Devenus le cauchemar de leur Capitaine par leur insubordination perpétuelle, deux marins, Benjamin Franklin "Benny" Linn dit "la Science" (Groucho Marx) et Timothy Aloysius "Tim" Dunnevan dit "les Muscles" (William Bendix) se retrouvent une fois de plus à faire la corvée de patates. Tim apprend qu’il vient d’hériter d’une tante décédée. Après s’être fait floué et n’avoir touché qu’un modeste legs, il se porte acquéreur d’un cheval de course qui se révèle avoir du mal… à simplement marcher ! Mais, apprenant qu’il a un jumeau bien plus prometteur, nos deux marins décident d’échanger les deux chevaux. La propriétaire du second est une serveuse de drive-in complètement godiche, blonde avant l’heure, Jane Sweet (Marie Wilson). A eux trois (quatre avec le cheval), bravant d’innombrables dangers parmi lesquels un trio de gangsters dont le chef a la voix qui "déraille", ils vont essayer d’amasser une coquette somme d’argent pour se "venger" de leur condition misérable.
Une fille dans chaque port
(A Girl in Every Port)

Réalisé
par Chester Erskine
Avec Groucho Marx, Marie Wilson, William Bendix, Don DeFore, Gene Lockhart
Scénario : Chester Erskine d’après They Sell Sailors Elephants de Frederick Hazlitt Brennan
Musique : Roy Webb
Photographie : Nicholas Musuraca
Une production RKO
Etats-Unis - 86 mn - 1952

Un scénario indigent, pas la moindre idée de mise en scène pour une comédie poussive et mal rythmée. Mais - car il y a un MAIS non négligeable - ... nous y trouvons Groucho Marx en tête d’affiche ! Jusqu’à présent, j’avais toujours aimé à penser que le génial comique, s’il m’arrivait de le voir dans le rôle principal d’une quelconque médiocre comédie, pourrait en faire un film tout à fait regardable. Je n’ai désormais plus besoin de faire de pari là dessus puisque A Girl in Every Port vient de me le confirmer.

En effet, comment avoir osé mettre en doute le fait qu’un tel clown aurait pu d’un seul coup ne plus être drôle ? Comment le roi loufoque des sans-gêne, des rustres, des goujats, des roublards et des anarchistes misogynes aurait pu laisser tout ce "bagage" de côté même pour une comédie purement alimentaire ? Nous sommes rassurés qu’il n’en soit rien. Après l’échec de La Pêche au trésor (1949), les frères Marx se séparent et ne seront à nouveau réunis qu’en 1960 dans une émission spéciale de télévision The Incredible Jewel Robbery. Seul notre impertinent moustachu au gros cigare, aux roulements d’yeux vicelards, aux haussements de sourcils libidineux et à la démarche si caractéristique continuera de tourner en solo dans quelques films méconnus et, bénédiction pour nos zygomatiques, se mettra à écrire ses hilarantes Mémoires capitales qui n’ont rien à envier à ses plus délirantes prestations dans ces sommets de la comédie américaine que sont les cocasses et surréalistes La Soupe aux canards (Duck Soup, 1933), Une Nuit à l’Opéra (A Night at the Opera, 1935) ou Une Nuit à Casablanca (A Night in Casablanca, 1945).

Ayant quitté la MGM, Groucho Marx signe un contrat avec le nouveau patron de la RKO, Howard Hugues, dans lequel il est stipulé qu’il devrait tourner deux films pour le studio contre la promesse d’un tour du monde en avion ; promesse que le producteur ne croira jamais nécessaire d’honorer. Pas très grave puisque Groucho souhaitait dans le même temps faire plaisir à son ami Irwin Allen (le même homme qui, après avoir produit quelques perles du fantastique dans les années 60, découvrira et exploitera une poule aux œufs d’or dans le début des 70’s avec le film catastrophe et ses succès internationaux que constitueront L’Aventure du Poséidon ou La Tour infernale) qui coproduira le film. Ce seront donc simultanément Double Dynamite de Irving Cummings en 1951 puis le film qui nous est proposé ici par les Editions Montparnasse : A Girl in Every Port (attention, il ne s’agit en aucune façon d’un remake du film homonyme d’Howard Hawks avec Louise Brooks).

C’est Chester Erskine qui le réalise. Surtout connu comme écrivain de littérature policière, il se trouve parmi ses écrits l’histoire dont est tirée Angel Face d'Otto Preminger. En tant que cinéaste, il n’aura que huit oeuvres à son actif dont, en 1949, un curieux film noir dont il est auteur à part entière, l’assez réussi Take One False Step avec William Powell. Pour Une Fille dans chaque port, Erskine se contente du minimum syndical et laisse se démener sa troupe d’acteurs, ces derniers essayant de se sortir comme ils peuvent de la débilité d’un script écrit à la va-vite (certains plus indulgents parleront « d’histoire abracadabrante »). Mais comme ils ont tous l’air de bien s’amuser, la médiocrité ambiante passe au second plan et l’on se surprend à notre tour à sourire et même parfois… à rire ! Voir William Bendix (nom peu connu mais silhouette reconnaissable ; vous savez, l’acteur un peu enrobé et poupin de L’Impasse tragique, La Femme de l’année, Ca commence à Vera Cruz ou Lifeboat) et Marie Wilson rivaliser de niaiserie et d’idiotie (à propos d’un cheval lors d’une course : « Faites le arriver le premier, il sera sur de gagner ») procure un plaisir assez sadique et, comme nous l’avons écrit au départ, Groucho Marx remporte le morceau haut la main nous resservant son personnage habituel dont personnellement je n’arrive pas à me lasser ; il serait d’ailleurs étonnant que ce ne soit pas lui qui ait écrit ses propres dialogues tellement ils sont dans la droite lignée de ce que l’on a toujours entendu fuser de sa part toute sa carrière durant.


Pour la bonne bouche, un extrait du dialogue pour vous rendre compte du genre d’humour pratiqué dans le film :
Don DeFore (s’adressant à Jane Sweet): « Vous avez donc un lien de parenté avec Pop Sweet ? »
Marie Wilson (Jane Sweet) : « Je ne sais pas mais en tout cas, c’était mon père »
William Bendix (Dumber) : « Oui, et elle, c’est même sa fille »
Groucho (haussant les sourcils) : « Il y a quand même de ces coïncidences ! »

Un humour typiquement "marxien tendance Groucho" dans cette comédie loin d’être indispensable mais qui devrait faire au moins plaisir (si ce n’est ravir, il ne faut pas exagérer non plus) aux inconditionnels du "Leader" des Marx ; mais attention, à réserver uniquement à ces derniers : qu’on se le dise !




Image
: Rien de bien neuf sous le soleil de Montparnasse, un DVD ni fabuleux ni honteux, dans la moyenne standard de l’éditeur capable quand même assez souvent ces derniers temps du meilleur (les derniers Collectors entre autres et certains DVD des dernières fournées RKO). Ici, une copie vraiment très propre, bien contrastée, avec des noirs cependant un poil trop charbonneux, mais une compression qui une nouvelle fois se fait visible avec notamment l’espèce de trame que l’on retrouve sur de nombreux titres de la collection Pocket. Rien de rédhibitoire cependant, le film étant assez rare et la qualité du transfert étant tout à fait honnête. Sur un petit écran, rien à redire, c’est parfait ; en revanche, pour une vision sur vidéoprojecteur, je ne jurerais de rien et je ne préfère pas m’avancer : je doute que le résultat soit bien fameux !

Son : Un peu de souffle sur l’unique piste mono anglaise mais tout ceci est bien minime et n’empêche en rien les dialogues d’êtres assez clairs. A signaler la possibilité de visionner le film sans les sous titres.
Editions Montparnasse
86 mn
Zone 2
DVD 5
Chapîtrage absent
Format cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais Mono
Sous titres : Français
En supplément, l’habituelle et toujours aussi sympathique présentation de Serge Bromberg qui nous relate brièvement la genèse du film, la fin de carrière de Groucho Marx et la filmographie de William Bendix. M’enfin, « comédie échevelée » monsieur Bromberg, vous êtes bien brave ;-)
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