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1968, alors qu’ils ont achevé leur nouvel album,
Beggars Banquet, les Rolling Stones entrent à nouveau
en studio et improvisent. Au fil des sessions naît un morceau,
« Sympathy for the Devil », qui deviendra l’un de
leurs hymnes. Entre deux répétitions, des Black Panthers
lisent LeRoy Jones, une équipe de journalistes interroge une
allégorie, un libraire lit ‘Mein Kampf’, on dessine
sur les murs. On détruit, on crée.
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One
+ One
(Sympathy for the Devil)
Réalisé par Jean-Luc
Godard
Avec Mick Jagger, Brian Jones, Keith
Richards, Charlie Watts, Bill Wyman, Marianne Faithful
Scénario : Jean-Luc Godard
Photographie : Colin Corby et Anthony
B. Richmond
Musique : The Rolling Stones
Montage : Agnès Guillemot, Kenneth
F. Rowles et Ken Rowles
Royaume-Uni - 97 mn - 1968 |
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Les
Rolling Stones, Mick Jagger en tête, ont toujours
eu la tentation de prolonger leur œuvre sur le grand écran.
Sur ce terrain, ils ont été encore une fois distancés
par les Beatles, dont le Magical Mystery Tour
a été diffusé en Décembre 1967 –
ils le seront involontairement à nouveau à la sortie
de leur nouvel album, Beggars Banquet ; la pochette originale
représentant un mur de toilettes recouvert de graffitis
ayant été refusée, le disque sort finalement
dans une pochette blanche qui rappelle bien entendu le tout nouveau
double blanc des Fab Four. Quelques mois plus tôt, Jean-Luc
Godard s’était rendu en Angleterre afin d’y
réaliser un film sur l’avortement. Mais une modification
de la législation rend ce projet obsolète. Il propose
alors de réaliser un film mettant en scène soit
les Beatles, soit les Rolling Stones. Après le refus des
Quatre de Liverpool, il se tourne vers la bande de Jagger. Certains
ont prétendu que les Stones étaient amateurs de
l’œuvre de Godard et ont accepté avec enthousiasme,
il semblerait en réalité qu’ils n’aient
jamais entendu parler de lui lorsqu’ils reçoivent
la lettre du cinéaste – certaines mauvaises langues
prétendent même qu’ils ont été
convaincus par l’image de Bardot nue dans Le
Mépris. Ce serait en réalité
Anita Pallenberg, proche de Volker Schlöndorff et Pier Paolo
Pasolini qui leur auraient conseillé d’accepter.
Un accord est donc trouvé : le groupe touche £ 18.000,
dont une avance non-remboursable, et accepte les conditions de
travail du réalisateur : pas de script, élaboration
du film au fil du tournage. Le titre de travail est encore The
Devil is my Name. En dépit de nombreux problèmes
ayant trait à leur vie privée, les Rolling Stones
sont alors dans une période de travail intense, qui va
les mener à leur période la plus créative.
La présence d’Anita Pallenberg continue de semer
tranquillement le trouble, Brian Jones n’est plus capable
de gérer sa relation à la drogue et court de procès
en hospitalisation. Et pourtant, le groupe réussit à
travailler en studio ; pas tout le monde en même temps,
bien entendu. En général, Charlie Watts et Bill
Wyman arrivent les premiers, se mettent à leurs instruments,
et improvisent. Keith Richards débarque plus tard, et plaque
ses riffs sur la structure naissante. C’est ainsi qu’en
Mars 1968 est né Jumpin Jack Flash’, un
morceau créé en studio au fil des improvisations
collectives, des participations non conservées –
Eric Clapton
a participé à la gestation, sans que sa guitare
se retrouve dans le mixage définitif -, et qui surtout
porte la marque de Jimmy Miller (1), producteur imposé
au groupe par Jagger et Richards. Ce sera désormais leur
méthode de travail. Lorsque Godard installe sa caméra
dans le studio le 4 Juin 1968, les Stones ont terminé leur
nouvel album, Beggars Banquet. Plus détendus,
ils amorcent un nouveau morceau, dont la présence n’est
pas prévue sur le disque à sortir. Organisé
en une série de plans séquence, le film révèle
magistralement ce que sont les Stones à cette époque.
Bill Wyman est dans un coin, l’air absent. Il n’a
pas encore digéré de ne pas avoir été
crédité comme co-compositeur sur ‘Jumpin’
Jack Flash’. Parfois dépossédé de sa
basse par Keith Richards, il lui arrive d’être relégué
aux maracas. Pour un peu, il pourrait même ne pas être
dans le studio, un peu comme il est sur scène. Il quittera
le groupe quelque vingt-cinq ans plus tard, pour ainsi dire personne
ne s’en apercevra. Charlie Watts ressemble déjà
à un vieux lord, et ne changera plus beaucoup, ce qui lui
permet d’être encore aujourd’hui le plus classieux
des Stones. Concentré sur sa batterie, il songe peut-être
à son futur label de jazz, à sa petite fille née
en Mars, à la commode Louis XVI qu’il a vue dans
la vitrine d’un antiquaire. Là est l’essentiel,
le reste… Il suit à la lettre les instructions de
Keith Richards, qui justement s’impose de plus en plus comme
le guide musical du groupe. A la guitare ou à la basse,
il dirige et impose son propre son. Félin. L’héroïne
ne se voit pas encore sur son visage. Mick Jagger, lui, se ‘contente’
de chanter, laissant les commandes à son guitariste, fort
de la certitude que quoi qu’il arrive il reste seul maître
à bord. Et à le voir libérer sa voix comme
un serpent qui se déploie, on ne peut lui donner totalement
tort. Reste Brian Jones. Certains critiques ont accusé
Godard d’avoir manqué son sujet en passant à
côté de Jones. Rien n’est plus faux, Godard
montre ce qui est. Jones, pratiquement toujours filmé de
dos dans son box, n’est pour ainsi dire plus là.
Ses parties de guitare ne s’entendent pas dans le mixage.
La direction musicale que prend le groupe ne lui convient plus.
Et sa consommation de drogues prend des proportions insurmontables,
pour lui et son entourage. Les comptes de la Rolling Stones Ltd
précisent d’ailleurs que le contrat signé
avec Godard ne pouvait être remis en cause en cas d’absence
de Brian Jones. Un an plus tard, un communiqué de presse
signé Jagger / Richards attestera qu’il ne fait plus
partie du groupe, dans les faits il est déjà remplacé
par Mick Taylor. Un mois après, on le retrouvera mort dans
sa piscine. Une image à la Sunset
Boulevard qui fascinera sans doute Godard. Mais pour
l’heure, Brian Jones ne fait qu’effleurer la pellicule.
One
+ One est donc construit autour de ces scènes
de répétitions entre lesquelles viennent s’intercaler
d’autres plans-séquences illustrant le climat politique
de l’époque. Entre celles-ci, Anne Wiazemski peint
des slogans sur les murs. Les scènes se répondent
entre elles, mais le sens n’appartient qu’au spectateur
qui doit retrouver des correspondances entre elles. Ainsi, la
lecture d’une page de LeRoy Jones fustigeant la ‘dégénérescence’
de la musique noire récupérée par les blancs
peut sembler une critique de la méthode ayant fait le succès
des Stones. Un membre des Black Panthers répond à
une journaliste, plus loin un libraire lit des extraits de Mein
Kampf à haute voix. Le tout est lié par la lecture
d’une nouvelle politico-érotique, semble-t-il écrite
par Godard lui-même, mettant en scène les principaux
chefs d’Etat d’alors. Devant certaines de ces scènes,
en particulier celle où Anne Wiazemski incarne une allégorie
politique interviewée dans une forêt, certains cinéphiles
mal intentionnés ne pourront s’empêcher de
songer au fameux sketch des Monty Python dans laquelle un révolutionnaire
français aborde une jeune femme porteuse d’un chou
dans une décharge à ordures, le tout entrecoupé
d’images d’explosions atomiques. Mais trêve
de digressions, si tout se dispositif peut sembler bien daté
aujourd’hui, il reste un témoignage d’une époque,
et la musique des Stones devient un symbole politique : on détruit,
on reconstruit – voilà d’ailleurs pourquoi
Godard était aussi en colère contre le remontage
du film organisé par ses producteurs, où l’on
entendait la version achevée de Sympathy for the Devil
à la fin du film : on cherche, on construit, mais le temps
n’est pas encore à la livraison d’un produit
fini, achevé, que ce soit en politique ou en musique, et
donc en cinéma. Lors d’une projection au National
Film Theatre de Londres, il frappera son producteur avant de quitter
la salle en hurlant au fascisme, non sans avoir incité
le public à voir son propre montage. Création, destruction
: en plus d’en être la cause, One + One
est le témoignage de la naissance d’une musique qui
faillit bien disparaître, les lampes à arc éclairant
le studio ayant déclenché un incendie dans le faux
plafond, détruisant plusieurs instruments. Mais Bill Wyman
et Jimmy Miller eurent le réflexe de sauver les bandes.
Le diable n’était donc peut-être pas si loin.
(1) Connu alors pour son travail avec, entre autres, Traffic et
Spencer Davis Group.
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Image : Carlotta a
encore une fois bien travaillé, car si l’on
excepte quelques rares points blancs très discrets,
la copie utilisée est vraiment superbe. L’image
est parfaitement définie, et les couleurs éclatantes,
autant dire qu’on est presque dans le sans faute.
Son : Pas
de remix inutile, mais une bonne stéréo efficace
qui vous permettra au mieux d’apprécier les
tâtonnements musicaux du couple Jagger / Richards.
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| Carlotta
97 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapîtrage existant,
mais sans page correspondante |
Format
cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo : 4/3
Langues : anglais stéréo
Sous titres : français |
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Image : Carlotta est parti
du même matériel que pour son édition
DVD, à savoir un master restauré par le BFI.
Le DVD était déjà de très belle
qualité, le blu-ray place la barre un cran au dessus.
Et si le gain n’est pas spectaculaire, il est bien présent
: un coup d’œil au pull rose de Bill Wyman suffira
pour vous convaincre du niveau de détails de cette
édition – détail amusant, vous constaterez
que le point est plus souvent fait sur les instruments que
sur les visages, c’est flagrant sur la plupart des plans
de Charlie Watts. Sinon, l’image gagne également
en stabilité des couleurs. Et surtout, la photographie
d’origine est respecté, et le grain cinéma
bien préservé. Si vous n’utiliserez pas
cette édition comme disque de démonstration,
il est indéniable que ce blu-ray apporte un confort
de visionnage supérieur.
Son : En passant au blu-ray,
Carlotta ne change pas ses bonnes habitudes et ne nous impose
pas de remix multi-canaux inutile. C’est donc la piste
d’origine que l’on retrouve ici en PCM non compressé.
Un mono clair et détaillé, particulièrement
appréciable durant les séquences de studio.
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| Carlotta
100 mn
Zone B
Blu-ray 1080p
AVC |
Format
cinéma : 1.37 : 1
Langues : anglais PCM 2.O
Sous titres : français |
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Le
premier bonus, et non le moindre, c’est le choix que
nous offre Carlotta de visionner au choix One +
One tel qu’on l’a vu en Europe, ou
bien la version remontée par les producteurs.
- De One + One à Sympathy –
5 mn 49 : ce module concis revient sur les conditions de
la mise en chantier de One + One et détaille
avec précision, images et sons à l’appui,
les différences entre les deux versions du film –
contrairement à une idée répandue,
la version intégrale de ‘Sympathy for the Devil’
n’est pas la seul différence entre les deux
montages. Une démonstration limpide.
- One + One par Jean Douchet et Christophe Conte
– 23 mn 30 : un entretien croisé où
les deux analystes abordent le film sous deux angles. Tandis
que Jean Douchet resitue le film dans la carrière
de Godard, notamment en tant qu’étape essentielle
dans la création d’un « cinéma
politique » et du refus d’un « cinéma
bourgeois », Christophe Conte, journaliste aux Inrockuptibles,
se penche sur l’aspect plus musical de One
+ One, et rappelle l’importance de l’album
Beggar’s Banquet dans leur carrière.
Une double analyse à la fois concise et passionnante.
- Voices, Making Of – 43 mn 17 :
ce documentaire anglais d’époque justifiera
sans doute à lui seul l’achat pour tous les
amateurs de Godard. On y voit le cinéaste au travail
lors de nombreuses séquences de tournage, entrecoupées
d’interviews, en français et en anglais. Si
le film n’est pas toujours en très bon état,
cela n’a que peu d’importance face à
la valeur du document.
- Bande-annonce d’époque
– 2 mn 20 : en assez bon état, ce film promotionnel
met en avant les Rolling Stones, Godard apparaissant surtout
comme une caution artistique.
- Bande-annonce ressortie – 1 mn
37 : sans voix-off, uniquement rythmée par la musique
et des cartons, cette nouvelle bande-annonce est particulièrement
efficace.
Notons enfin le très astucieux packaging et la jaquette
recto/verso, qui selon vos goûts vous permettra d’afficher
un film de Godard ou un documentaire sur les Stones.
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Tous les bonus de l’édition DVD chroniqués
ci-dessus sont repris ici, upscallés en HD –
il ne s’agit bien évidemment pas de haute-définition,
mais si vous regardez les suppléments sur grand
écran, le gain de confort visuel sera appréciable.
Nouveau bonus : une galerie de photos
de plateau et de tournage d’une durée de
quatre minutes.
Fort heureusement, Carlotta ne se contente pas d'un simple
boitier de plastique, mais nous présente son édition
sous la forme très élégante d'un
petit livre, comparable à certaines éditions
presiges de Warner. Un livret, collé sur le plateau
de gauche, présente un ensemble de critiques publiées
lors de la sortie du film en 1969 et de ses différentes
reprises en 1982 et 2006. Ces articles, laudateurs, sceptiques
ou même franchement hostiles, sont tirés
des pages du Journal du Dimanche, du Nouvel Observateur,
du Canard Enchaîné, du Monde, de Télérama,
de La Croix, des Inrockuptibles et de Libération.
Seul trés léger reproche : il serait préférable
que le bandeau Blu-ray Disc, indispensable pour avertir
l'acheteur, soit détachable. Sinon, un exemple
de packaging remarquable.
Matériel utilisé : lecteur Sony PS3 relié
en HDMI à un projecteur tri-LCD Sanyo Z5 et en
optique à un ampli Yamaha DSP-A5 couplé
à des enceintes JM Lab Chorus.
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