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Treize femmes, autrefois camarades de classe, se retrouvent aujourd’hui en proie à la malédiction d’une femme et d’un gourou après avoir consulté la boule de cristal de ce dernier. |
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Comment
nous imaginons-nous, spectateurs et cinéphiles, la femme fatale
dans tout ce qu’elle représente à la fois de plus
séduisant (par définition) mais aussi de plus prévisible
? Brune, blonde, peu importe ; manipulatrice, mante religieuse, forcément.
La sublime Myrna Loy (qui au passage vole complètement la vedette
à la star présumée du film, Irene Dunne), se pose
là dès cette année 1932 en tant que représentante
attitrée d’un genre féminin qui occupa bon nombre
de représentations, autant cinématographiques qu’érotiques.Treize femmes. Treize (en fait onze dans le métrage en raison d'un remontage supprimant au passage deux protagonistes du récit) anciennes camarades de classe aujourd’hui reconverties en mère de famille, respectables sous tous rapports et dont le point commun est d’avoir un jour ou l’autre côtoyé un gourou diseur de bonne aventure, Swami. Quand le goût prononcé pour les horoscopes et la volonté de pouvoir se projeter dans l’avenir se mêlent au désir de revanche, cela donne Treize femmes, film quasiment inconnu dans nos contrées. Voir une telle oeuvre relativement peu intéressante d’un point de vue cinématographique tend à nos yeux à mettre en relief ce qui en fait de un film presque d’actualité. Intéressant pour le motif et le moteur de l’intrigue, Treize femmes est un pur film de genre, un film de vengeance dans toute sa splendeur. Arrivisme nourri de haine, soif de voir souffrir, mélange de candeur et de mystère, homme(s) employé(s) comme pantin, George Archainbaud invente presque la femme fatale sus-décrite. C’est
moins le déploiement stricto sensu de son intrigue (classique pour
ne pas dire banale) que ses personnages, ses motivations, ses sentiments,
que l’on retient de ce court film de soixante minutes. Le film d'Archainbaud
se présente comme une œuvre modeste ; produit d’une
époque où les films s’enchaînaient à
un rythme impensable aujourd’hui et où certains cinéastes
comme Lloyd Bacon ou Michael Curtiz pouvaient réaliser cinq à
six films par an, la comparaison n’étant ici pas à
l’avantage du français. Offrant à son réalisateur
la possibilité d’y appliquer presque à la lettre son
style et son « programme de cinéma », l’efficacité
certaine du film n’a d’égale que son absence d’originalité
et d’audace. Mais ce n’est pas ce qu’on demande à
ce cinéaste français expatrié outre-Atlantique extrêmement
prolixe, ayant dans l’indifférence quasi-totale réalisé
plus de 130 films aux Etats-Unis, des westerns, des drames... S’étant
exprimé dans toutes les œuvres et styles qu’on a pu
lui proposer durant sa carrière, le français nous offre
avec Treize femmes un film bâtard à la croisée
de plusieurs "genres" : le film de vengeance meets
le drame social.Film de vengeance donc. Sans dévoiler le motif de l’intrigue, le film déploie en toute logique le papier à musique façon vengeance terrible, avec son lot de scènes chocs et de malédictions - les meurtres successifs -, de cruauté (l’enfance comme ultime recours pour assouvir son désir) et de déjà-vu, le film réservant à ce sujet peu voire pas de surprises. L’arrière-plan social sous-jacent retient par là plus l’attention et se pose comme étant l’une des seules choses à se mettre sous la dent, reconnaissons-le. Choix parfait pour incarner ce trait d’union entre civilisation occidentale matinée d’influence orientale caractéristique du peuple américain, Myrna Loy, la femme fatale du film, est une femme aux prises avec le rejet de celles qu’elle croyait être ses amies, fidèles au mode de vie occidental imposé par la société. Cette femme au charme indéfinissable mais foudroyant (propre
au peuple indien) est l’incarnation d’un peuple en proie aux
blessures passées mais aux souffrances toujours présentes.
Le thème de Stranger in a Strange Land fait toujours recette.
Ici, la chaîne du destin liant toutes ces femmes se doit
d’être rompue par ce personnage, jadis exclu du groupe de
ses femmes pour cause - dixit - de peau mate et de mode de vie différent.
Ces thèmes effacent presque à nos yeux le fait que cette
oeuvre se présente avant tout comme un film fantastique, style
pouvant s’autoriser tous les débordements et aborder l’inavouable
et les tabous. Pas d’effets spéciaux ni de grand guignol
dans le style donc, ce qui ne l’empêcha pas d’accuser
un gros rejet à sa sortie, RKO n’hésitant pas à
charcuter le montage original déjà très court pour
le ramener à cette version de 59 minutes disponible aujourd’hui
chez l’éditeur français.Treize femmes est donc un film lisse, autant par sa forme que par son ton mais qui dissimule néanmoins un sous-texte intéressant, sous-texte la plupart du temps noyé par une certaine nonchalance de laquelle n’émerge qu’un plaisir diffus. |
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![]() Image : Qui dit film inconnu dit a priori master d’origine laissé dans le coin d’une cave de studio à mille lieux de pouvoir bénéficier d’une restauration. La qualité est cependant au rendez-vous avec une image lisse et propre, et ce en dépit de jeux de lumière surgissant de temps à autres. Pas de quoi faire la fine bouche cependant. Son : Du même tonneau que l’image. L’unique bande son en anglais est propre, chose au final très agréable dans la mesure où, rappelons-le une nouvelle fois, ce film reste une rareté exhumée et bénéficie d’un traitement supérieur à d’autres œuvres davantage reconnues. |
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A l’Ouest rien de nouveau, les bonus se résument à une courte mais bonne introduction de Serge Bromberg qui, chose amusante, délaisse tout commentaire personnel sur le film pour se focaliser sur une présentation du réalisateur et des actrices. |
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