion des affaires du ranch. En effet, le régisseur est assez réticent à voir une femme se mêler de justice, peu confiant en sa capacité mais surtout en sa solvabilité. Mais lorsqu’il va lui-même se retrouver au tribunal pour un litige à propos d’une selle non payée et qu’il va se rendre compte de son inefficacité à assurer sa propre défense, trop soupe-au-lait pour faire imposer la vérité, il ne va avoir d’autre choix que de s’adresser à la jeune femme pour louer ses services.

L’affaire est des plus simples : le Virginien a refusé de payer la selle qu’il avait commandée, la trouvant défectueuse et ne pas lui convenir du tout ; il estime avoir besoin qu’elle soit modifiée avant de verser une quelconque somme. La juriste n’y connaissant strictement rien en la matière, elle va se renseigner et aller voir travailler les cow-boys ; l’aspect documentaire mis en place s'évère des plus intéressants, la série pouvant se permettre de telles digressions là où le 7ème art n’en a que rarement l’occasion ni le temps. Nous apprenons ainsi le vocabulaire lié aux selles ainsi que le fonctionnement et l’usage de chacun de ses différents éléments. La plaidoirie de la jeune femme est tellement convaincante (une selle du Wyoming ne doit pas être fabriquée de la même façon qu’une selle du Missouri, les cow-boys de chacun de ses États n’ayant pas les mêmes exigences du fait d’un travail parfois différent d'un endroit à l'autre) qu’elle emporte le morceau tout en proposant un compromis aux deux parties. L’intelligence avec laquelle elle aura réussi à mener à bien cette affaire lui sera très profitable, puisqu'elle a prouvé son aptitude en même temps qu'elle a gagné le respect des habitants de Medicine Bow qui lui feront désormais entière confiance. Sa plaidoirie n’étant pas passé inaperçue, on lui proposera un autre poste dans une région encore plus "désertée par la loi", ce qui nous mènera au poignant final qui lui fera choisir sa carrière plutôt que l’amour que lui offrait le Virginien. En tant que protagoniste principal, ce dernier sera sans cesse condamné par les scénaristes à rester un éternel célibataire. L’autre histoire qui se greffe de très loin sur ce récit d’émancipation d’une femme indépendante dans un Far West très réactionnaire est celle de trois braconniers que le Virginien préfèrera faire emprisonner quelques jours pour violation de territoire plutôt que de faire pendre pour avoir volé du bétail.

Le contremaitre, après s’être montré un peu agressif et légèrement macho puis s’être fait remettre en place notamment par Betsy, prouvera néanmoins son potentiel d’écoute et de compréhension ainsi que sa grandeur d’âme et sa réticence à avoir recours à la violence autant que possible pour régler quelconques problèmes. Le final de cette sous-intrigue pourra paraitre décevant à beaucoup du fait que celle-ci reste quasiment non résolue ; je le trouve au contraire sacrément culotté et tout à fait crédible puisque dans la vie réelle tout ne trouve pas obligatoirement de solution. La vengeance ne sera donc pas de la partie, le régisseur de Shiloh ne cherchant pas à rattraper ceux qui lui auront tiré dessus et tenté de le tuer. Par son traitement assez original, surtout par le fait d’éluder expressément tout dramatisme, voici un superbe épisode parfaitement réalisé, écrit et interprété, bénéficiant également d’un nouveau thème musical plein d’entrain et vite entêtant - décliné sur tous les tons du plus guilleret au plus grave - ainsi que d’une idylle très attachante entre James Drury et Anne Francis. Délicieux et captivant, avec même l'occasion d'être témoin du Virginien en train de faire la vaisselle !

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  • 3.12- A Gallows for Sam Horn
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Dean Riesner
  • Guest Star : George Kennedy
  • Première diffusion 02/12/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Briscoe veut faire traverser sa ligne de chemin de fer à travers les terres du fermier Sam Horn (John Lupton). Ce dernier, qui a enterré sa femme et son enfant à cet endroit, refuse d’être délogé et fait appel à Garth pour lui venir en aide. Le propriétaire de Shiloh trouve effectivement une faille dans la demande d’expulsion et va informer le magnat du rail qu’il n’a plus rien à faire dans la région. Seulement son fils retrouve à Medicine Bow la jeune fille qu'il avait demandée en mariage, cérémonie qui n'avait jamais eu lieu en raison de l'opposition de son père. Tout ceci va conduire à un drame qui va mettre Sam Horn dans une situation plus que délicate...

Mon avis : Juste après le superbe All Nice and Legal, on retrouve à nouveau Don McDougall assis derrière la caméra ; si ce douzième épisode de la saison 3 est un peu moins convaincant la faute ne lui en incombe aucunement, sa mise en scène et sa direction d’acteurs se révélant toujours aussi rigoureuse et efficace. Reste que Dean Riesner - dont ce sera le dernier travail pour la série après quatre épisodes - s’avère un auteur certes très intéressant mais souvent un peu trop solennel. Son scénario pour A Gallows for Sam Horn ne tient pas toutes ses promesses : d’une histoire de chemin de fer devant traverser les terres de pauvres fermiers ainsi délogés - un pitch vu à plusieurs reprises au cinéma mais encore inédit dans Le Virginien - il bifurque avant la mi-parcours vers un mélodrame familial un peu trop appuyé, oubliant ensuite complètement son pourtant alléchant postulat de départ. L’autre raison de cette relative déception - car cela reste cependant un épisode loin d’être désagréable - est le choix des comédiens qui pour certains n’ont pas les épaules assez solides pour supporter un récit aussi dramatique ; et là je pense surtout aux jeunes Buck Taylor et Laurel Goodwyn - la jeune fille du pilote de la série Star Trek auprès du capitaine Pike interprété par Jeffrey Hunter - dont les interprétations ne sont certes pas déshonorantes mais qui manquent singulièrement de charisme et d’expérience pour arriver à nous rendre crédibles leurs personnages. En revanche, John Lupton - inoubliable dans Fort Bravo dans le rôle du déserteur poète qui revendique le droit ne pas être un héros et celui d’avoir peur - se montre une nouvelle fois très bon.

Mais revenons-en au début, à l’excellente séquence inaugurale qui se déroule en plein air alors qu’un homme avec l’aval du shérif Ryker s’apprête à couper les fils barbelés d’une clôture. A ce moment-là un coup de feu retentit près de lui et un fermier en colère l’empêche de poursuivre son geste. Où l’on constate que Ryker fait son métier malgré les réticences qu’il peut avoir à faire appliquer la loi ; en effet, il a en main l’autorisation d’un juge pour entrer sur les terres de ce pauvre cultivateur qui y a sué sang et eau durant des dizaines d’années et qui y a enterré femme et enfant. On comprend qu’il ne veuille pas se faire déloger quel qu’en soit le prix, d’ailleurs plus que minime et pour tout dire scandaleux. L'homme de loi a du mal à empêcher un début de combat à poings nus vite arrêté par l’arrivée du juge Garth qui a trouvé une faille dans l’assignation et qui donne à Ryker le contre-ordre. Du coup ce dernier, qui prend sa mission toujours à cœur, fait volte-face et, au vu de ce nouveau décret, raccompagne le magnat du rail jusqu’à Medicine Bow où il aura pour consigne de ne plus se mêler de cette expropriation. Le colonel John Briscoe (très bon Edward Binns, l’un des Twelve Angry Men de Sidney Lumet déjà aux cotés de Lee J Cobb) pense qu’il aura gain de cause et reste néanmoins sur place. Il va ainsi se heurter à Garth même si ce dernier revoit avec plaisir l’épouse de l’homme d’affaires qu’il avait côtoyée dans sa jeunesse. Toutes les séquences se déroulant à l’intérieur du wagon privé du couple sont très bien écrites, et notamment la première fois qu’ils se trouvent réunis tous les trois après que Garth et la femme ont évoqués de bons et anciens souvenirs.

On s’aperçoit ensuite que le fils du patron de chemin de fer vient de retrouver en la personne d’une serveuse de restaurant de Medicine Bow la fille qu’il s’était promis d’épouser alors qu’ils habitaient encore dans l’Est. Le mariage n’avait pas eu lieu car en apprenant cette nouvelle qui l’avait mis dans une colère rouge, son père l’avait envoyé dès le lendemain faire un séjour de plusieurs années en Europe pour couper court à cette déshonorante alliance avec une femme de faible condition, qui plus est la fille de l’un de ses "petits" employés. Ce que le jeune homme ne savait pas, et qu’il découvre en la retrouvant, est que non seulement il est père mais que Sam Horn, le fermier contre qui il s’était battu lors de la première séquence, s’est également entiché de la mère de son enfant. Bref, l’imbroglio est tel, les situations familiales tellement tendues - la mère soutient son fils alors que le père espère une nouvelle fois séparer les jeunes gens - que le scénariste en oublie sa proposition initiale pour bifurquer à 180 degrés sur ce mélodrame familial et procédural, puisqu’une tragédie va avoir lieu qui - comme le titre l’indique évacuant d’emblée tous spoilers - va conduire Sam Horn à côtoyer la potence. C’est Garth qui le défendra ; la roublardise du "lapin" qu’il sort au final de son chapeau pour emporter le morceau est cette fois un peu grossière, limite à la fois malhonnête et un peu mièvre... Ce qui malgré ce sentimentalisme outrancier conduira cependant l’épisode à un happy-end ma foi assez touchant, les bad guys ne l’étant pas jusqu’au bout, ce qui est tout à l’honneur d’une série qui refuse toujours si possible le manichéisme.

Dommage qu’après un prologue qui promettait un épisode de première catégorie, les auteurs ne se soient pas appesantis plus longuement sur le thème de l’expropriation des petits propriétaires lors de l’arrivée du chemin de fer - surtout après quelques intéressants échanges entre Garth et le Colonel sur le modernisme et le progressisme que représente le rail - et qu’il en arrive trop rapidement aux drames familiaux ; du coup il parait parfois un peu long faute à des comédiens pas assez chevronnés et à un scénario qui manque d’intensité. Nous aurons néanmoins eu le plaisir de voir longuement Lee J. Cobb ainsi qu’un Clu Gulager à nouveau réunis à son supérieur - Ross Elliot que nous n’avions plus croisé depuis un bon moment - et qui se permet par son sens de l'éthique de ne pas lui obéir. Nous aurons également eu l’occasion de croiser l’excellent comédien George Kennedy interprétant ici le bestial homme de main du magnat du rail. Enfin, à noter que lors de la touchante séquence de la rencontre entre la jeune fille et sa "belle-mère", on réentend brièvement et discrètement mais avec grand bonheur le thème romantique des tout premiers épisodes de la série.

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  • 3.13- Portrait of a Widow
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Thomas W. Blackburn & Lawrence Edward Watkin
  • Guest Star : John Gavin
  • Première diffusion 09/12/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitchA Chicago, Betsy et son amie Maggie (Vera Miles) font la connaissance d'un jeune peintre français (John Gavin). Ce dernier a de grosses dettes de jeu et il doit les acquitter sous peine de se faire tuer. Apprenant que Maggie est une riche veuve dont les affaires sont gérées par le juge Garth, il décide de la séduire et de la suivre à Medicine Bow pour en faire le portrait. Il pense ainsi fuir ses débiteurs tout en espérant récolter une coquette somme pour son travail. Mais Maggie et Charles finissent par tomber réellement amoureux, ce qui ravit Betsy alors que le juge est plus méfiant, estimant excessifs les tarifs pratiqués par le peintre...

Mon avis : Sixième épisode de cette troisième saison - et troisième consécutif - signé par l’excellent Don McDougall, c’est à nouveau à celui-ci que nous devons les principales qualités de ce Portrait of a Widow souvent qualifié de chick flick par les Américains, ces derniers définissant ainsi les épisodes qu’ils estiment être destinés avant tout à un public féminin. En effet, les producteurs pensant que le western n’était a priori pas censé être la tasse de thé des femmes, pour les inciter quand même à se poser elles aussi devant leur poste de télévision aux côtés de leur compagnon, ils décidaient occasionnellement de tourner une fiction moins mouvementée et moins violente, plus tournée vers la romance. Tout cela est évidemment un débat d’un autre âge mais, quoi qu’il en soit, les amateurs d’action doivent être prévenus que Portrait of a Widow en est presque totalement dépourvu si l’on excepte deux ou trois gentils coups de poings assénés aux bad guys en toute fin d’épisode afin de les effrayer et de les faire quitter la région. Avant cela, grâce au talent de Don McDougall aussi bien pour la pure mise en scène que pour la direction d’acteurs, et même s’il ne se passe pas grand-chose d’autre qu’une jolie romance, il s’agit d’un épisode très agréable à regarder d’autant plus que le couple dont on narre l’idylle est interprété par deux formidables comédiens, Vera Miles et John Gavin.

La première est bien connue des amateurs de John Ford et d’Alfred Hitchcock puisqu’elle était l’actrice principale de The Man Who Shot Liberty Valance ainsi que de Psychose, dans lequel elle avait déjà pour partenaire John Gavin. Ce dernier est surtout apprécié par les admirateurs du cinéaste Douglas Sirk puisqu’il tenait le rôle principal dans deux de ses plus beaux films de fin de carrière, le magnifique Miracle de la vie (Imitation of Life) et surtout le chef-d’œuvre qu'est Le Temps d'aimer et le temps de mourir (A Time to Love and a Time to Die) ; il aura également été un Jules César convaincant dans le Spartacus de Stanley Kubrick. Autant dire que les auteurs ne prenaient pas de grands risques en faisant se confronter deux comédiens de cette trempe. Et effectivement, l’épisode tient avant tout sur leurs épaules, seul Lee J. Cobb parmi les acteurs récurrents du Virginien ayant ici un rôle d’importance. L’histoire débute à Chicago où se rendent d’ailleurs souvent depuis le début de la série le juge et sa fille. Cette fois Betsy était accompagnée d’une amie de la famille qui n’était pas au meilleur de sa forme depuis le décès de son époux. Pour lui faire se changer les idées, Garth - qui fut l’exécuteur testamentaire du défunt et qui a désormais pour mission de gérer les affaires financières de la veuve - avait pensé qu’un voyage dans l’Est lui ferait le plus grand bien. Et effectivement, elle rencontre et tombe sous le charme d’un artiste peintre français spécialisé dans le portrait : "He's made me feel alive again for the first time in a long time" ; ce qui ravit Betsy, qui espérait du fond de son cœur qu’elle "get back into circulation."

Français pour faire le séducteur avec un accent qui fonctionne toujours aussi bien auprès des dames américaines, mais dans la réalité pas plus français que Garth ou le Virginien. On apprend même assez rapidement qu’il serait un peu escroc sur les bords, et chercherait surtout à rembourser sa grosse dette de jeu auprès de débiteurs coriaces et peu scrupuleux qui lui réclament leur dû en le menaçant de le tuer s’il ne s’exécute pas. Apprenant que Maggie rentre à Medicine Bow, il a dans l’idée de la suivre pour échapper à ses créanciers, espérant par la même occasion gagner une coquette somme en peignant le portrait de cette très charmante veuve, au cas où il aurait besoin de liquidités s’il venait à se trouver de nouveau face à ces deux inquiétants personnages tenus par le très bon Michael Forest ainsi que par Charles Horvath, un acteur au visage plus que menaçant. Une fois dans le Wyoming, nous assisterons surtout à l’idylle qui se fait jour entre le peintre et son modèle ainsi qu’aux soupçons de Garth quant à cet homme dont les prix pratiqués lui paraissent prohibitifs, suite à quoi il va mener son enquête auprès des galeries d'art. Toute une intrigue se monte aussi autour d’un vrai/faux tableau du Tintoret mais le long épilogue - que je ne vous dévoilerai pas -, écrit par les deux scénaristes Thomas W. Blackburn & Lawrence Edward Watkin - deux auteurs ayant principalement travaillé pour les studios Disney, le premier ayant également à son actif les très bon Cattle Queen of Montana d'Allan Dwan ainsi que Riding Shotgun d'André de Toth -, est vraiment touchant, d’abord doux-amer avant de finir en happy-end plus traditionnel qui aura néanmoins servi à démontrer - si besoin était - la grandeur d'âme, les qualités de cœur, l'ouverture d’esprit et l’intelligence des protagonistes principaux de l’épisode qui en sortent tous trois grandis.

Vera Miles était déjà excellente dans l’épisode The Man Who Wouldn't Die au cours duquel elle s’amourachait de Garth ; elle est ici de nouveau parfaite, tout comme ses partenaires John Gavin et Lee J. Cobb. Quasiment aucun drame mais une jolie romance entre deux excellents acteurs et quelques sympathiques notations concernant le personnage du juge Garth, à savoir qu’il a vécu quelques années à Paris et qu’il en a conçu un goût assez prononcé pour l’art et la peinture, ayant ainsi fait l’acquisition de quelques ouvrages sur les maîtres italiens de la Renaissance ainsi même que certains tableaux de George Catlin. Très jolie mise en scène utilisant à merveille des intérieurs plutôt cosy, même thème musical dont je vous parlais déjà à propos du mémorable All Nice and Legal et qui semble vouloir être désormais utilisé à chaque épisode au ton plutôt léger, une savoureuse Ann Doran, une seule apparition du Virginien qui ne fait pas mentir sa réputation de rabat-joie, et pour couronner l’ensemble, de très bons dialogues comme par exemple cette réplique de John Gavin au juge Garth après que celui-ci lui a demandé pourquoi il avait tenté de les arnaquer : "Self preservation's a pretty strong instinct, Judge, even in the lowest form of animal life." Anecdotique mais bougrement plaisant !

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  • 3.14- The Payment
  • Réalisation : John Florea
  • Scénario : Thomas Thompson
  • Guest Star : Lloyd Nolan
  • Première diffusion 16/12/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Ryker a invité à Medicine Bow un nommé Abe Clayton (Lloyd Nolan) malgré le fait qu’on lui ait dit que c’était une mauvaise idée, l’homme venant de purger une peine de dix ans de prison pour divers actes criminels. Il s’agit en fait de celui qui l’a élevé à la mort de ses parents et qu’il a ainsi toujours considéré comme son père même, s’il quitta son foyer lorsqu’il comprit que sa famille adoptive était une bande de hors-la-loi. Il espère désormais lui faire reprendre le droit chemin mais les sceptiques vont se révéler avoir raison. En effet, ayant fait venir d’autres membres de son ancien gang, Clayton compte s’emparer des troupeaux du juge Garth...

Mon avis : John Florea est avec Don McDougall l’un des réalisateurs de la série auquel on peut le plus faire confiance. Au cours de cette même saison, il avait récemment déjà filmé le très bon The Girl from Yesterday avec Ruta Lee, l’épisode qui mettait un terme aux aventures de Steve. On pouvait alors se féliciter de la rigoureuse direction d’acteurs de Florea, lui qui nous avait auparavant déjà démontré tout son talent dans le domaine puisqu’il fut précédemment aux manettes de l’excellent The Thirty Days of Gavin Heath, le fameux épisode dans lequel Leo Genn tenait le rôle d’un riche immigrant britannique dont le médecin ne laissait comme espoir qu’environ 30 jours à vivre et qui décidait donc de passer ses dernières heures en actions philanthropiques. C’est à nouveau la direction d’acteurs qui est avant tout remarquable pour cet épisode, et en l’occurrence nous retrouvons un Clu Gulager des grands jours, aussi inoubliable que dans celui qui lui était consacré en début de saison pour introduire le personnage de Ryker - dont nous apprendrons ici quelques informations supplémentaires sur la jeunesse - ainsi que pour ses deux précédentes apparitions en guest star lors des deux premières saisons, interprétant d’abord dans le magnifique The Judgment le bad guy le plus mémorable de la série puis dans Run Quiet un sourd-muet formidablement plausible. Des registres tous différents mais à chaque fois une interprétation exceptionnelle de la part de ce comédien, qui n’est jamais meilleur que lorsqu’on lui attribue le rôle principal, au contraire très effacé lorsqu’il ne sert que de faire-valoir.

Dans cette histoire écrite par Thomas Thompson - scénariste qui depuis son travail sur Libre comme le vent (Saddle with the Wind) de Robert Parrish n’a ensuite quasiment œuvré que pour des fictions de westerns télévisuels -, même si Lloyd Nolan est la convaincante guest star de The Payment, c’est donc Clu Gulager qui emporte le morceau. Sa façon de bouger, de se déplacer, de parler, ses gestes et regards, ce subtil jeu d’acteur n’a rien à envier à celui des meilleurs comédiens formés à l’Actor's Studio. Lorsque débute l’épisode, Ryker est fébrile sur le quai de gare mais repart dépité car la personne qu’il attendait depuis plusieurs jours ne se trouve toujours pas à la descente du train. Alors qu'il arrive à son bureau, on comprend immédiatement que cet étranger qu'il a invité dans la région n’est pas le bienvenu, le shérif lui disant vertement que l’idée de faire venir cette "vermine" n’était pas forcément judicieuse, Abe Clayton étant un ancien bandit venant de purger dix ans de prison. Et l’on apprend aussi vite que ce vieil homme n’est autre que le père adoptif de Ryker, que ce dernier a décidé de remettre dans le droit chemin en lui trouvant du travail à Medicine Bow. On ressent avec émotion les relations très fortes qui unissent les deux hommes mais également tout ce qui les sépare, Ryker ayant quitté sa famille d’adoption à l’adolescence alors qu’il avait commencé à comprendre comment elle subvenait à ses besoins, pas moins qu’en pillant banques, troupeaux et trains. Un hold-up ayant échoué, Abe avait alors payé pour tout le gang familial en refusant de dénoncer ses comparses, et du coup les autres membres du groupe se sentent désormais redevables malgré le fait d’être maintenant retirés, peu inquiétés et à l'abri du besoin.

C’est ainsi que l’oncle et le cousin adoptif de Ryker ont accepté de venir donner un coup de main à leur ancien chef de bande pour monter un dernier coup, par pure loyauté malgré les risques insensés qu’ils prennent. C’est ainsi que Rita, aux côtés de qui il a grandi et qui fut même son premier amour de jeunesse, est là elle aussi et qu’elle est sur le point d’épouser un jeune outlaw violent et sans scrupules superbement campé par un tout jeune et inquiétant Bruce Dern. Fatiguée de passer de bras en bras dans des endroits peu fréquentables, Rita a accepté de se marier avec le premier homme qui lui en a fait la proposition, au grand dam de Ryker qui semble toujours éprouver des sentiments à son égard. Des drames semblent inéluctables pour beaucoup et c’est en premier lieu de cette constatation que provient la tension qui sourd durant tout le récit. Mais le suspense psychologique est encore bien plus insoutenable lorsque l’on se rend compte que Ryker ne va pas pouvoir apporter son soutien très longtemps à son ex-famille, mais qu’il va même au contraire devoir la contrer jusqu’à la tragédie. En effet, ayant entendu parler du plus gros rassemblement de bétail de la région, Clayton décide de prendre sa part au passage. Après que Ryker a tenté par tous les moyens de dissuader chaque membre du groupe, leur demandant expressément de faire machine arrière, il prend enfin la décision de rester auprès des cowboys du ranch Shiloh et de leur apporter son aide sur la dernière partie du parcours du troupeau jusqu’à la gare. Nous assisterons ainsi à une longue séquence au cours de laquelle les convoyeurs s’attendront à tout moment à être attaqués par le sommet d’un canyon. On sent à ce moment-là le manque de moyens alloués à l’équipe puisque ce sont presque tout le temps les mêmes plans qui reviennent ; mais le crescendo du suspense devant en passer par un étirement de la durée, le réalisateur n’avait peut-être pas trop le choix. Quoi qu’il en soit, une surprise attend nos protagonistes ainsi que les spectateurs ; surprise que je me garderai bien de vous dévoiler mais qui entérine un scénario remarquablement bien écrit, se servant des ellipses avec une belle efficacité, et dont le final n’est absolument pas décevant, tout au contraire ; puissant et très touchant grâce aux interprétations de Lloyd Nolan, Clu Gulager et dans l'épilogue de la charmante Lisabeth Hush qui arbore lors de cette dernière séquence une tenue qui lui va à ravir.

Honorable interprétation également du comédien Ed Peck dans le rôle de l’oncle qui tient absolument à payer sa dette envers son frère quitte à en mourir. Les amateurs de continuité scénaristique au sein même de la série seront peut-être étonnés puis déçus par le remplacement durant cinq épisodes dans le rôle du shérif de Ross Elliott par Harlan Warde ; non pas que ce dernier soit mauvais comédien mais malgré les noms différents de leurs personnages, John reprend non seulement toutes les caractéristiques physiques et vestimentaires de de Mark mais le scénariste lui fait également endosser l'histoire de celui qu'il remplace, par exemple le fait d’avoir décidé d’embaucher Ryker. C’est vrai que cela ne fait pas très sérieux mais si l’on prend chaque épisode indépendamment l’un de l’autre, ça n’a finalement qu’assez peu d’importance. Enfin, l’auteur aborde une thématique assez passionnante et progressiste : les dures conditions de détention qui, selon lui, ne favoriseraient pas la réinsertion mais aboutiraient au contraire à ce qu’à leur sortie, les prisonniers n’aient qu’une seule envie au lieu de se ranger, se venger des humiliations et des coups reçus durant leur emprisonnement. Un épisode sombre de très grande qualité.

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  • 3.15- Man of the People
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : True Boardman & William Fay
  • Guest Star : James Dunn
  • Première diffusion 23/12/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Le Virginien emmène son patron rendre visite à un groupe d’émigrants dont les membres semblent déterminés à vouloir rester sur les terres de Shiloh, un député du nom de Cossgrove (James Dunn) les ayant fait venir en leur affirmant qu’ils seraient dans leur bon droit de s’y installer. Cet homme politique étant attendu à Medicine Bow, Garth, qui l’a autrefois bien connu, va tenter de savoir ce qu’il en est exactement, estimant non seulement que ses terres lui appartiennent toujours mais qu’elles seraient également impropres à la culture... Pendant ce temps-là, Betsy tombe sous le charme du neveu de Cossgrove, un militaire en mission sur place.

Mon avis : Septième des dix épisodes que réalisera pour la série le vétéran du serial William Witney, avec Man of the People nous tenons déjà la troisième excellente fiction de ce deuxième tiers de saison. All Nice and Legal peu avant m’avait déjà fait m’interroger sur la même question qu'en visionnant l'épisode qui nous concerne ici, à savoir qu’il me semblerait que les auteurs du Virginien aient compris que la série pouvant se permettre des digressions là où le 7ème art n’a que rarement l’occasion ni le temps de le faire, en abordant des thématiques a priori pas spécialement captivantes pour un western en salles, ils pouvaient les rendre passionnantes au sein d'une série dont nous connaissons déjà le background et les personnages qu’il n’est donc plus utile de présenter. Et cet épisode politique est d'autant plus séduisant que son intrigue et ses situations n'ont à ma connaissance jamais été vues au cinéma auparavant. Bien évidemment, l'interprétation et la mise en scène sont là pour faire le reste. Et comme nous le disions déjà précédemment, si True Boardman était à craindre en tant que scénariste en solitaire, dès qu’il adapte une histoire déjà écrite par un autre - en l’occurrence William Fay, l’auteur du pourtant moyen Brother Thaddeus - cela se passe en général relativement bien. Pour preuve ce Man of the People, le meilleur épisode pour l’instant signé par le réalisateur William Witney qui, dans le même temps et dans le même domaine, fut relativement décevant sur grand écran.

Cet épisode médian de la saison 3 aborde principalement la thématique de la répartition des terres entre ranchers et fermiers et l’arrivée de nouveaux habitants orchestrée par un député un peu roublard, avec néanmoins pour rendre l’épisode un peu plus léger, la naissance d'une romance qui se noue entre Betsy et un jeune officier de cavalerie. Alors que pendant des années les éleveurs n’avaient pas besoin de renouveler leurs baux qui l’étaient automatiquement par accord tacite, sans le leur informer, en cette fin de 19ème siècle le gouvernement de Washington a décidé d’annuler ce genre de reconduction et de rendre publiques les terres dont les propriétaires n’auraient pas signé de prorogation. Les ranchers tombent de haut mais ne peuvent pas contrer les lois, même si ces dernières ne leur ont pas été dévoilées ni expliquées dans les temps. Du coup ils se retrouvent coincés, ne pouvant pas dire grand-chose lorsque des citadins à qui l’on a fait miroiter ce jardin d’Éden arrivent par centaines pour s’approprier un lopin de leur domaine sur lequel pouvoir s'installer et cultiver la terre. Le juge Garth, qui comprend bien la situation, va néanmoins devoir prouver à ces nouveaux arrivants, qu’ils soient d’origine italienne, irlandaise ou allemande, que la région qu’on leur a tant vantée par l’intermédiaire de prospectus malhonnêtes est totalement impropre à la culture et que les pâturages ne sont bons qu’à l’élevage. Ces familles d’immigrants ont été "chapeautées" et menées en ces lieux par un député qui compte ainsi s’accaparer les voix des différentes communautés conduites sur cette 'terre promise'.

Un homme politique qui fait dans un populisme très d’actualité, qui ne s’est pas assez bien renseigné sur la valeur et la fertilité de cette contrée et qui va en payer les conséquences, le propriétaire de Shiloh ayant annoncé à juste titre à ceux qui voudraient s’installer sur son domaine "If you take a plow to that land, within two to three years every grain of topsoil will have blown away". Le comédien qui tient ce rôle de politicien mielleux et haut en couleurs n’est autre que James Dunn, dont le nom ne vous dira sans doute rien mais qui eut néanmoins un Oscar bien mérité pour Le Lys de Brooklyn (A Tree Grows in Brooklyn) d’Elia Kazan. Après avoir été dans les années 30 un simple faire-valoir de Shirley Temple - il a très souvent interprété son père à l’écran -, devenu entre-temps alcoolique, il trouvait avec le personnage du père dans ce film très attachant le rôle de sa vie et livrait une performance admirable et touchante. Dans cet épisode, en tant que membre du Congrès de New York et ancien camarade de jeunesse de Garth, il parvient à être à la fois agaçant et attendrissant. Il est accompagné d’un Lee J. Cobb qui fait acquérir à son personnage de juge une dimension supplémentaire, politique cette fois. "Everyone's making adjustments around here. I guess we can make some, too" dira-t-il à ses amis éleveurs en fin d’épisode, ce qui prouve à nouveau son intelligence, son ouverture d’esprit et son sens des responsabilités. Autre acteur d’importance au sein de cet épisode, le jeune Martin West que l’on retrouvera plus tard dans des films comme Complot de famille (Family Plot) d’Alfred Hitchcock ou Assaut de John Carpenter et qui s’avère ici éminemment sympathique en jeune officier de cavalerie. Neveu du congressman, il sera vexé d’entendre dire de ce dernier par le père de sa bien-aimée qu’il n’est rien d’autre qu’un opportuniste et un démagogue. Cette piètre opinion du juge envers son oncle conduira à des fâcheries/réconciliations assez cocasses entre lui et Betsy.

Cette romance qui lie les deux jeunes gens apporte donc un contrepoint de légèreté à cet épisode pas spécialement grave mais en tout cas assez sérieux (avec manipulations politiques, spoliations des terres...). Leur rencontre au milieu de la poussière, leurs retrouvailles à Shiloh puis au bord du pont que le détachement a pour mission de reconstruire, ainsi que la course poursuite à cheval qui s’ensuit... toutes ces séquences entre les deux jeunes comédiens sont vives et très bien réalisées. La manière "sémaphorique" et "serialesque" pour le jeune soldat de rattraper l’associé de son oncle - très convaincant Arthur Space pour un personnage assez richement dépeint - qui se fait la malle avec l’argent des immigrants en fin d’épisode est assez originale et esthétiquement assez plaisante. Parfaitement bien écrit, joliment photographié, très correctement interprété et solidement réalisé, Man of the People démontre une fois de plus le caractère très adulte de cette série trop souvent décrite avec un arrière-fond de mépris comme simplement "familiale". L’épilogue va également dans ce sens, tout le monde essayant de trouver des compromis pour que personne ne soit dupé.

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  • 3.16- The Hour of the Tiger
  • Réalisation : Richard L. Bare
  • Scénario : Harry Kleiner
  • Guest Star : Robert J. Wilke
  • Première diffusion 30/12/1964 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 4.5/10

Le pitch : Alors qu'un important troupeau est ramené à Shiloh avant l’hiver, un éboulement a lieu qui bouche le défilé par lequel les bêtes devaient passer. Il n’y a plus d’autres solutions que de traverser les terres du rancher Junius Antlow (Tom Tully), ce qui ne va pas se révéler facile étant donné que Garth et lui sont devenus ennemis jurés depuis que lors d’une précédente War Range, le juge a accidentellement privé son adversaire de ses deux jambes. Et effectivement ce dernier ne lui a toujours pas pardonné ; dernier recours, faire construire un tunnel pour acheminer le bétail avant les grands froids. Des coolies chinois vont être mis à contribution…

Mon avis : Après plusieurs épisodes/digressions que certains n’auront pas manqué de trouver "hors sujet" - alors qu’ils se seront avérés au contraire souvent passionnants -, avec The Hour of the Tiger la série revient à une intrigue westernienne plus classique et nous replace donc sur les rails du genre. Mais paradoxalement il s'agit de l’un des épisodes les plus faiblards de la saison et malheureusement celui qui pourrait conforter ceux qui parlent de mièvrerie en décrivant ce classique de la petite lucarne ; car - une fois n’est pas coutume - la romance qui se fait jour et qui nous est dépeinte ici entre le Virginien et la jeune Chinoise se vautre bel et bien dans la guimauve la plus sucrée faute, notamment à des dialogues débités par l’actrice Cely Carillo frisant souvent le ridicule. James Drury a beau garder la tête haute et son personnage continuer à se montrer d’autant plus humain qu’il nous dévoile à nouveau ses mauvais côtés un peu machistes ("She thinks like any other woman, with her heart instead of her head"), le personnage écrit pour sa partenaire est tellement mièvre qu’il est difficile de croire à cette histoire d’amour surtout prétexte à comparer deux modes de vie antagonistes, le modèle occidental américain et le chinois. Le premier finit par remporter la victoire haut la main sur les coutumes orientales, sans aucune subtilité de la part de Harry Kleiner qui a beau avoir signé les scénarios de quelques classiques du film noir durant les années 50, ne ressort pas grandi de cet épisode dans lequel l’histoire d’amour prend bien trop le pas sur les conflits entre les deux ranchers ; la conclusion se révèle également bâclée concernant cette partie de l’intrigue qui semblait devoir être l'épine dorsale du récit au vu des premières séquences.

Effectivement, les vingt premières minutes étaient alléchantes, l’arrivée des travailleurs chinois modifiant la donne, le reste ne tient malheureusement pas les promesses initiales. L’épisode débute par une vue assez impressionnante sur un défilé escarpé dans la montagne, un immense éboulement venant le boucher et interdire aux troupeaux du juge Garth de pouvoir le franchir. Il faut pourtant que les bêtes soient amenées au train avant le retour des grands froids. Une seule solution : traverser les terres d’un certain Antlow, propriétaire de la même génération que Garth, autrefois dans les meilleurs termes avec le juge mais désormais son ennemi juré, souhaitant même ardemment sa mort depuis que ce dernier lui a accidentellement fait perdre l’usage de ses jambes. Tout à son idée de vengeance christique - il se réfère constamment à sa Bible pour trouver des solutions à ses problèmes - ce vieil homme aigri va non seulement interdire à Garth de couper à travers ses propriétés mais également tout mettre en œuvre afin que son élevage périsse sur place. En effet, alors que les hommes de Shiloh ont eu pour idée de faire creuser un tunnel sous la montagne par des ouvriers chinois, Antlow va lancer des opérations de sabotage dans le but qu’il ne soit pas terminé d’être construit dans les temps. S'ensuivront donc explosions et effondrements assez efficacement mis en scène et qui vont causer des drames, des blessés et des morts ; parmi les blessés, le Virginien qui va profiter de sa convalescence pour vivre une histoire d’amour avec une des autres victimes qui s’est révélée être une femme déguisée en homme.

On ne va pas entrer dans les détails des causes de ce travestissement tellement ils sont déjà ennuyeux à l’écran. On aura néanmoins compris qu’il s’agissait pour la jeune femme d’un moyen pour pouvoir quitter son pays aux mœurs "barbares" et rester auprès de celui à qui on l'a destinée à être mariée. Il va sans dire qu’elle va tomber sous le charme de ce "beau ténébreux" que lui semble être le Virginien, mais leur idylle ne sera constituée que d’une succession de discussions qui se vautrent dans les clichés les plus éculés sur les coutumes des uns et des autres. Comme je l’écrivais au début, on a connu la série beaucoup plus inspirée, bien plus délicate et subtile dans l’écriture ; même la sous-intrigue qui relate la rivalité entre les deux propriétaires terriens est racontée sans nuances et s’avère totalement prévisible, y compris dans son dénouement tragique après que le fils s'est retourné contre son père. Dommage car le postulat de départ était intéressant, l’image de ces travailleurs chinois assez rare au sein du genre pour la rendre attrayante ; mais dès le départ, la description de cette communauté se révèle non seulement très paternaliste mais également un peu hautaine, ce qui nous met d’emblée assez mal à l’aise. Tout comme nous gêneront des toiles peintes assez hideuses devant lesquelles se mettra même à chantonner Randy, des scènes d’action vite expédiées et une réalisation plutôt banale de Richard L. Bare dont ce sera le dernier - et le moins satisfaisant - des six épisodes qu’il signera pour la série. Plus que Tom Tully, il est vrai peu gâté par un personnage monolithique, nous serons en revanche très contents de retrouver des seconds rôles aussi bons que Robert J. Wilke, ici en vicieux homme de main du vieil homme haineux, ainsi que le toujours excellent Leo Gordon, cette fois-ci dans un rôle positif, celui du jovial conducteur de travaux.

Alors que Hour of the Tiger aurait voulu rendre hommage à cette communauté de travailleurs chinois qui a participé à l’expansion de l’Ouest américain et s’appesantir sur leurs coutumes et leur culture, il rate malheureusement son but dans les grandes largeurs faute à un scénario un peu trop naïf et condescendant. Nous aurons néanmoins eu droit à un très bon premier quart d’heure avec notamment la confrontation entre Garth/J. Cobb et Antlow/Tully, ce dernier acceptant la requête du premier à la seule condition "qu’il lui rende ses jambes", un rire tonitruant mettant fin à cette rencontre qui promettait un grand épisode qui se noiera malheureusement un peu trop dans la guimauve. Quant au titre de l’épisode, il est expliqué au Virginien par la jeune chinoise, "The Hour of the Tiger is when we are snatched away from life, by the claws of death." Décevant mais pas honteux pour autant !
 

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  • 3.17- Two Men Named Laredo
  • Réalisation : William Hale
  • Scénario : Don Brinkley
  • Guest Star : Fabian
  • Première diffusion 06/01/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 3/10

Le pitch : Eddie Laredo (Fabian), jeune cowboy embauché par le Virginien le temps de ramener un troupeau à Shiloh, sauve la vie de Trampas alors qu’il allait être piétiné lors d’un stampede. Ce dernier réussit à convaincre le juge et le régisseur de le prendre définitivement au sein leur équipe ; ce dont tout le monde se félicite tellement ce héros est apprécié et fait l'unanimité. Seulement, d’étranges meurtres ont lieu à Medicine Bow dont celui d’un cow-boy puis d’une prostituée. Alors qu’il dit n’avoir pas quitté le ranch lorsque eurent lieu ces crimes, Laredo est pourtant strié de griffures sur la figure et Trampas lui dit l’avoir aperçu en ville la nuit des drames...

Mon avis : Le duo William Hale à la réalisation et Don Brinkley au scénario sera à nouveau réuni pour un épisode de la saison suivante. Espérons que le résultat sera tout autre car après le très moyen The Hour of the Tiger, voici que notre série préférée nous déçoit à nouveau encore plus en nous proposant consécutivement un autre épisode cette fois totalement raté ayant pour thématique le dédoublement de personnalité. Le fait de lorgner vers le thriller psychologique et psychanalytique aurait très bien pu aboutir à une fiction passionnante si le comédien choisi pour le rôle de ce personnage complexe et instable avait été à la hauteur, et si le scénario n’avait pas semble-t-il été écrit autant à la va-vite. Alors que l’un des principaux atouts du Virginien a toujours été que les auteurs paraissaient avoir la possibilité de prendre leur temps afin de bien poser leurs intrigues, ici l’on remarque d’emblée l’utilisation d’ellipses totalement foireuses qui font avancer l’épisode à vitesse grand V sans que cela ne soit ni souhaitable ni nécessaire. On sent des scénaristes peu à l’aise avec la mise en place de leur récit, à tel point que nous n’avons même pas l’impression de nous être fait présenter le principal protagoniste campé par l’acteur Fabian, que l’on avait par exemple déjà pu voir dans l’amusant North to Alaska (Le Grand Sam) réalisé par Henry Hathaway, jeune bellâtre qui par ailleurs chantait assez bien dans ce western humoristique mais qui ne possédait que très peu de charisme.

Sur ce dernier point, il est évident qu’il en va de même pour cet épisode du Virginien alors qu’au contraire nous aurions très bien vu à la place de cet acteur falot les excellents et méconnus Chris Robinson ou Peter Brown, qui avaient brillé peu de temps auparavant dans la série et notamment le second très récemment dans l’épisode Return a Stranger. Le fait de ne pas rendre crédible une seule seconde cet avatar de Dr Jekyll et Mister Hyde - que cite d’ailleurs le juge Garth toujours aussi cultivé - n’aide pas à nous immerger dans cette fiction qui s’avère finalement assez ridicule alors qu’elle avait pour louables ambitions tour à tour de nous faire frissonner et nous interroger sur la culpabilité ou non d’un malade mental. Car ce n’est pas dévoiler grand-chose - le titre est déjà là pour nous aiguiller - que d’écrire que le doux et lettré sauveur de Trampas est également un fou qui ne se souvient plus des meurtres qu’il a commis la veille étant donné qu’il souffre d’un trouble dissociatif de l'identité. Tout cela aurait pu donner une intrigue captivante si tout le monde s'en était donné la peine. Les scénaristes, le réalisateur et l'acteur principal se révélant au contraire tous médiocres, cet épisode nous emmène de déception en déception. L’écriture manque tellement de rigueur que l’on a même du mal à comprendre ou les auteurs veulent en venir lorsqu’ils lancent le juge Garth dans la bataille pour plaider la folie et sauver le criminel de la peine de mort.

Il est évident qu’ils veulent à nouveau, à travers cette histoire finalement assez décousue malgré sa simplicité, mettre en avant le progressisme des idées de Garth ("Clémence, compassion et sagesse" dira-t-il) sans que ce ne soit donc ni très évident ni très fluide. D’autres gros trous dans le scénario apparaissent constamment, l’histoire sautant d’une séquence à l’autre sans véritable liant, le Virginien disparaissant sans que l’on ait appris pourquoi et les comédiens ne semblant pas très convaincus par ce qu’ils ont eu à interpréter. Dommage car une fois encore les premières séquences avaient laissé augurer d'un très bon épisode, témoin ces images de rues boueuses et de pluie discontinue pendant que le Virginien cherche à recruter des hommes afin de ramener son troupeau, le train étant empêché d’arriver faute à un éboulement. Les scènes initiales dépeignant les premiers jours de travail de Laredo au ranch étaient également assez intéressantes, d’autant plus que les situations montrées étaient rarement vues dans un western comme celle du sciage des troncs de bois par équipe de deux ; des touts petits riens qui contribuent pourtant à la valeur de la série et sur lesquels il n'est pas inutile de revenir de temps à autre d'autant plus lorsque le reste de l'épisode s'avère aussi frustrant.

Un homme aux forts troubles de la personnalité, une réflexion sur la peine capitale, un peu de suspense, des meurtres mystérieux, un des protagonistes récurrents qui manque de peu de se faire tuer... tout ceci était d’autant plus alléchant que nous sommes au final encore plus déçus que pour un récit a priori plus classique. Faute non seulement à de bien médiocres scénaristes mais également à une mise mise en scène assez indigente signé par l’obscur William Hale. Restera néanmoins une plutôt bonne interprétation de l’actrice Elizabeth MacRae dans le rôle de la Saloon Gal ainsi que le retour tant attendu de Doug McClure après s'être éclipsé un bon bout de temps. L’interprétation de Fabian n’était pas spécialement marquante dans Say Goodbye to All that de William Witney, le 18ème épisode de la série dans lequel il interprétait le fils du tyrannique Charles McGraw qui espérait faire de lui "un homme, un vrai" ; ici il gâche en grande partie l'ensemble, cependant guère aidé par ceux qui lui ont écrit son personnage ou celui qui l’a dirigé. Dommage !

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  • 3.18- Hideout
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Cy Chermak
  • Guest Star : Forrest Tucker & Andrew Prine
  • Première diffusion 13/01/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Alors qu’elle chevauche dans les montagnes, Betsy tombe sur un troupeau de chevaux sauvages qu’un certain Clint Evers essaie de capturer. Effrayée par un puma, Betsy est conduite par Clint jusqu’à une cabane où il vit retiré avec son père (Forrest Tucker). Betsy pense intéresser ses nouvelles connaissances en leur apprenant que l’armée est actuellement demandeuse en montures. Mais les Evers semblent vouloir rester cachés. Sur le chemin du retour Betsy est mordue par un serpent ; Clint est forcé de la conduire chez le médecin où il est reconnu par un homme qui file avertir le shérif que son père est recherché pour meurtre...

Mon avis : Un épisode remake d’un western de cinéma, au sein de la série qui nous concerne, il y eut déjà des précédents comme Duel at Shiloh qui reprenait l’histoire de L’Homme qui n’a pas d’étoiles (The Man Without a Star) de King Vidor ou encore The Stallion repartant du récit qui servait de trame à Black Horse Canyon de Jesse Hibbs, allant même jusqu’à se servir de séquences entières du film pour les stock-shots. Hideout quant à lui se base sur un roman de Stuart Hardy, The Mountains are my Kingdom, qui avait été adapté une première fois en 1938 par Wyndham Gittens pour les studios Universal ; il s’agissait de Forbidden Valley avec dans les rôles principaux Noah Berry Jr. et Frances Robinson. En 1950, Sierra d’Alfred E. Greenen en était une seconde version, avec cette fois l'apport d'un glorieux Technicolor utilisé à merveille par le chef opérateur Russell Metty qui nous dévoilait dans toute leur splendeur les magnifiques paysages de Kanab (Utah) et photographiait d'amples et impressionnants déplacements de hardes de chevaux sauvages. L’épisode du Virginien réalisé par le toujours très bon Don McDougall réutilise d’ailleurs des images de cet honnête western de série B, qui fut l’un des premiers films du jeune Audie Murphy. Celui-ci jouait aux côtés de Wanda Hendrix - alors son épouse à la ville -, Dean Jagger ainsi que Burl Ives dans des rôles repris ici respectivement par Andrew Prine (le fils), Roberta Shore, Forrest Tucker (le père) et Douglas Fowley (le old timer).

C’est l’histoire d’un père et de son fils terrés depuis des années dans une modeste cabane isolée, située dans un coin reculé en pleine montagne. On apprend vite que le plus âgé se cache de la police pour avoir été accusé du meurtre de son associé alors qu’ils étaient tous deux prospecteurs. Depuis, reclus, ils gagnent leur vie grâce au commerce de chevaux, passant par l’intermédiaire du vieux Sorrowful - un homme haut en couleurs "à la Walter Brennan" - pour vendre leurs bêtes. Lors d’une balade à cheval, Betsy découvre cette cachette et leurs habitants pour qui elle se prend d’amitié (voire plus si affinités avec le jeune homme) ; elle leur apprend par la même occasion que l'armée est en ce moment activement à la recherche de montures et ainsi qu'avec leur cheptel ils pourraient gagner une forte somme d'argent. Le père s’étant grièvement blessé refuse qu’on aille chercher un médecin en ville de peur de perdre à jamais la tranquillité dont ils profitent suite à leur exil dans ces montagnes. Besty, qui croit fermement à l’innocence du mourant, jure qu’elle ne dévoilera jamais le secret de leur tanière ni de leur identité mais insiste pour que l'accidenté se fasse soigner. Elle retourne donc chercher du secours à Medicine Bow malgré sa promesse initiale de ne pas intervenir : le shérif comprend alors très vite qu’il vient de trouver un criminel recherché... La thématique principale de cet épisode est la confiance ; confiance qu’à le Virginien en les dires de Betsy ("He trusted me... Because I asked him to, and I never gave him any reason not to)", confiance aveugle qu’à Betsy dans le duo terré dans la montagne et crédulité exagérée en la bonté humaine, confiance ou scepticisme qu’ont les deux hommes pour le médecin venu les soigner...

Confiance, prudence ou défiance qui amènent quelques séquences dotées d’un suspense efficace comme celle où le jeune homme reconduit le docteur en bas de la montagne sans que nous ne sachions si c'est par pure politesse ou s’il a dans l'intention de supprimer un témoin gênant. Sinon nous avons à faire à une jolie histoire réalisée avec une grande douceur par Don McDougall, qui n’a pas encore commis un seul faux pas même si Hideout est loin d’être un sommet de la série, faute surtout à une interprétation très moyenne d'Andrew Prine ainsi qu'à un manque à la fois de tension dramatique et de fantaisie. En revanche, l’épisode bénéficie de beaux extérieurs - même si pas nécessairement raccords avec les stock-shots du western d’Alfred E. Green -, d’excellents dialogues comme lors de la scène au cours de laquelle Forrest Tucker explique à Betsy qu’elle voit le monde avec trop de candeur et de naïveté (les bons n'étant pas toujours gagnants et l'injustice n'étant pas forcément un mythe) ainsi justement que d’une très bonne prestation de ce comédien que l’on a vu dans nombre de séries B westerniennes des années 50 et notamment aux côtés de Randolph Scott dans les productions Harry Joe Brown (La Vallée maudite - Gunfighters de George Waggner ; Ton heure a sonné - Coroner Creek de Ray Enright ; L'Homme du Nevada - The Nevadan de Gordon Douglas) ou encore dans La Femme aux revolvers (Montana Belle) d'Allan Dwan... Parmi tant d'autres.

Grâce aux bonnes séquences filmées pour le western avec Audie Murphy assez bien intégrées aux scènes tournées par McDougall, le dernier quart d’heure nous propose quelques beaux moments au grand air au sein de superbes paysages désertiques avec moult chevauchées et superbes chevaux sauvages. L’ensemble manque certes aussi d’un peu de vigueur et de conviction dans l’expression des sentiments de tout un chacun, mais il bénéficie d’une écriture assez rigoureuse pour réussir à nous intéresser tout du long d’autant que Clu Gulager s’avère très bon, que Roberta Shore parvient aisément à porter l’épisode sur ses frêles épaules et à faire oublier la prestation assez terne de son partenaire masculin, et enfin que le happy-end se révèle ma foi plutôt très plaisant. Pas une grande cuvée mais un honnête épisode qui vient nous faire un peu oublier les deux médiocres précédents.

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  • 3.19- Six Graves at Cripple Creek
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : Carey Wilber
  • Guest Star : John Doucette
  • Première diffusion 27/01/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 5.5/10

Le pitch : Alors qu’ils cambriolaient la banque de Medicine Bow, deux bandits se font abattre par Ryker ; parmi eux, il reconnait l’un des quatre assassins qu’il piste depuis des années pour le meurtre d’une femme qu’il aimait. Parvenant à le faire parler avant qu’il ne rende son dernier souffle, il apprend le nom du dernier survivant du quatuor. Abandonnant son poste d’adjoint, il décide alors de partir à sa recherche mais il s’avère que cet homme aurait été tué par les Indiens à Cripple Creek et qu’il y serait enterré. Ryker veut en avoir le cœur net et se rend sur place accompagné d’une femme ayant perdu son père lors de ce même massacre...

Mon avis : Décidément la série a beaucoup de mal à reprendre son souffle et ne parvient toujours pas en ce deuxième tiers de saison à se hisser au-dessus de la moyenne. Maurice Geraghty était pourtant jusqu'à présent avec Don McDougall l’un des réalisateurs les plus inspirés et talentueux de la série (voir les excellents A Matter of Destiny, The Accomplice et surtout le magnifique Impasse), mais ici il est bien incapable de rattraper un scénario assez raté signé Carey Wilber, un auteur dont nous avons déjà constaté à de nombreuses reprises que malgré des pistes scénaristiques intéressantes, il avait toujours beaucoup de mal à en tirer quelque chose de fort et de captivant contrairement par exemple à un autre scénariste prolifique pour Le Virginien, Frank Chase. Et pourtant l’épisode démarrait vraiment sur les chapeaux de roue, promettant non seulement monts et merveilles mais un ton d'une cruauté inaccoutumée. La première séquence d’une violence assez sèche montre Ryker en chaussettes - en train d’essayer de nouvelles santiags, il n’avait pas eu le temps de les chausser - courir dans la rue au son de coups de feu et tirer sur deux hommes qui sortaient de la banque qu’ils venaient de cambrioler. Suite à cette fusillade et sous les yeux médusés de ses concitoyens dont Trampas, il refuse catégoriquement de faire soigner l’un des deux moribonds gravement blessé et se vidant de son sang tant qu’il n’aura pas répondu à ses questions. En effet, ayant reconnu en lui un criminel qu’il piste activement depuis plusieurs années, il a des choses à apprendre de sa part et notamment un nom.

Deux ans auparavant, une mère et sa fille avaient été assassinées par un groupe de quatre hommes. Il semblerait que Ryker était amoureux de la jeune femme et qu’il avait décidé de se venger. Ayant déjà réussi à en tuer deux, il lui en restait autant à trouver ; quelle aubaine de tomber sur ce bandit qui allait enfin pouvoir le mettre sur la piste du dernier. Et effectivement, de peur de mourir, le moribond lui donne non seulement l’identité de son complice - un certain McMasters - mais également le lieu où il se serait réfugié depuis, Silver City. Une excellente séquence à propos de la loi et l'ordre se déroule alors entre Ryker et son patron qui lui rappelle que porter un badge ne donne pas le droit de commettre un meurtre ; sur quoi Ryker lui rétorque : "Killing him wouldn't be murder." La discussion se poursuit, le shérif espérant compter sur la maturité qu'aurait acquise son adjoint depuis qu’il est passé du bon côté de la loi (se reporter au premier épisode de cette saison où nous faisions sa connaissance) : "You know better than that. Maybe not two years ago, but I don't think you're the same man you were two years ago." Néanmoins, sans plus attendre, Ryker rend son insigne et décide d’en finir avec sa quête de représailles. A Silver City il tombe sur un drôle de shérif qui l’emprisonne "pour le garder en sécurité" puis qui lui confie une mission en échange de sa liberté : conduire "un ami à lui" à Cripple Creek, le lieu où auraient été massacrés et enterrés l’homme que Ryker recherche ainsi que le père de celui qui devra être son compagnon de route. Quelle n’est pas sa surprise de constater que celui-ci est en fait une jeune fille ! Et si le père de la jeune femme et le meurtrier recherché étaient un seul et même homme ?

S’ensuivent une embuscade assez rondement menée, la trouvaille des tombes ainsi qu'un voyage jusqu’au fort le plus proche où notre duo de fortune apprend que l’un des six Blancs tombés dans l’embuscade indienne s’en serait sorti. Et s'il s'agissait de McMasters ou du paternel perdu ? Avouez qu’à la lecture de cette histoire il y avait vraiment de quoi penser être captivé. Ce qui n'aurait pas été loin d’être le cas si l’écriture avait été moins lâche ; en effet, on ne comprend pas tout alors que le récit semblait devoir être d’une remarquable clarté. Et donc, même si la première partie avait réussi à faire illusion, après cette première demie-heure assez efficace l’ennui commence à poindre pour ne presque plus nous lâcher. Beaucoup de morts et d’action violente, quelques idées assez réussies comme la bombe fabriquée par Ryker pour se sortir d’un mauvais pas... et pourtant la tension dramatique n’est que rarement de mise. Le personnage interprété par la toute jeune Sheilah Wells était également assez intéressant, pas mièvre pour un sou puisque la fille n’ayant pas connu son père, elle est partie à sa recherche avant tout pour l’argent qu’il lui aurait laissé. La comédienne débutante à la voix grave se sort plutôt bien de son rôle qui vers la fin sera lui aussi assez mal écrit, le fait d’apprécier avoir retrouvé son père même sans être certaine que ce soit bien lui n'étant pas crédible une seule seconde. Les autres protagonistes d'importance interprétés par ces trognes connus du western que sont John Doucette (le shérif) et Paul Birch (le père) ne sont guère plus convaincants, le spectateur ayant du mal à cerner leurs motivations, leurs réactions et leurs buts faute une fois encore au scénariste qui ne parait pas s’être relu, rendant flou des situations pourtant a priori très fluides.

Un épisode dramatique et purement westernien louchant même vers le serial lors du final dans la grotte et qui avait tout pour plaire. Non pas qu’il soit honteux ni pénible... seulement décevant et un poil ennuyeux dans sa seconde partie. Heureusement Clu Gulager est à nouveau impeccable et permet à cette fiction de ne pas trop nous faire sombrer dans la torpeur malgré un bavardage intempestif qui semble être destiné à meubler les 75 minutes règlementaires. Néanmoins on relève une interprétation correcte et quelques bonnes scènes d’action pour les amateurs. Mais nous nous sommes tellement habitués à mieux...

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  • 3.20- Lost Yesterday
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : True Boardman
  • Guest Star : Shirley Knight
  • Première diffusion 03/02/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : A Laramie, un homme mourant informe son épouse (Shirley Knight) de la cachette d’un important butin aux environs de Medicine Bow. Pour échapper à deux inquiétants individus qui la forcent à dévoiler ce secret, la femme fait croire à son suicide et s’enfuit. En chemin, la diligence où elle avait pris place tombe dans un ravin ; elle est sauvée par le Virginien qui était lui aussi passager et qui la conduit à Shiloh. A son réveil, on se rend compte qu’elle est devenue amnésique et qu’elle ne se souvint même plus de son identité. Le Virginien, qui est tombé sous son charme, va lui proposer d’aider l’institutrice en attendant qu’elle recouvre la mémoire...

Mon avis : On peut encore et toujours compter sur Don McDougall pour relever le niveau qualitatif de la série ainsi que par la même occasion pour me faire revenir sur mon jugement un peu trop hâtif et sévère concernant le scénariste True Boardman qui, même s’il est à l’origine à ses débuts de quelques-uns des moins bons épisodes du Virginien, s’est depuis montré capable d’accoucher de très bons récits dans cette troisième saison, comme par exemple ceux excellents de Return a stranger avec en guest star Leif Erickson ainsi que Man of the People avec James Dunn. Pour Lost Yesterday, True Boardman est seul crédité au travail d’écriture et autant dire qu’il se sort plutôt bien de cette histoire d’amnésie, plus tournée vers la romance et le polar que vers le western et qui aurait pu facilement sombrer dans le ridicule par manque de rigueur ou faute à une interprétation médiocre. Ce qui n'est évidemment pas le cas d'autant plus que l'invitée principale de l'épisode est l’exquise Shirley Knight (Doux oiseaux de jeunesse - Sweet Bird of Youth de Richard Brooks d’après Tennessee Williams) qui illuminait déjà le précédent épisode auquel elle avait participé lors de la première saison, The Man from the Sea qui narrait l’histoire de jumelles, l’une un peu folle estimant ne faire qu’une avec sa sœur et qui pour ne plus se sentir "prisonnière" et trouver sa liberté pensait qu'elle devait la tuer. Shirley Knight interprétait alors la sœur équilibrée face à Carol Linley. La comédienne est à nouveau ici toute aussi charmante que talentueuse, l'idylle qui se met en place entre elle et James Drury se révélant tout à fait crédible et extrêmement touchante.

Lost Yesterday débute par un prologue immédiatement prenant se déroulant à Laramie. Un homme est en train de rendre son dernier souffle dans les bras de son épouse, Clara. Se sachant condamné, il refuse qu’elle appelle un médecin et lui dévoile par la même occasion le secret de la cachette d’un butin. Même si ce n’est pas vraiment dit, on comprend immédiatement qu’il pourrait s'agir d’un hors-la-loi d’autant plus que peu de temps après, la jeune femme est interpellée et agressée par deux hommes qui sans aucun doute sont des complices de son défunt mari puisqu’ils l’obligent à divulguer le lieu où a été planqué l’argent. Pour ne plus être importunée, elle fait croire à son suicide et se rend à Medecine Bow, ville près de laquelle se trouverait cette "manne financière". La diligence qui la transporte se renverse et Clara manque de se faire dévorer par un incendie qui s'est déclenché suite à cet accident ; elle serait morte sans l’intervention du Virginien qui se trouvait lui aussi à bord, qui s'en sort sans égratignures et qui la conduit à Shiloh. On constate alors que le choc a rendu Clara amnésique, qu’elle ne se souvient plus de rien pas même de son identité. C’est le début d’une idylle entre elle et le Virginien, ce dernier s'avérant bien plus attentionné qu'à l'accoutumée envers cette femme qu'il décide de nommer April comme le mois où ils se sont rencontrés, l’institutrice à qui il la confiera répondant à la question de cette dernière “He has been very helpful to me ever since I came here, hasn’t he?” par un très lucide “Uh, devoted would be a more accurate word.”

Toute la partie romantique est vraiment très réussie grâce à la qualité de l’interprétation des deux comédiens et à la douceur des relations qui se font jour entre les deux protagonistes ; les auteurs font une fois encore se retrouver leur couple dans cet endroit idyllique au bord d’une petite cascade déjà maintes fois vu au cours de la série. True Bordman prend son temps pour nous décrire cette belle histoire d’amour sans jamais oublier les à-côtés, et notamment ici les diverses tentatives pour faire retrouver la mémoire à la jeune femme ainsi que les manigances que mettent en place les ex-complices du mari pour arriver à leurs fins. Ayant dépisté Clara et ayant appris son état, l’un des deux va se faire passer pour son frère pour pouvoir "la prendre en charge" et l’emmener loin d’ici en espérant qu’elle pourra rapidement lui apprendre "la cachette au trésor". Le suspense est constant y compris au moment où, ayant recouvré ses esprits, la "femme du hors-la-loi" doit faire croire aux deux bandits que ce n’est pas le cas, risquant de se couper à tout moment. Le scénario aux petits oignons aurait pour une fois nécessité bien un quart d’heure de plus car la dernière partie plus mouvementée semble un peu vite expédiée - tout ce qui se passe dans l’enceinte d’un fort de studio étant assez faible -, ou peu crédible - le message crypté de Trampas, - le final un peu abrupt et "déjà vu", le Virginien finissant à nouveau sur le quai de gare en faisant des adieux à une femme qu’il ne reverra probablement jamais, condition sine qua non pour que la série puisse se poursuivre. Sinon côté seconds rôles, c’est du tout bon, qu'ils soient féminins ou masculins : avec ses faux airs d'Ida Lupino, Monica Lewis en institutrice est assez attachante alors que John Kellogg - que l'on a pu voir dans le très sympathique Le Fouet d’argent - The Silver Whip de Harmon Jones, et également déjà présent dans l’excellent 11ème épisode de cette saison, All Nice and Legal - et Simon Scott forment un savoureux duo de canailles sans scrupules.

Pour les accros à la série, sachez que dans cet épisode le Virginien donne des détails sur sa venue à Shiloh voilà six ans en arrière ainsi que sur les précédents lieux où il s’est déjà rendu, à savoir aussi bien St Louis que San Francisco dont il semble avoir gardé d’excellents souvenirs. A noter aussi toujours le mettant en scène, une sympathique séquence de bal, une image surréaliste pour un western de "pause puzzle", ainsi qu’une très jolie scène au cours de laquelle il donne un baiser à une Clara/April confuse mais touchée alors qu’elle a retrouvé la mémoire sans le lui dire et du coup ne se souvenait plus de leur romance, tout ce qu'elle a vécu entre les deux chocs s'étant volatilisé. Sans atteindre des sommets faute à un dernier quart un peu plus faible, voici un épisode cependant très agréable et très attachant.

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  • 3.21- A Slight Case of Charity
  • Réalisation : Richard Benedict
  • Scénario : True Boardman & Howard Browne
  • Guest Star : Kathryn Hays & Warren Oates
  • Première diffusion 10/02/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 2/10

Le pitch : Une association de ranchers de Medicine Bow confie à Trampas la mission de conduire et vendre son troupeau à Albuquerque ; il en retire une coquette somme qu’il doit cacher le temps de quelques jours de repos dans cette ville qui ne manque pas de divertissements. Il fait d’ailleurs la connaissance de la charmante Charity (Kathryn Hays) qui recherche un guide et qui va l’entrainer dans de rocambolesques aventures après lui avoir dérobé une partie de l’argent de la vente du bétail. C’est le début d’une course poursuite assez incompréhensible entre plusieurs personnages pour s’accaparer un bijou de grande valeur…

Mon avis : Quel rapport entre la vente de bétail et la recherche d'une pierre précieuse me direz-vous ? J'avoue avoir encore du mal à l'expliquer après le visionnage de cet épisode écrit probablement dans un état d'ébriété avancé ! L’auteur Howard Browne a pourtant déjà adapté plusieurs de ses histoires pour la série Le Virginien dont la superbe If You Have Tears avec Robert Vaughn, Dana Wynter et Nancy Sinatra ; il était également scénariste du très bon Run Away Home, toujours dans la saison 1, avec de savoureux dialogues à la clé, un épisode qui était de plus parfaitement bien interprété par Karl Swenson, James Drury et surtout Jeannine Riley qui trouvait quasiment toujours le ton juste entre charme et cabotinage. Campant un personnage qui pourrait lui être apparentée, ce n’est ici malheureusement pas le cas de Kathryn Hays qui s’avère être extrêmement pénible à l’image de cette fiction qui pourra très probablement vous sembler laborieuse et jamais drôle alors qu’elle cherchait clairement à l’être. Arrivé à cette date du 10 février 1965, A Slight Case of Charity se révèle donc être le plus mauvais épisode du Virginien. Il y a de fortes chances pour que ceux qui tomberaient sur une telle fiction en ne connaissant pas la série au préalable risquent d’abandonner sans se poser plus de questions quant à sa qualité globale. Il s'avère donc indispensable de prévenir afin d’éviter de se lancer dans sa découverte par certains épisodes comme celui-ci, heureusement dans l’ensemble assez rares. Ceci dit, à quelques exceptions y compris au sein du Virginien qui a déjà proposé quelques pépites dans le domaine -dès The Big Deal avec Ricardo Montalban, épisode 3 de la première saison-, les tentatives de mélange comédie et western se sont souvent avérées ratées y compris sur grand écran.

Non seulement l’ensemble peine à nous faire sourire mais le scénario est tellement mal écrit que l’on a du mal à comprendre les tenants et aboutissants d’une intrigue qui se voudrait subtile mais qui nous perd totalement dans ses imbroglios à propos d’un bijou que tout le monde semble rechercher, d’une femme de chambre qui se fait passer pour sa maitresse ainsi que d’une course poursuite multipliée par quatre, l’un poursuivant l’autre déjà pisté par un troisième lui-même suivi par un quatrième… Il faut dire que l’ensemble est tellement peu captivant que l’on se moque un peu de ce qui se déroule sous nos yeux, que l’on décroche donc vite d’où le fait de ne peut-être pas avoir été assez attentif pour remettre en place cet écheveau qui à priori devait se révéler fluide. L’épisode paraissait pourtant débuter de la plus sympathique des manières, la fantaisie et l’humour de la première séquence nous ayant mis dans de très bonnes dispositions, la suite n’étant malheureusement suivi d’aucuns effets. L’on assistait donc directement dès le générique terminé à une chanson poussée par Randy s’accompagnant comme d’habitude à la guitare suivi par les chamailleries potaches entre lui et Trampas à propos de leurs relations avec la gent féminine. On constate ainsi que le comédien Randy Boone ainsi du coup que son personnage ont pris beaucoup d’assurance comparativement à 'leurs' débuts.

Les deux séquences suivantes font entrevoir les 'thèmes' abordés, font comprendre d’une part que Trampas est missionné par une association d’éleveurs pour aller vendre leur bétail à Albuquerque malgré le fait que le président semble ne pas accorder une grande confiance au cowboy de Shiloh, de l’autre qu’une servante de cette même ville parait vouloir escroquer sa maitresse en prenant son identité pour pouvoir s'accaparer un bijou de grande valeur. Bien évidemment que Trampas va croiser le chemin de cette coquine de Charity qui par sa roublardise et en le prenant pour un autre le mettra en une fâcheuse posture ; en effet les éleveurs l’accuseront d’avoir subtilisé une partie de l’argent de la vente –en fait volée par la jeune femme- et ses amis s’inquiéteront de ne pas le voir revenir, certains pensant qu’il s’est effectivement fait la malle avec la somme dérobée, d’autres -les plus nombreux- estimant qu’il a besoin d’aide. C’est ainsi que Charity et Trampas partiront à la recherche d’un bijou rare nommé l’étoile de San Carlos, qu’un bandit les suivra pour se l'approprier à son tour et que tout ce petit monde sera encore pisté par Ryker voulant absolument retrouver Trampas dont il ne doute pas une seule seconde de l’honnêteté et pensant à juste titre qu’il s’est fourré dans de sales draps, ainsi que par l’époux de la femme pour qui Charity se fait passer et qui lui aussi voudrait retrouver cette pierre précieuse appartenant à sa famille. Le bandit c’est Warren Oates, le mari c’est Jerome Courtland, aussi peu concernés et inspirés l’un que l’autre, paraissant ne pas comprendre grand chose de plus que les pauvres spectateurs.

Comme dit déjà plus haut et d’autant plus que la mise en scène de Dirk Benedict se contente de filmer le tout avec une désolante platitude, tout ceci s’avère souvent inutilement emberlificoté, très peu amusant mais au contraire très lourd, complètement décousu et surtout totalement inintéressant et pas du tout rythmé, faisant ainsi beaucoup penser à un épisode similaire de la fin de la saison 2, A Bride for Lars dans lequel Trampas convoyait déjà une petite peste (Katherine Crawford) toujours au sein des mêmes décors naturels réemployés jusqu’à plus soif, la poursuite n’étant quasiment constituée que de plans du même chemin filmé toujours au même endroit bien reconnaissable. Une conclusion quasi identique irait comme un gant à cet épisode peut-être même encore moins bon faute à son actrice principale qu'il nous démangerait presque de gifler : plus stupide que truculent, on oubliera très vite cette déplaisante et ennuyeuse pantalonnade pour passer à autre chose de plus consistant ! Ce qui va être le cas avec un épisode suivant remarquable.

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  • 3.22- You Take the High Road
  • Réalisation : John Florea
  • Scénario : Daniel B. Ullman & Frank Fenton
  • Guest Star : Richard Beymer & Diana Lynn
  • Première diffusion 17/02/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Après la mort de leur père, Mark Shannon (Richard Beymer) et sa sœur Peggy (Diana Lynn) se retrouvent à la tête d’un immense cheptel qu’ils décident d’aller vendre. Mais le régisseur -qui est amoureux de Peggy- a du mal à se faire respecter par Mark. Le Virginien qui a assisté à une bagarre entre les deux qui se termine par le départ de Mark, décide de prendre le jeune homme sous son aile et de le faire travailler à Shiloh. On apprend entre temps que les bêtes des Shannon transporteraient le virus de la peste bovine, ce qui inquiète fortement les éleveurs de Medecine Bow puisqu'il est prévu que le troupeau traverse leurs terres…

Mon avis : Avec ce nouveau remarquable épisode, il est maintenant clairement avéré que John Florea est avec Don McDougall l’un des réalisateurs de la série auquel on peut désormais faire le plus confiance. Au cours de cette même saison, il avait récemment déjà filmé les très bons The Girl from Yesterday avec Ruta Lee -l’épisode qui mettait un terme aux aventures de Steve- ainsi que The Payment avec Lloyd Nolan et une mémorable prestation de Clu Gulager. On pouvait alors se féliciter de la rigoureuse direction d’acteurs de Florea, lui qui nous avait auparavant déjà démontré tout son talent dans le domaine puisqu’il fut précédemment aux manettes de l’excellent The Thirty Days of Gavin Heath, le fameux épisode avec Leo Genn en milliardaire mourant. C’est à nouveau le cas pour ce magnifique épisode cosigné par deux grands noms du western, Daniel B. Ullman et Frank Fenton. Le premier est le fabuleux scénariste de westerns réjouissants mais encore trop peu connus que sont Fort Osage de Lesley Selander, Un jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur, Le Salaire de la haine (Face of a Fugitive) de Paul Wendkos ou Good Day for a Hanging de Nathan Juran ; quant au second, une valeur sure de la série avec déjà quatre très belles réussites à son actif, il a également écrit dans le genre des films tout aussi formidables que ceux de Ullman comme Fort Bravo (Escape from Fort Bravo) de John Sturges ou Le Jardin du diable (Garden of Evil) de Henry Hathaway. Autant dire qu’une bonne fée veillait sur cet épisode qui naissait ainsi sous les meilleurs auspices.

C’était sans compter sur le casting lui aussi de première catégorie. Outre d’excellentes prestations de James Drury et Clu Gulager, les trois invités se révèlent à la hauteur de ces comédiens récurrents de la série. Dans le rôle du jeune garçon au sang un peu chaud nous retrouvons l’inoubliable Tony de West Side Story, Richard Beymer ; dans celui du chef de convoi du troupeau sans doute atteint de la peste bovine, l’un des acteurs fétiches d’Allan Dwan pour ses superbes productions Bogeaus, le brillant Myron Healey qui joua également dans Fort Osage ou Man without a Star de King Vidor dont d’ailleurs certains stock-shots sont utilisés pour le stampede de la fin de cet épisode ; enfin, dans son avant dernier rôle, la charmante et talentueuse Diana Lynn qui était par exemple déjà mémorable dans le curieux mais passionnant Track of the Cat de William Wellman. L’intrigue de You Take the High Road part sur différentes pistes à la fois et brasse plusieurs thèmes avec une remarquable fluidité ; le résultat est un scénario d’une incroyable densité et d’une belle richesse. Tout d’abord il nous décrit les relations assez tendues entre un trio composé d’un frère (Mark) et d’une sœur (Peggy) ayant hérité d’un important cheptel suite au décès de leur père ainsi que du chef de convoi qui doit amener le troupeau jusqu’au Colorado afin d’y être vendu à l’armée. Ce dernier semble être fortement amoureux de la jeune femme mais à fort à faire avec son frère qui s'avère être une forte tête et qui semble ne pas vouloir lui obéir. Sans que ce ne soit dit, il pourrait y avoir dans cette haine entre les deux hommes une sorte de jalousie car certaines poses et certains gestes entre le frère et la sœur font penser qu’il pourrait y avoir eu inceste ou plus probablement un simple et fort amour fraternel qui ne supporte pas l’intercession d’un troisième membre. Quoiqu’il en soit tout ce qui se passe entre ces trois personnages s’avère sacrément puissant ou (et) touchant, la douceur de Peggy (magnifique Diana Lynn) envers les deux hommes étant d’autant plus émouvante que l’on sent que la jeune femme souffre profondément de la dualité entre eux, n'arrivant en fait pas à se décider dans quel 'camp' se ranger ayant préféré une absence de conflits.

Mark ayant été plus ou moins congédié de son propre convoi par l'homme chargé de conduire le troupeau, le Virginien qui a assisté à une teigneuse bagarre entre eux deux prend en pitié ce jeune homme de nature à priori assez violente mais qui n'a pas eu le dessus et, ayant senti chez lui un certain potentiel, décide de le prendre sous sa coupe en lui proposant de l'embaucher. S’entame toute une thématique autour de la vengeance et des armes, les auteurs étant toujours aussi progressistes à ce propos : à la demande de son protégé le régisseur de Shiloh lui apprend à se servir d’un pistolet "uniquement au cas où il ait à se défendre" promet Mark. Son ‘professeur’ lui rétorque d’ailleurs que "the important thing about a gun is not knowing how to use it but knowing when not to ; a 'man' doesn't settle his problems with a gun." Une autre thématique fait alors son apparition, une maladie dont serait porteur le troupeau qui doit traverser les terres aux alentours de Medicine Bow et l’inquiétude des éleveurs de la région qui se réunissent afin de décider quoi faire ; les laisser passer ou les obliger à faire demi-tour même si ça couterait probablement la fortune des jeunes gens faute à une vente probablement annulée pour cause de retard. Réunions, questionnements et discussions à bâtons rompus avec à leur tête un Virginien qui représente ici le bon sens et la diplomatie : il explique attentivement à ceux qu’il pourrait chasser de ses terres que ce serait sans aucun plaisir et qu’il souhaiterait au contraire qu’une solution et des compromis soient trouvés qui conviendraient à tout le monde. Pour commencer, il va donc s’agir en priorité d’enquêter quant à la véritable santé des bêtes, d’où découleront les décisions à prendre. Il faudra réussir à prouver que les bovins ne portent pas les germes d’une maladie qui si elle s’avérait réelle risquerait de contaminer et dévaster tous les troupeaux de la vallée. Le Virginien se dit même prêt même à verser aux jeunes propriétaires du bétail une somme pour compenser les pertes si jamais la vente du troupeau à l’armée venait à échouer.

Ayant entre temps acquit une belle assurance grâce au Virginien, Mark le trahit en quelque sorte en rejoignant le convoi et en provoquant sans plus attendre et pour une raison mineure l'homme qui convoite la main de sa sœur. Il manque de peu de le tuer mais reprend la tête du groupe, décidant en toute irresponsabilité et contre l’avis de tout le monde -y compris de Peggy- de traverser les terres de Medicine Bow coute que coute en déclenchant pour se faire un stampede sans attendre de savoir si son troupeau est porteur ou non de la maladie. Une War Range est sur le point d’éclater et voilà que même Ryker craint d'être obligé d'intervenir quitte à entrer en conflit avec le Virginien ; la tension est à son comble tellement la situation parait inextricable ! Je vous laisse tomber en plein 'climax' car il serait dommage de spoiler plus avant un récit absolument passionnant qui finira néanmoins par une prise de conscience de notre Virginien avouant avoir manqué de discernement quant au jeune homme qu’il avait décidé de prendre sous son aile. Un épisode sombre et très dramatique, tendu, riche et d’une incroyable densité scénaristique. Pour cette raison nous excuserons quelques vilains zooms et faux raccords et nous nous féliciterons d'être tombé sur ce superbe épisode de western pur et dur après quelques grosses déconvenues récentes au sein de la série.

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  • 3.23- Shadows of the Past
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Frank Chase
  • Guest Star : Jack Warden
  • Première diffusion 24/02/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : John Conway (Jack Warden), l’épicier de Medicine Bow, attend Rita qu’il a rencontrée alors qu’ils étaient tous deux hospitalisés à San Francisco ; il l’a fait venir par le train, le couple ayant décidé de se marier. Très timide, il demande à son ami Ryker de se joindre à eux pour leur premier diner afin de l’aider à briser la glace, la femme paraissant étrangement distante à son égard. D’autre part le shérif adjoint reçoit une lettre inquiétante provenant de deux hommes qu’il a autrefois fait emprisonner et qui viennent de purger leur peine ; ils lui en veulent toujours pour la mort de leur frère et semblent vouloir se venger…

Mon avis : Nous l’avions déjà fait remarquer à quelques reprises mais Frank Chase au scénario, c'est déjà à coup presque certain au moins la qualité d'écriture assurée ; et effectivement ça se confirme de nouveau au travers cet épisode, son récit en partie mélodramatique fonctionnant parfaitement bien grâce surtout -outre à un Don McDougall à la réalisation qu’il est toujours aussi difficile de prendre en défaut- au talent de l'auteur qui signera en tout 10 épisodes pour la série mais qui aura également été comédien dans de nombreux et excellents classiques du western comme Les Affameurs (Bend of the River) d’Anthony Mann, Le Traître du Texas (Horizons West) de Budd Boetticher, La Brigade héroïque (Saskatchewan) de Raoul Walsh, Coups de fouet en retour (Backlash) de John Sturges ou L’homme qui n’a pas d’étoiles (Man without a Star) de King Vidor. L’intrigue de Shadows of the Past mêle deux histoires qui au travers les ombres du passé sont toutes deux parfaitement raccords avec le titre de l’épisode mais qui ne se recouperont qu’en toute fin de parcours d’une manière certes un peu convenue et mécanique, le fait de ne pas savoir qu’elles n’avaient pas vraiment de rapports entre elles ayant néanmoins permis à l’instauration d’un petit suspense ; en effet le spectateur pense ainsi tout du long que le comportement mystérieux de la femme étrangement froide à l'encontre de son futur époux pourrait être lié à une machination ourdie par les deux malfaiteurs dont elle serait alors complice. Il n'en est absolument rien mais je vous en ai probablement déjà trop dit...

Essayons cependant d'éclaircir un peu les choses pour ceux à qui la description ci-dessus a certainement pu paraitre totalement obscure sans avoir vu l'épisode. Concernant ces deux histoires, nous trouvons donc d’une part une romance entre deux personnages d’âge mur parmi lesquels la femme, étrangement distante pour une futur épouse, semble détenir un secret venue du passé qui la freine dans son désir de convoler en juste noces, de l’autre le retour de deux bandits venus terroriser et se venger de celui qui les avait fait emprisonner quelques années plus tôt après qu’il ait accidentellement tué leur frère. Frank Chase reprend toutes les conventions liées à ce genre de trames dramatiques, il n’y a effectivement que peu de points communs entre les deux pistes scénaristiques -d’où leur recoupement un peu machinal-, mais une fois encore l'extrême compétence du scénariste fait que l'ensemble est parfaitement bien géré et que l'ennui ne nous gagne jamais. On se rend d’ailleurs compte dès le prologue de la réussite probable de l’épisode car rien n’est plus casse-cou qu’une séquence d’ébriété qui mal maitrisée sombre souvent dans le mauvais goût ou la pénibilité. Ici, c’est Belden qui, comme chaque fin de mois, vient dépenser l’intégralité de sa paye en boisson et qui, sacrément éméché, met sens dessus dessous le saloon dans lequel il se plaint que personne d’autre que lui ne s’amuse. L.Q. Jones en fait certes un peu trop mais reste néanmoins dans les clous, ce qui fait que la séquence très bien écrite et sans trop de lourdeurs reste amusante jusqu’au bout, Ryker avec son flegme légendaire venant mettre fin aux gentilles exactions du cow-boy... en lui donnant rendez-vous à la fin du mois prochain.

Pour venir mettre le holà, l'adjoint du shérif a dû abandonner en cours de route une partie d’échecs qu’il disputait avec John, un ami qui n’est autre que l’épicier de Medicine Bow, les deux hommes allant être les principaux protagonistes de l’épisode, le commerçant étant interprété par Jack Warden -l’un des 12 jurés de 12 hommes en colère de Sidney Lumet- qui était déjà la Guest Star du fabuleux troisième épisode de la série réalisé par Ted Post, Throw a Long Rope, dans lequel il campait un fermier sur le point d'être lynché. Ici il incarne un homme timide qui fait venir pour l’épouser une femme qu’il avait autrefois rencontré alors qu’ils étaient tous deux hospitalisés, la maladie de la femme n’étant alors et toujours pas connue de John et allant s’avérer être l’alcoolisme, ce qui représente une sorte d’écho beaucoup plus sombre à la première séquence d'ivresse joyeuse. Rita a autrefois subi un traumatisme -que je ne vous raconterais pas, les spoilers étant déjà bien trop nombreux au sein de ce texte- et qui l’a fait sombrer dans la boisson ; il s’agit là du premier Shadow of the Past du titre. La seconde est donc liée à la sortie de geôle de deux dangereux bandits, emprisonnés grâce à Ryker qui lors de l’arrestation avait dû abattre leur troisième frère. Ils envoient alors une lettre menaçante au shérif adjoint de Medicine Bow en le prévenant qu’ils ne vont pas laisser cet assassinat impuni ; d’où un suspense assez tendu qui se met en place, Ryker ne pouvant plus arpenter une rue sans regarder partout autour de lui, jamais rassuré, s'attendant d'une minute à l'autre à être visé.

Certes un peu bavard, avare en action et en extérieurs, un épisode urbain dont la qualité de l’écriture, de la réalisation et de l’interprétation en font une jolie réussite qui offre une troisième fois à Clu Gulager dans le rôle de Ryker une superbe occasion de mettre en avant ses immenses qualités de comédiens, sans parler des deux fois où il fût Guest Star, campant non seulement avec grande crédibilité un sourd-muet mais également, arrivé à cette date, toujours le Bad Guy le plus mémorable de la série. John Milford et James Beck, les deux inquiétants bandits de l’épisode ne sont pas mal non plus ; dommage qu’ils n’aient pas droit à plus de temps de présence. Quoiqu’il en soit, un bel épisode sur l’amitié et une touchante histoire d’amour parfois intrigante du fait des réactions et une attitude assez mystérieuse du personnage féminin très bien interprété par Marilyn Erskine, l’une des participantes au génial Westward the Women (Convoi de femmes) de William Wellman.

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  • 3.24- Legend for a Lawman
  • Réalisation : John Florea
  • Scénario : Preston Wood
  • Guest Star : Ford Rainey & Adam West
  • Première diffusion 03/03/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Au Kansas où il attend le retour du Virginien, Randy est piégé par des bandits qui se servent de lui pour ouvrir la porte de la banque de Cobb’s Run où s’était enfermé le shérif chargé de veiller sur une importante somme. Les circonstances font que tout accuse Randy d’avoir blessé le shérif et de faire partie du gang ayant fait un mort parmi les citoyens lors de ce cambriolage. L'homme de loi ayant une réputation d’infaillibilité, il refuse de croire avoir fait preuve de négligence et fait juger Randy pour meurtre à défaut d’avoir rattrapé la bande. Le Virginien va tout faire pour le sortir de ce mauvais pas, y compris se mettre hors-la-loi…

Mon avis : Certains aficionados ont parfois reproché à la série d’aller fureter vers d’autres horizons que celui du western, notamment la romance, le drame procédural, le policier voire même la comédie ; ces mêmes ronchons seront ici à la fête car il s’agit cette fois bel et bien -comme l’était tout récemment You Take the High Road également réalisé par John Florea- d’un western pur et dur qu’il nous est donné de voir avec au menu nombreuses chevauchées, poursuites, fusillades et diverses autres séquences mouvementées. L’action de cet épisode se déroule loin de Medicine Bow, dans une petite ville du Kansas où Randy attend le Virginien qui doit le rejoindre dès le lendemain matin pour rentrer ensuite ensemble au ranch Shiloh. Ce soir-là, une bande de cinq bandits met en œuvre le cambriolage d’une banque dans laquelle une grosse somme vient d’être déposée. Elle est gardée par le shérif lui-même qui par sécurité pour les billets entreposés s’est enfermé pour la nuit dans l’établissement. Le naïf Randy qui ne se méfie pas assez va être piégé par l’un des vauriens ; résultat, sans savoir qu’il est suivi de très près, il va se faire ouvrir la porte de la banque en disant au shérif que sa fille adorée vient d’être blessée comme on vient de le lui faire croire. Il va sans dire que les outlaws réussissent ainsi à pénétrer à sa suite et à s’emparer du butin convoité, tuant un citoyen dans la fusillade qui en découle et laissant blessé l’homme de loi. La réputation et la personnalité de ce dernier ainsi que les circonstances font que Randy est pris pour un complice de la bande, qu’il doit être jugé pour la mort du civil et qu’il sera très probablement condamné à être pendu.

L’épisode repose d’ailleurs avant tout sur la personnalité de l’homme de loi (excellent Ford Rainey, un comédien beaucoup apprécié par Delmer Daves qui l’a fait tourner dans de nombreux de ses films -Parrish, 3.10 pour Yuma, L’or du hollandais- et dont c’est déjà la troisième apparition dans la série), un nommé Buckman ; ce shérif est pour les habitants de Cobb’s Run une sorte de légende vivante à la Wyatt Earp, un véritable héros de roman admiré et vénéré à tel point qu’un ami à lui, homme de spectacle haut en couleurs, lui propose de venir tenir son propre rôle dans son show comme ce fut le cas pour Buffalo Bill. Quant à la comparaison avec le célèbre Marshall de Tombstone, elle n’est pas fortuite puisqu’il est discuté à un moment donné de la manière avec laquelle Buckman a mené à bien un certain règlement de comptes s’étant déroulé près d’un corral. Cet homme à la réputation infaillible a tellement fait depuis 15 ans pour maintenir la paix et la tranquillité dans sa petite bourgade que presque tous ses concitoyens lui font confiance sauf un certain Loomis, avocat profondément cynique qui n’a qu’une seule idée en tête, prendre sa place afin de pouvoir "monter en politique". Pour se faire, il doit entamer un travail de sape pour parvenir discrètement à faire descendre son rival de son piédestal ainsi que changer de 'camp' lorsque ça arrangera son plan de carrière. Alors que, dans une fâcheuse posture, le Virginien qui avait voulu l’engager pour défendre Randy lui dit "je vous croyais de notre côté", l’avocat dont les dents rayent le plancher et qui entre-temps a 'retourné sa veste' lui rétorque "je suis du côté qui fera tomber Buckman". Pour en revenir à l’homme de loi vieillissant, à force de se voir porté au pinacle pour toutes ses actions, il finit par croire à toutes les affabulations à son propos, à tous les exploits qu’on lui prête, à se croire indispensable et surtout infaillible. Rendu sacrément borné et orgueilleux, même si persuadé d'être sincère il finira néanmoins par interroger sa propre intégrité lorsqu’on lui dira par exemple : "ce que tu fais est frauduleux : les gens te prennent pour le limier le plus coriace et le plus rude et tu ne les déments pas, tu racontes tes exploits…"

La thématique principale de l’épisode se fonde d’ailleurs principalement sur ce postulat : est-ce parce qu'un homme est considéré comme un héros qu'il ne saurait être faillible ? Car c’est par le fait de refuser avoir fait une erreur que le shérif pousse Randy à se faire passer la corde au cou... au sens propre. Les réactions de la fille du shérif sont également assez intéressantes à suivre, le spectateur parvenant à comprendre ses hésitations entre d'une part un charmant jeune homme qui respire l’innocence, d'autre part l’amour et la confiance qu’elle veut continuer à avoir pour son père. De là l'on débouche sur un autre questionnement quasi similaire et tout aussi captivant : la loyauté est-elle forcément une bonne chose si c’est pour se boucher les yeux quant aux probables erreurs et négligences de la personne que l’on vénère ? Les problèmes de conscience du shérif vont finalement le rendre touchant après qu’il nous ait quelque peu révulsé à force d’entêtement conduisant un innocent à la peine de mort. Randy qui lui en veut toujours malgré le fait qu’il l'ait in fine aidé à se disculper, commence à critiquer son caractère et sa façon d'être auprès de son patron qui lui rétorque en guise de jolie leçon finale de tolérance : "Chacun voit midi à sa porte : l'essentiel c'est l'opinion qu'un homme a de lui-même". Sur quoi l’épisode se termine sur un beau plan avec celui du départ des deux hommes pour Medicine Bow passant devant la potence que l’on est en train de démonter. L’idée de ne pas nous faire assister au procès ainsi que celle qui consiste à faire du Virginien un hors-la-loi pour sauver la vie de son ami sont également très heureuses.

Premier scénario de Frank Telford pour la télévision avant d’écrire pour d’autres séries encore plus célèbres en France (Mon ami Ben, L’homme de fer, Mannix, Hawaii police d’état…), celui de Legend for a Lawman est une belle réussite. Quant à l’excellent John Florea, on retrouve ses quelques coquetteries habituelles qui le différencient de l’autre grand réalisateur de la série, le plus classique mais tout aussi talentueux Don McDougall ; ici, un très bon montage alterné lors du prologue ainsi que des effets de fondus enchainés à la Rope d’Hitchcock, la caméra s’approchant au plus près du vêtement noir du Virginien pour faire penser à la fluidité entre deux séquences consécutives, faisant croire à un seul plan là où il y en a deux. Sinon les auteurs savent parfaitement bien mettre en place un efficace suspense ainsi que des scènes d’action d'une étonnante sécheresse, alors que Randy interprète à merveille une chanson de Hank Williams, ‘Just Waitin’. Un épisode dramatiquement assez tendu et d'une grande intelligence avec en Guest star le futur Batman, Adam West, comédien ma foi plutôt sympathique et qui aurait été plus connu s’il avait accepté la proposition de Albert Brocoli d’endosser la défroque de 007 pour Les Diamants sont éternels.

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  • 3.25- Timberland
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Sheldon Stark
  • Guest Star : Martin Milner, Arch Johnson & Joan Freeman
  • Première diffusion 10/03/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Les bucherons de Charlie Daniels (Arch Johnson) ont eu l’autorisation gouvernementale d’exploiter les forêts aux alentours de Medicine Bow ; ce qui n’est pas du goût des ranchers qui craignent que leurs prairies soient inutilisables une fois le travail achevé, la disparition des arbres risquant de les transformer en terrains boueux. Les relations entre les deux clans vont s’avérer tendus d’autant que la fille de Daniels (Joan Freeman) tombe amoureuse du fils d’un gros éleveur (Martin Milner) alors qu’elle a déjà un prétendant chez les bucherons. Un drame de la jalousie va avoir lieu qui risque fort de déclencher une spirale de violence…

Mon avis : Après John Florea, c’est au tour de Don McDougall de reprendre les rênes de la réalisation et autant dire que pour notre plus grand bonheur nous assistons en ce dernier tiers de saison à une sorte ‘Battle’ qualitative entre les deux hommes qui se seront définitivement avérés être les plus talentueux à ce ‘poste’ de metteur en scène, tout du moins concernant les trois premières saisons. Avec Timberland et comme son titre pouvait nous le faire deviner, nous entrons dans le monde très cinégénique des bucherons et de l'industrie du bois. Bizarrement, alors que les images du labeur effectué par ces hommes sont souvent impressionnantes (voir ce qu’en fera Paul Newman dans son excellent Le Clan des irréductibles - Sometimes a Great Notion), trop peu de films ont mis en scène cette communauté de travailleurs. Au cinéma et en restant dans le domaine du western, il y eut quand même au moins les sympathiques -même si pas spécialement mémorables- La Vallée des Géants (The Big Trees) de Felix Feist en 1952 avec Kirk Douglas en tête d’affiche ainsi que, quelques années plus tôt, Le Barrage de Burlington (River Lady) de George Sherman duquel les stock-shots que l'on peut voir dans cet épisode ont probablement été tirés. Au lieu d’un conflit souvent représenté mettant face à face ranchers et fermiers, il s’agit donc cette fois d’une rivalité entre éleveurs et bucherons, la destruction des forêts aboutissant à des prairies qui ne sont plus protégées par les arbres et donc destinées à être continuellement inondées et boueuses, alors peu propices à l'élevage de bétail.

Don McDougall oblige, il faut immédiatement signaler que le choix du casting se révèle de premier ordre et que la direction d’acteurs s’avère parfaite, histoire de ne pas revenir à chaque fois là-dessus lors de la description de l’intrigue, chacun des comédiens méritant des louanges, concernant les personnages récurrents seul Clu Gulager étant sur le devant de la scène. Les hommes de Charlie Daniels commencent le défrichage des forêts qui se trouvent sur les terres alentours de celles des éleveurs de Medecine Bow. Ne pensant qu'à la productivité -et donc tout à fait d'actualité-, Daniels (Arch Johnson, le comédien qui dans l'épisode A Killer in Town interprétait le docteur qui luttait pour vaincre une épidémie de typhoïde) ne veut rien entendre quant aux récriminations de ses voisins. Parmi les hommes de son équipe, son contremaitre Paul Rogers (William Smith, lui aussi présent dans A Killer in Town, mais également cow-boy à Shiloh déjà à deux reprises), qu’il destine à devenir le mari de sa fille Katherine qui vient rejoindre le groupe après une année d'études dans l'Est. Cette ravissante jeune femme est jouée par Joan Freeman qui dévorait déjà l’écran dans Stopover in Western Town où elle volait avec fougue la vedette à Dick York, bien meilleure que dans le précédent épisode dans lequel elle avait joué, The Devil’s Children, et qui s'est encore améliorée ici. Dans Timberland, son personnage rencontre le fils d’un éleveur, le jeune coureur de jupons Dave Ferguson (Martin Milner), et tombe sous son charme un peu canaille. L'esprit ouvert par son éducation extra-familiale, elle s'estime assez adulte, moderne et mature pour pouvoir se choisir elle-même l’homme de sa vie sans se le voir imposer par son père. La jalousie de Paul va amener à une tragédie le jour où il découvre sa promise dans les bras de son rival…

Je vous laisse découvrir le drame qui s’ensuit afin de ne pas vous dévoiler les quelques coups de théâtre ; sachez juste que comme dans l’épisode précédent, un important procès se déroule hors-champs, ce qui laisse plus de temps à l’intrigue de se développer sur d’autres niveaux, et que la romance sera parfaitement bien intégrée au reste du scénario narrant principalement une vengeance, la description d’un père dominateur face à sa fille émancipée ainsi que la rivalité entre ranchers et bucherons. Parmi les autres personnages tout aussi richement décrits, le fidèle bras droit de l’industriel, un vieil homme au visage buriné et plein de bon sens interprété par Russell Thorson (qui s’est déjà trouvé à quelques reprises dans la peau du shérif de Medicine Bow), ainsi que Ryker à qui l’on octroie une nouvelle fois un rôle en or de médiateur diplomate. Parmi les autres personnages récurrents de la série, outre le Virginien qui vient faire deux ou trois petits tours, on retrouve Betsy, Trampas et Randy mais au sein d’une seule séquence de bal provenant d’un épisode antérieur, Dark Challenge ; ceci probablement pour faire des économies budgétaires mais il est néanmoins un peu dommage de n’avoir pas filmé une nouvelle scène, les amateurs de la série n'étant pas dupes quant à cette sensation de déjà vue d'autant que la colorimétrie n'est pas exactement la même faute à un matériel un peu plus âgé. Belle idée en revanche que celle qui montre un Virginien demandant à Ryker de faire de lui son adjoint le temps de régler le conflit qui couve, l’homme de loi refusant afin de rester impartial et de ne pas privilégier un camp plus que l'autre. Même le Happy-End est loin d’être bâclé.

Une interprétation de haut niveau, une belle mise en scène sachant parfaitement bien intégrer les stock-shots des scènes de coupes d’arbres toujours aussi impressionnantes ainsi que d'intéressantes réflexions sur la condition de la femme ou sur la montée d’un capitalisme sauvage et destructeur basé sur le profit au détriment de l’humain... Timberland manque certes un peu d’intensité mais n’en est pas moins à nouveau une très belle réussite de la série surtout qu'il ne manque pas d’humour notamment dans sa première partie, rapport au personnage de dragueur invétéré qu'interprète Martin Milnes. Quatrième très bon épisode consécutif pour une saison qui semble vouloir faire oublier alors qu'elle est sur le point de se terminer quelques honteux précédents ratages à mi-parcours.

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  • 3.26- Dangerous Road
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : John & Ward Hawkins
  • Guest Star : Tom Simcox, Ben Johnson & Simon Oakland
  • Première diffusion 17/03/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 5.5/10

Le pitch : Ryker vient d’appréhender un jeune homme recherché pour le meurtre de sa fiancée. Ne pouvant pas se déplacer et l’homme de loi ayant émis cet avis de recherche s’avérant être une connaissance de Trampas, le shérif adjoint demande à ce dernier d’escorter le prisonnier jusqu’à la petite ville voisine de Coulter Junction. Arrivé à bon port, Trampas apprend la mort récente de l’homme de loi soi-disant tué par son cheval. Le cow-boy de Shiloh décide de rester mener l’enquête ayant dans l’idée que les deux décès pourraient être liés ; il retrouve sur place la fille du shérif qui va lui apporter son aide dans des investigations assez dangereuses…

Mon avis : Maurice Geraghty termine son ‘corpus Virginien’ de six épisodes par ce Dangerous Road qui ne transforme à nouveau pas le premier et superbe essai que constituait Impasse, le huitième épisode de la série avec Eddie Albert dans le rôle d’un patriarche qui avait éduqué ses cinq enfants d’une manière dictatoriale et qui décidait de mettre des bâtons dans les roues aux hommes du ranch Shiloh quant à la récupération de chevaux sauvages. La fiction qui nous concerne ici s’éloigne un peu de l’aventure de ce sommet de la série pour prendre le chemin de traverse d’une enquête policière à la Agatha Christie menée par Trampas qui le temps de cette fiction quitte Medicine Bow et ses comparses habituels à l’exception durant les premières séquences d’un Clu Gulager qui marque plus les esprits en cinq minutes que Doug McClure en une heure. Non pas que ce dernier soit mauvais, loin de là, mais son partenaire est tellement exceptionnel en quelques scènes que l’on est ensuite très déçu de ne plus le voir. C’est néanmoins Ryker qui arrête le jeune meurtrier recherché lors de l’excellente séquence initiale au cours de laquelle Robert Pine semblait promettre en tant que comédien, ce qui ne sera pas confirmé par la suite, au contraire un peu terne comme d’ailleurs son personnage ; à tel point qu’on a d’emblée du mal à croire en sa culpabilité quant à l’assassinat de sa fiancée. J’éviterais de vous dévoiler quoique ce soit quant aux réelles motivations de tout un chacun ou quant à l’identité des coupables, l’intrigue pour dénuer les faits qui concernent la mort de la jeune femme ainsi que du shérif de la ville -car pas plus que Trampas nous ne pouvons croire en un accident de cheval pour un cavalier aussi émérite- n’étant déjà guère crédible ni captivante en l’état.

Trampas est donc chargé dès le début de l'épisode d’escorter le prisonnier de Ryker ; ceci pour deux raisons : d’une part l’adjoint du shérif ne peut pas quitter Medicine Bow, son patron étant malade et ne pouvant pas assurer ses fonctions ; de l’autre le shérif ayant émis le mandat d’arrêt contre le criminel étant une ancienne connaissance de Trampas, ce qui serait l’occasion pour eux de se retrouver. Le voyage se passe sans difficultés malgré le fait que le groupe soit arrêté par le père du meurtrier (Simon Oakland, le policier qui se fait chahuter tout au long de West Side Story de Robert Wise ou encore le médecin qui explique la personnalité de Norman Bates à la fin de Psychose d'Alfred Hitchcock) qui essaie de récupérer son fils néanmoins sans violence. Arrivé à bon port, Trampas constate également d’autres tensions : le père de la fille assassinée veut se venger sans même attendre le procès ; le shérif de sa connaissance est mort quasiment en même temps que la jeune femme, soit disant à cause d’une mauvaise chute de cheval. Ne pouvant croire à de telles circonstances, Trampas décide de rester quelques jours en ces lieux pour mener sa propre enquête, aidé en cela par la fille du shérif qu’il avait connu alors adolescente et qui est entre temps devenu une charmante jeune femme. La comédienne Marilyn Wayne n’aura fait qu’une carrière éclair, n’ayant jouée que dans quatre épisodes de série, Dangerous Road marquant sa dernière apparition sur un écran ; bien dommage car non contente de posséder une petite ressemblance avec Natalie Wood, elle semblait plutôt talentueuse.

Bref voilà Trampas transformé en détective, Doug McClure étant ainsi confronté à tout un tas de comédiens westerniens chevronnés malheureusement tous ici un peu sous exploités, que ce soit Simon Oakland (le sévère géniteur du meurtrier, d’une arrogante fierté et qui tient la ville sous sa coupe) Ben Johnson (son homme de main), Tom Simcox (le shérif remplaçant qui ne rêve que d'être ‘titularisé’), Frank Gerstle (Koski, le père de la victime prêt à lyncher l’accusé) ou encore l’inquiétant acteur au gros nez dans un visage grêlé qu’est Tom Reese, déjà remarqué dans le deuxième épisode de la série réalisé par Burt Kennedy, Woman from White Wing. Homme de main taiseux de Koski, jouant du fouet avec une grande efficacité, il est celui qui restera le plus marquant au sein d’un beau casting malheureusement moyennement bien utilisé. Toutes ces différentes personnes pourraient être à l'origine des deux morts consécutives ayant eu lieu dans cet endroit habituellement très tranquille. Tentatives de corruption (“Nice Town : everybody got Money”), entraves permanentes, menaces et violences, notre enquêteur en herbe va devoir faire face à tout cela, heureusement assisté de la fille du shérif décédé qui par sa douceur et sa compréhension fera un peu retomber la tension, procurant à son ami quelques moments d'apaisement ; les séquences au cours desquelles Doug McClure et Marilyn Wayne sont réunies sont d’ailleurs les plus réussis d’un épisode pas franchement ennuyeux mais trop bavard, peu crédible et manquant de puissance dramatique et émotionnelle.

Pour l’anecdote, le médecin que va trouver Trampas pour avoir des informations sur le décès du shérif est interprété par True Boardman, l’un des scénaristes les plus prolifiques de la série. Quant à John et Ward Hawkins, les auteurs de cet épisode, ils ont auparavant déjà travaillé tous deux à quelques reprises pour d'autres épisodes de la série, tous un peu décevants à l'instar de celui qui nous concerne à l’exception de l’étonnant The Small Parade au cours duquel l’on pouvait croiser un homme accompagné d’un chimpanzé et prônant le végétarisme ainsi qu’une jeune femme ayant recueilli un groupe de sept enfants abandonnés. Dangerous Road, certes peu prévisible dans ses coups de théâtre et retournements de situations, s'avère paradoxalement moyennement passionnant mais cependant loin d'être honteux.

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  • 3.27- Farewell to Honesty
  • Réalisation : Leon Benson
  • Scénario : True Boardman & Carey Wilber
  • Guest Star : Richard Carlson & Kathleen Crowley
  • Première diffusion 24/03/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Le Virginien se rend à Honesty ; il doit rencontrer et ramener à Medecine Bow un certain général Forrester (Richard Carlson) qui aurait escroqué le juge Garth de 8000 dollars. Mais malgré son nom, Honesty est une bourgade corrompue sous la coupe de Forrester et de son épouse Laura qui est propriétaire de la plupart des établissements. Forrester refuse de suivre le Virginien d’autant que ce dernier n’est pas officiellement mandaté pour ce genre de mission. Le régisseur de Shiloh prend alors conseil auprès d’un juriste qui lui dit de faire venir Ryker. Gênant beaucoup de monde, il va vite se retrouver en fâcheuse posture…

Mon avis : True Boardman et Carey Wilber ne sont pas les scénaristes les plus captivants à avoir œuvré pour la série même si le premier, à côté de récits absolument honteux, a eu néanmoins de belles réussites à son actif, et si les intentions du second sont souvent très honorables même si rarement convaincantes lorsqu'elles passent du papier à l’écran. Ici, pour la première fois en duo, ils nous offrent paradoxalement un très bon épisode, néanmoins un peu décevant sur sa deuxième partie procédurale. Il faut dire que tout ce qui avait précédé était de haut niveau et que le nouvel arrivant derrière la caméra, le dénommé Leon Benson (qui officiera à nouveau à trois reprises au cours de la saison prochaine), s’avère très habile notamment dans sa très belle utilisation des gros plans et du hors-champs. La première séquence voit arriver le Virginien dans une petite ville du nom de Honesty ; sur le panneau à l'entrée de la cité une phrase a été écrite sous son nom qui fait douter de la cohérence de cette appellation avec la réalité. Et effectivement on se rendra vite compte qu’il n’en est rien puisque la bourgade est non seulement sous la coupe d’un ancien militaire mais également qu’elle appartient presque dans son intégralité à son épouse qui est propriétaire de la plupart des établissements. Le premier est interprété par Richard Carlson qui était déjà Guest Star du très moyen Smile of a dragon dans la peau d’un shérif impitoyable mais qui est surtout connu par les cinéphiles pour avoir été la tête d’affiche de deux des films de science-fiction parmi les plus célèbres des années 50, Le Météore de la nuit (It Came from Outer Space) ainsi que L’étrange créature du lac noir (Creature from the Black Lagoon), tous deux signés par Jack Arnold.

Sa compagne dans cet épisode, c’est la très classieuse Dorothy Green, déjà remarquable dans l’excellent Face of a Fugitive de Paul Wendkos. Les relations au sein du couple sont d’emblée assez tendues, la femme semblant avoir pris connaissance des infidélités de son époux avec Jenny, la gérante de leur saloon, mais voulant cependant le garder en proposant en cachette à sa rivale un emploi dans une autre ville ; 'concurrente forcée' -je ne vous dévoilerais pas pourquoi- interprétée avec talent par la pulpeuse et charmante Kathleen Crowley et sa voix éraillée. Dans le genre qui nous concerne, nous avions déjà pu déjà croiser la comédienne dans le très sympathique Le Fouet d’argent (The Silver Whip) de Harmon Jones dans lequel sa première apparition faisait beaucoup d’effets lors d’un plan très sensuel sur ses jambes nues alors qu’elle lisait une revue dans une pose lascive ; on la retrouvait également 10 ans plus tard dans Le Collier de fer (Showdown) de R.G. Springsteen aux côtés de Audie Murphy, sauf que cette fois elle nous montrait de sacrées limites quant à son jeu dramatique. Il n’en est donc rien au cours de cet épisode où elle rivalise de savoir-faire avec ses partenaires et notamment avec James Drury lors des nombreuses séquences qui les rassemblent, leurs rapports étant assez détonants d’autant que rarement le Virginien n’aura été aussi insistant dans ses diverses tentatives de séduction. Durant cette première partie très dense, remarquablement bien écrite et interprétée, le contremaitre de Shiloh est venu à Honesty pour ramener à Medecine Bow l’homme le plus influent de cette localité accusé d’escroquerie par le juge Garth qui veut lui intenter un procès pour lui avoir subtilisé pas moins de 8000 dollars. Le Virginien ne pourra pas mener à bien sa mission car les hommes de loi à la solde du Général lui font comprendre qu’il n’est pas habilité à la mener à bien.

Ne pouvant et ne voulant pas contrer la justice ni la loi pourtant représentée par un shérif corruptible (très bon Harry Swoger), Le Virginien décide, sur les conseils d’un avocat intègre (brillant Harold Gould), d’envoyer un télégramme à Ryker pour qu’il vienne le rejoindre ; il pourra ainsi légalement acheminer jusqu'à Medecine Bow le militaire accusé de fraude. Avant que l'adjoint du shérif n’arrive, beaucoup d’évènements et de surprises vont avoir lieu dont un drame qui va aboutir à l’emprisonnement de notre héros accusé de meurtre. Je ne vous en dirais pas plus afin de ne pas spoiler plus avant. Il faut néanmoins savoir qu’à partir de cette moitié d’épisode Ryker va devoir enquêter pour venir en aide à son ami afin de le faire sortir de ce mauvais pas et que la plus grande partie de cette dernière demie heure va se dérouler au sein du tribunal. Malheureusement, même si l’on continue à suivre l’épisode sans ennui, toute ce segment procédural et d’investigations un peu répétitives convainc un peu moins malgré les nombreuses embûches et retournements de situations et nonobstant les nombreuses possibilités quant à l'identité du véritable coupable de cet ‘assassinat’ d’un des protagonistes principal de l’épisode. A signaler un Clu Gulager un peu trop en retrait malgré l’importance primordiale de son personnage dans cette seconde partie ainsi qu’un final très émouvant avec un comédien versant quelques larmes très efficaces, son personnage semblant réellement bouleversé par ce qu’il avoue dans le prétoire et qui met fin au procès.

Un épisode interrogeant la loyauté, l’honnêteté, le mensonge et narrant plusieurs amours impossibles dont celui du Virginien pour la belle Jenny, cette dernière n’étant pas contre venir un jour le rejoindre à Medicine Bow ; mais les spectateurs que nous sommes ne sont pas dupes, sachant très bien que ceci ne se produira jamais afin que notre héros reste célibataire jusqu’à la fin de la série. Bien écrit, bien réalisé, bien interprété, un épisode de grande qualité mais qui ne reste malheureusement pas sur les hauteurs jusqu’au bout. Mais nous n’allons pas rechigner pour si peu car nous resteront en mémoire les relations très ambiguës entre Richard Carlson et Dortothy Green, entre Richard Carlson et Kathleen Crowley qu’il manipule par chantage, entre Dorothy Greene et sa rivale lors d’une très belle scène qui les réunit, ainsi enfin qu’entre Kathleen Crowley et un excellent James Drury. Pour l’anecdote, la maison habitée par le couple Forrester n’est autre que celle de Norman Bates dans Psychose d’Alfred Hitchcock. Carey Wilber n’arrive jamais à convaincre sur la totalité d’un scénario et c’est bien dommage car au vu de la première partie nous n'étions pas loin d'atteindre des sommets.

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  • 3.28- Old Cowboy
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : Gabrielle Upton
  • Guest Star : Franchot Tone
  • Première diffusion 21/03/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Murdock (Franchot Tone) est un vieux cowboy à la recherche d’un emploi. Il pense avoir encore toute sa maitrise et toute son énergie pour pouvoir travailler comme lors du temps de sa jeunesse. Accompagné par son petit-fils Willy, ils arrivent à Medicine Bow. Murdock perd toute sa maigre fortune au poker ; Trampas qui a pitié de lui décide de le faire embaucher à Shiloh malgré les réticences du régisseur. Les maladresses du vieil homme vont mettre le Virginien dans l’embarras vis-à-vis de ses voisins notamment lorsqu’il marque du sceau de Shiloh les bêtes d’un autre rancher ou lorsqu’il met involontairement le feu à la prairie…

Mon avis : 8ème des dix épisodes réalisés par William Witney, Old Cowboy se suit sans ennui mais est loin d’atteindre le niveau et d’être aussi captivant que son précédent et excellent Man of the People avec James Dunn en Guest Star, épisode médian de la saison 3 qui abordait principalement la thématique de la répartition des terres entre ranchers et fermiers et qui en profitait pour dépeindre l’arrivée de colons orchestrée par un député un peu roublard. Tout comme dans A Father for Toby, également dans cette même saison, Old Cowboy narre en partie l’amitié qui nait entre Trampas et un jeune garçon d’une dizaine d’années. L’épisode d’Alan Crosland Jr était un ratage malgré la bonne interprétation d’un tout jeune Kurt Russell ; le petit Bill Mumy est également plutôt talentueux, semble s’être plutôt bien entendu avec Doug McClure et forme un duo assez attachant avec un Franchot Tone vieillissant. Dans la peau de Murdock, le vieux cowboy sur le retour, le comédien nous octroyait à cette occasion l’une de ses dernières apparitions à l’écran. Il est bien loin le temps où il formait en 1938 avec Robert Taylor et Robert Young un trio inoubliable dans le chef d’œuvre de Frank Borzage, Trois Camarades (Three Comrades), également en haut de l’affiche de célèbres films d’aventure des années 30 aux côtés d'immenses stars comme Gary Cooper et Clark Gable, soit Les Trois lanciers du Bengale de Henry Hathaway ou Les Révoltés du Bounty de Frank Lloyd. Dans cet épisode du Virginien, il incarne un cowboy défraîchi qui, accompagné de son petit-fils, sillonne le pays pour trouver du travail, persuadé que son âge ne devrait pas poser de problèmes pour se faire embaucher.

Effectivement, vivant toujours dans son glorieux passé du temps de la fameuse époque de la Chisholm Trail durant laquelle il était contremaitre, Murdock continue à penser non seulement connaitre parfaitement son boulot mais également avoir gardé la même énergie et la même maitrise que vingt ans plus tôt. Le principal problème de l’épisode est la quasi non-évolution de ce personnage ‘ah, c'était l'bon temps’ pourtant néanmoins capable de se révéler parfois assez attachant notamment dans ses relations avec son petit-fils ; tout au long du récit nous l’entendrons se vanter de tout savoir faire mieux que tout le monde et ronchonner au contraire sur la faible compétence des jeunes cowboys qui l’entourent ; traits de caractère assez intéressants de par le fait de rajouter une part 'd’humanité' à un protagoniste du coup pas tout blanc mais situations assez vite lassantes par leurs répétitions et leurs non-approfondissements. Alors que la première moitié s’avérait vraiment excellente (la découverte d’une belle toile peinte de Medicine Bow vue du haut d’une colline ; la partie de poker entre Trampas, Belden, Randy et Murdock ; la prise en pitié du vieil homme par Trampas, le caractère toujours aussi acariâtre du Virginien…), un sentiment de rabâchage vient un peu nous gâcher la seconde partie d’autant que comme souvent avec William Witney, les stock-shots ne sont pas très bien intégrés aux séquences tournées spécialement pour l’épisode, en l’occurrence les monteurs se moquant totalement de la cohérence au niveau des paysages montrés ici et là.

Ceci étant et même si le sentiment d’ensemble aura été un peu décevant suite à une dernière demi-heure qui paradoxalement patine malgré une recrudescence d’action et de tension dramatique, Old Cowboy est loin d’être désagréable ; ce paradoxe est d’ailleurs assez répandu, les scènes dialoguées de certains westerns étant parfois bien plus passionnantes que les séquences mouvementées qui s’ensuivent et qui accélèrent souvent facticement le rythme. Avant cette recrudescence dramatique dont le climax aura été l’apparition de loups peu commodes, nous aurons assisté à la difficile intégration du vieil homme parmi les cowboys de Shiloh -et pour cause, il ne passe pas une minute sans se plaindre et leur faire la leçon- et à l’admiration aveugle du petit-fils pour son grand père, au fur et à mesure reportée sur Trampas. Cet état de fait va provoquer la jalousie et l’animosité de Murdock qui va prendre Trampas en grippe alors que c'était grâce à lui qu'il avait réussi à être embauché malgré les réticences d’un Virginien toujours aussi méfiant et pragmatique. Le vieux cowboy va également se mettre à enchainer bêtises sur maladresses, allant jusqu’à marquer des bêtes ne lui appartenant pas, à provoquer un stampede ainsi que l’incendie de la prairie causant plusieurs morts parmi le bétail des voisins. Fort logiquement, les ranchers alentours qui auront sérieusement pâti de ces bourdes vont commencer à voir rouge et à vouloir intenter un procès au juge Garth. Trampas qui se sent responsable de tous ces malheurs va prendre en grande partie sur lui les blâmes adressés aux membres de Shiloh : "It was as much my fault as his." Doug McClure trouve ici l’une des plus belles occasions de démontrer son talent et Trampas sa sincère compassion et sa profonde humanité ; se souvient-il de la protection amicale qu’il reçut de la part du juge Garth lors de l’épisode qui narrait son arrivée à Shiloh, Ride a Dark Trail ?

Un personnage principal un peu trop monolithique, souvent ridiculement fier et par trop rigide y compris dans son désir final de se racheter "I'll get that herd through or I won't be back at all”, une seconde partie moins convaincante... cependant la scénariste échappe à presque toute mièvrerie et parmi les autres bonnes surprises de l'épisode l'on peut noter un L.Q. Jones en grande forme ainsi qu'une bataille de polochon assez amusante. Nous aurions préféré une réflexion un peu plus mélancolique sur la vieillesse mais en l'état une fiction sinon mémorable au moins assez sympathique.

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  • 3.29- Showdown
  • Réalisation : Don McDougall
  • Scénario : Gene L. Coon
  • Guest Star : Leonard Nimoy & Michael Ansara
  • Première diffusion 14/04/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Le Virginien dans une petite ville de l’Arizona pour acheter du bétail à la famille Landers. Il se rend vite compte que la bourgade est contrôlée d’une main de fer par le shérif et son adjoint, les deux frères Frome (Michael Ansara & Leonard Nimoy). Les citoyens les craignent fortement d’autant qu’ils font souvent ‘visiter’ leurs cellules pour des motifs futiles. Le Virginien en fait lui-même les frais. En sortant de prison, il apprend que le troupeau qu’il vient d’acheter a été confisqué par les deux hommes de loi pour enquête sur la provenance des bêtes. Il n’est pas au bout de ses surprises car souvent les apparences peuvent s’avérer trompeuses…

Mon avis : L’auteur de l’épisode est Gene L. Coon, un nom réputé au sein de la communauté des ‘trekkies’ puisque il fut non seulement l’un des principaux producteurs de la série originale Star Trek mais en écrivit également plus d’une dizaine d’épisodes. Auparavant, pour le cinéma il signa quelques scénarios pour des films tout à fait estimables tels Le Salaire du diable (Man in the Shadow) ou bien Une Balle signée X (No Name on the Bullet), tous deux réalisés par Jack Arnold. Autre point commun avec Star Trek, bien évidemment Leonard ‘Spock’ Nimoy interprétant ici l’adjoint et frère du shérif, faisant tous deux régner la terreur sur la ville dont ils ont à s’occuper de la sécurité. Ce sont au demeurant les personnages les plus intéressants et les plus intrigants du récit puisque nous mettons en effet pas mal de temps à comprendre les motivations de ces hommes qui emprisonnent leurs concitoyens à tour de bras pour des motifs plus que futiles, certains de ceux se retrouvant en cellule ne comprenant même pas la raison pour laquelle ils ont été enfermés. Le Virginien venu dans cette ville de l’Arizona pour un simple achat de bétail se retrouve lui-même derrière les barreaux pour... avoir bu plus d’une bière ! Tous les habitants semblent détester cette fratrie antipathique et surtout les membres de l'accueillante famille d’éleveurs que le régisseur de Shiloh est venu trouver pour faire affaire.

Dès son arrivée, le shérif lui déconseille d’ailleurs grandement d’acheter le cheptel de la famille Landers. Le patriarche de celle-ci -excellent Peter Whitney qui fut inénarrable dans L’aventurier du Texas (Buchanan Rides alone) de Budd Boetticher dans le rôle de du gros Amos qui passait son temps à courir d’un de ses frères à l’autre en fonction de leurs situations, se rapprochant à chaque fois de celui sur le point de remporter le gros lot...- pense que c’est parce que ses fils furent autrefois des outlaws et que l'homme de loi ne croit pas à la possible réinsertion de mauvais garçons. Le Virginien qui a en revanche toujours cru à la deuxième chance et qui l’a prouvé à maintes reprises au cours de la série, prend d’emblée fait et cause pour ses hôtes même si les retournements de situations à mi-parcours vont balayer d'un coup tout ce qui a précédé et ajouteront un soupçon d’ambiguïté quant à cette thématique de la réintégration civile d'anciens repris de justice. En attendant ces nouveaux éléments, le Virginien ira jusqu’à provoquer le shérif par ‘punchlines’ bien senties et notamment par vantardise lors d’une séquence au saloon où il se trouve attablé avec une charmante entraineuse (craquante Leslie Perkins) ; alors que l’homme de loi tourne autour d’eux et que le Virginien lui demande s’il le dérange, le shérif rétorque que non ; sur quoi notre héros lui répond qu’inversement lui le gêne. Tout ceci est assez jubilatoire pour le spectateur surtout que notre protagoniste principal, outre se positionner dans un rôle progressif en soutenant la réinsertion, semble encore à ce moment-là défendre la veuve et l’orphelin, se positionnant dans le camp de ceux qui ne supportent pas et qui ont peur des deux frères ‘étoilés’.

Même si je me suis sans doute déjà bien trop avancé, il n’est cependant pas bien possible de narrer quoique ce soit de la seconde partie, la principale surprise totalement inattendue provenant de multiples apparences trompeuses ; nous vous laissons donc les découvrir d'autant qu'elles sont à l'origine de l'aspect le plus passionnant de l'épisode. Ce que l'on peut dire est que nous nous dirigeons alors vers une sorte de remake de l’histoire des frères Earp à Tombstone, soit par exemple une nouvelle version de Règlement de comptes à OK Corral, le duel annoncé dans le titre de l’épisode ayant bien lieu pour le clore, superbement mis en scène tout comme ce qui a précédé, Don McDougall oblige, sa direction d’acteurs s’avérant également toujours aussi impeccable. Outre un James Drury en grande forme ainsi que Peter Whitney et Leonard Nimoy déjà cités, on trouve aussi les excellents Michael Ansara (Les Comancheros de Michael Curitz) dans la peau du shérif impassible que rien ne semble effrayer, dur et peu souriant, Barry Kelley dans celui du Marshall qui tombe des nues en apprenant la vérité, ou encore un tout aussi bon Tom Skerritt -déjà présent dans deux épisodes de la série, connu par la suite pour avoir fait partie de l’équipage du Nostromo dans le fabuleux Alien de Ridley Scott- à qui on donnerait au départ le bon dieu sans confessions. Parmi les points positifs, une mise en scène de Don McDougall donc toujours aussi difficile à prendre en défaut, une description assez captivante de ces deux intimidants et déplaisants hommes de loi qui se comportent en despotes avec la pratique d’arrestations arbitraires, un petit côté documentaire quant à la manière de savoir si les marques sur les bêtes ont été ou non falsifiées…

Alors pourquoi une note en définitive assez moyenne ? Faute à un scénario qui à force de brouiller les cartes finit par patiner un peu, à une deuxième partie moyennement bien rythmée et au cours de laquelle il ne se passe finalement pas grand-chose, à des personnages qui disparaissent sans crier gare (celui de l’entraineuse qui nous aura néanmoins octroyé une jolie chanson)… Mais le Showdown du titre se déroulant au centre de la rue principale et qui conclut l’épisode rattrape le tout en beauté avec en altruiste maxime finale débitée par le Virginien lui-même et qui en quelque sorte à cette occasion prône l’entraide : "Sometimes you just can't stand by. You don't want to get involved but you have to." Un peu décevant mais loin d'être mauvais pour autant.

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  • 3.30- We've Lost a Train
  • Réalisation : Earl Bellamy
  • Scénario : Borden Chase
  • Guest Star : Rhonda Fleming, William Smith, Neville Brand & Peter Brown
  • Première diffusion 21/04/1965 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 5.5/10

Le pitch : Alors qu’il s’apprêtait à se rendre au bal, Trampas en est empêché par le Virginien qui l’envoie au Mexique y chercher un taureau que le juge Garth a acheté. Sur son chemin il fait une pause à Laredo où, par le fait d’avoir arrêté ses yeux sur la pulpeuse tenancière du saloon (Rhonda Fleming), il est simultanément pris à partie par 3 hommes qui le provoquent en duel. Ces 'rencontres’ vont être retardées puisque le trio constitué de trois Texas Rangers est envoyé lui aussi en mission à la recherche… d’un train disparu. Trampas et ses ennemis prenant le même chemin, ils décident de le faire ensemble… quitte à se battre une fois arrivés à destination…

Mon avis : Earl Bellamy à la caméra, Borden Chase au scénario, la flamboyante Rhonda Fleming, la piquante Ida Lupino, les très bons seconds rôles westerniens qu’ont toujours été Neville Brand, Joe Riley et Philip Carey en Guest Star, le retour de Peter Brown après une interprétation mémorable dans un épisode récent de la série (Return a Stranger)… on pouvait raisonnablement attendre mieux de l’épisode qui allait clôturer la saison 3 même s’il est aussi vrai que cette dernière s’était un peu essoufflée en son dernier tiers. Mais pour l’anecdote, y-a-t-il eu d’autres cas semblables dans l’histoire de la télévision, à savoir qu’un épisode puisse à la fois faire office de final d’une saison et de pilote d’une autre série, en l'occurrence Laredo ? Je ne saurais l’affirmer mais le cas a surement été rare. Avec We’ve Lost a Train, c’est donc bien de cette situation assez curieuse qu’il s’agit : après un prologue qui nous fait croiser quasiment tous les habituels personnages de la série (sauf le juge Garth qui semble bien avoir déserté son ranch), seul Trampas part au Mexique où il a pour mission de ramener une bête achetée par le juge. Le Virginien qui a probablement peur que le fauteuil de son boss prenne la poussière s’y est confortablement installé et, se comportant en patron, n'a aucun remords d’empêcher son cow-boy de louper le bal qu’il attendait tant pour l’envoyer immédiatement à l’autre bout du pays ; il l’a choisi pour sa connaissance de la région et pour y avoir passé quelques temps durant sa jeunesse.

Donc durant les cinq premières minutes, Betsy, Randy et sa guitare, Belden, ainsi que notre héros de régisseur font trois petits tours et puis s’en vont… Seul Trampas va servir à nous présenter les quatre personnages principaux de la série Laredo dans cette même ville du Texas où il a décidé de faire une pause avant de passer la frontière et de continuer sur le Mexique. Après un prologue léger et un long voyage en train et en diligence, le ton se poursuit en conservant son second degré et son humour, le dramatisme étant quasiment évacué voire volatilisé, volontairement ou non, malgré les violences qui vont suivre dues en partie à de cruels indiens Yaquis ainsi qu'à des rurales mexicains sans scrupules et corrompus commandés par un plutôt bon Fernando Lamas. Pour en revenir à cette légèreté de ton, la rencontre entre Trampas et les Texas Rangers va être une sorte de variation sur celle de D’Artagnan et des trois mousquetaires dans le chef-d’œuvre de Alexandre Dumas. A cause de sa maladresse et de son trop grand amour des femmes, notre Trampas va se retrouver avec trois duels consécutifs sur les bras ; combats qui vont devoir être repoussés à plus tard, le chef des Texas Rangers faisant appeler ses hommes sans plus tarder pour leur confier une mission ; un train n’est jamais arrivé à destination et il faut le retrouver. Trampas et ses trois rivaux ne pouvant se battre de suite mais partant dans la même direction, ils décident de faire le voyage ensemble avec dans l’idée de régler leurs affaires à la fin de leurs besognes respectives.

A la lecture de ces lignes on se doute bien que l’humour est en première ligne de cet épisode à l'atmosphère tellement folâtre que les tentatives de suspense et de dramatisation vont tomber constamment à l’eau malgré violentes attaques des indiens Yaquis, destructions de villages et autres 'joyeusetés'. C’est ici que se situe la limite de cet épisode certes plaisant mais peinant sans cesse à nous captiver. Dommage car comme je le disais dès le début le casting est de premier ordre et la bonne humeur règne jusqu’à cet épilogue à Laredo au cours duquel Philip Carey monte batifoler avec Rhonda Fleming. Dommage également que l’humour soit à ce point répétitif, tournant principalement et uniquement autour de la jalousie de Neville Brand, des moqueries de ses deux comparses quant à sa tocade pour Rhonda Fleming et à leur futur mariage, ainsi que des paris que se font entre eux les trois Texas Rangers. Un autre élément, sorti cette fois tout droit du Fils du désert (Three Godfathers) de John Ford, vient renforcer ce côté allègre, la découverte au sein du train retrouvé d’un bébé qui a perdu ses parents dans ce massacre et qui est évidemment affamé. La situation ne devrait pas prêter à rire et pourtant l’auteur insiste surtout sur le fait du ridicule de Neville Brand avec un nourrisson braillard et encombrant sur les bras. Ce n’est définitivement pas le meilleur travail du grand scénariste Borden Chase qui non seulement a écrit parmi les plus beaux westerns de l’histoire du cinéma (Les Affameurs ou Je suis un aventurier de Anthony Mann) mais également d’excellents épisodes de la série qui nous concerne. Ici il nous offre un script certes assez amusant mais souvent incohérent et manquant quelque peu de chair.

Ceci étant dit et comme nous le sous entendions déjà, la qualité de l’interprétation et l’atmosphère bon enfant qui règne tout du long permettent de suivre l’épisode avec un certain plaisir d’autant que le thème musical principal signé Frank Marshall s’avère vite entêtant. Contrairement au Virginien, la série Laredo ne perdurera que le temps de deux saisons d'un total de 56 épisodes, combinaison d’action et d’humour assez sympathique aux dires de ceux qui la connaissent. Pour l'anecdote, combinant cet épisode avec Ride a Dark Trail -celui qui revenait sur l’arrivée de Trampas à Medicine Bow-, Universal sortira en salles un long métrage titré Backtrack en 1969. Même si l’ensemble se sera avéré un peu décevant, outre le nombre conséquent de Guest Star à l’affiche –qui rallonge la durée du générique habituel-, une autre occasion de se réjouir durant cette fin de saison 3 assez décousue aura été une chanson entonnée par une toujours aussi gironde Rhonda Fleming.

A suivre...

Lien vers le test du coffret DVD saison 3 vol.1

Lien vers le test du coffret DVD saison 3 vol.2

Lien vers le test du coffret DVD saison 3 vol.3

Par Erick Maurel - le 24 février 2018

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