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Livres

50 ans de cinéma américain

un livre de Jean-Pierre Coursodon
et Bertrand Tavernier

Editions Omnibus
Edition revue et mise à jour en 1991
1268 pages

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Analyse et Critique

 « La masse d’informations et l’éducation du regard sur le cinéma offerts ici sont un cadeau somptueux à la cinéphilie ». Le magazine Première

Si certains livres méritent de faire partie d’une bibliothèque idéale pour cinéphile, l’ouvrage 50 ans de cinéma américain a incontestablement une place qui lui est réservée.



L’histoire de ce livre ne date pas d’hier, puisqu’il s’agit, comme les deux auteurs le décrivent, d’un ‘work in progress’. En effet, il y a eu une première édition de l’ouvrage, intitulée 20 ans de cinéma américain. Puis ce furent 30 ans... jusqu’à la dernière mouture, 50 ans de cinéma américain, d’abord parue en 1991, puis actualisée en 1995. C’est d’ailleurs sur cette toute dernière parution que nous nous pencherons.



Présenté en format compact, souple et facile à manipuler, cet ouvrage se découpe en plusieurs grandes parties : les auteurs commencent par dresser un bilan du cinéma en 1939, puis nous entraînent au sein des grands studios, nous décrivant brièvement leur fonctionnement, leur type de productions, etc... cette introduction permet au lecteur de se faire une bonne idée de ce qu’est le cinéma américain, et comment il est géré, à l’aube des années 40.

Le deuxième segment du livre, plus conséquent, se veut la suite chronologique du premier : ainsi, les auteurs couvrent les années 1940-1993, donnant pour chaque année une liste des principaux faits ayant marqué le cinéma : les plus grosses recettes, les prestations de comédiens à retenir, les grandes sorties de films, les débuts de tel cinéaste, la disparition de telle vedette... bref, cette partie du livre est à elle seule une mine inépuisable d’informations sur le cinéma américain.

Deux textes importants bouclent ce que l’on pourrait appeler le ‘livre premier’ de l’ouvrage : l’un porte sur la censure, l’autre, plus long, fait le point sur le cinéma américain d’aujourd’hui (évolution de la production des films, distribution et exploitation...). Après ces (à peine) 200 pages d’un livre qui en compte plus de 1200, le lecteur peut entrer dans le ‘livre second’ du volume, et là, ce sont comme les portes d’un vieux temple qui s’ouvriraient enfin, laissant apparaître un trésor inestimable dont on n’aurait même pas imaginé l’existence...

Deux grandes sections constituent cette deuxième partie, le corps principal du livre de Coursodon et Tavernier. Ce sont deux dictionnaires, dont le premier, quasiment unique en son genre (tout au moins au sein des publications françaises), répertorie les scénaristes américains, environ 80 noms, et donne une filmographie en principe complète pour chacun. Un petit texte nous renseigne également sur le style de chaque scénariste et son parcours à Hollywood, permettant de cerner les personnalités et les sujets de prédilection de ces auteurs à part entière.

Le second dictionnaire, beaucoup plus important, est celui des cinéastes. Environ 300 réalisateurs sont répertoriés, dans une section du livre qui avoisine les 800 pages. Là, la mine d’informations est impressionnante, inimaginable pour celui qui n’a jamais ouvert ce volume. En plus des filmographies complètes des réalisateurs mentionnés, on trouve pour chaque nom plusieurs pages d’éléments biographiques, d’anecdotes de tournage, de méthodes de travail, de rapports avec les producteurs et les studios... il est possible, grâce au travail des deux auteurs, de se forger une opinion sur tous ces metteurs en scène, qui représentent ce que le cinéma américain a produit de mieux, mais parfois aussi de pire. Tavernier et Coursodon s’en expliquent : ils ont voulu couvrir la plus grande variété possible de genres et de styles du cinéma américain allant des années 1940 à 1980 (Tout réalisateur n'ayant eu aucun film sorti sur la période 1940-1980 a été systématiquement écarté). S’ils avouent une certaine partialité dans leurs choix, on peut en revanche leur faire confiance pour la pertinence de leurs décisions. D’ailleurs, à propos de pertinence, il convient de souligner un point qui constitue l’un des tours de force de l’ouvrage : tout cinéphile a son opinion sur chaque réalisateur dont il connaît un tant soit peu l’oeuvre. Ce qui est incroyable, c’est que, même si vous ne partagez pas l’avis de Coursodon et Tavernier au sujet d’un réalisateur ou d’un film en particulier, vous vous sentez pris dans leur démonstration, et la conclusion s’impose après lecture, d’elle-même : "Sur tel sujet, je ne suis pas d’accord avec eux, mais l’intelligence du regard que les auteurs portent sur le cinéma force le respect et la prise en compte de la moindre critique – positive ou négative – formulée dans le livre". Rarement excessifs (dans un sens comme dans l’autre), les auteurs préfèrent toucher juste et ‘éduquer’ un peu plus encore le regard du lecteur cinéphile face aux oeuvres qu’il découvre sur le grand ou le petit écran au fil du temps.

Il semble que les opinions données dans l’ouvrage n’obéissent à aucun critère prédéfini, à aucun préjugé, et là encore, cette ‘objectivité’ posée comme principe de départ face à tous les styles de films ne peut qu’emporter l’adhésion du lecteur. Tavernier et Coursodon peuvent très bien encenser un réalisateur de petite renommée, et à la page suivante, se montrer assez critique envers un ‘grand’ (on peut citer l’exemple de Chaplin). Là encore donc, nous ne tombons pas dans un académisme mal venu.

De plus, les auteurs le précisent d’ailleurs, l’édition de 1995 se veut comme un ‘dialogue’ avec les précédentes moutures de l’ouvrage. C’est-à-dire qu’ils actualisent leurs propos, ils affinent leur jugement sur certains films ou réalisateurs (il arrive même que dans certains cas, certes plus rares, leur avis change assez radicalement par rapport à l’édition de 1970). Rien n’est figé, et c’est une nouvelle fois l’intelligence et la remise en question qui priment.
Remanié, et surtout complété, de A à Z, le dictionnaire des réalisateurs se conclut par une douzaine de filmographies additionnelles, des cinéastes ayant débuté après 1980, ou bien dont l’oeuvre était encore méconnue lors de la précédente édition.

Ce que l’on pourrait appeler le ‘livre troisième’ de 50 ans de cinéma américain est constitué d’annexes indispensables : tout d’abord, une très importante bibliographie (qui n’est pourtant que sélective !) permet d’avoir une vue d’ensemble des sources des auteurs (hélas, de nombreux ouvrages n’existent qu’en anglais).
Vient ensuite un court lexique donnant la définition de certains termes couramment utilisés dans le milieu du cinéma, et que l’on retrouve régulièrement dans l’ouvrage.
Le livre s’achève sur un énorme index des correspondances des titres de films (tous ceux cités dans l’ouvrage), tout d’abord de l’anglais au français, puis du français à l’anglais (donnant les titres français des films américains sortis chez nous). Car il faut noter que dans les dictionnaires des scénaristes et réalisateurs, tous les titres de films, aussi bien dans les textes que dans les filmographies, sont donnés en anglais.

50 ans de cinéma américain est donc, par son côté extrêmement détaillé, pertinent, et complet, l’un des ouvrages indispensables pour parfaire sa culture cinématographique. On peut d’ailleurs croiser les doigts et espérer une nouvelle édition, 60 ans de cinéma américain, incluant de nouveaux cinéastes dans le dictionnaire, car de nombreux talents se sont révélés ces vingt dernières années, qui auraient leur place dans un tel volume...

Bertrand Tavernier n’est pas seulement un cinéaste français incontournable, il est aussi l’un de nos plus grands critiques du 7e Art (c’est un peu notre Martin Scorsese !), et espérons qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin avec son collègue Jean-Pierre Coursodon.

Chapeau, messieurs !

Par John Anderton - le 1 janvier 2005