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Portraits

portrait de jean-françois laguionie à travers ses films

Jean-François Laguionie naît à Besançon en octobre 1939. Son père est représentant en vins et spiritueux, sa mère femme au foyer. Il passe une enfance heureuse, libre et solitaire, partageant son temps entre les promenades dans la campagne environnante et les romans d'aventure qu'il aime à dévorer. Il passe par les Arts appliqués puis se dirige vers la mise en scène et le décor de théâtre à l’École de la rue Blanche à Paris. Il délaisse cependant quelque peu les ateliers décors pour prendre des cours de comédie, s'intéresser au mime et découvrir le cinéma - Jerry Lewis, Buster Keaton, John Huston, les comédies musicales, les westerns... - en compagnie de son camarade cinéphile Jacques Colombat.

Sa rencontre avec Paul Grimault va lui ouvrir une toute autre carrière. Il réalise dans ses ateliers La Demoiselle et le violoncelliste (1965), un court métrage en papier découpé qui obtient le Grand Prix d’Annecy. Il signe sept autres courts métrages en l'espace de treize ans, dont La Traversée de l’Atlantique à la rame qui décroche la Palme d’Or du court métrage au Festival de Cannes 1978. La méthode de travail de Laguionie est aussi délicate que son cinéma : d'un petit atelier prêté par Paul Grimault où il expérimente les différentes techniques d’animation à une équipe de neuf personnes pour réaliser Gwen le livre des sables, son premier long métrage, il privilégie l'artisanat à l'industrie. C'est pour tourner ce film qu'il crée La Fabrique, un centre régional de création où se regroupent de nombreux indépendants et où Michel Ocelot réalisera ses premières œuvres. Si avec Le Château des singes en 1999, Laguionie doit diriger une équipe importante, il retrouve pour ses longs métrages suivants - L'Île de Black Mor (2004), Le Tableau (2016) et Louise en hiver (2016) - cette forme d'artisanat qui lui sied si bien, où il peut s'épanouir et laisser libre cours à sa poésie et à son sens du merveilleux.

Les Courts métrages (1965 - 1978)
La Demoiselle et le violoncelliste (1965) - L'Arche de Noé (1966) - Une bombe par hasard (1969) / Plage privée (1971) - Potr' et la fille des eaux (1974) / L'Acteur (1975) / Le Masque du Diable (1976) - La Traversée de l'Atlantique à la rame (1978)

Au Centre d'Art Dramatique de la rue Blanche, Laguionie organise des représentations d'ombres chinoises et de marionnettes pour les enfants et s'amuse à écrire de petites histoires. L'envie lui vient alors de les animer. Durant ses études, il s'est lié d'amitié avec Jacques Colombat qui réalise alors un court métrage d'animation - Marcel, ta mère t'appelle (1962) - dans les studios de Paul Grimault. C'est par son intermédiaire qu'il rencontre le futur réalisateur du Roi et l'oiseau, qui lui propose un espace de travail et un peu de matériel dans les petits studios de la rue Bobillot où il réalise ses films. Colombat lui donne quelques techniques de base mais pousse son ami à découvrir par lui-même les secrets de l'animation afin de trouver son style et son univers. Grimault quant à lui se fait discret, n'intervenant jamais (il dit ne rien connaître à l'animation en banc-titre) et le laisse travailler, glissant simplement quelques remarques de-ci de-là. Mais l'air de rien, il lui prodigue de précieux conseils et ce n'est que plus tard que Laguionie se rendra compte de tout ce qu'il a pu apprendre à ses côtés.

Laguionie apprend donc à utiliser la technique du banc-titre pour l'animation. Cependant, le fait de travailler plié sur la table ne lui convient pas, aussi il confectionne un système vertical à partir d'une machine-outil. Il peut dès lors regarder dans l’œilleton de la caméra, comme un réalisateur de films en prise de vues réelle ou un peintre devant son chevalet. La technique intéresse Laguionie, mais il veut avant tout se laisser guider par l'intuition et l'improvisation. Comme s'il tournait en prise de vues réelle, il essaye tant que faire se peut de limiter les phases de calcul, quitte à perdre parfois en qualité d'animation. La simplicité de la technique du papier découpé lui convient donc tout à fait, même si plus tard il utilisera bien d'autres méthodes d'animation. Il sent immédiatement les mouvements de ses personnages, se retrouve en contact direct avec la matière, sans intermédiaire, sans filet aussi. Cette technique le rapproche en définitive de la fluidité du cinéma en prise de vues réelle. Pendant ses études, il était partagé entre le graphisme et le théâtre, et tout au long de son œuvre il essayera de ne pas abandonner l'un pour l'autre. Les décors (qu'il a appris à l'École de la rue Blanche), les éclairages, les personnages, le jeu (il a fait du mime avec le comédien Jean-Pierre Sentier), l'histoire, la scénographie... il s'arrange pour que tous ces éléments trouvent leur place dans son travail de cinéaste d'animation.

C'est ainsi, qu’œuvrant en solitaire dans le studio de Grimault, il termine au bout de deux ans de labeur son premier court métrage, La Demoiselle et le violoncelliste. Pour imaginer cette histoire, Laguionie est parti d'un 78 tours d'un concerto de Lalo trouvé aux Puces, l'orchestration bizarre et fantaisiste lui inspirant l'atmosphère si étrange du film. Il pense aussi à Deux hommes et une armoire de Roman Polanski, un réalisateur qu'il place dans son panthéon personnel. Ce sens du mystérieux, de l'absurde, ces images oniriques et poétiques souvent troublantes... les deux hommes partagent effectivement un imaginaire commun. Le film est tout en à-plat, sans profondeur, l'animation consistant à faire glisser les personnages-marionnettes sur des fonds dessinés. Une animation en deux dimensions très rudimentaire mais ô combien poétique ! Car ces petites silhouettes qui s'animent sur de grands paysages racontent quelque chose de nos vies, de nos amours, de nos rêves et illusions. C'est simple, c'est beau, et le style inspiré des peintres naïfs de Laguionie sert à merveille l'atmosphère de cette historiette romantique et absurde. Les professionnels ne s'y trompent pas et le film reçoit le Grand Prix du Festival d'Annecy en 1965.

Le deuxième film de Laguionie. L'Arche de Noé, est plus mystérieux, plus dramatique et grave que La Demoiselle et le violoncelliste. En fait, le cinéma de Laguionie ne va cesser d'aller et venir entre la légèreté apparente du premier et la gravité du second, entre la fantaisie et l'inquiétante étrangeté de cette Arche. Laguionie s'inspire du récit biblique, mais surtout des peintres romantiques comme Caspar David Friedrich ou encore des films de montagne allemands. Laguionie aime les textures des paysages : la mer, le désert (Gwen), la montagne comme ici, la jungle (Le Château des singes, Le Tableau) ou les lacs gelés (Le Château des singes). Tout paysage est une promesse d'évasion, d'aventure. Un ailleurs que Laguionie (re)visite par ses dessins et son imaginaire. Certainement que ces rêves de paysages exotiques lui viennent des rêves de son père qui fabriquait un bateau dans son jardin en imaginant un jour prendre le large. Rêver, imaginer, c'est tout aussi important que vivre réellement les choses. Pour ses films, Laguionie n'hésite donc pas à puiser dans le monde des rêves. C'est en dormant qu'il trouve la conclusion d'Une bombe par hasard (1969). Plage privée (1971) est quant à lui la retranscription complète d'un de ses songes. Puiser dans les rêves, c'est libérer l'imaginaire, se laisser porter par lui. C'est de l'improvisation, de l'écriture automatique. Le format court correspond parfaitement à ces récits qui sont comme de petites nouvelles qu'un Dino Buzzatti aurait pu imaginer.

Avec Une bombe par hasard, son style évolue et se libère de l'héritage des peintres naïfs pour s'en aller voguer du côté des surréalistes. Il prépare pour la première fois un storyboard très précis. C'est une fable sur l'autre, le vagabond, le clochard et l'on n'est pas étonné d'entendre le réalisateur évoquer Chaplin lorsqu'il en parle. Laguionie choisit souvent des personnages en marge de la société, comme ici ce vagabond qui cristallise les peurs des gens de bonne compagnie, cette foule moutonnière toute droit sortie d'une chanson de Brassens. Plage privée met en scène un autre personnage seul contre le groupe. Il fait jouer le peintre Jean Vimenet, qu'il avait déjà pris comme modèle pour son personnage de vagabond d'Une bombe par hasard. C'est l'une des deux tentatives de film en prise de vues réelle de Laguionie, avec Hélène et le malentendu en 1972 (film qui est aujourd'hui introuvable). C'est également à cette époque qu'il essaye de réaliser une adaptation du Baron perché d'Italo Calvino. L'échec de ce projet restera l'un des grands regrets de sa carrière et marquera son retour définitif au cinéma d'animation.

En 1971, Laguionie quitte Paris. Il se pose à Montpellier avec sa compagne Kali Carlini. Ils réalisent ensemble Potr' et la fille des eaux (1974) pour un producteur italien. Puis ils partent s'installer dans les Cévennes où ils tournent L'Acteur (1975) et Le Masque du Diable (1976). Laguionie évolue dans son travail. Déjà, il développe plus ses personnages, ne les abandonnant plus simplement à une idée, à son seul imaginaire, leur conférant une vie propre. Au niveau graphique, les décors peints par Kali confèrent une nouvelle dimension à son cinéma. Plus de gouache ici, mais des encres de couleur, ce qui donne des contrastes plus prononcés, des couleurs plus saillantes. Potr' et la fille des eaux annonce à bien des égards La Traversée de l'Atlantique à la rame. C'est une fable (Laguionie a fait croire au producteur italien qu'il s'agissait d'un véritable conte breton alors qu'il l'a inventé de toute pièce) sur l'amour vu comme deux solitudes, un film sur la coexistence impossible entre les êtres humains. Mais le propos n'est jamais lourd, c'est bien au contraire un petit film plein d'humour. Le Masque du Diable - également réalisé pour le même producteur italien - est un autre conte (cette fois, Laguionie lui raconte qu'il s'agit d'un conte corse) malicieux et fantaisiste. Il abandonne complètement le papier découpé et travaille sur la peinture à l'huile et l'animation sur verre et cellulo, technique qu'il vient de développer avec L'Acteur. Lorsqu'il ne peint pas sur verre, c'est sur du papier huilé qu'il éclaire par en dessous, par au-dessus, jouant sur la transparence et les effets de la lumière sur les couleurs.

Entre ces deux films, il réalise - toujours avec Kali - L'Acteur. Son personnage d'acteur qui essaye vainement de camoufler son âge lui est inspiré par Pierre Blanchard, comédien réputé pour jouer les jeunes premiers jusqu'à un âge bien avancé. C'est le premier personnage vraiment tragique de son œuvre. C'est la première fois aussi qu'il s'approche aussi près d'un personnage, le visage de l'acteur composant l'essentiel du film. Jusqu'ici, les personnages de Laguionie étaient souvent perdus dans de larges décors. Ici il devient central, il est l'unique enjeu du récit et s'il a fait évoluer sa technique, c'est pour pouvoir transmettre ses émotions. Sa passion pour le métier d'acteur se ressent et c'est avec beaucoup de finesse et d'empathie qu'il raconte cette histoire. L'acteur c'est un jeu de masques. Ce masque qui est aussi celui du Diable dans son film suivant. Les masques, ce sont aussi les spectateurs qui les arborent, figures carnavalesques et grotesques que l'on retrouvera plus tard dans Le Tableau.

Après L'Acteur et Le Masque du Diable, deux films réalisés très rapidement, il se lance dansune projet beaucoup plus lourd qui va lui prendre deux années de travail. C'est La Traversée de l'Atlantique à la rame, son huitième court réalisé en l'espace de treize ans. Laguionie est déjà un cinéaste reconnu mais il se fait rare et discret, travaillant en solitaire dans son petit coin des Cévennes. Il revient avec ce film à la technique du papier découpé et au banc-titre, technique qui guide sa mise en scène. L'animation est basique mais ce qui compte pour lui c'est le plan, comment le composer et lui insuffler de la vie par de très simples mouvements. S'il peut se permettre de revenir à sa méthode des débuts, c'est qu'il a pleinement installé son univers graphique et thématique. Ainsi on retrouve ici l'eau, la mer, présentes depuis son premier film et qui reviendront dans ses longs métrages Gwen (le désert n'est rien d'autre qu'un océan) et L'Île de Black Mor. Cette image récurrente témoigne de l'omniprésence de la nature et propose une interrogation discrète sur la place de l'homme dans le monde. Elle évoque également en filigrane l'idée du temps qui passe, donc de la vieillesse et de la solitude, autant de thèmes qui reviennent tout au long de son œuvre jusqu'à être au cœur même de son dernier long métrage en date, Louise en hiver.

Laguionie navigue alors dans un univers tenant de l'absurde et du surréalisme. Emblématique, ce couple qui part de New York à bord d'un petit esquif avec l'intention de traverser l'Atlantique à la rame et qui va se retrouver pendant trente ans en tête-à-tête. Un couple à la dérive, qui fuit le monde des hommes et ne compte plus que sur son amour. Les seuls humains qu'ils croisent sont les naufragés du Titanic, des fantômes en somme. Le couple, l'amour : Laguionie y revient toujours et il se révèle être aussi un grand cinéaste romantique. S'il n'appuie pas sur cet aspect au niveau de sa mise en scène, il charge souvent à la musique de déployer les sentiments, de les porter, de les communiquer au spectateur. Et il saura toujours s'entourer de grands artistes pour signer les partitions de ses films. La Traversée de l'Atlantique à la rame obtient la Palme d'Or du court métrage à Cannes ainsi que le César du film d'animation. Fort de cette reconnaissance, Laguionie va pouvoir tenter l'aventure du long métrage. Une aventure qui lui prendra sept ans...

Gwen, le livre des sables (1984)

Gwen, une orpheline de treize ans, fait partie de la tribu des nomades. Elle ne croit pas au Makou, un démon de la mort qui pousse la tribu à dormir chaque soir au fond d'un puits. Bravant l'interdit, elle décide de passer une nuit dehors avec son compagnon Nok-Moon. Seulement, le Makou apparaît bel et bien et emporte le jeune garçon. L'aînée de la tribu emmène alors Gwen vers le Pays des morts pour y arracher Nok-Moon...

En se promenant le long d'une rivière, Laguionie découvre un atelier de bobinage à l'abandon. Il crée avec Kali Carlini, Bernard Palacios et Nicole Dufour dans cette ancienne magnanerie un lieu de travail avec l'idée d'y réaliser Gwen, son premier long métrage. On est en 1979 et c'est la naissance de La Fabrique. Pour son premier long, Laguionie se situe dans le droit-fil de ses courts métrages. Il en reprend l'esthétique et l'essentiel de la technique, le film ayant été réalisé en papier découpé. S'il se lance dans le long, ce n'est pas pour passer à la vitesse supérieure ou par sens du défi, c'est que cette histoire qu'il a écrite avec Jean-Paul Gaspari nécessite cette durée. Mais il est primordial pour le cinéaste de conserver la même légèreté, le même côté artisanal que dans ses courts. S'il ne travaille plus en solitaire mais au sein d'une petite équipe, il veut préserver cet esprit et l'idée qui prévaut à la création de La Fabrique est celle d'une coopérative où tout le monde serait sur un même pied d'égalité et travaillerait à tous les postes. Pour ce tournage communautaire, l'équipe atteint neuf personnes (ils sont six au départ, tous réalisateurs ou dessinateurs de courts d'animation, qui laissent un temps leur projets personnels pour se lancer dans l'aventure) et ils vont ainsi travailler d'arrache-pied pendant sept ans pour aboutir à ce chef-d’œuvre de l'animation française.

Côté atmosphère, on retrouve le goût de Laguionie pour une forme de surréalisme teinté de poésie onirique. Le cinéaste nous invite à arpenter un univers fantasmagorique. On part du désert, avec ses croyances ancestrales qui nous entraînent bientôt aux confins du monde réel. On arpente alors un territoire purement imaginaire où des hommes masqués vivent en célébrant les traces de notre propre monde disparu. Ces objets abandonnés dans le désert rappellent ceux à la dérive que le couple de La Traversée de l'Atlantique à la rame croisait dans un coin de la mer des Sargasses. Un catalogue de vente par correspondance (ce Manufrance que les parents de Laguionie ne cessaient de consulter en rêvant d'améliorer leur quotidien grâce à ces objets modernes qu'ils n'avaient pas les moyens de se payer) tient ainsi lieu de livre religieux, ce Livre des sables du titre. Ne reste ici que le souvenir lointain de ce que nous avons été, et chaque objet de notre quotidien se pare d'étrangeté et de mystère pour ces hommes qui ne savent plus rien de notre civilisation. Dès l'ouverture, une tempête de sable recouvre le monde qui n'est bientôt plus que dunes infinies. Le temps à fait son affaire de l'univers des hommes. En quelques images, Laguionie évoque la petitesse de notre existence, la fragilité de notre civilisation.

On retrouve ici les grands thèmes du cinéaste : le désert comme océan, la solitude, le temps qui passe, la fin du monde (Une bombe par hasard, l'Arche de Noé). Et comme toujours cette poésie et ce sens du merveilleux qui transforment ces thèmes angoissants en moments de pure magie. Laguionie nous plonge dans un monde de rêve où l'on arpentd le « col du souvenir », la « plaine des images molles », le « camp des images creuses ». Pas de mystique religieuse ici - Laguionie égratigne au passage les cultes et leurs règles loufoques - mais un sens du merveilleux et de l'éblouissement qui innerve chaque image.

L'animation en papier découpé, avec ces personnages-marionnettes placés sur des bancs titres, est très spécifique. On ne rentrera pas dans le détail de l'installation technique imaginée par Laguionie, mais seulement révéler combien c'est une technique complexe qui demande un immense savoir-faire. Il met en effet au point avec l'ingénieur Patrick Darlot la multiplane, un banc-titre de quatre mètres de haut composé de quatre niveaux de plans, chacun d'eux disposant de son système d'éclairage. L'animation peut ainsi se faire sur quatre plans simultanément. Il faut mesurer la précision du travail des artisans de ce film qui parviennent à faire évoluer les personnages dans des décors peints sans provoquer de cassure, de rupture de style. Par la cohérence des univers graphiques proposés, par la précision de l'animation, par l'usage savant de la musique (sons synthétisés et musique orchestrale de Pierre Alrand, un ami de Laguionie qui avait déjà composé pour lui sur L'Arche de Noé et La Traversée de l'Atlantique) mais surtout par l'immense sensibilité et l'imagination sans borne dont il fait preuve, Laguionie parvient à rendre palpable son monde imaginaire, à l'incarner, à le faire vivre. De telles invitations au voyage, le cinéma français n'en offre guère et il convient donc de saluer Gwen le livre des sables comme l'un des chefs-d’œuvre du cinéma d'animation français, à ranger au panthéon du genre entre Laloux et Grimault.

Le Château des singes (1999)

Kom, singe de la tribu arboricole des Woonkos, va découvrir le monde des Laankoos, caste guerrière au fonctionnement moyenâgeux. A partir de cette trame, Laguionie signe une fable qui évite la simplification et le manichéisme qu’un tel sujet aurait pu facilement appeler. Il ne peint pas une culture "simple aux vraies valeurs" qui serait représentée par les Woonkos, peuple vivant en harmonie avec la nature sur la cime des arbres, pour l’opposer basiquement aux Lankoos, les "civilisés" d’en bas et leur système de castes hérité du monde des hommes. Les deux peuples sont en effet remplis de préjugés et soumis l’un comme l’autre aux diktats des chefs et aux croyances puériles. Laguionie signe une fable contre le racisme, l’obscurantisme, et dont la proposition serait d’aller au-delà de nos préjugés pour partir à la rencontre de l’autre. Finalement, les deux peuples singes sont les mêmes, avec des défauts et des qualités communes. Seule la méconnaissance les sépare...

Après l'échec de Gwen (le film reste à l'affiche seulement une semaine à Paris mais parviendra quand même à rassembler 60 000 spectateurs), les finances de La Fabrique (alors une fondation) sont au plus bas mais le CNC propose une subvention à Laguionie pour en faire une structure de production autonome. Pendant des années, le studio qui fonctionne avec une douzaine de personnes (Michel Ocelot fait partie de la troupe) va ainsi se partager entre la production de séries pour la télévision (Souris-Souris, Les Animaux du bois de quat'sous, Guano...) et les courts métrages d'auteurs. Et c'est ainsi que pendant dix ans Laguionie se retrouve à travailler comme producteur. Mais l'écriture et la réalisation lui manquent et au milieu des années 90 l'occasion se présente à lui de revenir au long métrage. La Fabrique a alors un aura internationale et fait partie d'un regroupement de plusieurs studios européens. Ce groupement est reconnu mais a besoin d'une locomotive, et cette locomotive Laguionie se retrouve à la piloter. Le film n'est pas tout à fait une commande, mais il répond à une nécessité du studio et de ses partenaires. Pour tourner Le Château des singes, l'équipe de La Fabrique grossit pour atteindre une cinquantaine de personnes. 300 personnes au total travaillent sur le film avec des partenariats au Royaume-Uni, en Allemagne et en Hongrie. Face à l'ampleur de la production, Laguionie se sent une responsabilité. Le Château des singes est son film le plus directement adressé aux jeunes spectateurs, avec les concessions en terme de narration et de caractérisation des personnages que cela implique, ou encore le passage obligé par les chansons. Laguionie, auteur du conte à l'origine du projet, travaille avec un scénariste anglais (Norman Hudis), acceptant de simplifier son histoire afin de ne pas dérouter - comme avec Gwen - le public et la critique. Et pourtant, malgré ce cahier des charges, c’est un film qui lui ressemble. Laguionie ménage des zones d’ombres et brosse des personnages complexes, ambivalents. Plutôt habitué à travailler avec une toute petite équipe, voire en solitaire sur ses courts métrages, il parvient toutefois à conserver intacte la sincérité de son cinéma. Ainsi Kom fait partie de cette lignée de héros qui peuplent ses courts, des personnages souvent solitaires, des marginaux qui refusent les diktats et décident de découvrir le monde par eux-mêmes.

Laguionie se sent comme un chef d'orchestre ayant rassemblé autour de lui des artistes bien plus compétents dans leur domaine qu'il ne l'est lui-même. Il voit cette expérience comme un travail véritablement collectif et ne cesse d'ailleurs dans ses entretiens de souligner la part primordiale de chacun dans la réussite de ses films. Malgré un budget très serré (40 millions de francs), l’animation est d’une fluidité et d’un dynamisme qui n'ont pas à rougir face aux productions Disney ou Dreamworks. Mais le film n'affiche pas ses prouesses et reste très simple, presque humble. L’utilisation du gouachage et de l’aquarelle dresse ainsi un pont avec la beauté simple des chefs-d’œuvre de Paul Grimault et René Laloux. Le film n'entend pas se mesurer au modèle américain et demeure dans la tradition de l'animation française, même si la technique lorgne tout de même un peu de l'autre côté de l'Atlantique.

Côté casting, on reconnaît les voix de Michael Lonsdale, Pierre Arditi, Nadia Farès et Jean Piat. Si le film s’adresse aux plus jeunes, les adultes prendront un grand plaisir cinéphile aux aventures de Kom. En effet, Laguionie émaille son récit de références à Ivan le Terrible (les intrigues du palais, les peintures murales...) ou encore à Alexandre Nevski lors d'une magnifique scène qui voit un lac de glace rompre sous le poids d’une armée. Sans être le plus personnel de son auteur, Le Château des singes s'avère un film délicat, discret et touchant. Ressourcé après la réalisation de Louise en hiver, Laguionie en prépare actuellement la suite : Le Voyage du prince.

L'Île de Black Mor (2004)

Le Kid s’enfuit de Glendurgan, un pensionnat de Cornouailles où les enfants sont traités comme des esclaves. Il a quinze ans et est fasciné par les aventures du pirate Black Mor. Lorsqu'il est recueilli par deux pilleurs d’épaves, il décide de les convertir en pirates. Après avoir volé une embarcation, ils partent ensemble à l’assaut des océans...

Le Kid ressemble beaucoup à Kom, le singe du précédent film de Laguionie qui bravait lui aussi les interdits pour partir à la découverte du monde. Ce sont moins les aventures qui comptent pour Laguionie que le trajet, le voyage. Les gris de la Cornouaille, les ciels azurs de l’Atlantique sont autant d’occasions pour le cinéaste de peindre les couleurs du monde. De la brume anglaise aux jungles des tropiques, Laguionie nous invite au voyage sur un rythme apaisé, loin du bruit et de la fureur des productions habituelles. De ses longs métrages, c’est le film qui se rattache le plus évidemment à sa grande obsession de la mer. Enfant, son père fabriquait des bateaux dans le jardin, bateaux qui ne devaient jamais prendre le large. Mais cette construction était un voyage, une promesse, du rêve. Ce sont ces sentiments qui affleurent de film en film, de La Traversée de l’Atlantique à la rame en passant par L’Arche de Noé, récit de mer sans mer.

Après Le Château des singes, Laguionie ferme la page de La Fabrique. Il quitte les Cévennes avec l'envie de se rapprocher de la mer et, pour préparer L'Île de Black Mor, il sillonne la Bretagne en compagnie d'Yvon le Corre qui œuvre comme conseiller maritime sur le film. Il s'installera définitivement dans la région en 2005. Il commence à travailler sur le film seul, en se reposant sur les conseils d'Yvon le Corre. Pendant un an, il dessine : des décors, des objets, des personnages. Puis il crée une animatique basique qui va lui servir par la suite de squelette pour tout le processus de création. C'est seulement alors que l'équipe est constituée et que le travail redevient collectif. Cette méthode, il la reprendra pour ses deux longs métrages suivants.

Laguionie travaille ici sur deux lignes graphiques assez distinctes : une très simple pour les personnages, basée sur des dessins du regretté Bruno Le Floc’h et qui prend sa source dans les caricatures du XIXème siècle ; l’autre très précise pour les paysages, Laguionie s’inspirant ici des peintures du Breton Henri Rivière. Tout ce qui a trait aux bateaux est également d'une incroyable précision et les amateurs pourront se féliciter de voir cutter et brick parfaitement rendus. Laguionie qui a si longuement regardé son père travailler à ses navires de rêves ne pouvait que leur rendre justice à l'écran.

Faire des films à destination du jeune public n’interdit en rien les interrogations les plus subtiles et Laguionie n’hésite pas à aborder des sujets complexes, comme la filiation, les rapports père / fils, les premiers émois amoureux. L'Île de Black Mor est une merveille du cinéma d'animation pour la jeunesse, un film qui allie l'aventure et le merveilleux tout en posant ces questions qui aident à grandir.

Le Tableau (2011)

Habitants d'un magnifique château qui surplombe le monde du tableau, les Toupins s'estiment être les seules véritables créations du Peintre. Les Pafinis, qui n'ont pas eu l'honneur de recevoir les derniers coups de pinceaux qui auraient fait d'eux des élus, se cachent dans le grand jardin du palais pour échapper aux brimades des maîtres des lieux. Plus loin encore, dans la profondeur de la forêt, se terrent les Reuf, de simples croquis haïs et pourchassés par les Toupins. Claire, une Pafinie, et Ramo, un Toupin, s'aiment malgré leur différence de rang. Tandis que Claire est jetée en prison par le Grand Chandelier (le maître du château) qui entend ainsi punir cet amour contre-nature, Ramo et Lola - l'amie de Claire - sont amenés à partir à la recherche du Peintre. Ils sont rejoints par Plume, un Reuf dont le meilleure ami, Gom, a été réduit en miettes par les Toupins. Ensemble, ils gagnent le bord de leur monde et pénètrent dans l'atelier du Peintre...

Huit ans après L'Île de Black Mor, Jean-François Laguionie signe ce nouveau long métrage d'animation qui s'impose comme l'un des plus beaux et originaux produits en France depuis de nombreuses années. Le scénario est signé par Anik Le Ray, compagne de route du cinéaste et qui donnait déjà vie à des personnages, mais cette fois de livres, dans Kerity, la maison des contes. Ici, ce sont ceux de tableaux qui s'animent, ce qui offre l'opportunité à Laguionie de développer tout un univers cinématographique autour de la peinture et d'ainsi rendre un hommage discret et sincère à quelques maîtres qui ont nourri son imaginaire.

S'il est question dans ce film de peinture et du rapport que l'artiste peut entretenir avec ses créations, Laguionie et Le Ray s'attachent avant tout à l'expérience de l'abandon que vivent les personnages. Cet abandon qui rappelle celui que peut ressentir un enfant à certains moments de sa vie, lorsque l'immensité du monde l'angoisse, lorsqu'il en vient à se poser des questions sur le sens de son existence. Les personnages du film ressentent un vide en eux, un manquement, et ils pensent que c'est de leur incomplétude que vient ce sentiment qui les empêche de vivre pleinement. C'est pour combler ce vide qu'ils décident de se confronter au père afin de le convaincre de terminer ce qu'il avait commencé. Bien entendu, le peintre n'est pas en mesure d'apporter une réponse à cette quête (pour lui, il n'y a pas de différence entre une esquisse et une œuvre complète) et c'est à chacun des héros du film de la trouver en lui. Le Tableau est donc, comme tous les films de Laguionie, un voyage initiatique. On retrouve d'ailleurs nombre d'images et d'idées qui sont comme des ponts jetés avec ses autres réalisations, et le récit en lui-même fait souvent penser à une réécriture du Château des singes, comme s'il avait eu le désir secret de raconter à nouveau cette histoire mais cette fois sans se laisser déborder par la lourdeur du système de production.

Laguionie est un artiste sensible, à l'âme d'artisan, qui a bien du mal à composer avec un tel système. Pour créer, il a besoin du calme de l'atelier et de travailler dans la proximité avec quelques collaborateurs qui portent le projet avec lui. Si ici l'emploi de la 3D a quelque peu compliqué la production (un emploi original qui sert à merveille l'esthétique du film), Laguionie a pu travailler avec une petite équipe (on ne peut qu'être étonné de voir le peu de personnes citées au générique pour un long métrage d'animation !) et compter sur le soutien sans failles de son assistant Rémi Chaillet et du décorateur Jean Palenstijn. Il nous livre ainsi une œuvre extrêmement soignée et généreuse - de part ses multiples propositions picturales - malgré un budget très réduit pour ce type de film. Laguionie et Palenstijn sont parvenus à donner vie à un artiste peintre (interprété dans le film par le cinéaste) avec ses différentes périodes, ses influences qui évoluent mais un style - une touche - qui demeure bien identifiable.

Ainsi, tout en maintenant la cohérence esthétique générale du film, Laguionie, en nous faisant passer d'une toile à une autre, ré-enchante constamment notre regard. Outre ces mondes-peintures que le cinéaste nous invite à arpenter, il y a le monde réel rendu à son tour merveilleux et inquiétant par le fait que l'on en vient à partager le regard des petits héros du film. Tous ces univers sont rendus sensibles et vivants par la mise en scène très riche - mais jamais ostentatoire - de Laguionie. Le scénario ne cesse de rebondir, on va de surprise en surprise et l'on suit, émerveillés, ce magnifique conte qui ne pourra que ravir les spectateurs petits et grands.

Louise en Hiver (2016)

C'est la fin de l'été pour la station balnéaire de Biligen. Louise prépare comme chaque année ses affaires pour regagner son chez-soi, mais une pendule malicieuse lui fait manquer le dernier train. Or le prochain ne repassera que dans plusieurs mois, une fois l'hiver passé. C'est ainsi que Louise se retrouve seule dans une ville abandonnée...

Sur un rivage viennent s'échouer les souvenirs de Laguionie et les images de ses films passés. Et sur ce rivage se trouve Louise, un petit bout de bonne femme animé, toute prête à les récolter. C'est ainsi que l'on pourrait résumer le projet du nouveau long métrage du plus grand réalisateur du cinéma d'animation français en activité.

Les falaises de Normandie, les dunes et les sous-bois inquiétants que Louise arpente sont des images que Laguionie va puiser dans ses souvenirs d'enfance. Il se remémore ses vacances à Saint-Aubin-sur-Mer : l'arrivée en train, la course folle pour aller à la plage, la première bolée d'air pur. Il se rendait dans cette station balnéaire avec sa mère et habitait chez sa tante le temps des vacances. Un univers féminin - son père restait travailler - pour un moment hors du temps, suspendu. Ce sont ces images du passé, féminines et radieuses, qui ont fait naître cette petit dame, Louise, qui va vivre un hiver à l'écart du monde, de la société. Une parenthèse qui aurait pu être angoissante mais qui chez Laguionie devient enchantée. Et ce même si la mort, les erreurs de jeunesse, les regrets viennent, profitant de son isolement, assaillir Louise. Cet état d'abandon dans lequel elle se retrouve l'oblige à se confronter à son histoire et à regarder la mort en face, comme le jeune héros de L'Île de Black Mor (l'apparition du vaisseau fantôme) ou comme Gwen qui partait arracher Nok-Moon au royaume des défunts. Mais c'est une confrontation apaisée, Louise laissant affluer ses souvenirs, acceptant ce qu'a été sa vie, avec ses renoncements et ses joies. On découvre ainsi petit à petit l'histoire de Louise au travers de ses rêves, de ses souvenirs mais aussi des visions et des apparitions fantomatiques. Le film prend la forme d'un monologue - magnifiquement écrit et joué par Dominique Frot - ou plutôt d'un dialogue lorsqu'elle rencontre le chien Pépère auquel Laguionie prête sa voix.

Le film creuse la question de la mémoire, du passé, des traces que l'on a laissées, des choses qui en a laissé en nous. Tous ces questionnements, le dialogue intérieur de Louise nous les fait partager. Mais ils passent aussi par l'image : le squelette d'un parachutiste se balançant à la branche d'un arbre, le procès de Louise par des créatures mi-hommes mi-bêtes, les songes où elle vole au-dessus des falaises ou dérive sur la mer. Ou encore plus prosaïquement par le simple fait qu'elle se fabrique un abri et vit de ce que les hommes abandonnent, de ce que la mer rejette. Comme dans La Traversée de l'Atlantique à la rame ou Gwen, le film nous renvoie l'image d'une société réduite à l'état de traces, de restes. Louise en hiver pourrait presque être un film apocalyptique - The Last Old Woman on Earth - mais c'est une tendre et drôle méditation sur la solitude, le temps qui passe et la vieillesse.

On sent que Laguionie a imaginé ce film comme son dernier (ce qui est heureusement aujourd'hui démenti, le cinéaste ayant au moins deux nouveaux projets). Il se raconte à travers Louise mais il raconte aussi son trajet de cinéaste à travers ce film. Les réminiscences de ses œuvres passées abondent, de la plage 1900 sur laquelle vient s'échouer le violoncelliste de La Demoiselle et le violoncelliste à la forêt inquiétante du Tableau, en passant par la ville déserte d'Une bombe par hasard, c'est à un survol de son monde imaginaire auquel nous convie le cinéaste.

S'il fait appel à de l'animation 3D, c'est seulement à la fin du processus de création que la technologie s'invite à la table. Auparavant, ce sont fusain, aquarelles et pastels qui ont donné vie aux décors et à la petite Louise. C'est d'abord un travail solitaire d'études, de recherches, de création, Laguionie allant jusqu'à la fabrication d'une première animatique avant que le travail ne devienne réellement collectif. Le film est le premier long métrage d'animation produit en Bretagne, par le studio JPL - une production décentralisée qui convient bien à l'esprit du film - et techniquement c'est une admirable réussite. L'animation est extrêmement fluide, et la texture de l'image qui imite le grain du Canson est une formidable trouvaille qui confère au film une sensation tactile faisant oublier la froideur du numérique.

Pour la musique également, Laguionie fait un grand bond en arrière. Il retrouve après cinquante ans son meilleur camarade de classe du lycée, Pierre Kellner, pianiste et musicien à qui il confie une partie des compositions originales (celles au piano), l'autre - orchestrale - étant assurée par son fidèle collaborateur Pascal Le Pennec. Un piano léger et fantasque pour incarner le personnage de Louise. Un orchestre pour accompagner toutes ses pensées, ses souvenirs et ses rêves. Cette richesse musicale se retrouve également dans les bruitages du film, magnifiquement travaillés, qui forment à eux seuls une véritable partition.

On voit le soin apporté à chaque détail du film et jamais encore la technique n'avait si bien servi l'univers de Laguionie. Ou du moins n'avait été autant en accord avec sa sensibilité et son sens du merveilleux. Auparavant l'imaginaire prenait le pas sur la technique (Gwen) ou la technique l'empêchait de se déployer totalement (Le Château des singes). Cet équilibre, on le trouvait quand même déjà dans L'Île de Black Mor et Le Tableau, mais pas à ce niveau de perfection. Louise en hiver n'est pas le chef-d'oeuvre de Laguionie, ni même un chef-d'oeuvre du cinéma d'animation. C'est un chef-d'oeuvre tout court.

le livre

jean-françois laguionie
COLLECTIF

Textes de Lucie Cabanes, Maurice Corbet, Xavier Kawa-Topor, Pascal Vimenet - Entretiens avec Christian Arnaud, Henri Heidsieck, Bernard Palacios, Jean Palenstijn

Éditions de l'Oeil - Collection Le Animés
Première édition : 13 juin 2016
Format 220 x 160 mm
300 pages, sous couverture cartonnée
Prix indicatif : 35 euros

Ce très bel ouvrage a été réalisé à l'occasion d'une grande exposition consacrée à l'oeuvre de Laguionie présentée par le Musée-Chateau d'Annecy à l'occasion du festival du cinéma d'Animation 2016.

Le grand spécialiste de l'animation, Pascal Vimenet, mène dans la première partie de l'ouvrage un entretien au long cours (35 pages) avec le cinéaste. Il l'interroge sur son enfance, son parcours, passant en revue chaque étape de sa carrière, chaque rencontre et chaque collaboration. Laguionie, d'un naturel pourtant réservé, se laisse aller au jeu et l'entretien fourmille de détails, d'anecdotes. Mais rien ici n'est gratuit et chaque intervention conduit à une meilleure compréhension de l'oeuvre, des méthodes de travail et des thèmes de prédilection du cinéaste. Vimenet ponctue l'entretien par des apartés analytiques toujours parfaitement sentis. Exemple : Laguionie évoque le mime ? Vimenet en profite pour étudier l'importance de cet art dans son travail d'animation.

La deuxième partie est constituée de reproductions des différents éléments de travail de Laguionie sur ses courts métrages : décors originaux à la gouache, personnages découpés, storyboards, crayonnés, études à l'encre ou au fusain. Les mêmes types de documents sont également compilés pour les longs métrages.

Viennent s'intercaler entre ces nombreuses pages graphiques une succession d'articles qui passent en revue chacune des réalisations de Laguionie. Pascal Vimenet les analyse, propose des pistes de lecture, faisant ressortir les thèmes et reliant intelligemment les œuvres entre elles. Des passages de l'entretien avec le réalisateur viennent compléter ces analyses déjà passionnantes. Vimenet raconte également par le détail l'aventure de La Fabrique et interroge Bernard Palacios, Henri Heidsieck, Christian Arnau et Jean Palenstijn.

En complément, on trouve un texte de Lucie Cabanes, L'Illusionniste, ainsi que le DVD du film Le Rêveur éveillé de Jean-Paul Mathelier. Il s'agit d'un très beau portrait du cinéaste à travers un long entretien et de nombreux extraits de ses films. Mathelier connaît parfaitement l’œuvre et l'homme, et il s'approche au plus près de l'univers du cinéaste. Un documentaire passionnant.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : gébéka

DATE DE SORTIE : 23 novembre 2016

La Page du distributeur

Par Olivier Bitoun - le 21 novembre 2016