Un Seul Bras les Tua Tous : Après la mort de son père, le jeune Fang Gang est recueilli par le Maître Qi Ru-Feng, qui l’initie aux arts martiaux. Mais sa position de protégé attire sur lui l’inimitié des autres disciples. En dépit de son attachement à l’école, Fang Gang décide de partir. Mais à la suite d’une altercation avec d’autres élèves, son bras droit est coupé. Laissé pour mort, il est soigné par une jeune paysanne. Remis sur pieds, il découvre un manuel de kung fu partiellement brûlé, dont ne subsistent que les pages concernant le bras gauche.

Le Bras de la Vengeance : Fang Tang a repris sa vie de paysan. Mais la paix est menacée lorsque huit seigneurs de guerre organisent un faux tournoi d’arts martiaux, donc le véritable objet est de retenir prisonniers les chefs des différentes écoles d’arts martiaux. S’il veulent les revoir, leurs fils doivent en échange se trancher le bras droit. Sans défense et acculés, ils demandent l’aide de Fang Gang.

La Rage du Tigre : Le jeune Lei Li est un épéiste surdoué. Manipulé par un rival, accusé de vol, il est contraint de se couper le bras droit à la suite d’un duel et jure d’abandonner les arts martiaux. Survivant comme serveur dans une auberge, il fait la connaissance d’un autre pratiquant, qui se chargera de le remettre sur la bonne voie.

Un Seul Bras les Tua Tous
(Dubei Dao)
Réalisé par Chang Cheh
Avec Jimmy Wang Yu, Chiao Chiao, Chung-Shun Huang, Yin Tze Pan
Scénario : Chang Cheh, Kuang Ni
Musique : Fu-Ling Wang
Photographie : Chen San Yuan
Une production Shaw Brothers
Hong-Kong - 111 mn - 1967

Le Bras de la Vengeance
(Duk Bei Do Wong)
Réalisé par Chang Cheh
Avec Jimmy Wang Yu, Chiao Chiao, Liu Chia-liang
Scénario : Chang Cheh
Musique : Wang Fu Ling
Photographie : Kung Mu To
Montage : Chiang Hsing Loong
Une production Shaw Brothers
Hong-Kong - 102 mn - 1969

La Rage du Tigre
(San Duk Bei Do)
Réalisé par Chang Cheh
Avec David Chiang, Ti Lung, Chung Wang, Lei Cheng
Scénario : Kuang Ni
Musique :Chen Yung Yu
Photographie : Kung Mu Tu
Chorégraphies : Liu Chia Lang & Tang Chia
Une production Shaw Brothers
Hong-Kong - 94 mn - 1971

La trilogie du Sabreur Manchot occupe une part bien particulière dans l’histoire du cinéma d’arts martiaux. D’une part, elle a donné naissance à l’un des personnages mythiques du genre, qui sera plus tard repris aussi bien dans la série Zatôichi que dans le déjà légendaire The Blade de Tsui Hark, remake du troisième opus. D’autre part, La Rage du Tigre est l’un des très rares wu xia pian à s’être frayé un chemin hors des salles bis de Barbès et des vidéo clubs de Belleville ou du XIIIème puisqu’il a été longtemps disponible à la location chez René Château, dans une qualité d’image déplorable et affublé d’un doublage d’anthologie. La présente édition est donc l’occasion d’une véritable redécouverte pour de nombreux cinéphiles.

Cette saga du Sabreur Manchot marque une rupture dans le wu xia pian : alors que le genre fait la part belle aux personnages féminins, voire même leur accorde le rôle prinipal - cf L’Hirondelle d’Or de King Hu -, Chang Cheh prend le contre-pieds de cette tradition du film d’arts martiaux en illustrant le parcours de guerriers qui, pour vaincre, doivent se castrer et se séparer de la femme. Il faut sans doute toucher un mot de la misogynie, réelle ou supposée, dans le cinéma de Chang Cheh. Le visionnage de cette trilogie nous amène à constater qu’elles n’ont guère le beau rôle : elles sont le plus souvent responsables de l’amputation du héros, physiquement comme Qi Pei tranchant le bras de Fang Gang dans le premier opus, ou plus métaphoriquement comme Xiao Man, qui ‘castre’ le guerrier en le transformant en paysan. Elle peut aussi incarner la plus sadique et traîtresse des Némésis dans Le Bras de la Vengeance, ou tout simplement se révéler gênante et inutile : lorsque Fung et Lei Li s’éloignent au bras l’un de l’autre, ce dernier accepte tout juste que sa compagne rejoigne le groupe en s’accrochant à la manche recouvrant son moignon. Sans forcément interpréter ces séquences à la lumière de l’homo-érotisme, on ne peut s’empêcher de relever que la présence féminine dans l’œuvre de Chang Cheh est rarement la bienvenue.

Le premier film offre sans doute la trame la plus riche, ainsi que les personnages les plus intéressants. Si on reste dans un carcan traditionnel, Un Seul Bras les Tua Tous développe néanmoins un certain nombre de thèmes intéressants, et tout particulièrement lorsqu’il traite de l’individu face à la tradition martiale. C’est le cas bien entendu de Fang Gang, recueilli et formé par le maître qui honore sa dette, mais aussi celui de Pei, dont le père est mort en défendant le manuel, mais qui a été abandonnée sans repères. Ici, pas de simple démonstration de virtuosité dans le maniement du sabre, mais une véritable interrogation sur la place de l’Homme dans un monde régit par la pratique des arts martiaux. Les séquences d’action sont nombreuses, mais sont traitées sous un angle assez réaliste, voire terre à terre, ce qui pourra déstabiliser plus d’un spectateur. Ceci évoluera dans l’opus suivant. Le Bras de la Vengeance se présente en effet comme la suite directe de Un Seul Bras les Tua Tous. Cet épisode est particulièrement axé sur l’action, pour ainsi dire ininterrompue. Le ton est d’ailleurs donné dès le générique, qui évoque irrésistiblement la série des James Bond en présentant les armes stylisées qui seront utilisées durant le film, depuis les roues acérées jusqu’au sabre lance-gaz. Le Bras de la Vengeance est placé sous le signe du spectaculaire et ne s’embarrasse guère de psychologie ou de présentation des personnages - mais après tout, cet aspect avait été largement développé dans Un Seul Bras les Tua Tous ; on retrouve d’ailleurs des thèmes déjà connus. Les chorégraphies martiales prennent de l’ampleur, et l’on note une utilisation accrue des câbles et des trampolines. De même, la violence graphique fait un nouveau pas en avant, et les éclats sanglants sont légion, même s’ils seront encore plus nombreux dans La Rage du Tigre. Mais cette violence des combats ne se traduit pas pour autant par un montage hystérique, au contraire le spectateur peut admirer à loisir la beauté des chorégraphies martiales. En dépit de son déchaînement de brutalité, une esquisse de morale de la violence est pourtant perceptible dans Le Bras de la Vengeance : voir par exemple la plongée sur les cadavres éparpillés, vêtus de noir ou de blanc selon leur camp, pourtant tous réunis et égaux devant la mort. De même, Fang Gang quitte le lieu du massacre, laissant sa Némésis être hachée vive par ses compagnons d’arme, non sans avoir jeté la plaque gravée en son honneur, geste qui évoque la séquence finale de L’Inspecteur Harry.

Le plus connu des trois films, La Rage du Tigre, reprend en partie la trame du premier opus, en modifiant certains aspects de façon significative. Ainsi, l’humiliation suivant l’amputation est ici accentuée jusqu’au masochisme, et Chang Cheh s’attarde longuement sur le sort réservé au guerrier déchu. Humiliation qui ne prendra fin qu’au retour de l’esprit chevaleresque, incarné ici par le personnage joué par Ti Lung. Ceux qui découvriront La Rage du Tigre aujourd’hui seront peut-être troublés par son rythme assez lent, qui peut perturber. En effet, une fois dépassées les séquences d’introduction, les séquences d’action se font rare, du moins jusqu’à la conclusion où, en revanche, les scènes d’affrontement prennent des proportions épiques rarement égalées à ce jour encore : la séquence du pont, où Lei li défait à lui seul une centaine de sabreurs de son seul bras gauche, est à ce titre exemplaire. C’est également l’épisode le plus barbare, où le sang ne coule pas, mais jaillit tel un geyser ; le sort le Ti Lung, écartelé puis tranché en deux, est à ce titre révélateur. La Rage du Tigre instaura donc une sorte de standard de la violence dans le wu xia pian, et sera à ce titre maintes fois cité - si vous cherchez la source de la séquence où Uma Thurman roule au sol sabre à la main dans Kill Bill vol. 1, c’est ici qu’il faudra regarder. La Rage du Tigre marque néanmoins la fin provisoire du wu xia pian flamboyant, de nombreux amateurs commencant à juger les séquences d’action irréalistes. Il faut souligner que la mode était alors aux films d’action urbains dont Bruce Lee fut le plus célèbre représentant. Le wu xia pian cède la place au kung fu pian, mais les combattants câblés n’ont pas dit leur dernier mot, et reviendront, que ce soit dans la série Il Etait une Fois en Chine initiée par Tsui Hark ou des succès à l’exportation tels que Tigre et Dragon. Mais ces trois films, différents et complémentaires, restent de magnifiques représentants du genre.




Image
: Définition quasiment sans failles, couleurs éclatantes et brillantes, ces trois films sont dans la lignée des précédentes éditions offertes par Celestial et Wild Side, à savoir de très beaux exemples de restauration de films que l’on pensait condamnés à moisir sur nos vieilles VHS. Si l’on veut être pointilleux, on notera tout juste de très légers défauts ponctuels de compression dans les arrières sur le premier film, mais ceci reste vraiment minime dans un ensemble de fort belle qualité.

Son : Le mono d’origine est assez clair et ne sature pas lors des passages musicaux. Une bande-son sans attrait particulier, mais sans défauts notables. Un nouveau doublage français, moins caricatural que l’original, est également offert, et bénéficie des mêmes qualités que la version en mandarin.

Wild Side Vidéo
111/102/94 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage animé
Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Mandarin mono / français mono
Sous titres : Français
Sur les deux premiers films, on trouvera des filmographies de Chang Cheh et des principaux acteurs ainsi qu’une galerie comprenant l’affiche du film de même qu’une vingtaine de photos, le tout étant imprimable.

Sur le troisième sont présentes trois bandes annonces de La Rage du Tigre : la bande-annonce d’origine, celle de Celestial, et enfin celle créée par Wild Side pour sa ressortie en salles.

En cliquant sur le logo Wild Side, vous avez la possibilité de visionner les bandes-annonces des films de la trilogie, ainsi que Les Arts Martiaux de Shaolin - disque 1 -, Les 18 Armes Légendaires du Kung Fu - disque 2 -, Les 8 Diagrammes de Wutang - disque 3 -, Old Boy et Samaria.

L’essentiel des bonus est rassemblé sur le quatrième disque.

- A Propos de la Trilogie :

- Souvenir d’un « Tyran » - Entretien avec Ku Feng, 13’ : l’acteur, qui doit son surnom au grand nombre de rôles de méchants qu’il a interprété, revient sur le tournage de La Rage du Tigre, en particulier sur les difficultés rencontrées durant les séquences de combat - il affirme que la plupart ont nécessité une centaine de prises -, les acteurs rivalisant entre eux dans le maniement des armes. Ainsi, Ku Feng s’est blessé en tentant de manier le nunchaku. Il souligne également la présence fugitive à l’écran de Yuan Woo-Ping, qui lui servit de doublure. Il évoque enfin la suite de sa carrière, où il essaya de faire oublier son image de ‘tyran’.

- David Chiang, le Rebelle, 13’ : l’acteur rend ici un vibrant hommage à Chang Cheh, qui l’accompagna durant une partie importante de sa carrière et lui mit le pied à l’étrier lorsqu’il décida de devenir cinéaste.

- Chang Cheh et le Sabreur Manchot, 25’59 : ce montage d’interviews de personnalités de tous horizons, aussi bien anciens collaborateurs de Chang Cheh - Ku Feng, John Woo,… - que journalistes - Charles Tesson, Christophe Lemaire,… - dresse un tour d’horizon assez complet de l’œuvre de Chang Cheh, de sa thématique, de sa postérité et de son influence sur le cinéma contemporain. Assez intéressant.

- Il Etait une Fois Chang Cheh volume 2, Entretien avec Sam Ho, 13’ : le critique se livre à un rapide tour d’horizon des différents thèmes abordés par Chang Cheh dans ses films d’arts martiaux, et nous soumet quelques pistes intéressantes, en particulier sur l’utilisation des personnages féminins.

- Galerie Photos et Affiches : deux affiches de La Rage du Tigre imprimables, ainsi qu’une galerie déroulante de 21 photos, également imprimables.

- Cinéma Hong-Kong : Le Film de Sabre, 50’09 : Ce documentaire est visiblement destiné à un public novice, et n’apprendra pas grand-chose aux plus férus de wu xia pian d’entre vous, mais peut constituer une bonne introduction au genre. Parmi les documents intéressants, on notera une interview de Chin Tsi-Ang, l’une des premières actrices du cinéma d’arts martiaux, âgée de 93 ans au moment du tournage de ce documentaire, ainsi que des images des tous premiers wu xia pian, dont certains muets.

- Les Plus Belles Bande-annonces de la Shaw Brothers : une large sélection de films annonce, classés par réalisateurs. A noter qu’il ne s’agit pas des films d’origines, mais de spots remontés par Celestial.

La Rage du Tigre est également disponible à l’unité dans une édition double, dont le second disque reprend tous les suppléments du quatrième disque, à l’exception du documentaire sur le film de sabre.

Les autres films de Chang Cheh chroniqués par Classik
2 Héros
Le Trio Magnifique
Frères de Sang

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