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Un fois encore, le talent de géomètre de Kurosawa fait merveille en organisant tout son dispositif de mise en scène autour de deux points opposés et d’un centre. Les maisons des antagonistes se font en effet face, séparées par une place ; Sanjuro observe les mouvements depuis l’auberge, et gardera longtemps cette position – voir la séquence où il surplombe les adversaires tel un arbitre de tennis et où les belligérants sont chacun situés au bord du cadre. Car telle est la position de notre "héros", en observation, cherchant son avantage, avec distance – « Prépare trois cercueils » déclare-t-il au menuisier après avoir démontré son talent de sabreur, réplique célèbre qui sera encore complétée dans la version de Sergio Leone. Loin des samouraïs faisant régner la justice, il adopte une attitude cynique vis-à-vis des villageois, préférant les laisser s’entre-détruire. Car en prenant conscience qu’il n’est pas dans un monde manichéen, mais que les protagonistes ne sont que différentes variétés de méchant – l’épouse de Seibei déclare à son fils : « Si tu ne deviens pas filou ou assassin, tu n’arriveras jamais à rien dans la vie » -, il comprend que le choix est impossible et que la seule solution est d’accélérer le processus. Comme le souligne le critique Aldo Tassone, « Pour Sanjuro comme pour le Docteur Sanada (L’Ange Ivre), combattre par l’astuce la bassesse humaine et l’arrogance des puissants est une question d’hygiène » (1) L’une de ses erreurs sera d’ailleurs de céder un instant à l’instinct de justice, car c’est après avoir délivré la jeune mère qu’il est capturé et torturé. Epreuve nécessaire avant la confrontation finale où, laissant le cimetière où il avait trouvé asile, il revient au village tel un spectre – autre motif très eastwoodien. Plus encore que Yojimbo, Sanjuro se pose comme une
relecture du thème de la violence, en particulier dans les films
de sabre : il oppose ici deux conceptions du métier de samouraï.
Car à Sanjuro, rusé et menteur, il confronte Muroto, qui
vit encore selon le code du Bushido. Homme d’une autre époque,
seule lui importe sa mission – « Qu’importe si
je meurs, au moins je trouverai la paix ». De fait, personnage
anachronique, il ne peut survivre à la conclusion, et là
où tout autre cinéaste aurait achevé son œuvre
sur un long duel, il ne dure ici que le temps d’un coup d’épée,
peu orthodoxe et pourtant d’une efficacité terrible. Afin
de signifier la brutalité de ce coup et de surligner la violence
et la rage qui s’échappent du corps de Muroto, Kurosawa
a fait jaillir un véritable geyser de sang, à la grande
surprise de ses interprètes. Cette fontaine deviendra par ailleurs
une convention du cinéma japonais, où le moindre coup
de lame provoquera désormais une cascade d’hémoglobine.
Pour Kurosawa, il signifie alors le dégoût de la violence,
qu’il partage avec Sanjuro, fustigeant d’un simple «
Idiot » l’admiration de l’un de ses protégés.
L’épée doit retourner dans son fourreau. |
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Son : quelque soit le
film, le mono d’origine est clair et efficace. |
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- Corps en Scène chez Kurosawa – 47 mn : Pierre-Henri Deleau, Jean-Michel Frodon, Charles Tesson, Augustin Burger, Jean Douchet, réunis par Noel Simsolo, nous proposent leurs approches critiques de l’œuvre de Kurosawa. Si les connaisseurs du cinéaste auront sans doute déjà entendu certains de ces propos ici et là, il n’en s’agit pas moins d’une excellente initiation à son œuvre. - Sanjuro : Les bonus se trouvent sur le deuxième disque. - Des Camélias et un Duel – 34 mn 45 : Nouvel épisode de la série consacrée au films de la Toho, ce documentaire convoque de nombreux acteurs et techniciens ayant travaillé sur le film. Tous relatent la méticulosité du cinéaste, en particulier pour le choix des camélias. On appréciera aussi d’entendre l’ingénieur Ichiro Minami expliquer comment il a crée le son du sabre fendant les chairs à l’aide de poulets, de baguettes de bois et de serviette mouillée. Enfin, ils relatent les conditions de tournage du duel final et de son geyser de sang. - Kurosawa Jidai-Geki Style 2 – 26 mn 53 : De nombreux collaborateurs de Kurosawa, parmi lesquels Masahiko Kumada et Vittorio Dalle Ore, parlent de leur maître et du tournage de Sanjuro, Kagemusha et Ran. - Galerie Photos : 11 photos de plateau en noir et blanc. - Filmographies : filmographies interactives d’Akira Kurosawa, Toshiro Mifune et Tatsuya Nakadai. |
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