Au lendemain de la proclamation de la République du Texas en 1836, Sam Houston, son premier président, ordonna la création d’un corps de défense des frontières, organisé militairement, les Texas Rangers. Ils étaient censés ramener la paix dans cet Etat, véritable déversoir d’une pègre venue de tous les horizons à la fin du 19ème siècle. C’est à l'occasion du centième anniversaire du Texas que King Vidor et la Paramount associèrent leurs efforts pour tourner ce western à la gloire de ce corps d'élite de volontaires de l’ordre, qui entreprit d’atténuer la mauvaise réputation faite à leur Etat par les nombreux méfaits d’occupants trop turbulents que ce soient les Indiens, les bandits ou les Ranchers. Le prologue nous fait croire à une sorte de film hommage à ces "Rangers du Texas". Belle idée d'autant plus que le cinéma en a assez peu parlé ! Mais finalement, ce n'est qu'un prétexte à un scénario assez prévisible narrant l'histoire de trois bandits qui décident de se séparer pour mieux échapper aux recherches de plus en plus actives. Deux d’entre eux vont rejoindre les Texas Rangers pour se cacher des poursuites sans pour autant renoncer à commettre de nouveaux méfaits si l’occasion devait se représenter, alors que le troisième préfère continuer à mener la vie dangereuse d’un bandit de grand chemin ; l’amitié entre les trois hommes ne les empêchera pas de devoir au final s’affronter.

En lieu et place d’une fresque exaltant et décrivant le rôle héroïque des représentants de l’ordre en un territoire troublé, nous nous retrouvons devant une simple histoire d’amitié et obligés d’en passer aussi par une histoire d’amour sans intérêt, le personnage féminin interprétée par Jean Parker étant carrément sacrifié ; l’histoire de ces trois camarades prend donc bien trop d’importance en regard du thème initial qui nous semblait bien plus prometteur. Si les dialogues se révèlent ternes et si le scénario fait preuve d’une certaine faiblesse en voulant courir plusieurs lièvres à la fois, on retrouve, disséminés ici et là, la virtuosité technique et le souffle non dénué de lyrisme et de vigueur épique de King Vidor quant il s'agit de magnifier les paysages et de filmer des séquences mouvementées. La bataille des Texas Rangers contre les Indiens est à ce titre un très bon moment de cinéma, même si les transparences utilisées dans certains plans passent assez mal et même si les Indiens dans ce film sont vus uniquement comme des sauvages qu’il faut "mater". Souffle certain mais trop épisodique, atténué par une affabulation malhabile et dépourvue d’originalité même si l’amitié entre les trois hommes est assez bien vue. Fred MacMurray (dans un rôle au départ prévu pour Gary Cooper) et Jack Oakie sont plutôt convaincants, mais c’est Lloyd Nolan qui tire toute la couverture à lui, franchement excellent dans le rôle du "Bad Guy" sans scrupules mais néanmoins assez attachant. Un film très mineur dans la filmographie de King Vidor (La Foule, Le Rebelle, L’homme qui n’a pas d’étoile…) sans être pour autant désagréable. Douze ans plus tard, Leslie Fenton, auteur du superbe et méconnu Whispering Smith, tournera un remake titré Streets of Laredo, William Holden succédant à Fred MacMurray.

LA LEGION DES DAMNES (The Texas Rangers)

Réalisation : King Vidor
Avec Fred McMurray, Jack Oakie, Lloyd Nolan, Jean Parker, Edward Ellis, Benny Bartlett
Scénario : Louis Stevens d’après une histoire de Walter Prescott Webb
Photographie : Edward Cronjager
Musique : Phil Boutelje, Sam Coslow & Jack Scholl
Une production : Paramount
USA - 94 mn - 1936


La compression de ce DVD laisse à désirer, une espèce de trame venant constamment se superposer aux images, celle-ci étant surtout visible lors des séquences claires en extérieurs. Rien qui n’empêche de visionner le film dans de confortables conditions mais ça pourrait néanmoins se révéler très désagréable aux plus pointilleux. Sinon, plutôt bonne copie pour un film de cette époque, assez bien contrastée et définie. Les sous-titres anglais assez simples à comprendre sont des sous-titres pour malentendants avec toutes les indications des différents bruits. Sur la piste sonore originale, il faut déplorer pas mal de souffle. Pas de suppléments à se mettre sous la dent.
DVD Universal
Zone 2,4,5
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais Mono / Italien Mono
Sous titres : Anglais pour malentendants / Italiens / Suédois / Danois
Norvégiens / Finlandais / Tchèques / Hollandais / Polonais
94 minutes
 

Après une décennie constituée pour le western, à quelques exceptions, de films de séries pour la plupart banals, interchangeables et inintéressants, le genre entre dans l’âge adulte en 1939. Mais, si l’on n’a pas oublié les désormais classiques La Chevauchée fantastique (Stagecoach) de John Ford, Pacific Express (Union Pacific) de Cecil B. DeMille, Le Brigand bien aimé (Jesse James) de Henry King ou Les Conquérants (Dodge City) de Michael Curtiz, Femme ou démon est resté un peu en retrait, abusivement taxé de "comédie westernienne sympathique mais sans prétention", alors qu’il n’avait pas tant à rougir de la proximité de ses autres illustres titres. Destry Rides Again (de son vrai titre d’après le roman de Max Brand adapté à de multiples reprises) raconte l’histoire d’une ville régentée par le propriétaire d’une maison de jeu et dont les habitants vont faire appel au fils d’un impitoyable homme de loi, Tom Destry, et le nommer shérif avec l’espoir qu’il réussisse à faire cesser cette "dictature". Mais ce dernier se révèle être un "Tenderfoot" peu crédible en homme de loi, qui va d’abord faire l’objet de sarcasmes et de quolibets en tous genres. En effet, son passe-temps est de tailler des ronds de serviette dans des morceaux de bois, il n’arrête pas de raconter des fables et anecdotes moralisatrices, et refuse de porter des armes pour ne pas s’attirer des ennuis. Il va pourtant mener à bien sa mission sans coups de feu ni violence, tout au moins au départ...

Tout d’abord, mettons les choses au point : il s’agit plus d’un western avec beaucoup d’humour que d’une farce ou d’une parodie comme le seront par exemple certains westerns de Burt Kennedy comme la série des "Support your Local…" ; à ce propos, pour s’en convaincre, il suffit de voir le final dramatique et poignant qui n’aurait jamais eu sa place à l’intérieur d’une comédie. En fait, George Marshall, prolifique artisan dont Femme ou démon pourrait être l’un des meilleurs films, réussit le tour de force de changer de ton d’une séquence à l’autre en gardant une certaine fluidité et sans que l’unité en soit chahutée, passant avec maestria de la comédie au drame, de la romance au western sans que jamais cela nous gêne, sans que ce ne soit lourd et indigent une seule seconde. Un petit joyau superbement dialogué, finement et intelligemment écrit, et qui voit en James Stewart le parfait interprète de ce personnage à la fois honnête et roublard, tout droit sorti d’un film de Frank Capra avec qui l’acteur commençait à l’époque une collaboration fructueuse et inoubliable. Un régal qui voit aussi Marlène Dietrich dans un de ses rôles les plus attachants (dévolu au départ à Paulette Goddard), celui d’une "Saloon Gal", tiraillée entre l’amour que lui porte son patron, le tyrannique Brian Donlevy (grand habitué des rôles de ce genre), et ses sentiments envers ce "héros" d’un nouveau genre que se trouve être Destry. Avec sa tripotée de seconds rôles savoureux, Femme ou démon finit de convaincre et d’emporter l’adhésion. Appréciant énormément l’histoire, George Marshall tournera lui-même un des remakes de son film en 1954, Le Nettoyeur (Destry), avec Audie Murphy dans le rôle titre.

FEMME OU DEMON (Destry Rides Again)

Réalisation : George Marshall
Avec James Stewart, Marlène Dietrich, Mischa Auer, Brian Donlevy, Charles Winninger
Scénario : Felix Jackson, Gertrud Purcell & Henry Myers d’après le roman de Max Brand
Photographie : Hal Mohr
Musique : Charles Prévin & Frank Skinner
Une production : Universal (Joe Pasternak)
USA - 94mn - 1939




Le DVD Universal, s’il n’est pas honteux, se révèle néanmoins très moyen. La copie, plutôt propre, manque singulièrement de luminosité et de contrastes et les scènes sombres se trouvent assez bouchées. La compression est heureusement correcte. Niveau sonore, nous avons l’impression d’entendre les dialogues à travers une boite de résonance ce qui donne un résultat assez désagréable même si encore une fois écoutable. Un DVD assez décevant d’autant plus qu’il est totalement privé de suppléments.
DVD Universal
Zone 1
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Noir et blanc
Langue : Anglais Mono 2.0
Sous titres : Anglais / Français / Espagnols
94 minutes
 

Si la Warner, dans le domaine de la comédie musicale, a donné le meilleur d’elle-même dans les années 30 avec les films réalisés et (ou) chorégraphiés par Busby Berkeley, à l’inverse de la MGM, elle ne nous a plus laissé grand-chose de mémorable dans ce domaine par la suite, si l’on excepte quelques superbes réussites isolées tels Une Etoile est née (A Star is Born) ou Pique-nique en pyjama (Pajama Game), ce dernier avec dans le rôle principal, Doris Day. En 1951, à l’époque de Lullaby of Broadway, l’actrice n’était encore pas devenue une star du grand écran adulée par les américains mais commençait à être une valeur sûre pour le studio qui était quasi certain de rentrer dans ses frais lors de chacune de ses "apparitions en tête d’affiche. En effet, Doris Day commençait sérieusement à plaire de plus en plus à la fois aux hommes par son sex-appeal et sa gentillesse qu’à la gent féminine pour ses personnages de femmes modernes, indépendantes et ambitieuses. Elle avait débuté dans le cinéma seulement trois ans auparavant, déjà à la Warner, sous la baguette de Michael Curtiz qui la dirigera à nouveau à plusieurs reprises les années suivantes. Tout en continuant d’enregistrer des disques, elle ne cessera désormais plus de tourner incarnant l’américaine typique joviale et dynamique. Et si ses compétences de chanteuse ont toujours été reconnues, il faudrait insister sur ses indéniables talents d’actrice, capable d’être parfaite chez Hitchcock (L’Homme qui en savait trop) et passant sans problème du drame (Les Pièges de la passion - Love me or Leave me) à la comédie, les trois plus mémorables étant Pique-nique en pyjama, Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) et le superbe et méconnu It Happened to Jane (Train, amour et crustacés) de Richard Quine.

Le film qui nous intéresse ici, tout comme d’ailleurs le Calamity Jane du même David Butler, n’a absolument rien d’exceptionnel et ne devrait plaire qu’aux seuls fans du genre, des amoureux du Technicolor ou des merveilleux sourire et organe vocal de Miss Day. Il s’agit d’un vaudeville musical conventionnel au possible, mais assez amusant dans ses quiproquos néanmoins peu crédibles. Le film ne brille donc pas par son scénario, la réalisation est terne et les chorégraphies assez fades, mais le naturel et la bonne humeur de Doris Day sont communicatifs et, non contente d'être excellente chanteuse, elle se révèle ici superbe danseuse de claquettes. L’on sait que son rêve d’une carrière de danseuse a pris fin à la suite d’un accident de voiture ; on imagine qu’elle aurait aisément pu faire partie des plus grandes dans le domaine quand on la voit évoluer dans l’excellent numéro final qui donne son titre au film. Son partenaire, Gene Nelson, s’il est assez virtuose en tant que danseur, peut difficilement se targuer de l’être en tant que comédien, sa "non-performance" sautant aux yeux. L’utilisation des seconds rôles est assez pittoresque et efficace même si elle ne brille pas par sa légèreté. Enfin, si l’ensemble n’est guère mémorable, nous pouvons néanmoins nous régaler des standards utilisés au cours du film, quasiment tous déjà présents dans des films des années 30, ici brillamment réorchestrés façon jazz par Ray Heindorf et Howard Jackson, que ce soient Just one of those Things de Cole Porter, You’re Getting to be a Habit with me et le fameux Lullaby of Broadway de Chercheuses d’or 1935 de Harry Warren et Al Dubin, le Zing Went the Strings of my Heart de James F. Hanley, Somebody Loves me de George Gershwin, I Love The Way You Say Goodnight d’Eddie Pola… Un très beau Tracklisting pour une comédie musicale moyenne mais qui atteint son but, celui de divertir et de laisser des sourires sur les visages.

ESCALE A BROADWAY (Lullaby of Broadway)

Réalisé David Butler
Avec Doris Day, Gladys George, S.Z. Sakall, Gene Nelson, Billy De Wolfe, Florence Bates
Scénario : Earl Baldwin
Photographie : Wilfred M. Cline
Musique : Cole Porter, George Gershwin, Al Dubin, Harry Warren
Une production Warner Bros.
USA - 92 mn - 1951



Hormis quelques petits problèmes de grain intempestif sur deux ou trois scènes, la copie présentée ici est superbe, d’une étonnante propreté et nous propose un Technicolor resplendissant. Bien contrastée, bien définie, parfaitement compressée, une très belle réussite de la Warner renforcée par une piste audio elle aussi quasiment irréprochable : dialogues clairs, musique dynamique parfaitement restituée. A signaler l’absence sans conséquences de sous-titres sur les chansons car elles ne servent pas à faire avancer l’intrigue... Au niveau des suppléments, présence de 6 bandes-annonces alléchantes de films rares et dont la plupart sont présents dans le volume 2 de la collection Doris Day sorti en avril 2007 chez Warner.
DVD Warner
Zones 1
Format cinéma : 1.33 d’origine
Format vidéo : 4/3
Couleur
Langue : Anglais Mono 1.0
Sous titres : Anglais / Français / Espagnol
92 minutes

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