Adventures
of Zatoichi
« Ah, être insouciant comme un enfant. Les enfants
sont les seuls à pouvoir se tenir face au soleil sans avoir
honte ». Cette phrase prononcée par Ichi au début
du film, alors qu’il rattrape un cerf volant emporté
par le vent et le rend à un groupe d’enfants, est le
programme du film. Ichi veut se tenir comme les enfants, sans honte
ni remords, devant le soleil levant d’une nouvelle année.
Bien sûr, en face de lui, ce ne sont que corruption,
quête du pouvoir et d’argent. Le Boss Jinbei et l’intendant
Kozima saignent les villageois et les saltimbanques regroupés
pour la fête. La philosophie du boss est que tout s’achète.
Ichi entend bien s’opposer à leur veulerie et défendre
les innocents. Shinsuke le fuyard est la première personne
qu’Ichi veut aider, par amitié pour sa sœur certes,
mais surtout par soif de justice. Lorsque celui-ci se révèle
être un assassin, aveuglé par la soif de vengeance, arpentant
la route du katakiuchi, les convictions d’Ichi s’ébranlent
et s’affaissent. Mais Ichi n’est pas au bout de ses désillusions.
Ainsi il pense avoir retrouvé son père en la personne
d’un vieil ivrogne du village. Mais l’alcool, la peur
et la pauvreté vont ternir l’image paternelle qu’il
espérait découvrir. Les déceptions se poursuivent
et Ichi, après avoir fait le deuil de la paternité et
refusé l’amour, se voit contraint d’abandonner
l’espoir d’être de nouveau un fils, un enfant.
La pureté de l’enfance va surgir en
la personne de deux garnements qui vont aider Ichi, et lui-même
va essayer de suivre tant bien que mal la voie de la loyauté
et de la justice, espérant se tenir debout face au soleil embrasant
le mont Mitsuyada. Le film se concentre sur les figures innocentes
de l’enfance, mettant au premier plan les deux comparses espiègles
d’Ichi. Les autres personnages sont peu développés,
à l’instar de ceux féminins, peu approfondis,
uniformes, uniquement présents pour faire avancer l’intrigue
(à noter que Miwa Takada après avoir incarné
Nobu dans Masseur Ichi, The Fugitive, joue ici le
rôle de Saki). De même, la d’un duo comique, Daimaru
et Rocket Nakata, n’apportent pas grand choses si ce n’est
quelques scènes burlesques plus ou moins réussies. Le
seul protagoniste un tant soit peu développé est Gounosuke
interprété par Mikijiro Hira (Three Outlaw Samourai
d’Hideo Gosha). Si ce dernier a l’âme d’un
vrai samouraï, celui-ci de basse extraction, il ne peut appuyer
sa renommée qu’en combattant Ichi. Toujours la même
fatalité qui amène des êtres qui auraient pu en
un autre temps devenir amis, à s’affronter pour des questions
d’honneur.
Kimiyoshi
Yasuda, déjà réalisateur de Zatoichi's
Fighting Journey, n’apporte que peu d’ampleur
à ce récit très conventionnel. Les combats ne
sont quasiment pas découpés, et ne s’appuient
que sur les mouvements de plus en plus saisissants d’un Katsu
en état de grâce. L’affrontement final est par
contre une indéniable réussite où les combattants
engloutis dans la nuit semblent sortir d’un kaidan eiga. Une
musique aux accents « carpenteriens », les apparitions
fugaces d’un Ichi insaisissable, l’obscurité, le
silence… un final inquiétant qui tranche avec le classicisme
de l’épisode. Mais en dehors de ce morceau de bravoure,
on ne peut décidément pas dire que Yasuda soit l’un
des grands réalisateurs de la saga, et la suite de sa collaboration
ne va pas arranger les choses…
Bref, voilà un épisode sympathique,
qui fait du surplace, sans grande originalité. La violence
des épisodes précédant est laissée de
côté, les deux bambins et le duo comique allégeant
le récit. La saga semble, après l’œuvre psychologique
de Misumi, se tourner vers le grand spectacle, l’action pure.
Les scénarios vont dès lors être plus répétitifs,
le casting va se consacrer à trouver de vraies gueules de méchants,
les combats vont se multiplier et les actrices vont faire leur grande
apparition.
The Blind Swordman's Revenge
Le film s’ouvre sur le visage d’Ichi baigné de
soleil, « Ah ! what a nice sunshine », introduction
qui donne suite à la conclusion du précédent
épisode. Notre sabreur aveugle va devoir une fois de plus rendre
justice pour continuer à se tenir droit devant les feux du
soleil levant.
The
Blind Swordman's Revenge explore une facette peu reluisante
d’un Japon déjà bien mis à mal depuis le
début de la saga. Akira Inoue décrit l’univers
des maisons closes, véritable esclavage sexuel officialisé,
avec une précision qui en démontre toutes les horreurs.
Enfermées dans des cages, à peine nourries, battues,
réduites à des objets sexuels, les femmes sont les victimes
de cet épisode où le machisme de la société
nippone est farouchement dénoncé. Les hommes s’endettent,
jouent, tuent, n’hésitent pas à se mettre à
trois pour battre à mort une femme jetée à terre.
La peinture est réaliste et cruelle, même si l’on
est à mille lieues des films de prisons de femmes qui vont
fleurir sur les écrans japonais ou philippins. Le film se concentre
sur les drames des jeunes filles et non sur les sévices qu’elles
subissent. Si les scènes sont violentes, il n’y a aucune
tentation voyeuriste, et c’est le drame humain qui prime et
non une esthétique du sadisme. Ce dixième épisode
est très sombre dans son évocation d’une humanité
corrompue, tyrannique, où les dignitaires font fortune sur
la vente des corps et leur avilissement. Minoru Inuzuka, scénariste
phare de la saga, qui après cet épisode va prendre sept
ans de repos avant de revenir pour La Blessure en
1972, est toujours l’explorateur des zones d’ombre, que
ce soit celle de son personnage ou de son milieu. Si le fond est passionnant,
malheureusement l’intrigue demeure des plus classique, nouvelle
occasion pour Ichi d’être confronté à un
monde sans scrupule, ignominieux, terrain rêvé pour faire
entendre une fois de plus la voix de la justice. Le film se déroule
sans surprise : Ichi se jette goulûment sur la nourriture, démasque
des tricheurs dans une salle de jeu, stupéfie son monde par
ses talents de sabreur, puis massacre allègrement tous les
malfrats dans un final apocalyptique. Les personnages secondaires
n’ont que peu d’épaisseur. Seul Denroku, qu’Ichi
tente de remettre dans le droit chemin, voit son histoire quelque
peu développée. Il travaille pour les yakuzas afin d’élever
dignement sa fille, et ce monde commence à faire sentir sa
perversité sur un homme droit et intègre, ainsi que
sur sa fille qui va être amenée à trahir Ichi
pour sauver son père. Mais Ichi sera tellement persuasif que
Denroku en viendra à imiter ses postures durant le combat final
!
Un
épisode très classique, plus commercial et qui joue
souvent la carte de la facilité, notamment par l’humour
qui vient alléger le propos. Shintaro Katsu ne s’intéressait
que peu aux scénarios qui lui étaient proposés,
concentrant toute son attention à se glisser dans la peau de
son personnage. Ainsi lorsque Kazuo Mori ou Kenji Misumi cèdent
la place à des réalisateurs à la vision moins
personnelle, les films ont tendance à se répéter,
sans véritablement trouver matière à rebondir
sur de nouvelles voies. Akira Inoue, assistant réalisateur
de Misumi sur Bouddha (Shaka, 1961) et de Kon Ichikawa
sur La Vengeance d’un acteur (Yukinojo
henge, 1963), dont c’est ici la deuxième réalisation,
propose un véritable style qui tranche avec le déroulement
linéaire du récit, s’amusant avec les outils cinématographiques,
certes sans réelle vision d’ensemble mais avec un plaisir
sincère. Flash-back, passages en noir et blanc, vues subjectives,
couleurs flamboyantes, ralentis, très gros plans et cadrages
jouant sur les lignes de fuite et les perspectives sont tour à
tour convoqués dans le seul but de dynamiser le récit.
Le film renoue également avec un esthétisme de la violence,
vision outrancière qui rapproche cet épisode du western
spaghetti qui au même moment commence à prendre son envol.
Le chambara et le western classique sont soumis à la même
évolution au sein de leur genre : formalisme de plus en plus
poussé et radicalisation de la représentation de la
violence. Ces deux genres populaires ont grandi conjointement, et
si Kurosawa a certainement influencé Leone avec son Yojimbo,
il ne faut pas oublier que le réalisateur japonais décalquait
lui un roman de Dashiell Hammett qui avait déjà servi
de matrice à nombre de westerns. L’histoire de la culture
populaire n’est qu’échange, constants aller-retour,
influences réciproques. Elle évolue par rapprochement
et contamination d’un genre par un autre, d’un code formel
par un autre, d’un médium par un autre et il est logique
que de part et d’autre du monde deux genres frères se
répondent et avancent conjointement.
L’affrontement final tant attendu est une véritable
réussite, un massacre dantesque où Ichi va faire tomber
les cadavres de ses ennemis comme la pluie. Rien ne semble pouvoir
s’interposer entre sa colère et les deux associés
diaboliques. Figure toute puissante de la justice, il ressemble à
un dieu vengeur, armé de deux lames avec lesquelles il se fraye
un chemin au milieu des corps, comme s’ils n’étaient
qu’une jungle de mauvaises herbes.
On
est alors au milieu des années 60 et la crise du cinéma
japonais se fait ressentir. Face à la concurrence de la télé,
les studios périclitent. Seule la Daiei semble garder la tête
hors de l’eau, et c’est en grande partie grâce à
la saga Zatoichi dont le succès ne se démentit pas.
Shintaro Katsu devient le comédien le mieux payé de
l’histoire du cinéma japonais. La série patine
depuis deux épisodes, depuis Le Voyage meurtrier
de Misumi, et il est temps qu’une véritable personnalité
reprenne le flambeau. Ce sera Kazuo Mori qui réalisera la même
année Zatoichi and the Doomed Man.
Zatoichi and the Doomed Man
Le film s’ouvre sur Ichi subissant une série
de coups de fouet, parvenant à oublier ces sévices en
pensant à l’homme qui l’a appréhendé
durant sa nuit en prison. Ichi ne peut s’empêcher de penser
aux autres avant de penser à sa condition. Cela se vérifiera
plus tard quand, décidant de passer son chemin et de penser
d’abord à sa vie, il s’embarque malgré lui
dans des aventures périlleuses, rattrapé par son destin
de justicier et de bienfaiteur. Car qui est le doomed man du titre?
Shimazo ou Ichi ?
Tous les événements conduisent irrémédiablement
Ichi à s’occuper de cette affaire. C’est d’abord
sa rencontre avec un homme poursuivi par trois tueurs qui ramène
ses pas vers la ville d’Oarai, demeure du boss Senpaichi qu’il
voulait absolument éviter. C’est ensuite la rencontre
avec un enfant qui l’amène à un faux restaurant,
repère de ce Senpaichi auquel il refuse d’avoir à
faire. Le destin se charge d’Ichi et le pousse à intervenir.
Il n’y a pas d’autre voie, et Ichi est condamné
à vivre sa vie de justicier.
Le
masseur aveugle est devenu une véritable légende. Dès
qu’il sort son sabre, tout le monde s’écrie «
Zatoichi ! ». Quand deux yakuzas se moquent d’un aveugle,
d’un coup ils prennent peur lorsque celui-ci se moque deux…
et si c’était Zatoichi ? Les parias sont vengés
par un seul nom. Et de la légende naît la rumeur : Zatoichi
serait un buveur, un joueur, un amateur de femmes… et il fuirait
dès que les choses se gâtent. Trop lumineuse, la figure
se doit d’avoir sa part d’ombre. Et de la légende
naissent les usurpateurs. Un faux moine, dont la spécialité
est le mensonge, se fait passer pour Ichi afin de se voir offrir alcool
et femmes, nourrissant par ses actes les calomnies à l’encore
d’Ichi. Et de la légende naissent les profiteurs. Une
femme, retenue prisonnière de Senpaichi, s’évade
en se faisant passer pour la fiancée du célèbre
bretteur.
Durant cet onzième épisode, on dirait
qu’Ichi n’arrive plus à contrôler la légende
qu’il est devenu. Elle lui échappe et prend une vie propre.
Qui est le doomed man ? Ichi ne peut plus se cacher ou ruser grâce
à son handicap. Il affiche même ses prouesses lors d’une
scène de tir à l’arc où il fait une démonstration
inutile de ses talents dans le seul but d’ébahir l’assistance,
ce qui va l’amener à rencontrer l’usurpateur et
l’obliger à prendre part au récit. Quoique fasse
Ichi, tout le ramène à son aventure et à son
destin, mais cette scène montre également qu’il
n’est pas complètement dupe et participe pleinement à
l’édification de sa légende.
Kazuo Mori nous offre un épisode splendide,
très classique dans sa facture, mais qui ne se refuse pas au
lyrisme comme cette scène splendide où Ichi découvre
pour la première fois la mer. La comédie est très
présente également avec un sidekick, ce faux moine menteur
et enjôleur qui se fait passer pour Ichi dans des scènes
irrésistibles, où l’acteur caricature à
la perfection le style de jeu de Katsu. Mori se distingue des opéras
tragiques de Misumi par ce désir d’insuffler de la comédie
dans le drame. Le film passe avec brio de ces scènes burlesques
à un ton noir et dramatique. Même le sidekick s’avère
être une personnage trouble et dépressif, bien plus profond
qu’il ne le laissait soupçonner. La tristesse s’empare
du récit, et l’on ressent de plein fouet la lassitude
qui étreint Ichi.
Kazuo
Mori filme des combats d’une brièveté sidérante.
Quelques gestes, un plan fixe, et le combat s’achève.
La maestria du réalisateur éclate dans un combat final
parmi les plus réussis de la saga. Au milieu des filets de
pêche et des bateaux, dans une brume nimbant la scène,
les combattants se regroupent autour d’Ichi qui se livre alors
à un massacre sans précédent. Dans cette sauvagerie,
on ne distingue plus que le visage d’Ichi, ses mouvements, mais
les coups portés sont invisibles. Abstraction complète
qui renforce la légende par l’invincibilité du
bretteur, par la beauté de son art de mort. Succession de plans
splendides magnifiant la tuerie. Quand Ichi demande aux combattants
d’arrêter de l’obliger à tuer, cette courte
phrase donne d’un coup un ton tout particulier au combat qui
reflète soudainement la fatigue du justicier et nous met face
au plaisir esthétique ressenti jusqu’alors devant ce
ballet de mort.
Le combat terminé, Mori achève le film
sur une séquence apaisée, où tous les bruits
s’effacent pour laisser la place à celui des vagues et
du vent. On ressent pleinement la paix qui envahit Ichi devant la
beauté du paysage. Pour son unique participation à la
saga, le compositeur Seitaro Omori crée une très belle
variation musicale sur le Deguello. Hommage au western, cet air emprunt
de tristesse, obsédant, nous enfonce dans un sentiment de nostalgie
mêlé d’une sourde inquiétude. Le Deguello,
qui à l’origine signifie l’acte de trancher une
gorge, est devenu dans la culture hispanique l’appel à
l’annihilation complète de l’ennemi. Sur un mode
mineur encore renforcé, il symbolise bien les deux versants
d’Ichi, personnage légendaire de justicier sans merci
et homme écrasé par cette même légende
qui le condamne à vivre hors du monde et à arpenter
un chemin de sang.
Zatoichi and the Doomed Man, après
le passage à vide des deux précédents opus, renoue
avec le côté sombre de la saga. Mori plonge Ichi dans
un monde corrompu où toute lumière et humanité
semblent avoir disparu. Cette vision tourmentée va se poursuivre
dans un douzième épisode marquant le grand retour de
Kenji Misumi.
Voyage
en Enfer
Le film s’ouvre sur une traversée en bateau. On a quitté
Ichi au bord de la mer qu’il venait de découvrir dans
l’épisode 11. La musique d’introduction change
radicalement du style western. Il y a une trame musicale complexe,
mêlant habilement des percussions traditionnelles et du piano.
Une musique sombre, parfois lyrique, magnifique de bout en bout.
Le film débute par un combat, déconnecté
du récit, incroyablement mis en place par Misumi. De courts
plans, des inserts, installent les protagonistes. C’est ce positionnement
des adversaires qui est mis en valeur, et non le combat en lui-même.
Misumi met ainsi en place le thème du film, le placement des
pièces sur l’échiquier.
Dès le début, Ichi est sujet aux railleries.
On se moque de son handicap, il n’y a aucune sympathie ou empathie
envers lui. Seul Jumonji va faire preuve de sympathie pour Ichi. La
légende est effacée, et Misumi rompt ainsi brutalement
avec le système mis en place dans le précédent
opus. A aucun moment dans le film, Ichi ne va retrouver cette stature.
Il va au contraire être volé de ses atouts légendaires.
Ainsi il perd au jeu, une grande première, alors qu’il
usait comme à son habitude de ses astuces pour l’emporter.
Tentant de payer moitié prix pour la traversée, il tombe
du pont et se retrouve suspendu dans le vide. Plus tard, son instinct
ne pas l’empêcher de presque s’empaler sur un rasoir.
A chaque fois, Ichi a besoin de quelqu’un pour l’aider.
Ce n’est plus le bloc autonome que l’on connaît,
et il apprend en quelque sorte la solidarité. Il y a de l’espoir,
de l’empathie dans cet épisode. Il y a des personnes
solidaires, bienveillantes.
Misumi
se rapproche une nouvelle fois de son personnage et va de nouveau
lui donner une envie de vie de famille. Une fille qu’il aime,
une femme qu’il est prêt à aimer. Mais Ichi met
en garde Otané : « L’homme devant vous a traîné
dans la fange », « je n’ai plus rien à perdre,
mais vous… » Otané est surtout une sorte de retour
de son amour défunt (épisodes 1, 2 et 4). Elle porte
le même grain de beauté. Elle représente plus
la figure même d’un possible pour Ichi qu’une véritable
femme. L’homonymie est ainsi une marque de rêve et de
fantasme du retour de son amour disparu. Un amour impossible en somme.
Les dilemmes moraux d’Ichi cimentent un récit
qui, bien qu’éclaté, revient toujours à
la même question : quelles sont les conséquences de mes
actes ? Cela correspond à une envie de Katsu qui s’investit
de plus en plus dans son personnage, dans les scénarios, et
même dans la réalisation des épisodes. On est
alors à l’apogée de la carrière de l’acteur
; il joue dans trois immenses séries, et rien qu’en 1965
il tourne 3 Zatoichi, 2 Akumyo et 2 Soldats Yakuza). Katsu compte
approfondir son personnage phare, en faire quasiment une extension
de sa propre personne. Il veut rendre plus humain Ichi. En le faisant
pleurer à plusieurs reprises, il veut certainement le rapprocher
des spectateurs.
La relation entre Jumonji et Ichi est particulièrement
trouble. Ichi accepte de jouer contre le « chess expert »,
mais il comprend vite que les enjeux vont au-delà de la partie
et que celle-ci se prolonge dans la vraie vie. Il s’agit d’une
véritable confrontation.
Ichi dit à Jumonji que son véritable
nom est bien Ichi, et non la signification de ce terme. Jumonji est
un nom d’artiste, de l’aveu même du ronin. Les parties
d’échecs sont tout en double sens, les deux combattants
peuvent ainsi communiquer clairement, sans non-dit, sans barrières
de classe et de rang. Les parties d’échecs sont de véritables
duels. L’adversaire d’Ichi apprend au fur et à
mesure des parties, auxquelles il joue les yeux bandés pour
ne pas donner de handicap à Ichi. Il développe ses autres
sens. Aux échecs, un coup on joue les blancs, un autre les
noirs. On est à la fois le bien et le mal,
interchangeables.
Ainsi Ichi et Jumonji semblent interchangeables. Ni bons, ni mauvais,
juste des adversaires. Mais il existe des différences primordiales
entre leurs deux façons de mener leur vie de solitaires. Alors
qu’Ichi évolue dans le sens de la solidarité,
Jumonji s’enferme dans une logique de duel, qui doit le mener
forcément à combattre ceux qui sont peut-être
meilleurs que lui.
C’est le grand réalisateur qui a marqué
le chambara des années 20 par son dynamisme et son sens du
découpage et de l’utilisation des mouvements d’appareil,
Daisuke Ito (67 ans), qui signe le scénario. Il a marqué
de son empreinte l’histoire du cinéma nippon, débutant
sa carrière dans le muet, et révolutionné le
genre par son style dynamique et inventif.
Misumi excelle comme à son habitude dans l’utilisation
des inserts, des plans qui prennent les scènes de biais. Il
donne souvent bien plus de puissance à des combats en les esquivant,
en filmant un à-côté (un objet qui tombe, des
plantes coupées…) Mais ce qui frappe, c’est le
réalisme qu’entend donner Misumi à cette œuvre,
rompant avec la dérive des épisodes 9 et 10. Et c’est
également un retour aux sources du matatabi mono.
Un épisode très intéressant
mais qui souffre parfois d’un scénario brinquebalant,
qui n’arrive pas vraiment à tisser un lien solide entre
les différentes histoires. Les thèmes sont passionnants
mais le scénario ne parvient pas toujours à réellement
les porter. Le talent de Misumi est lui intact et le duo d’acteur
parfait.
The
Blind Swordman's Vengeance
De la manière la plus classique qui soit, la ville d’Ichinomiya,
pourtant décrite par le prêtre comme paisible, est tombée
aux mains d’un clan de Yakusa qui impose sa loi aux habitants.
Classique encore, Ichi va tomber par hasard sur le mystérieux
Taichi qui se révèle être un enfant confié
aux soins de sa grand-mère. Ichi va remplir sa mission et donner
à la famille l’argent récolté par Tanekichi.
Forcément l’affaire ne va pas s’arrêter là,
et Ichi va multiplier les rencontres et va être de nouveau obligé
de revêtir sa panoplie de justicier.
Là où le film est intéressant,
c’est sur le regard qu’apporte le prêtre sur le
personnage d’Ichi, sur les questions morales qui, bien que prégnantes
dans les épisodes précédents, sont ici clairement
énoncées. Le prêtre met en garde Ichi pour avoir
fait une démonstration de ses talents devant le regard innocent
de Taichi. Celui-ci s’en trouve alors corrompu, et ne peut voir
que dans la violence la solution des problèmes qui accablent
la ville. En effet, alors qu’Ichi marche tranquillement avec
Taichi, des Yakusas le prennent à partie et se moquent de lui.
Excédé, Ichi va faire le coup classique de la bougie
coupée, et effrayer les petits voyous d’un « That
isn’t the face of a human being », montrant un visage
inquiétant à la lueur de la flamme. Ichi dans cette
scène se laisse aller à jouer de ses talents martiaux
qui, s’ils sont tant attendus par le public (très friand
de ces scènes où Ichi humilié retourne sa puissance
devant des voyous effrayés), sont de véritables déclencheurs
des drames à venir. Effectivement, l’enfant est séduit
par la capacité qu’a le conflit physique de redresser
les tords, de se protéger de la cruauté, et risque ainsi
de prendre pied définitivement dans une spirale de violence,
où la lutte des bons contre les mauvais devient vite un combat
sans frontière morale. Le personnage du Ronin (joué
par Shigeru Amachi, déjà vu dans le premier épisode
de la saga où, également Ronin, il devint son ami et
adversaire) est symptomatique de cette prétendue frontière
entre le Bien et le Mal, qui n’est en fait qu’illusion.
Mais il faut revenir un peu en arrière pour comprendre ce personnage.
Ichi rencontre dans une maison close Miss Cho, jeune et belle femme
de compagnie, qui se révèle être la bonté
et la générosité incarnées (elle paye
l’équivalent d’une nuit de travail au boss, afin
que la jeune Haru puisse échapper à son sort). Ichi
ne s’y trompe pas, et lui déclare : « I see
deep in people’s heart. An account of my blindness. »
Et cette habileté à sentir le cœur des gens est
certainement la bénédiction d’Ichi, bien plus
que ses talents de sabreur.
Or
Miss Cho est l’ancienne amie du Ronin. Abandonnée par
ce dernier, elle fut amenée à devenir prostituée.
Elle lui refuse le pardon, lui dit qu’il n’est plus le
samouraï qu’il était, le rejette alors qu’il
s’excuse de toute son âme. Espérant se racheter,
il va au contraire s’enfoncer encore plus dans la voie de la
perdition, en offrant ses services au Boss Gonzo d’Itabana qui
lui propose l’argent nécessaire à la libération
de Miss Cho en échange du meurtre d’Ichi. C’est
une bonne action qui pousse le Ronin, mais c’est bien le mal
qu’il provoquerait en tuant Ichi, un innocent, et seul rempart
contre la toute-puissance corruptrice du clan. Cette relation entre
le Ronin et Miss Cho est une implacable tragédie qui vient
se greffer sur l’épopée d’Ichi, et donner
à cet épisode une grandeur dramatique développée
en dehors de son icône.
Ichi, pour sauver le jeune enfant, va se faire humilier
par les Yakusas. Il va se faire battre, s’agenouiller, s’excuser
de son emportement, demander la clémence pour ses hôtes,
retenir son envie irrépressible de sortir son arme. Il ne veut
pas donner l’image à l’enfant d’une violence
capable de résoudre tous les conflits. Ichi essaie de se racheter.
Mais rien y fait, toujours le destin rattrape Ichi, et celui-ci va
être amené à tuer devant les yeux de Taichi. Le
prêtre va accabler Ichi une nouvelle fois, véritable
incarnation de la mauvaise conscience du masseur aveugle. Il échange
alors sa canne épée contre une simple canne. S’en
suit une très belle scène nocturne, dans laquelle Ichi
écoute le prêtre jouer du Biwa tandis que le Ronin avance
dans le noir, prêt à tuer Ichi, mais s’abandonne
à la beauté de la musique et s’éloigne.
Ichi, qui avait bien entendu la mort s’approcher, avoue avoir
pris peur, mais se sent heureux d’avoir laissé son objet
de mort.
Mais
ce n’est que partie remise, car forcément le combat final
va s’imposer à notre justicier. Un magnifique combat
de nuit vient clore le récit (une nouvelle fois, Kazuo Miyagama
signe la photo), où le bruit des tambours va mettre à
mal Ichi. Rôle ambivalent de la musique qui, juste auparavant,
avait sauvé Ichi et risque ici de le tuer. La scène
est un spectacle d’ombres chinoises, où le tonnerre assourdissant
des tambours cède peu à peu la place au bruissement
léger du vent au fur et à mesure que tombent les combattants.
Magnifique, cette séquence possède une inventivité
et une beauté qui tranchent avec la sagesse du reste de cet
épisode, réalisé efficacement par Tokuzu Tanaka
(auteur des épisodes 3 et 4), mais de facture très classique.
Un épisode un peu en forme de sur place, qui a tendance peut-être
à afficher un peu trop ce qui était sous-entendu dans
les épisodes précédent, mais très agréable
à suivre et peuplé de personnages attachants.
The Blind Swordman's Pilgrimage
Ce 14ème épisode, disponible uniquement sous la forme
de bootleg si l'on souhaite le visionner avec des sous-titres, est
un incompréhensible « oubli » dans l’édition
de la saga Zatoichi, tant le film est brillant, poignant, et creuse
le personnage d’Ichi avec une prodigieuse sensibilité…
rien d’étonnant quand on sait que le scénario
est signé par l’immense Kaneto Shindo (Onibaba,
L’île nue, Black Cat). On
retrouve d’ailleurs sa patte dans le poids de nombreux silences
visant à renforcer l’intensité des images.
Le
film s’ouvre sur un voyage en bateau, où les passagers
écoutent le récit incroyable d’un homme qui a
sauvé une femme d’un viol en s’interposant courageusement.
Mais quand les passagers seront tenus en respect par un voleur, qui
les terrorise par ses simples cris, nu, sans arme, l’auto revendiqué
héros se terrera comme les autres. Bien sûr, Ichi va
rétablir la justice d’un coup de sabre efficace ; et
une main tranchée plus loin, la lâcheté des hommes
sautera aux yeux. C’est le leitmotiv de cet épisode dans
lequel le pire ennemi de la justice est bien la peur, le refus des
gens de s’engager pour la justice et l’égoïsme
de chacun. Dans le bateau, tous les passagers exaltent le courage,
mais aucun ne bouge, comme de bien entendu.
Ichi se rend ensuite dans un temple, et implore le
pardon des dieux. Déjà, l’ascension d’un
escalier gigantesque figure le symbole de la longue route vers la
Rédemption. « Si je fais un effort, j’arriverai
en haut ». Ichi prie « je ne sais pas pourquoi
je tue », il supplie les dieux pour qu’il cesse de
tuer. Bien entendu aucun dieu ne l’entend, ou plutôt Ichi
va être confronté au destin de justicier qui est le sien
et va devoir l’accepter avec son lot de tueries inévitables.
La lâcheté des hommes fait qu’un homme seul doit
porter leur péchés pour les sauver, c’est quasiment
un itinéraire christique !
Dès qu’Ichi poursuit sa route, sa rencontre
avec Eigoro est comme une épreuve. Il est obligé de
tuer un innocent, un inconnu, et va devoir vivre avec ce remords.
Il supplie le cadavre : « As-tu quelque chose à me
dire ? Pourquoi m’a tu attaqué ? » Nulle réponse,
elle viendra plus tard lorsqu’il rencontrera Okichi sa sœur.
Le cheval d’Eigoro est une apparition quasi fantastique. Il
suit Ichi, puis le mène au village d’Okichi, afin qu’il
exprime son pardon. Il y a de très belles idées de cinéma
qui lient l’homme à l’animal. Un simple montage
parallèle sur les pieds d’Eigoro et du cheval fusionnaient
les deux êtres. Le motif se répète entre Ichi
et le cheval. Déjà, dès l’arrivée
d’Eigoro, Kazuo Ikehori cadre Ichi entre les pattes de l’animal,
motif qui implique le cheval dans le parcours d’Ichi. C’est
une sorte de passeur, une présence descendue du ciel. Ce 14ème
épisode est en cela très mystique, panthéiste.
De nombreux plans de paysages donnent au parcours d’Ichi une
dimension sacrée.
Car
la rencontre entre Ichi et Okichi va être une sorte de guérison
mutuelle, un apaisement. En pardonnant le meurtre de son frère
à Ichi, Okichi offre la sérénité au masseur
aveugle. Elle voit derrière l’homme toute les failles,
la tristesse et le désespoir contenus. C’est la grande
beauté de cet épisode, tout en retenu, quasiment sans
combat. Un épisode lyrique et mélancolique qui se fait
souvent poignant. Déjà le cheval qui essaie de réveiller
son maître défunt nous fait monter les larmes aux yeux,
et le reste de l’épisode va poursuivre dans cette veine,
poussé par une musique ample et lyrique. Tout le cœur
du film est ainsi un contrepoint aux tueries de la série. Ichi
et Okichi apprennent à se connaître, jouent comme des
enfants avant de tomber amoureux. Scènes très belles,
émouvantes, qui sans verser dans le lacrymal sont saisissantes
de vérité. Une séquence de rêve nous montre
Ichi s’imaginer (se souvenir ?) en enfant jouant dans l’eau
avec un camarade, résurgence de la paix qui l’avait habité
l’après-midi lors d’une ballade auprès d’un
lac avec Okichi. Jamais jusque là notre vengeur ne s’était
montré autant en paix avec lui-même. Okichi est la réponse
du ciel aux prières d’Ichi. Okichi est troublée
par le fait qu’Ichi ne dévie pas son coup, s’abandonne
à sa lame vengeresse. C’est un pas d’Ichi sur le
parcours qu’il entend dorénavant suivre, un pas qui change
le regard d’Okichi sur l’assassin de son frère.
Okichi comprend l’innocence d’un homme qui, comme son
frère, est victime d’un destin tragique marqué
par la mort. Eigoro ressemble d’ailleurs à Ichi par la
passion du jeu, qui a amené le jeune homme a être endetté
auprès du boss du village. Eigoro était une sorte de
justicier, le dernier rempart contre la mainmise des yakuzas sur la
ville. C’est son refus de céder à Tohachi qui
protégeait encore le village. Ichi ayant du tuer Eigoro, il
va devoir prendre sa place, et dans le cœur de sa sœur et
dans la défense du village.
Bien
sûr, la violence va reprendre ses droits, et Zatoichi’s
Pilgrimage va offrir un final dans plus pure tradition de
la série, et également dans celle du western classique.
C’est en effet le film de la saga qui est le plus proche du
genre américain. Cavaliers, boss armé d’un arc,
habitants terrifiés se barricadant dans leur maison durant
le grand duel, héros solitaire attendant l’arrivée
des ses adversaires dans une rue poussiéreuse et devenant le
seul homme à lutter contre une horde de brigands… tout
le film pourrait être transposé chez Samuel Fuller ou
Anthony Mann. Leur arsenal très varié, allant de la
lance au sabre en passant par l’arc, apporte énormément
d’originalité, et donc d’intérêt,
à un combat final de légende. L’intensité
de ce combat est telle qu’on en bondit à plusieurs reprises
de son siège : pour la première fois, on y voit Ichi
visiblement épuisé, presque effrayé face à
un duel aussi inégal. Il est vrai que la présence d’un
archer particulièrement rapide vient sérieusement compliquer
les choses. Devant un colosse beaucoup plus costaud que lui, le masseur
va nous offrir un des plus jolis coup de sa carrière : une
« flying attack » particulièrement acrobatique.
Encore un de ces moments à vous scotcher un fan au plafond.
Le film se concentre sur la lâcheté des hommes qui oblige
Ichi à endosser le rôle de justicier, à porter
seul les remords des morts. Ichi voudrait que les villageois prennent
leur destin en main, et pouvoir enfin vivre dans la paix. Ichi explique
à Okichi qu’il aimerait vivre sereinement, ne pas sentir
la souffrance des autres. Et pourtant, tout aveugle qu’il est,
il la ressent pleinement et se doit d’agir. Rêve impossible
donc, Ichi va devoir affronter seul la cinquantaine de cavaliers qui
prennent d’assaut le village sous les regards égoïstes
de ses habitants. Scène haletante, où la peur des villageois
semble contaminer tous les protagonistes. Les assaillants, le boss,
Ichi même en portent le masque. Ichi ne semble plus invincible,
et les blessures se multiplient alors que les coups pleuvent. Le spectateur
lui-même se prend d’inquiétude pour la survie de
son héros !
Ichi va devoir une nouvelle fois suivre sa route.
« Si je touche Okichi qui est si pure, et qu’ainsi
je la rend sale, alors les dieux devront me punir. » Nul
lien, nul attache pour un homme qui se considère comme maudit,
comme porteur du mal. Car le Bien ne peut sauver les gens, seul le
Mal peut agir et le faire. Elle est la découverte d’Ichi
et son acceptation. On touche une fois de plus au sublime avec ce
Zatoichi 14 qui est de loin le meilleur opus réalisé
par Kazuo Ikehiro, à qui l’on doit également les
numéros 6 et 7 de la saga. Un scénario formidablement
rythmé, une excellente réalisation, des méchants
mémorables, un Katsu Shin toujours en état de grâce,
des combats intenses, du rire, des larmes… que dire de plus
: c’est un incontournable.
(mise
en garde : le Z2 UK de cet épisode propose dans une image qui
plus est déplorable, l’épisode 23 !)
The Blind Swordman's Cane Sword
Réalisé par le vétéran Yasuda Kimiyoshi
(troisième de ses six collaborations à la saga, après
les épisodes 5 et 9), cette nouvelle aventure de Zatoichi privilégie
les personnages secondaires et s’oriente vers un climat plus
calme qu’à l’habitude. Tous les éléments
de la série sont présents, évoqués dès
le début : le travelling qui suit la marche d’Ichi dans
les herbes hautes, la découverte d’un homme mourant,
des enfants, des jeux de dé, les moqueries envers son handicap,
la vélocité invisible du masseur aveugle qui fend l’air
de sa canne épée, les têtes médusées,
la confrontation avec un gang Yakuza, la rencontre avec une jeune
femme et de braves tenanciers pris dans les feux d’une lutte
de pouvoir… et d’un seul coup, ce mouvement classique
semble s’arrêter à l’annonce de la fin proche
de la lame de notre justicier. Forcé de prendre sa retraite,
Ichi semble trouver dans la famille de Shimmotsuke le havre de paix
qu’il appelait de tous ses vœux depuis tant d’épisodes.
L’auberge est ainsi un lieu qui tente de vivre en dehors des
vicissitudes. Aucun jeu ou prostitution n’y est toléré.
Gembei, le patron de l’auberge, a recueilli Shizu (Shiho Fujimura,
la Mitsu dans l’épisode 5) et son frère Seikichi
suite à la mort de leur père. Seikichi veut faire des
études et monte à Edo en compagnie du fils de la maison.
Cette partie du film laisse la part belle à un humour léger
et nous montre un Ichi quasiment serein. Quasiment, car la lourde
hérédité des yakuzas va une fois de plus faire
pencher la balance vers le Mal et la destruction. Déjà
Shizu pousse son frère à reprendre l’œuvre
de son père, à s’opposer à Ichikaga et
devenir le maître qu’était son père. Mais
ce dernier ne veut pas de cette vie, et Ichi n’a de cesse de
convaincre la jeune femme d’abandonner ce projet fou qui ne
peut que porter malheur à la maisonnée. Mais Shizu est
liée par une promesse lourde de conséquences.
L’arrivée
dans l’auberge d’un haut dignitaire Kuwayama, inspecteur
des huit provinces, va accélérer la montée inéluctable
du drame. Lié à Ichikaga, Kuwayama est venu chercher
une lame promise par Shinzo au Seigneur Matsudaira. Bien entendu,
Shinzo ne veut pas forger cette lame, surtout pas pour un officiel
dit-il, et Ichikaga veut en fait le forcer à céder une
lame forgée il y a des années et que Shinzo destinait
à son ami Shotaro. Autre problème, Kuwayama décide
de prendre Shizu dans sa maison, fortement attiré par la beauté
de la jeune femme. Bref, Ichi va devoir encore faire chanter les lames
pour rétablir une justice devenue bancale. Le scénario,
assez complexe et particulièrement bien construit, offre un
crescendo dramatique qui petit à petit redonne à la
violence la place laissée vacante au début du métrage.
Au début, Ichi n’use d’aucune arme, se contente
de rosser les brigands, de ridiculiser le boss et sa cour en jouant
sur son aura légendaire. Une scène hilarante le montre
dansant de manière ridicule et forçant le chef yakuza
à l’applaudir. Katsu brille vraiment dans ce registre
clownesque. Mais bientôt, cela ne suffira plus, et la canne
épée sera de nouveau dégainée. Le film
sombre étonnamment et brusquement dans le drame et la noirceur,
la nuit envahit les scènes tandis que les cadavres d’innocents
s’accumulent. Brusque retour à la réalité
de la vie d’Ichi qui est liée à jamais à
l’usage de sa lame. Le combat reprend ses droits et le final,
comme d’habitude, se révélera être toujours
aussi impressionnant. C’est dans cette scène que la mise
en scène de Yasuda, jusqu’ici timide et en retrait, reprend
ses droits. Le réalisateur capte avec professionnalisme une
très belle chorégraphie martiale qu’il filme dans
une belle nuit neigeuse. On trouve au montage l’immense Toshio
Taniguchi, futur monteur de Boiling Point ou Rykyu,
qui devient le troisième larron de la « Misumi Team ».
Un épisode à part donc, qui laisse
la part belle aux dialogues et à des personnages annexes qui
livrent tranquillement leurs secrets. Un Ichi en retrait, moins dramatique
et tourmenté, peu de combats, même si le final relance
l’adrénaline de fort belle manière, tout en s’arrêtant
avant la fin. Petite innovation qui semble montrer qu’effectivement,
les joutes martiales ne sont pas le centre de ce quinzième
épisode en forme de parenthèse.
Le
Justicier
Ce seizième épisode est le premier
produit par la société naissante de Shintaro Katsu,
la Katsu Prod., société financée par un Katsu
devenu richissime avec 16 millions de yens, et qui s’appuie
sur le circuit de distribution de la Daiei. Le film reste produit
par Masaichi Nagata, preuve que le nabab qui a lancé la carrière
de Katsu ne considère par l’indépendance prise
par son poulain comme une trahison, mais plutôt comme une dernière
chance de faire vivre le chambara dans sa forme classique. Les studios
sont à bout, et la reprise par le petit écran des classiques
du jideigeki, popularisant le genre fleuron des mastodontes japonais,
les entraîne dans une chute inéluctable.
Katsu choisit la continuité, et reprend les
thèmes et motifs qui font le cœur de la saga. On y retrouve
dans une guerre entre gangs Yakuzas, des officiels corrompus, du saké,
des maisons de jeu… mais grande nouveauté, Ichi semble
avoir fait sien son destin de justicier et de tueur. Sa rencontre
avec Ohara Shusui, samouraï qui a laissé tomber les armes
pour aider les paysans, marque un tournant dans l’évolution
du héros. Personnage historique de l’ère Tenpo,
Ohara s’était dévoué corps et âme
à la modernisation des méthodes de culture et à
l’amélioration du quotidien de la paysannerie. Comme
il était inadmissible qu’un samouraï s’abaisse
de la sorte, il fut rapidement accusé de rébellion et
mis au ban, et son œuvre (des coopératives agricoles,
un organisme de crédit) fut détruite. La présence
de Yamamoto à la réalisation n’est certainement
pas un hasard, tant le réalisateur est connu pour ses opinions
communistes, et faire appel à un personnage historique à
ce moment de la vie de Zatoichi est un acte symbolique. Le personnage
est ancré dans une réalité historique, et la
secousse morale qu’Ichi va subir n’en sera que plus forte.
Ichi quitte en quelque sorte un statut légendaire pour prendre
pied dans la vraie vie. C’est la première fois dans la
saga que le peuple est montré aussi précisément,
avec ses drames, sa pauvreté. Cette description d’une
population prise entre la voracité des yakuzas d’un côté
et celle des officiels de l’autre, donne à ce Zatoichi
une aura toute particulière. L’importance du cadre social
confère à la confrontation morale entre Ichi et Ohara
une puissance singulière. Ichi est fasciné par Ohara,
mais cette vie sans arme, sans alcool, sans jeu, qu’il prône
provoque un rejet immédiat du yakuza aveugle. Ohara refuse
de porter une arme, car il « risquerait de tuer
et
de souiller la terre ». Ce samouraï qui chante et
travaille avec les paysans, leur enseigne des formes modernes d’agriculture,
a beau expliquer à Ichi que « le sabre n’est qu’un
outil de mort (…) il n’a jamais servi à sauver
les gens », il ne fait que provoquer son rejet. Ichi considère
qu’il est déjà allé trop loin sur la route
de la mort, et que s’il ne sort sa lame que pour se défendre,
celle-ci est sa béquille, sa seule chance de survie dans un
monde qui le rejette. Ohara est tourné vers le futur, vers
l’amélioration de la condition paysanne. Pour lui, le
sens de la vie consiste à donner une histoire à ses
descendants. Il tance Ichi d’un « Ne rien voir peut rendre
la vie plus facile… ». Il étonnant de voir notre
masseur rejeter en bloc ce qu’il recherchait depuis tant d’épisodes.
C’est que confronté à l’image de ce qu’il
aurait voulu être, il se rend compte du gâchis de sa vie
et de l’impasse dans laquelle il se trouve. Ichi préfère
se mentir et se tourner vers une figure bien plus rassurante pour
lui, celle d’Asagoro, yakusa d’honneur, modèle
qui a la préférence d’Ichi et devant lequel il
décide de s’incliner. Ichi, en refusant l’exemple
d’Ohara qu’il pense ne plus pouvoir atteindre, se tourne
vers l’image d’un yakusa qui respecte le code de sa caste
et défend à sa manière les villageois et la justice.
Bien sûr, tout cela n’est que tromperie, et Asagoro ne
fait qu’utiliser Ichi à ses fins, la destruction d’un
clan rival. La tromperie est le motif de cet épisode. Dès
le début, une vendeuse essaie d’arnaquer Ichi. Puis ce
seront les salles de jeu de Tomizo avec ses dés truqués,
la corruption de hauts fonctionnaires. Ichi, lui, se voit comme un
homme honnête : « La franchise est mon défaut.
Les mots sortent tous seuls de ma bouche ». Si cette déclaration
fonctionne avec les autres, Ichi cependant se ment à lui-même.
Vient enfin l’aveu ultime d’Asagoro envers Ichi :
« Nous yakuzas sommes des parasites. Il faut aider les honnêtes
gens qui nous permettent de vivre ». Cette simple sentence
d’Asagoro suffit à convaincre un Ichi qui ne demande
que cela, préférant cette vérité crue
aux chants des paysans : « J’ai arrêté
de boire, j’ai arrêté de jouer », chant
auquel répond un Ichi laconique : « ce n’est
pas un village pour moi ». Ichi prend ainsi fait et cause
pour cette vision d’une société qui a l’avantage
de ne pas remettre en cause sa personne, et sort son arme pour défaire
le clan de Tomizo. Ichi brise ainsi une barrière que l’on
pensé immuable. Il tue, mais plus pour se défendre comme
c’est son credo, mais pour attaquer. Il se fourvoie complètement
dans cet échappatoire qui lui évite de se regarder dans
le miroir, de faire face à ses démons. Car Tomizo n’est
pas un monstre comme Ichi n’en a jamais rencontré, c’est
un des ces boss anonymes, ni plus corrompu, ni plus arriviste qu’un
autre.
Le
film s’interrompt alors brutalement, et Ichi quitte la région.
A l’issue de la tuerie, il s’enfonce dans le noir, et
les images de son errance le montre comme accablé par la lueur
du soleil, seul autorité supérieure qu’il avouait
avoir précédemment en affichant son athéisme
aux yakuzas. Les saisons passent, captées par quelques plans
emblématiques, tandis que le chemin de croix est conté
dans une chanson, comme d’habitude interprétée
par Katsu. Il essaie de quitter la voie des yakuzas et se retire dans
un service de masseurs aveugles. Zatoichi qui a toujours refusé
de se mêler à d’autres aveugles, rejetant ce carcan,
et qui est d’ailleurs détesté de ses pairs, plonge
dedans comme à la recherche d’une rédemption.
Même un scène où il joue du shamisen, habituel
instant de lumière dans la noirceur de la saga, devient pathétique.
La rédemption d’Ichi passe par sa rencontre avec Oshino
et Nisa, deux victimes de la langue des armes. Anciens amants, Oshino
est devenue prostituée suite à la chute du boss Tomizo
et Nisa, lui, a perdu un bras en combattant Ichi. Devenu alcoolique,
il erre à la recherche de son bourreau. Deux figures tourmentées
qui donnent au film des accents romantiques et lyriques, deux victimes
des actes d’Ichi qui vont lui ouvrir les yeux. Déjà
Oshino avait ébranlé Ichi lorsque celui-ci avait tué
Sadamatsu, son frère, compagnon d’arme de Nisa. «
Assassin ! c’est facile pour toi de tuer car tu ne vois ni le
sang, ni le visage de la sœur qui vient de perdre son frère
». Scène poignante où Ichi assiste impuissant
aux drames des familles qui ont perdu un être cher, que ce soit
un yakuza ou un paysan innocent. Oshino parcourt le film comme une
incarnation des remords d’Ichi, figure fantomatique appuyée
par la blancheur de la poudre qui la couvre dans son rôle de
prostituée. Oshino et Nisa vont pousser Ichi à revenir
sur les lieux du drame, où Asagoro a enfin livré son
vrai visage. Maître de toute la région, il est devenu,
honte suprême, un officiel. Ichi avait déjà dans
un précédent épisode déclamé qu’il
n’y avait pas pire trahison pour un yakuza que de devenir un
représentant du gouvernement. Un gouvernement qui cherche absolument
à défaire le Bien semé par Ohara et qui cherche
coûte que coûte à le faire taire. « L’Empereur
et le Shogunat n’ont plus de sens » déclare
t-il, et Ohara d’espérer pouvoir servir son peuple en
aidant sa force véritable, sa paysannerie. Vision clairement
politique qui trouve moults échos dans le japon contemporain.
Zatoichi
le justicier, est un épisode dramatique au possible,
peut-être le plus sombre de la saga jusqu’ici. Destins
brisés, tromperies, monde en déliquescence, suicides,
font de cette ouvre un sommet de noirceur qui vient briser un certain
engourdissement qui guettait la série. Si le film ne comporte
que très peu de combats, ceux-ci se font plus « gore
», avec des membres tranchés et des geysers de sang qui
ouvrent en quelque sorte la voie aux Baby
Cart et autres Hanzo the Razor, futures
productions de la société de Katsu. Le film est admirablement
servi par la photographie de Kazuo Miyagama, habitué de la
série, notamment dans des scènes nocturnes d’une
immense beauté, où la lueur de la lune nimbe des silhouettes
fantomatiques, et dans des clairs-obscurs merveilleux qui font penser
aux Contes de la lune vague après la pluie
de Kenji Mizoguchi dont il était le chef opérateur.
Miyagama, comme pour épouser le récit et la tournure
de la saga qui s’ancre dans la réalité, nous offre
Katsu se voir seconder par le célèbre Rentaro Mikuni,
transfuge de la Daiei, dans le rôle d’Asagoro. Quand à
la musique de Sei Ikeno elle consume le drame par ses élans
« hermanniens ». Un sommet de la saga.
La Route Sanglante
La chanson d’ouverture chantée par Katsu nous rappelle
les affres de notre héros : « Tu dis que tu veux
quitter le milieu , mais l’instant d’après ton
sabre fend l’air ». Un laconique « Je ne
m’en sortirai jamais » clôt cette introduction.
Plus tard, une chanson à l’orchestration pop prendra
le contre-pied de cette classique ritournelle. Tayu, la belle meneuse
de la troupe d’acteurs, nous chante l’amour et le temps
qui passe. Cette musique moderne offre un saisissant contraste et
donne le ton de cet épisode très à part qui voit
le retour de Kenji Misumi à la réalisation. Un épisode
étrange, original, où les thèmes prennent constamment
le pas sur l’action.
Comme
dans l’épisode précédent, le film, s’il
est toujours traversé des inévitables conflits de clans
yakuzas, met en scène l’autorité Shogunale. Gangrenée,
celle-ci voit des officiels corrompus s’allier aux yakuzas pour
mettre en place un trafic illicite. De l’autre côté,
un samouraï espion doit rétablir l’ordre en supprimant
tous les protagonistes de l’affaire, bandits comme artistes
innocents. Le Shogun est ainsi montré comme une entité
malade qui réagit de manière inappropriée et
inhumaine en appliquant une justice inique et sanglante. La confrontation
entre Ichi et le samouraï Tajuro Akatsuka est le moment fort
du film. Au-delà du duel final qui ne peut que survenir, c’est
toute la tension entre les deux hommes, leur opposition et leurs discussions
sur les codes du Bushido, qui nourrissent le suspense du film. Que
va faire Akatsuka ? Jusqu’où est-il prêt à
aller pour le bien de sa mission ? Ichi, yakuza, homme de la rue,
s’il doit suivre certains codes n’est pas figé
dans une attitude immuable. Il représente l’évolution,
le changement, au contrario d’un Akatsuka qui voudrait incarner
l’infini du Bushido. Ichi va-t-il réussir à faire
évoluer son code moral en le confrontant à l’absurde
auquel il mène ? Le fait même que Jushiro Konoe incarne
ce samouraï est révélateur de la notion de passage
entre l’ancien et le nouveau monde. Konoe est un acteur phare
du japon d’avant-guerre, et sa présence auprès
de Shintaro Katsu marque le relais entre deux visions, même
si elles sont dans la continuité plutôt que dans la rupture
brutale, du chambara.
L’autre grand thème de cet épisode
est le rapport à l’art, la servitude de l’artiste
face aux autorités marchandes, ses rapports à la censure.
Ichi rencontre deux genres d’artiste durant son périple,
des acteurs et des peintres, et ils sont tous prisonniers d’une
société qui ne les voit que comme des vaches à
lait. La troupe essaie de lutter pour son indépendance, tandis
que Shokichi essaie de s’enfuir de sa prison créatrice.
La valeur marchande de l’art est confirmée par la venue
à Maebara de copieurs venus d’Edo, « artistes »
de renom qui doivent dupliquer à l’envie les œuvres
du peintre. C’est bien la marchandisation qui est visée
à travers ces parasites qui n’apportent rien à
l’art et n’usent que de leur habilité sans y mettre
de cœur. Si ces parrains peu scrupuleux représentent des
producteurs qui ne jurent que par l’argent, Akatsuka pourrait
lui être l’image d’un comité de censure étatique,
autre danger qui guette l’artiste.
Plus
encore, c’est le thème de la filiation de l’art
qui semble prépondérant. A travers le personnage de
Ryota, qui a des talents innés d’artiste, et ses relations
avec Ichi puis avec ce père qu’il n’a jamais connu,
c’est la notion d’apprentissage qui est en jeu. Si ce
n’est pas la première fois qu’Ichi doit prendre
en charge un enfant (Voyage meurtrier et Voyage
en enfer traitaient de la paternité), le changement
radical est qu’Ichi ne se voit pas comme un père potentiel
pour cet enfant. Ils se tirent constamment dans les pattes et l’amour
qu’ils vont mutuellement se porter mettra du temps à
naître. C’est qu’Ichi se doit tout d’abord
d’apprendre que les talents de Ryota ne sont pas là pour
servir sa vision du monde, mais pour exprimer sa propre sensibilité.
Lorsqu’Ichi demande à l’enfant de lui dessiner
dans le sable le visage de Tayu, la chef des acteurs dont il imagine
le visage parfait, il se fâche contre lui quand il se rend compte
que l’enfant ne retranscrit pas la réalité mais
la transforme pour exprimer alors sa colère contre le masseur
aveugle. Cette scène splendide marque le début d’un
mouvement d’Ichi vers l’art, alors qu’il est convaincu
que celui-ci doit servir ses intérêts et non celui de
l’artiste, tout comme les trafiquants d’estampes. Ichi
est doublement aveuglé dans ce film, par son handicap et par
cette vision tronquée. Jamais dans aucun film on avait autant
insisté sur son statut d’aveugle. Rares sont ceux qui
l’appellent Ichi, c’est bien le terme Zato qui revient
à longueur de phrases. Ichi est constamment moqué, ramené
à ces yeux qui ne voient plus.
Force
est de constater que malgré un sous texte particulièrement
passionnant, original dans un film de genre, Misumi ne fait pas preuve
d’une grande créativité visuelle ou narrative,
contrairement à ses réalisations habituelles. Comme
si le réalisateur voulait se mettre en retrait, se refusait
à toute ostentation pour laisser parler son sujet. Il faut
donc attendre les combats finaux pour que le cinéaste nous
éblouisse de nouveau. Une mine sert de décor à
une joute de masse où Katsu est au sommet de sa forme, magistral
dans ses mouvements superbement captés en plans séquences
par Misumi. Le duel final est une autre splendeur. Noyée de
neige, une ruelle est l’unique décor de cet affrontement,
cadre restreint que Misumi parvient à rendre opératique
en quelques plans savamment cadrés. Tout l’art de Misumi
est là, dans la suspension du temps qui immobilise les adversaires.
Par des inserts sur les mains s’approchant de la garde du sabre,
sur la position des pieds, le réalisateur capte l’attente
qui précède l’action. C’est la première
collaboration de Misumi avec Toshio Taniguchi, qui devient dès
lors son monteur attitré et l’un de ses plus proches
collaborateurs.Kenji Misumi trouve au sein de la Katsu Prod. un havre
de paix, où malgré les rapports parfois conflictuels
avec Katsu, il pourra continuer à créer jusqu’à
la fin de sa vie. Bref, un Misumi, même en retrait, vaudra toujours
mieux que le remake débile réalisé par Philip
Noyce en 1989, Blind Fury, qui bien sûr ne
garde que l’intrigue en oubliant tout discours. Quand les marchands
rattrapent les œuvres…
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