Yojimbo :
Sanjuro, samouraï sans emploi, débarque dans un village où s’affrontent le clan du marchand de soie et celui du marchand de saké. Après avoir analysé la situation, il décide de se mettre au service du plus offrant. Malheur à ceux qui tenteront de le manipuler.

Sanjuro :
Neuf jeunes nobles s’allient pour lutter contre la corruption, mais leur allié leur tend un piège, et seule la présence de Sanjuro leur sauve la vie. Le ronin décide d’accompagner les novices afin de leur épargner d’autres désagréments.

Le Garde du Corps
(Yojimbo)
Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Yôko Tsukasa, Isuzu Yamada
Scénario : Ryuzo Kikushima, Akira Kurosawa
Musique : Masaru Satô
Photographie : Kazuo Miyagawa
Japon - 110 mn - 1961

Sanjuro
(Tsubaki Sanjûrô)
Réalisé par Akira Kurosawa
Avec : Toshirô Mifune, Tatsuya Nakadai, Keiju Kobayashi, Yuzo Kayama, Reiko Dan, Akihiko Hirata
Scénario : Ryuzo Kikushima, Akira Kurosawa,
Hideo Oguni, d'après le roman de Shugoro Yamamoto
Musique : Masaru Satô
Photographie : Fukuzo Koizumi & Takao Saitô
Japon - 96 mn - 1962

Le ronin Sanjuro a involontairement donné naissance à tout un pan de la culture populaire occidentale, puisqu’il est à l’origine de la trilogie de l’Homme sans Nom de Sergio Leone en particulier et du western spaghetti en général. La modernité sidérante du personnage, dont l’action est plus motivée par le cynisme que par le sens du devoir, a profondément marqué ceux qui l’ont découvert à l’époque, en particulier deux scénaristes, Duccio Tessari et Sergio Corbucci. Après avoir vu le film, rebaptisé Le Défi du Samouraï, dans une salle romaine, ils font part de leur enthousiasme à Sergio Leone qui les charge d’en écrire le remake. Tout le monde omettra de s’acquitter des droits d’adaptation, ce ne sera ni le premier ni le dernier exemple dans l’histoire du cinéma. Mais revenons à l’œuvre de Kurosawa. Le personnage de Sanjuro est certes bien différent des sabreurs que le cinéaste nous avait présenté jusque là ; l’action est en effet située au début du XIXème siècle sous l’ère Tokugawa, période d’immobilisme où les fonctions de certaines castes ont bien changé – ce système sera officiellement aboli en 1870. La plupart des samouraïs n’ont alors pas d’emploi stable et font le plus souvent office de mercenaires occasionnels. C’est le cas de Sanjuro, dont le patronyme signifie "Trente Ans"– autrement dit, un anonyme, de même que le personnage de Clint Eastwood était sans nom.

Un fois encore, le talent de géomètre de Kurosawa fait merveille en organisant tout son dispositif de mise en scène autour de deux points opposés et d’un centre. Les maisons des antagonistes se font en effet face, séparées par une place ; Sanjuro observe les mouvements depuis l’auberge, et gardera longtemps cette position – voir la séquence où il surplombe les adversaires tel un arbitre de tennis et où les belligérants sont chacun situés au bord du cadre. Car telle est la position de notre "héros", en observation, cherchant son avantage, avec distance – « Prépare trois cercueils » déclare-t-il au menuisier après avoir démontré son talent de sabreur, réplique célèbre qui sera encore complétée dans la version de Sergio Leone. Loin des samouraïs faisant régner la justice, il adopte une attitude cynique vis-à-vis des villageois, préférant les laisser s’entre-détruire. Car en prenant conscience qu’il n’est pas dans un monde manichéen, mais que les protagonistes ne sont que différentes variétés de méchant – l’épouse de Seibei déclare à son fils : « Si tu ne deviens pas filou ou assassin, tu n’arriveras jamais à rien dans la vie » -, il comprend que le choix est impossible et que la seule solution est d’accélérer le processus. Comme le souligne le critique Aldo Tassone, « Pour Sanjuro comme pour le Docteur Sanada (L’Ange Ivre), combattre par l’astuce la bassesse humaine et l’arrogance des puissants est une question d’hygiène » (1) L’une de ses erreurs sera d’ailleurs de céder un instant à l’instinct de justice, car c’est après avoir délivré la jeune mère qu’il est capturé et torturé. Epreuve nécessaire avant la confrontation finale où, laissant le cimetière où il avait trouvé asile, il revient au village tel un spectre – autre motif très eastwoodien.

Sans doute parce qu’il avait admirablement bien senti son époque, peut-être plus encline à suivre les anti-héros cyniques que les chevaliers blancs, Yojimbo fut un grand succès public, incitant les producteurs à mettre une suite en chantier. Désireux de ne pas reprendre exactement la même recette, Kurosawa sort de ses tiroirs un scénario inutilisé de Shugoro Yamamoto, futur auteur de Barberousse et Dodes’kaden ; quelques ajustements et l’ajout de séquences d’actions en feront vite le script de Sanjuro, dont le titre original signifie "Sanjuro aux Camélias", indiquant clairement un changement de registre. Le personnage reste le même, mais l’univers auquel il est confronté est sensiblement différent.

Plus encore que Yojimbo, Sanjuro se pose comme une relecture du thème de la violence, en particulier dans les films de sabre : il oppose ici deux conceptions du métier de samouraï. Car à Sanjuro, rusé et menteur, il confronte Muroto, qui vit encore selon le code du Bushido. Homme d’une autre époque, seule lui importe sa mission – « Qu’importe si je meurs, au moins je trouverai la paix ». De fait, personnage anachronique, il ne peut survivre à la conclusion, et là où tout autre cinéaste aurait achevé son œuvre sur un long duel, il ne dure ici que le temps d’un coup d’épée, peu orthodoxe et pourtant d’une efficacité terrible. Afin de signifier la brutalité de ce coup et de surligner la violence et la rage qui s’échappent du corps de Muroto, Kurosawa a fait jaillir un véritable geyser de sang, à la grande surprise de ses interprètes. Cette fontaine deviendra par ailleurs une convention du cinéma japonais, où le moindre coup de lame provoquera désormais une cascade d’hémoglobine. Pour Kurosawa, il signifie alors le dégoût de la violence, qu’il partage avec Sanjuro, fustigeant d’un simple « Idiot » l’admiration de l’un de ses protégés. L’épée doit retourner dans son fourreau.

(1) Tassone, p. 208



Image :
En ce qui concerne Yojimbo, il n’était pas très difficile de faire mieux que la première édition, tant celle-ci était déplorable. Cette fois-ci, Opening nous offre le film dans une belle copie, bien définie et correctement contrastée quoique parfois un peu sombre ; on note aussi des reflets verts sur quelques plans. La compression ne se fait visible qu’à de très rares occasions, le résultat est par conséquent satisfaisant. En ce qui concerne Sanjuro, le léger recadrage présent sur la plupart des éditions actuelles n’a hélas pas été corrigé – à notre connaissance, seul le Bfi respecte totalement le format. Sinon, Wild Side nous présente une copie de belle qualité, sans défaut notable ; si l’image est peut-être moins contrastée que celle de l’édition Arte, le résultat est néanmoins satisfaisant, même sur grand écran. Pas de défaut notable de compression à signaler.

Son : quelque soit le film, le mono d’origine est clair et efficace.

Opening
100 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage fixe

Wild Side
mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapitrage animé

Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : japonais mono d'origine
Sous titres : français

- Yojimbo :

- Corps en Scène chez Kurosawa – 47 mn : Pierre-Henri Deleau, Jean-Michel Frodon, Charles Tesson, Augustin Burger, Jean Douchet, réunis par Noel Simsolo, nous proposent leurs approches critiques de l’œuvre de Kurosawa. Si les connaisseurs du cinéaste auront sans doute déjà entendu certains de ces propos ici et là, il n’en s’agit pas moins d’une excellente initiation à son œuvre.

- Sanjuro :

Les bonus se trouvent sur le deuxième disque.

- Des Camélias et un Duel – 34 mn 45 : Nouvel épisode de la série consacrée au films de la Toho, ce documentaire convoque de nombreux acteurs et techniciens ayant travaillé sur le film. Tous relatent la méticulosité du cinéaste, en particulier pour le choix des camélias. On appréciera aussi d’entendre l’ingénieur Ichiro Minami expliquer comment il a crée le son du sabre fendant les chairs à l’aide de poulets, de baguettes de bois et de serviette mouillée. Enfin, ils relatent les conditions de tournage du duel final et de son geyser de sang.

- Kurosawa Jidai-Geki Style 2 – 26 mn 53 : De nombreux collaborateurs de Kurosawa, parmi lesquels Masahiko Kumada et Vittorio Dalle Ore, parlent de leur maître et du tournage de Sanjuro, Kagemusha et Ran.

- Galerie Photos : 11 photos de plateau en noir et blanc.

- Filmographies : filmographies interactives d’Akira Kurosawa, Toshiro Mifune et Tatsuya Nakadai.

En savoir plus
Aldo Tassone, Akira Kurosawa (Edilig, 1983)
Stuart Galbraith IV, The Emperor and the Wolf
(Faber & Faber, 2001)
Mitsuhiro Yoshimoto, Kurosawa (Duke University Press, 2000)
La fiche Imdb de Yojimbo
La fiche Imdb de Sanjuro

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