Hollywood chante et danse
Les plus de 6 heures de métrage composant les trois volets de
That’s Entertainment étant consacrées
presque exclusivement à la comédie musicale, profitons
de la belle occasion qui nous est offerte pour synthétiser brièvement
son histoire, de ses débuts (à l’aube du cinéma
parlant) jusqu’à la fin de son âge d’or, en
1958, avec le Gigi de Vincente Minnelli. Après
ce dernier film, le plus gros succès du genre jamais remporté
par la MGM (Gigi récoltant au passage 9 Oscars),
d’autres comédies musicales continueront de voir le jour
(avec
encore parfois à la clé des chefs-d’œuvre comme
West Side Story, The Sound of Music
ou, plus près de nous, Cabaret ou Victor
Victoria) mais une page est tournée : le style unique
mis en place au cours des deux décennies précédentes
sera définitivement perdu avec la fin d’un mode de production
désormais révolu, celui des grands studios, tous chancelants
financièrement au début des années 1960. Pour de
plus amples détails sur le genre qui nous préoccupe ici,
je vous renvoie au superbe ouvrage de Patrick Brion paru aux éditions
de la Martinière, La comédie musicale du Chanteur
de jazz à Cabaret, somptueux album qui m’a
été d’une aide précieuse pour écrire
le bref résumé qui suit.
Le succès du Chanteur de jazz en 1927 incite
les "Majors" à renoncer au cinéma muet : dans
un premier temps, ce sont les pièces à la mode et les
opérettes qui sont pillées pour fournir au cinéma
sonore leurs trames, intrigues et chansons. Hollywood se tourne aussi
vers les films à sketches et les revues de Broadway. Résultat
sur les écrans dès 1929 avec The Hollywood Revue
of 1929, film dans lequel on entend déjà la célèbre
chanson Singin’ in the Rain jouée et chantée
par Cliff Edward. Le genre du "musical" est né et se
met en place au sein de tous les grands studios de l’époque.
Mais, après le rush qui suit l’avènement du parlant,
le public se lasse assez vite de ces numéros filmés sans
aucun génie ni mouvements devant une caméra désespérément
fixe. A tel point que les cinémas doivent afficher désormais
« Ceci n’est pas une comédie musicale »
pour que les salles arrivent à se remplir ! Il faut attendre
1933 pour que le genre triomphe à nouveau avec, pour la Warner,
les délirantes débauches de girls et les numéros
chorégraphiques fastueux, imaginatifs et délirants de
Busby Berkeley dans l’étonnant et subversif Gold
Diggers of 1933 de Mervyn LeRoy.
L’autre
studio chef de file de l’époque est la RKO et son célèbre
couple Fred Astaire et Ginger Rogers, dont la collaboration la plus
célèbre demeure Top Hat de Mark Sandrich.
Tous les autres "Majors" refusent évidemment de se
faire distancer et chacune de produire ses propres "musicals"
avec ses vedettes "maison". Parmi elles, la Metro Goldwin
Mayer. Elle prend d’abord sous contrat l’ancienne partenaire
de Maurice Chevalier dans The Merry Widow de Lubitsch,
Jeanette Mac Donald, et en fait l’héroïne d’un
grand nombre d’opérettes dans lesquelles elle forme à
huit reprises un romantique duo d’amour avec Nelson Eddy. En 1936,
le studio met en chantier une fastueuse reconstitution de la vie de
Florenz Ziegfeld, le célèbre producteur et directeur de
revues, dans The Great Ziegfeld. Parmi un casting prestigieux,
on y découvre l’une des plus talentueuses danseuses de
claquettes, celle qui va devenir la première star dansante du
studio, Eleanor Powell. La même année, après que
Louis B. Mayer ait ordonné « qu’on se débarrasse
de cette fille grassouillette » et que, par suite d’un
malentendu, c’est Deanna Durbin qui fut renvoyée par erreur,
une certaine Judy Garland, à peine âgée de 14 ans,
fait son entrée au cinéma dans Pigskin Parade.
L’anecdote (ou légende), réelle ou non, demeure
délicieuse et nous verrons par la suite que quasiment toutes
les plus grandes stars du genre ont été imposées
contre la volonté des moguls des studios.
Au milieu de cette première décennie du cinéma
parlant, la comédie musicale est déjà, économiquement
et artistiquement parlant, l’un des genres les plus appréciés
à Hollywood. Mais après ce feu d’artifice, le public
boude à nouveau ces films spectaculaires mais sans intrigues.
De nouvelles formules à succès sont recherchées
: la mise en avant des grands airs de la musique classique, le film
de "teen-agers" (Babes in Arms avec le couple
d’adolescents chéri du public, Judy Garland et Mickey Rooney),
la prétendue "guéguerre" entre jazz et classique...
Si elles récoltent les fruits du succès, elles ne font
pas long feu non plus. Il faut dire qu’à cette époque
les directeurs de production se préoccupent alors moins du génie
de leurs réalisateurs, acteurs et techniciens que de leur savoir-faire
passe partout. Le cinéma est encore considéré bien
plus comme une industrie que comme un art. Dans les studios de la Metro,
les méthodes de travail sont les mêmes que chez les concurrents
: les vedettes sous contrat doivent rester en conformité avec
des schémas préétablis pour chacun ; si elles ne
les acceptent pas, elles n’ont qu’à prendre la porte.
La marge de manœuvre pour chaque talent est donc bien mince et
les films sont fondus dans un moule, ce qui les rend pour la plupart
interchangeables. Mais un "sauveur" ne va pas tarder à
faire son apparition, qui plus est (et pour notre plus grand bonheur)
presque tout en haut de la hiérarchie du studio du lion rugissant.
Comme dans beaucoup d’autres domaines du 7ème art, l’année
1939 marque également un tournant pour la comédie musicale.
Tout d’abord, dans The Story of Vernon and Irene Castle,
Ginger et Fred dansent une dernière fois pour la RKO, le studio
préférant ensuite renoncer au genre. On ne verra ainsi
quasiment plus ces couples élégants évoluer au
milieu de décors en noir et blanc d’un extrême raffinement.
Le musical va se tourner vers autre chose et, entre autres, la couleur
dans la majorité des cas. Craignant que la Warner ne lui offre
plus la même liberté qu’auparavant, Busby Berkeley
se tourne à présent vers la MGM. Warner Bros, dont les
sujets de prédilection étaient le film noir et les drames
à portée sociale, finit à son tour par déserter
le "musical". Seule la Fox maintient le cap, profitant de
la cote de popularité toujours aussi haute de Shirley Temple
et de la découverte de Carmen Miranda ou de la patineuse Sonja
Henie. Etant malgré tout débarrassé de ses principaux
concurrents directs, la Metro Goldwin Mayer décide d’investir
à fond dans le genre par la création, au sein même
du studio, d’une unité autonome qu’elle confie à
Arthur Freed. A 45 ans, Louis B. Mayer charge l’ancien auteur
de chansons (entre autres Singin’ in the Rain qu’il
composa avec Nacio Herb Brown) de trouver des sujets neufs et de nouveaux
talents. Le "sauveur" dont nous parlions plus haut, c’est
bien lui ! Sa grande force aura été de savoir s’entourer
de créateurs de grand talent, de collaborateurs qui lui resteront
fidèles et d’attirer dans le giron du studio, l’élite
des chorégraphes, paroliers,
costumiers,
décorateurs, acteurs et cinéastes, qu’il laissera
tous s’exprimer à leur guise dans la grande majorité
des cas. Vincente Minnelli dira d’ailleurs de Freed dans son autobiographie
« Lorsque les cinéphiles soulignent mon apport à
l’évolution de la comédie musicale, je plaide non
coupable et fais observer que le véritable révolutionnaire
en la matière a été Arthur Freed. C’est lui
qui, plus que tout autre, a rendu les choses possibles ; c’est
lui qui a donné à tous les créateurs la plus grande
liberté possible, et c’est bien là la marque de
confiance indispensable à toute création ».
Quel honneur pour Arthur Freed qu’un tel hommage lui ait été
rendu par le réalisateur le plus prestigieux que n’ait
jamais connu le genre !
Le premier film au palmarès d’Arthur Freed (même
si ce dernier n’est pas crédité au générique)
est un classique qui va faire de Judy Garland une des valeurs les plus
sûres de la comédie musicale, par ses talents conjugués,
et tous deux hors normes, de chanteuse et d’actrice : The
Wizard of Oz. Et nous pouvons remercier le producteur d’avoir
exigé Judy Garland alors que le studio souhaitait donner le rôle
à Shirley Temple. Ses productions suivantes mettent en scène
le duo qu’elle forme avec Mickey Rooney pour le plus grand bonheur
des spectateurs de l’époque. Arthur Freed relance aussi
la carrière de Fred Astaire et, en 1942, après que les
dirigeants du studio aient fait la fine bouche estimant qu’il
possédait un physique peu convaincant, c’est encore lui
qui impose Gene Kelly. Il lui met le pied à l’étrier
dans For Me and My Gal où il a pour partenaire...
Judy Garland. Il fera danser ensemble Fred et Gene pour la seule et
unique fois de leur carrière dans Ziegfeld Folies
en 1946. En 1943, il lance et assiste aux débuts remarquables
et remarqués de Vincente Minnelli derrière la caméra
(après que le cinéaste se soit fait la main sur quelques
numéros d’autres réalisateurs) avec le délicieux
Cabin in the Sky, entièrement interprété
par des comédiens noirs dont Louis Armstrong et Lena Horne. Arrive
ensuite le phénoménal succès du merveilleux Meet
Me in St Louis, film qui, plus que tout autre, devait contribuer
à imposer le nouveau style de "musical" au public.
Au cours des cinq années qui suivent, son équipe a l’insigne
honneur de signer de nombreux grands classiques indémodables
du genre : Yolanda and the Thief, The Harvey
Girls, Good News, The Pirate,
Easter Parade. En 1949, c’est au tour de On
the Town de venir briller sur les écrans. Nous tenons
enfin là sous la main "les quatre mousquetaires du roi Freed",
Stanley Donen venant rejoindre au panthéon des plus grands génies
qu’ait fait naître le genre les précités Vincente
Minnelli, l’ancien musicien de jazz George Sidney et l’ex-danseur
et chorégraphe Charles Walters.
Les années 1940, ce sont aussi les années de guerre, de
la menace nucléaire et de la guerre froide. Un tel climat ne
peut que pousser les spectateurs à rechercher des spectacles
euphorisants et optimistes plus nécessaires que jamais auparavant.
Le "musical" n’a donc pas trop de mal à se frayer
plus encore un chemin vers le succès. Les talents étant
quasiment tous concentrés dans le giron de la MGM, les autres
"Majors" sont complètement découragés
de lancer leurs propres politiques de production dans le domaine de
la comédie musicale. Seule la 20th Century Fox s’y essaye
mais les réussites se compteront sur les doigts d’une main.
En revanche, quasiment tous les films du genre qui sortent de l’usine
à rêve qu’est la MGM remportent de francs succès
(excepté certains films de Minnelli trop en avance sur leur temps
comme Le Pirate). Les hits s’enchaînant
sans aucune baisse de rythme, le genre musical acquiert vite son autonomie
ainsi qu’un profond respect de la part du public et de la critique.
Il peut désormais se permettre de s’autocélébrer
à l’aide d’une succession de films tournés
à la gloire des compositeurs et chanteurs : ce sont tour à
tour les chanteurs Al Jolson (The Jolson Story) ou
Enrico Caruso (The Great Caruso), les compositeurs
George Gershwin (Rhapsody in Blue), Cole Porter (Night
and Day), Jerome Kern (Till the Clouds Roll By),
les duettistes Kalmar et Ruby (Three Little Words),
Rodgers et Hart (Words and Music), etc., qui voient
leur vie étalée sur l’écran et... le succès
est de nouveau au rendez-vous. En 1949, On the Town
vient marquer d’une pierre blanche la comédie musicale
dont il renouvelle en partie la conception en sortant des studios et
en allant tourner directement dans les rues de New York. C’est
une nouvelle fois malgré les réticences des plus hauts
dirigeants du studio que le film se fait et il se révèle
un triomphe. De son côté, Fred Astaire danse une dernière
fois, après dix ans de séparation, avec Ginger Rogers
dans The Barkleys of Broadway.
L'activité
musicale de la firme du lion est toujours aussi considérable
à l’orée des 50’s. La décennie précédente
fut éclatante pour le genre ; la suivante le sera tout autant
sinon plus, toujours sous la houlette de Arthur Freed qui, s’il
fut le principal instigateur des plus grands films musicaux à
la MGM, ne devrait pourtant pas nous faire passer sous silence deux
autres hommes qui produisirent eux aussi quelques petites merveilles
toujours pour le même studio : Joe Pasternak (Gene Kelly dansant
aux côtés de Tom et Jerry dans Anchors Aweigh,
l’émouvant Leave Me or Leave Me avec James
Cagney et Doris Day…) ainsi que Jack Cummings (le sublime Kiss
Me Kate , le dynamique Seven Brides of Seven Brothers…).
Les 50’s marquent donc l’apogée du genre et ne seront
jamais plus égalées par la suite. Pour ne mentionner que
quelques titres, ce seront en vrac, et pour la bonne bouche, l’ultime
grand numéro de Judy Garland pour la MGM dans Summer
Stock ; Fred Astaire dansant au plafond dans Royal
Wedding ; l’allègre et énergique Give
a Girl a Break ; l’immense réussite d’un
mélodrame musical chatoyant avec Ava Gardner, Kathryn Grayson
et Howard Keel dans Show Boat ; Cyd Charisse et Fred
Astaire plus élégants que jamais dans le parc de The
Band Wagon ; l’euphorisant Kiss Me Kate
; le magique Brigadoon ; le très amère
It’s Always Fair Weather dans lequel Gene Kelly
et ses partenaires dansent avec des couvercles de poubelles ; le délicieux
trio constitué par Bing Crosby, Frank Sinatra et Grace Kelly
dans un remake réussi de The Philadelphia Story
de Cukor : High Society ; un autre remake, celui du
Ninotchka de Lubitsch avec Silk Stockings,
Cyd Charisse reprenant le rôle de Greta Garbo ; le pirandellien
Les Girls ; le rock et bien nommé Jailhouse
Rock avec Elvis Presley et enfin le superbe Gigi
de Minnelli, chant du cygne du genre marquant la fin d’une époque
et de son mode de production.
N’aurions nous pas omis les deux films qui ont donné à
beaucoup la passion qu’ils conçoivent pour la comédie
musicale ? Dans ce panorama éclair, de nombreux autres merveilles
n’ont pas été citées de peur que le texte
en soit alourdi et devienne ainsi long et fastidieux mais les deux titres
qui seront évoqués à coup sûr comme étant
les plus réputés du genre sont An American in
Paris et Singin’ in the Rain ; les deux
plus grands titres de gloire, à la fois de Arthur Freed, de la
MGM, du "musical" et de Gene Kelly. L’euphorie étonnante
qui se dégage du second et la perfection qui régit le
ballet final du premier ne sont pas près d’être oubliées
un jour ! Et pourtant... Malgré cette pluie de dollars, à
l’orée des 60’s, les difficultés financières
dans lesquelles vont se trouver les "Majors" vont obliger
ces dernières à fermer leur département animation
jugé trop coûteux et à se séparer des orchestres,
musiciens, danseurs qu’ils avaient sous contrat et qui servaient
à la production et réalisation de tels films. Ce genre
fastueux et spectaculaire devient bien trop onéreux et l’esthétique
particulière de chaque firme se dilue. En 1960, Arthur Freed
produit un dernier musical, Bells are Ringing de Minnelli,
avant de s’en désintéresser définitivement.
En 1970, la MGM met en vente costumes, accessoires, maquettes et tous
les objets vus dans tous les films cités ci-dessus. Patrick Brion
écrit « Une manière pour la MGM d’avouer
qu’elle n’a plus besoin de toutes ces pièces –
certaines sont des œuvres d’art - et que la comédie
musicale se réduira - au cas où elle en tournerait encore
- à des adaptations "broadwaysiennes" livrées
clés en main ».
En mai 1974, en hommage à son premier cinquantenaire et pour
se redonner un coup de fouet, le studio, alors déliquescent,
sort sur les écrans un montage à la gloire de la comédie
musicale (elle aussi tombée en désuétude) qui recevra
un accueil enthousiaste et inespéré. Ecrit, produit et
réalisé par Jack Haley Jr. sous les auspices du chef de
la Metro, Daniel Melnick, That’s Entertainment
est un pillage en règle des tous meilleurs moments du genre qui
avaient fait la gloire du lion quelques décennies plus tôt.
C’est aussi, sans qu’on le sache encore, le premier volet
d’une série qui en comportera trois s’étalant
sur 20 ans, le dernier ayant été réalisé
en 1994 pour le 70ème anniversaire de ce qu’il reste du
studio.
That’s Entertainment : « Nous
comptons plus d’étoiles que le ciel » (MGM)
Une petite mise en garde est de mise avant d’aller plus avant
dans le succinct décorticage de That’s Entertainment
: ces trois films n’ont absolument aucune vocation documentaire.
Le but en est tout autre comme le claironnent avec vigueur leurs titres
: divertir et donner au spectateur son comptant de joie, de sourires
et de bonne humeur, le replonger avec nostalgie dans une époque
révolue et enchanteresse, l’âge d’or d’Hollywood,
à travers un genre qui lui demeure spécifique (Frank Sinatra
dit d’ailleurs avec raison : « You can wait around and
hope, but you'll never see the like of this again. ») Il
ne s’agit donc ni plus ni moins que d’anthologies dédiées
à la glorification du studio à son apogée, de compilations
de numéros rares ou célèbres qui devraient donner
envie de découvrir ces extraits au sein des films dont ils font
partie. Il serait vain de nier que de ce point de vue la réussite
n’est
pas
au rendez-vous : quelques dizaines de DVD de comédies musicales
sont venues rejoindre mes étagères dans les semaines qui
suivirent le visionnage de ces trois volets ! Et pourtant, ce sont loin
d’être des films parfaits si l’on commence à
essayer de les critiquer et de chercher la petite bête. Mais le
seul mot d’ordre pour ces "documentaires"étant
« Let’s Entertain », il faudrait être
bien difficile pour ne pas être enchanté devant tant de
moments brillants, émouvants, exubérants ! Des films qui
devraient sans problème faire retrouver le moral à ceux
qui l’ont au plus bas.
Des acteurs et actrices furent appelés pour être les "Monsieur
Loyal" chargés de relier les différents segments
entre eux. Et comme le studio ne voulait pas faire les choses en petit,
ce sont toutes ses stars les plus célèbres qui se retrouvent
ici à présenter ce florilège de chants et de danses
en arpentant les décors, désormais à l’abandon,
dans lesquels tant de grands films furent tournés, à évoquer
leurs souvenirs, à raconter quelques anecdotes et faits historiques
: Frank Sinatra, Gene Kelly, Fred Astaire, Elizabeth Taylor, Donald
O’Connor, Mickey Rooney, Peter Lawford, James Stewart, Esther
Williams, Bing Crosby, Lena Horne, Howard Keel, Ann Miller, Debbie Reynolds,
June Allyson. Si leurs commentaires se résument, pour schématiser,
à « tout le monde il est beau, tout le monde il est
gentil », on trouve dans le lot quelques phrases assez piquantes
comme celle où, Liz Taylor, lucide, avoue en parlant de ses "talents"
de chanteuse que « Jane Powell et Judy Garland ne risquaient
rien ». Le résultat fut tellement apprécié
que seulement deux ans après, la MGM remit le couvert. Elle y
reviendra une troisième et ultime fois en 1994 pour fêter
son 70ème anniversaire. Certains diront qu’un numéro
musical est enthousiasmant dans la continuité d'un film et non
en tant qu’extrait au cours duquel il peut perdre tout son charme
et sa poésie ; ce n’est pas entièrement faux mais
aussi très exagéré et reviendrait à renier
justement la beauté intrinsèque et la perfection de certains
d’entre eux qui, au contraire, sont tellement réussis qu’ils
arrivent à nous émerveiller hors contexte.
Mais alors, que peut-on reprocher à cette série ?
Que les intervenants manquent de spontanéité car débitant
un texte constamment flatteur qui leur a été imposé
alors que les numéros parlent bien mieux en leur faveur que n’importe
quel discours ? Que les réalisateurs et différents techniciens
soient bien peu mentionnés et que les titres de films ne nous
soient pas tous donnés ? Qu’un effet de répétition
se fasse parfois ressentir ? Que les morceaux ne soient pas intégralement
retranscris et/ou entrecoupés de commentaires ? Que certaines
séquences n’ayant rien à voir avec le "musical"
auraient pu être aisément retirées, arrivant un
peu comme des cheveux sur la soupe ? Que le côté avantageux
pour la MGM transpire par tous les pores ?
Oui bien sûr ! Mais on sait dès le début qu’en
lieu et place d’un documentaire, nous allons nous trouver devant
un outil promotionnel au cours duquel tout le monde dira du bien de
ses partenaires et de son "ex-patron". Une fois la règle
du jeu édictée, il ne nous reste plus qu’à
savourer de retrouver des acteurs que nous aimions tant venir nous faire
un petit coucou et déguster à leur côté les
numéros qu’ils nous présentent, même coupés.
C’est d’autant plus facile que la passation de pouvoir entre
chaque présentateur est fluide et que le montage est plutôt
bon même si rarement novateur. Ceci est valable pour le premier
et dernier film. Paradoxalement, alors que c’est le volet dans
lequel on peut voir les numéros les plus célèbres,
That’s Entertainment Part 2 est de loin le plus
faible des trois. Il opte pourtant pour l’originalité niveau
présentation et enchaînement. C’est Gene Kelly qui
l’a réalisé : il s’est mis en scène
avec Fred Astaire dans un studio. Force est de constater que l’enchaînement
des séquences est bien souvent très laborieux et que l’esthétique
"télévisuelle" et les idées du cinéaste
sont totalement dépassées et font très "kitsch"
et ringardes de nos jours, y compris les séquences le voyant
nous faire visiter Paris durant la deuxième heure du film. Malgré
tout, certaines conversations entre Fred et Gene en guise de commentaires
sont parfois bien sympathiques et, retrouver ces
monstres
sacrés de 77 et 64 ans en train de danser ensemble, 30 ans après
leur unique collaboration dans le numéro Babbit and the Bromide
de The Ziegfeld Folies, est assez réjouissant
d’autant qu’ils sont encore loin d’être ridicules
! Malheureusement, l’ensemble se révèle très
"fourre-tout" : c’est le segment le plus éclaté
dans le mauvais sens du terme. Ça part dans tous les sens et
se permet des hors sujet, évoquant le burlesque en à peine
cinq minutes, les répliques célèbres se réduisant
à une dizaine (certaines d’ailleurs sans grand intérêt)
et comble du ratage, en milieu de film, une séquence tristement
surréaliste, celle des "Farewell". Je vous
la laisse découvrir car ce n’est pas vraiment la peine
de s’étendre sur cette incongruité venue d’on
ne sait où ! En revanche, saluons pour ce deuxième volet,
un générique superbe de Saul Bass, faisant apparaître
les noms des stars sous différents formes ; certains écrits
sur du sable ensuite effacés par la mer, certains autres tapés
à la machine à écrire, d’autres gravés
dans du bois ou encore représentés par des pétales
étalées sur un lac, Liz Taylor en lettres dorées...
Les volets qui encadrent cette ‘trilogie’ se ressemblent
étrangement, celui de 1994 étant pourtant plus réussi
mais avant tout réservé aux "happy few", les
numéros les plus célèbres et prestigieux étant
quand même pour la plupart regroupés dans les deux premiers
volets. That’s Entertainment Part 3 tient donc
pourtant le haut du pavé et clôture en beauté ces
380 minutes de bonheur malgré toutes les maladresses, lourdeurs
et
autres
fautes de goûts (que l’on pardonne aisément) des
deux premiers films. Un‘peu moins de langue de bois (Lena Horne
parlant des difficultés d’intégration des noirs
à la MGM et de ses déceptions de s’être vue
refusé des rôles faits pour elle), des inédits passionnants,
un texte bien mieux écrit et plus intéressant, un montage
bien plus réussi, une utilisation du Split Screen vraiment judicieuse,
une assez grande fluidité dans l'enchaînement et une moins
grande dispersion dans le n'importe quoi qui avait effleuré à
plusieurs reprises That’s Entertainement Part 2.
Reste que cette "trilogie" constitue un bon début pour
les non initiés. Elle devrait leur permettre de se faire une
idée assez complète du genre. Pour nos amis les statisticiens,
nous pouvons dire que la part belle, en terme de temps de présence
à l’écran, est donnée très logiquement
à Gene Kelly, Fred Astaire, Frank Sinatra et Judy Garland et
que, étonnamment, le film le plus représenté est
Easter Parade, certes un grand "musical",
mais beaucoup moins connu que bien d’autres illustres prédécesseurs
ou successeurs. Avant de poursuivre, et de longuement conclure pour
les seuls "fondus" du genre, une dernière requête
à l’éditeur Warner : à quand la sortie d’une
autre anthologie sortie sous le titre de That’s Dancing
?
Le menu à la carte
Les fanatiques de "musical" peuvent rester en ma compagnie,
les autres peuvent rentrer chez eux, cette accumulation de noms de numéros
et de titres de films risquant très probablement de leur donner
une indigestion. Mais pour les aficionados, il me semblait important
de rappeler - sans tout citer pour autant, passant allègrement
par dessus les plats les moins ragoûtants, notamment le burlesque
résumé en deux scènes faisant se succéder
uniquement les Marx Brothers et Abbot et Costello qui, même s’ils
sont drôles, n’ont absolument rien à faire ici -
ce qu’ils allaient pouvoir trouver dans leurs assiettes. Attention,
le menu reste malgré tout très copieux et vous est présenté,
dans la mesure du possible, dans l’ordre dans lequel vos yeux
écarquillés vont pouvoir le déguster !
That’s Entertainment 1
* Un montage de quatre interprétations successives de la chanson
culte Singin’ in the Rain : en 1929 par Cliff Edward
dans Hollywood Revue, par Jimmy Durante, par Judy Garland
et enfin par Gene Kelly.
* Un exemple de l’opérette hollywoodienne dans les années
30 avec un air qui pourra désormais prêter à sourire,
Indian Love Call tiré de Rose Marie
avec le couple vedette Jeannette McDonald et Nelson Eddy.
* Begin the Beguine dans Broadway Melody of 1940
: numéro de claquettes remarquable et épuré par
Fred Astaire et Eleanor Powell sur une musique de Cole Porter.
* June Allyson, "l’ingénue chantante", dans le
musical d’université le plus connu : Good News
et son enthousiasmant Varsity Drags.
* Le coloré et impressionnant On the Atchison, Topeka
and the Santa Fe de Harvey Girls avec une immense
figuration remarquablement bien utilisée.
* Petit montage de stars "non chantantes" ayant poussé
la chansonnette : Jean Harlow dans Reckless ; Cary
Grant susurrant Did I Remember dans Suzy ;
Clark Gable et son célèbre Putin’ on the Ritz
dans Idiot’s Delight ; James Stewart s’y
essayant lui aussi dans Born to Dance avec un morceau
de Cole Porter dont il dit avec amusement en commentaire que «
même ma voix ne pouvait pas la couler ».
*
Très bel hommage à Clark Gable dans un montage assez bien
réalisé avec en arrière fond la chanson, dédiée
par la MGM à sa star, qu’interprète la toute jeune
et déjà talentueuse Judy Garland en 1938.
* Mickey Rooney faisant des claquettes à l’âge de
10 ans suivi, dans un montage encore judicieux, des différents
extraits de films de la série Andy Hardy collés
les uns aux autres et qui font ainsi penser qu’il ne s’agit
que d’un seul et unique film « tellement les intrigues
étaient interchangeables, seuls les noms des personnages étant
modifiés », et du très bon final de Babes
on Broadway, toujours en duo avec sa partenaire de prédilection,
Judy Garland.
* The Babbitt and the Bromide, unique confrontation dansante
entre Gene et Fred dans The Ziegfeld Folies, ce segment
ayant été réalisé par Vincente Minnelli.
* Deux numéros de Royal Wedding dans lequel
Fred Astaire et les techniciens accomplissent des prouesses : le premier
voit l’acteur danser avec pour partenaire, un porte manteau (Sunday
Jumps), le second n’étant autre que la célèbre
danse sur les murs et au plafond qui, même si on en connaît
à présent les ficelles, reste toujours un formidable tour
de force technique (You’re All the World to Me).
* Dancing in the Dark de The Band Wagon :
un monument d’élégance, de poésie et de magie.
Le spectateur se sent des ailes en contemplant ce numéro dansé
par Fred Astaire et Cyd Charisse, l’un des plus beaux (mais en
même temps d’une simplicité apparente désarmante)
jamais réalisés !

* Un "kitsch hommage" à Esther Williams, mais toujours
impressionnant et spectaculaire.
* Debbie Reynolds minaudant I Wanna Be Loved by You (bien avant
Marilyn) dans Three Little Words.
* Le 25ème anniversaire du studio au cours d’un repas donné
sur son plus grand plateau transformé pour l’occasion en
restaurant : distribution prestigieuse et jeu de reconnaissance à
la clé : mieux que le Trivial Pursuit !
* Ann Miller, meilleure claquettiste du studio dans Small Town
Girl (I Gotta Hear That Beat).
* Le fameux et hilarant Make' em Laugh par Donald O’Connor
dans le non moins fameux Singin’ in the Rain
de Stanley Donen.
*
Trois extraits montrant l’exubérance des couleurs, costumes,
décors ainsi que la beauté des chansons (Cotton Blossom,
la merveilleuse Make Believe et la célébrissime
Ol’ Man River) de l’émouvant Show
Boat de George Sidney.
* Hommage à Gene Kelly à travers des morceaux célébrissimes
de The Pirate, dansant avec la souris Jerry dans Anchors
Aweigh, arpentant les rues de New York dans On the
Town (New York, New York) et chantant sous la pluie
dans Singin’ in the Rain of course !
* Liza Minnelli rend un vibrant hommage à sa mère à
travers des extraits de ses premiers courts métrages (on la voit
chanter La Cucaracha en tant que Gumm Sisters) et du Magicien
d’Oz. On la voit ensuite dans le superbe Get Happy
dans Summer Stock puis dans un florilège enchanteur
(Trolley Song ; Under Bamboo Tree ; Boy Next Door
) de Meet Me in St Louis.
* Bing Crosby nous parle de lui même à travers de merveilleux
extraits de High Society, l’un en duo avec Sinatra,
Did You Evah, l’autre avec Grace Kelly, le magnifique
air que constitue True Love.
* Le numéro le plus acrobatique de l’histoire de la comédie
musicale, celui de la grange dans Seven Brides of Seven Brothers
(Barnraising Dance).
* Un extrait du délicieux Gigi de Vincente Minnelli.
* Enfin, Frank Sinatra revient nous présenter des extraits du
numéro qu’il estime le plus parfait jamais tourné
pour un musical, le ballet de An American in Paris.
Et je lui donne entièrement raison ! ;-)
That’s Entertainment Part 2
* Tout d’abord, une superbe mise en bouche, le très beau
générique ludique concocté par Saul Bass dont je
touche un mot plus haut.
* Un autre prologue ingénieux lui aussi : l’utilisation
du Split Screen faisant voir à gauche le numéro That’s
Entertainment de The Band Wagon tandis qu’à
droite défilent à l’écran des extraits de
films MGM de prestige tels Ivanhoé, Les
Chevaliers de la table ronde, Quo Vadis, Scaramouche
: tout cela pour nous démontrer ce que pouvait représenter
"l’Entertainment" façon MGM.
* Le premier rôle de Gene Kelly, chantant ici en duo avec Judy
Garland la chanson-titre de For Me and My Gal.
* Une séquence « Que pensiez-vous ne jamais voir à
l’écran ? » avec Robert Taylor chantant, Greta
Garbo dansant et autres charmantes mignardises.
* L’un des sommets du musical, Kiss me Kate de
George Sidney, à travers un extrait (bien lamentablement abîmé)
du sublime From this Moment On.
* Le prédécesseur de Make' em Laugh, une chanson
qui lui ressemble plus qu’étrangement, le vigoureux Be
a Clown de The Pirate.
* Duo acrobatique de charme en scope : All for You de Silk
Stockings. Vous aurez certainement reconnu Fred Astaire et
Cyd Charisse !
*
Lena Horne chantant le standard The Lady is a Tramp dans Words
and Music.
* Autre standard chanté cette fois par Kathryn Grayson puis dansé
par le couple Marge et Grower Champion : Smoke Gets in Your Eyes
du film Lovely to Look At.
* La chanson titre du film le plus présent dans ces trois anthologies
: le final de Easter Parade. Rarement Judy Garland
aura été aussi élégante. Plus tard, dans
le même film, Fred Astaire dansera "au ralenti" dans
Steppin’ Out with My Baby. Et vers la fin du métrage,
nous verrons aussi le fameux A Couple of Swells qui voit Fred
et Judy déguisés en clochards.
* Extrait du premier film de Minnelli, entièrement interprété
par des comédiens noirs : Cabin in the Sky (Taking
a Chance of Love chantée par Ethel Waters).
* Le final impressionnant de Girl Crazy, typique du
travail du Busby Berkeley des grands jours.
* Scène ahurissante (et éminemment drôle au 150ème
degré) tirée de The Great Waltz, au cours
de laquelle Johann Strauss (interprété par Fernand Gravey)
compose son "Histoire de la forêt viennoise"
en quelques minutes en écoutant le chant des oiseaux et l’insupportable
voix de sa partenaire Meliza Korjus !!! Heureusement, le ridicule ne
tue pas !
* L’euphorique Good Morning de Singin’
in he Rain.
* Les "bébés" non moins drôles de Triplets
dans The Band Wagon.
* Impossible de ne pas avoir les larmes aux yeux en voyant le visage
baigné de tristesse de la toute jeune Margaret O’Brien
écoutant sa grande sœur (Judy Garland) chanter Have
Yourself a Merry Little Christmas dans le sublime Meet
Me in St Louis. Anthologique !
* Le numéro 10 Cents a Dance du très beau Leave
Me or Love Me, drame musical de Charles Vidor mettant en scène
Doris Day (la chanteuse) et James Cagney (le gangster).
* Le très sympathique I Got tiré de An
American in Paris ; le célèbre numéro
au cours duquel Gene Kelly danse avec des enfants.
* Hommage à Frank Sinatra qui débute très bien
(Anchors Aweigh et sa superbe chanson I Fall In
Love Too Easily ; le bel hymne d’amour à Grace Kelly
avec You’re Sensational dans High Society…)
mais qui finit dans un montage approximatif de scènes ultracourtes
et horriblement pan and scannées. Dommage !
* Love is Here to Stay, danse au bord de la Seine entre Gene
Kelly et Leslie Caron dans An American in Paris, morceau
qui annonce en un peu moins achevé le Dancing in the Dark
de The Band Wagon du même Minnelli.
* Séquence du bal dans The Merry Widow au cours
de laquelle Ernst Lubitsch fait preuve de son génie visuel.
* Sinbad the Sailor : numéro d’une folie et d’un
surréalisme réjouissants tiré de Invitation
to the Dance de Gene Kelly, voyant ce dernier danser avec des
personnages de dessins animés.
* Magnifique : le duo Bing Crosby et Louis"‘Satchmo"
Armstrong dans High Society : Now you has Jazz.
* Les jambes et le costume vert de Cyd Charisse dans un court extrait
du Broadway Melody de Singin’ in the Rain.
* Le célèbre hommage d’Irving Berlin au spectacle
dans Annie reine du cirque : There’s no Business
like Show Business.
* Hors sujet mais sympathique et plutôt bien luxuriant : l’hommage
au couple formé par Spencer Tracy et Katharine Hepburn.
* L’étonnant I Like Myself, numéro de patins
à roulettes / claquettes par Gene Kelly dans It’s
Always Fair Weather, comédie musicale amère mais
magnifique de Stanley Donen.
* Le délicieux I Remember It Well, duo devant la mer
au soleil couchant de Maurice Chevalier et Hermione Gingold dans
Gigi.
* Bouncin’ the Blues : Dernière danse ensemble
de Ginger et Fred dans Barkleys of Broadway.
That’s Entertainment Part 3
* Lucille Ball avec son fouet et ses femmes chats dans le ballet de
Ziegfeld Folies, Here’s to the Girls.
* Séquence Clean as a Whistle au fort potentiel érotique
et qui montrait ce qu’Hollywood pouvait tourner dans les années
30 avant que le code Hayes vienne s’en mêler. La MGM sera
malheureusement le premier et le plus virulent des censeurs, tenant
absolument, au sein de son studio, à faire respecter la moralité,
refusant pour cela toute « vulgarité et bassesse
».
* Tournage du numéro Fascinating Rhythm dans Lady
Be Good avec Eleanor Powell : intéressante utilisation
du Split Screen qui fait voir à gauche de l’écran
le numéro fini tel qu’il apparaît en salle, et sur
le côté droit, le tournage de la scène. Impressionnant
de voir les moyens mis en œuvre et le nombre de personnes travaillant
sur une seule séquence de ce type. On comprend mieux le budget
qui devait être alloué aux films du genre.
* Esther Williams se rend un propre hommage avec entre autres de très
belles scènes dans Jupiter’s Darling avec
le réveil des statues au fond de l’eau.
* La craquante June Allyson dans l’allègre et euphorisant
numéro Cleopatterer dans Till the Clouds Roll
By sur un air assez génial de Jerome Kern.
* Easter Parade encore et toujours avec Ann Miller
dans Shakin’ the Blues Away.
* Un Pass that Pipe Pass pétillant de vitalité
dans le premier film de Charles Walters, Good News.
* Somptueux hommage à Gene Kelly par Cyd Charisse qui vient nous
le présenter devant les toiles peintes utilisées dans
Brigadoon. Suite de séquences dansées
peu connues et qui mériteraient pourtant vraiment de l’être
: on le voit tout d’abord danser avec des feuilles de journaux
dans Summer Stock (You Wonderful You) puis
dans une chorégraphie pleine d’imagination Slaughter
on Tenth Avenue dans Words and Music. Célèbres
eux en revanche, on poursuit avec le délirant et virtuose Fit
as a Fiddle tiré de Singin’ in the Rain,
le passage Lautrec de l’insurpassable ballet finale dans An
American in Paris et enfin l’enchanteur The Heather
on the Hill de Brigadoon. Il était temps
qu’on parle enfin de ce chef-d’œuvre pour la première
fois évoqué ici !

* Debbie Reynolds dans deux extraits inédits : You Are My
Lucky Star dans Singin’ in the Rain puis
l’excellent A Lady Loves tiré du film
I Love Melvin.
* Dolores Gray dans le formidable et stylisé Thanks a Lot
but No Thanks dans It’s always Fair Weather.
* Partie "exotisme dans le musical" : vous aurez la chance
de voir non moins que Cyd Charisse et Ann Miller se disputer le beau
latin lover qu’est Ricardo Montalban dans The Dance of Fury
tiré de The Kissing Bandit. Puis viennent le
coloré Cha Bomm pa pa par Carmen Miranda et ses chapeaux
farfelus puis surtout le pastiche très réussi de cette
dernière par Mickey Rooney dans la chanson (aujourd’hui
tube planétaire) Mama yo Quiero, extraite de Babes
in Arms.
* Lena Horne qui nous parle sans langue de bois : « Je ne
me suis jamais très bien intégrée à Hollywood.
On ne savait pas trop quoi faire des noires ». On la découvre
ensuite dans une scène coupée par la censure du Cabin
in the Sky de Minnelli, Ain’t It the Truth dans
laquelle elle chante nue dans un bain moussant. Elle évoque ensuite
sa déception de ne pas avoir été choisie pour un
rôle prévue pour elle au départ (car les producteurs
ne voulaient pas voir à l’écran d’idylle entre
un blanc et une noire), celui de Julie dans le Show Boat
de George Sidney, rôle qu’elle avait pourtant déjà
tenu lors d’une scène de Till the Clouds Roll By
interprétant la superbe chanson Can't Help Lovin' That Man.
Cette même chanson dans Show Boat qu’on
entend maintenant chantée par Ava Gardner dans sa version doublée
puis avec la vraie voix de l’actrice : on se demande pourquoi
on a ressenti le besoin de la doubler car elle chantait à merveille
!
* Long et excellent montage en hommage à Judy Garland, présenté
par son partenaire de prédilection, Mickey Rooney. Après
des séquences célèbres de The Wizard of
Oz (entre autres) nous avons ensuite droit presque exclusivement
à des séquences inédites jamais intégrées
dans le montage final des différents films : une aubaine incroyable
pour tous les fans de l’actrice. Au programmes, deux séquences,
et non des moindres, tournées avec l’actrice avant que
celle-ci n’abandonne le tournage de Annie Get Your Gun
: I’m an Indian too et Doin’ What Comes Natur’lly.
On voit ensuite l’actrice chanter Minnie for Trinidad
dans Ziegfield Girl dont le final est assez spectaculaire
; l’inédit, et d’une folle virtuosité par
sa réalisation, March of the Doagies tiré de
Harvey Girls ; l’excellentissime et encore inédit
Mr Monotony initialement prévu pour faire partie de
Easter Parade (mais elle reprendra le même costume
dans Summer Stock).
* Fred Astaire maintenant (puisque c’est à son tour d’être
sur le devant de la scène) avec Lucille Bremer dans la séquence
Coffee Time de Yolanda and the Thief, dans
l’excellent Drum Crazy de Easter Parade
au cours duquel il nous donne une leçon de batterie assez inhabituelle,
puis dans quelques courts extraits du magnifique Girl Hunt Ballet
de The Band Wagon, bel hommage au film noir.
* Fred Astaire encore qui nous prouve que ses numéros étaient
millimétrés et chronométrés : I Wanna
Be a Dancin Man du film Belle of New York en Split
Screen, la scène ayant été tournée deux
fois à quelques jours d’intervalles, une fois en smoking,
l’autre en tenue de ville : Chapeau bas Monsieur Astaire !
* L’ahurissant et hilarant Anything You Can Do, I Can Do Better
Than You de Annie Get Your Gun, un duo "scène
de ménage" détonnant entre Howard Keel et Betty Hutton.
* Partie "nouvelles techniques cinématographiques, stéréophonie
et cinémascope" : Stereophonic Sound dans Silk
Stockings, Love Me or Leave Me avec un morceau
précédemment chanté par Ann Miller et cette fois
par Doris Day : Shakin’ the Blues Away, pour finir avec
un autre genre de musique que celle de Broadway et Hollywood, le rock
avec Jailhouse Rock évidemment entonné par Elvis
Presley.
* Et une troisième fois, on termine avec la chant du cygne de
l’âge d’or du musical, Louis Jourdan interprétant
la chanson titre de Gigi.
Soit ce listing aura achevé de vous dégoûter du
genre (ce serait d’ailleurs bien dommage car ce n’était
pas le but recherché), soit, je l’espère sincèrement,
il vous aura mis l’eau à la bouche pour essayer de réintégrer
ces extraits dans l’intégralité des films présentés.
Bref, oubliez tous les défauts que peuvent comporter ces trois
anthologies et savourez en chaque instant avec délectation ou
bien laissez tourner le DVD en fond sonore, c’est toujours extrêmement
revigorant !