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Livres




billy wilder
de patrick brion

234 pages + 8 pages de photos sur papier glacé
CNRS Éditions
novembre 2012

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Analyse et Critique

Malgré son immense réputation, Billy Wilder n’est pas un cinéaste surcoté auprès des éditeurs français, tant papier que DVD et Blu-ray. La plupart des livres en langue française lui étant consacrés sont depuis longtemps épuisés (notamment sa biographie/autobiographie, Et tout le reste est folie, écrite par Helmut Karasek), plusieurs de ses films ne sont jamais sortis en DVD en France (l’excellent Le Gouffre aux chimères et les plus mineurs Fedora et Buddy Buddy), et seuls quelques titres sont disponibles en Blu-ray (Sabrina, Certains l’aiment chaud, Sept ans de réflexion et Avanti !). Billy Wilder de Patrick Brion arrive à point nommé pour rappeler l’intelligence et la qualité des scénarios et des films de Wilder, et l’importance du personnage dans le cinéma américain de la fin des années 30 au début des années 60.

Né dans l’Empire austro-hongrois en 1906, Billy Wilder se lance dans le journalisme dès le début des années 20 pour le compte d’un journal viennois. Désireux d’évoluer dans sa carrière, il part à Berlin et commence à travailler dans le cinéma à la fin des années 20, retouchant des scénarios d’auteurs plus prestigieux. Le succès des Hommes le dimanche, auquel il a collaboré, lui fournit une certaine reconnaissance. Après une première expérience de réalisateur en France avec Mauvaise graine, Billy Wilder émigre aux Etats-Unis en 1934. Sachant à peine parler anglais, il lui faut quelques années pour apprendre parfaitement la langue et se faire un nom comme scénariste à Hollywood. En 1938, il se retrouve associé à Charles Brackett, une collaboration fructueuse dont résulte une série de scénarios à succès, notamment Ninotchka réalisé par Ernst Lubitsch, son maître à penser.

 

Suite à l’adaptation peu fidèle d’un de leur scénario par Mitchell Leisen, Arise my Love, Wilder décide de mettre en scène lui-même ses scénarios et se lance dans la réalisation avec Uniformes et Jupons courts. Il ne quittera plus ce poste, tout en continuant à travailler au scénario, toujours en duo : avec Charles Brackett jusqu’à Boulevard du Crépuscule, avec Raymond Chandler pour Assurance sur la mort ou avec I. A. L. Diamond sur la dernière partie de sa carrière. C’est sur ce Wilder réalisateur que se concentre l’essentiel de Billy Wilder de Patrick Brion.

Depuis plus d’une décennie, Patrick Brion écrit régulièrement des ouvrages imposants consacrés à de grands réalisateurs hollywoodiens : Alfred Hitchcock, John Ford, Clint Eastwood, Joseph L. Mankiewicz… Ces livres, édités chez La Martinière, suivent tous le même modèle : biographie, filmographie illustrée et analyse. A chaque fois, les mêmes qualités et les mêmes défauts se retrouvent, comme relevés dans les critiques précédentes parues en ces lieux : riche et belle iconographie sur un papier glacé de qualité, biographie plutôt exhaustive, analyse légère surtout constituée d’anecdotes ou de coups de cœur. Loin de critiques poussées ou d’études universitaires, les écrits de Patrick Brion sont agréables à lire et agréables à l’œil, et le lecteur s’y réfère pour se remettre en mémoire un film ou d’intéressants détails.

Dans son interview pour DVDClassik, Patrick Brion évoquait les difficultés de plus en plus grandes à faire imprimer de beaux ouvrages sur le cinéma. Ces dernières années, ses livres précédents édités par La Martinière se sont retrouvés en solderie et l’éditeur a fini par en baisser le prix, le divisant par trois. Conséquence sans doute de ces éléments, Billy Wilder ne suit pas le modèle de ses prédécesseurs. Edité par CNRS Editions, on ne retrouve pas la qualité esthétique habituelle : beaucoup plus mince, sur papier normal au lieu du papier glacé, la riche iconographie disparaît. Seules subsistent 8 pages centrales sur papier glacé, des photos assez banales tirées de quelques films de Wilder. En outre, si le principe reste globalement le même (biographie puis analyse par film), la quantité d’informations a été revue à la baisse. La courte biographie de 20 pages en ouverture est loin d’être exhaustive, la vie de Wilder n’étant que rapidement survolée. Les analyses filmiques sont plutôt minces, deux fois plus courtes en moyenne que dans les autres ouvrages de Patrick Brion consacrés à des réalisateurs. Excepté pour Assurance sur la mort et Boulevard du crépuscule, le lecteur reste sur sa faim.

L’aspect critique, jamais bien important dans les ouvrages de Patrick Brion, est ici complètement sacrifié. Le lecteur peut au mieux supposer les préférences de l'auteur par le nombre de pages qu’il consacre à tel ou tel film. Malgré ces défauts, Billy Wilder reste intéressant. Le style de Patrick Brion est toujours aussi agréable et le livre se lit d’un trait. Bien que nombre d’anecdotes soient déjà connues des amateurs de Wilder ayant lu un ou deux livres sur le réalisateur, elles se relisent avec plaisir et sont accompagnées de quelques histoires moins célèbres. Bien documenté, Patrick Brion cite de nombreux ouvrages et articles francophones et anglophones. Les derniers chapitres consistent d’ailleurs en une filmographie complète, une chronologie de la vie et de l’œuvre de Wilder et une bibliographie. Ces qualités ne font qu’accroître nos regrets concernant cette édition : Billy Wilder méritait le même traitement que ses prédécesseurs et il y avait sans doute plus à dire et à montrer. En l’état, Billy Wilder peut être recommandé aux amateurs n’ayant pas lu de livres sur le réalisateur. Sa biographie/autobiographie étant épuisée et Conversations avec Billy Wilder de Cameron Crowe étant deux fois plus cher, l’ouvrage de Patrick Brion reste une bonne initiation, rapide et aisée, à l’œuvre de ce cinéaste majeur.

Par Jérémie de Albuquerque - le 3 janvier 2013