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Livres

Hawks

Un livre de Todd McCarthy

Date de sortie : novembre 1999
Broché: 941 pages
Editeur : Actes Sud 
Collection : Coédition Institut Lumière/Actes Sud

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Analyse et Critique

Lorsque le cinéphile curieux observe pour la première fois la biographie de Hawks, son regard reste dubitatif devant un tel pavé !! Certes, le réalisateur de Rio Bravo, Hatari, Le port de l’angoisse ou encore La dame du vendredi fût prolifique en chef d’oeuvres, mais cet ouvrage n’est-il pas démesuré ? La réponse à cette question est négative : McCarthy a réussit à rédiger un livre riche, original et passionnant de la première à la dernière page, un must pour tout amoureux du cinéma.

Après avoir détaillé l’enfance du renard argenté, l’auteur découpe son ouvrage de façon à ce que les chapitres correspondent à une œuvre du cinéaste. Ce montage rigoureux, auquel se greffe un lexique détaillé, permet au lecteur de se replonger avec délice dans une des aventures du grand Howard. Ainsi, le tournage d’Hatari ou celui de Rio Bravo peut faire l’objet d’une lecture au coin du feu avant de les redécouvrir en DVD !

Dans un style très classique l’auteur nous raconte la vie de Hawks, mais il se démarque de la majorité des biographes contemporains en restant très fidèle à la réalité. Chez MacCarthy point de commérages ni de scandales comme on a pu en lire récemment chez Biskind (Le nouvel Hollywood). Sa démarche d’une grande intégrité va jusqu’à démolir les légendes que Hawks avait construit autour de son personnage ! Pour ne citer qu’un exemple, il démontre, preuve à l’appui, que Hawks n’a jamais pu réaliser certaines scènes d’ Autant en emporte le vent comme il l’a si souvent prétendu.

Cependant cette intégrité n’est pas synonyme d’ennui. Hawks était un artiste hors normes et ses actes suffisent à rendre l’ouvrage passionnant de bout en bout. Au-delà de la légende, le travail de MacCarthy permet de découvrir un homme attachant et un talent total. Hawks était incontestablement un génie derrière la caméra mais on découvre ici qu’il était également un formidable découvreur de talents. Il adorait partir à la chasse aux starlettes avant de les propulser au firmament des cieux hollywoodiens : Lauren Baccall, Jane Russel ou Angie Dickinson ont eu leur première chance grâce à Hawks. D’autres comédiens lui doivent aussi certains de leurs plus grand rôles : on pense évidemment à John Wayne, mais Kirk Douglas, Humphrey Bogart ou Dean Martin ne seraient pas devenus de telles icônes sans avoir rencontré le grand Howard.

En dehors de cette passion pour les jeunes comédiennes et les acteurs en général celui qu’on surnommé "Le renard argenté" aimait avant tout vivre chaque instant avec passion : jusqu’à sa mort il reste un grand sportif, amateur de course automobile, d’aviation, de tennis, de chasse ou de cricket il s’investit avec ferveur dans ces activités. Au cinéma, il filme des personnages qui lui ressemblent : entouré d’amis, le héros Hawksien doit faire face à l’adversité avec force et volonté. Rustre d’apparence, ses protagonistes sont souvent des durs au cœur tendre que les femmes séduisent avec intelligence. Que ce soit Sean Mercer, John T. Chance ou Thomas Dunson, chacun de ces grands enfants est la personnalisation de Hawks à l’écran….

Il faut souligner que l’inévitable Jean-Pierre Coursodon est le traducteur de l’ouvrage. La sobriété de son travail et sa passion cinéphilique sont parfaites et permettent rester fidèle au travail de MacCarthy. On peut regretter que l’iconographie ne soit pas plus riche mais l’important tient dans le récit, nous limiterons donc nos reproches.

Au final Hawks avouera avoir eu une vie formidable, MacCarthy le prouve à travers cet ouvrage fleuve dont chaque page est source de bonheur pour chacun des cinéphiles que nous sommes.

Par François-Olivier Lefèvre - le 1 janvier 2004