Le Roman de Renart
Le royaume de Noble le Lion est sans dessus dessous suite aux malversations de Maître Renart. Il chaparde, trompe et ment sans vergogne et les doléances des sujets s’accumulent. Excédé Noble rend un édit royal interdisant à quiconque de manger de la viande ou du poisson. Renart ne l’entend pas de cette oreille et continue à défier l’autorité. Arrêté, il est condamné à être pendu. Il parvient à convaincre Noble de le libérer avant que ce dernier ne se rende compte de la supercherie et assiège le château de Malpertuis où le filou a trouvé refuge.

Le Monde magique de Ladislas Starewitch
Le Rat des villes et le Rat des champs
Parti à la campagne, Rat des villes fait la rencontre de Rat des champs et l’invente à venir visiter Paris. Rat des Champs assiste à un spectacle de cabaret et festoie avant que la fête ne tourne court avec l’arrivée impromptue d’un chat.
Le Lion devenu vieux
Le roi Lion, devenu vieux, pleure sur ses aventures passées. A sa cour, ses sujets ne le respectent plus et rêvent de le jeter au bas du trône.
Fétiche mascotte
Fétiche, un chien en peluche, est ému par la fille malade de la pauvre fabricante de jouets qui lui a donné la vie par ses larmes versées. Alors, qu’en compagnie d’autres jouets, il est emmené dans un magasin pour être vendu, Fétiche et ses camarades parviennent à s’enfuir. Ils se retrouvent dans un étrange lieux où le diable organise une fête à tout casser.
Fleur de fougère
Jeannot, un petit garçon, apprend de son grand père fermier qu’une fougère magique est capable d’exaucer tous les vœux. Pour cela il faut s’enfoncer dans la forêt et la cueillir avant l’aube. Dès la nuit tombée, l’enfant part à la recherche de la plante magique.

Les Contes de l’horloge magique

La petite chanteuse des rues
Une petite fille et sa mère sont chassé de leur demeure par le « grand malhonnête ». Jetés à la rue, la petite fille décide d’aller, avec l’aide de son singe apprivoisé, gagner de l’argent en chantant dans les rues. Le petit singe, ému des malheurs de sa maîtresse, décide d’aller voler au grand malhonnête les documents qui lui ont permis de prendre possession de la maison.
La petite parade
Une soirée comme les autres chez les jouets animés… comme les autres ? Pas tout à fait. Le diable surgit de sa boîte et décide de semer la zizanie. Il prend pour cible une petite danseuse convoitée par casse noisette. Le petite soldat de plomb, amoureux de la danseuse, va-t-il réussir à déjouer les tours du démon et gagner le cœur de la demoiselle ?
L’Horloge magique ou la petite fille qui voulait être une princesse
Le grand père de Nina, fabricant de jouets, crée sa pièce maîtresse : une grande horloge qui, en sonnant les douze coups de minuit, s’ouvre sur un monde merveilleux peuplé de chevaliers et de dragons. La petite Nina tombe amoureuse d’un chevalier et dérègle la mécaniqeu afin de tenter de le sauver des griffes d’un mystérieux chevalier noir.

Le Roman de Renart
Scénario, ciné-marionnettes, décors, mise en scène et animation : Ladislas et Irène Starewitch
Dialogues : Jean Nohain avec les voix de Claude Dauphin, Sylvia Bataille et Romain Bouquet
Musique : Vincent Scotto
Photographie et direction artistique : Ladislas Starewitch
Montage : Laura Sejourné
Une production : Wladyslaw Starewicz
France - 62mn - 1930

Le Monde magique de Ladislas Starewitch
Le Rat des villes et le Rat des champs
Scénario (d’après La Fontaine), ciné-marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Ladislas Starewitch
Musique : Georges Tzipine
France - 13mn40 - 1926

Le Lion devenu vieux
Scénario (d’après La Fontaine), ciné-marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Irène et L. Starewitch
Musique : Hartman
France - 9mn - 1932

Fétiche mascotte
Scénario, ciné-marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Ladislas Starewitch
Musique : Edouard Flamet
Avec : Ladislas Starewitch (l’agent)
France- 20mn20 - 1926 (sonorisation 1933)

Fleur de fougère

Scénario (d’après Krasewski), ciné-marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Irène et L. Starewitch
Direction artistique : Alexandre Kamenka
Musique : Daniel Lesur
France - 23mn - 1949

Les Contes de l’horloge magique
Musique additionnelle : Jean-Marie Senia (2003)
Texte additionnels : Xavier Kawa-Topor et Jean Rubak avec la voix de Rufus (2003)
Réalisation additionnelle : Jean Rubak (2003)
Direction artistique : Xavier Kawa-Topor
Une production : Forum des Images (2003)

La petite chanteuse des rues
Scénario, marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : L. Starewitch
Costumes : Anna Star
Avec Nina Star
France - 11mn20 - 1924

La petite parade
Scénario, marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Ladislas et Irène Starewitch
France - 18mn20 - 1928

L’Horloge magique ou la petite fille qui voulait être une princesse
Scénario, marionnettes, décors, prises de vues, mise en scène et animation : Ladislas et Irène Starewitch
Costumes : Anna Star
Avec Nina Star
France - 14mn30 - 1928
Le cinéma d’animation image par image vient de naître en 1907 dans les studios de la Vitagraph aux Etats-Unis. Là bas à New York, le « tour de manivelle » vient d’être inventé. C’est un procédé permettant à la caméra de filmer une image, de s’arrêter puis de filmer la suivante et ainsi de suite. L’Hôtel hanté est la première œuvre à utiliser ce procédé. Les marionnettes perdent leurs fils et s’animent comme par magie, le cinéma d’animation vient de faire un pas de géant. Ladislas Starewitch, né à Moscou en 1882 est l’un des grands pionniers de cette nouvelle technique, contemporain du français Emile Cohl qui tourne Fantasmagorie en 1908 et Le Tout petit Faust en 1910. Pour lui, tout commence justement en 1910. Professeur d’histoire naturelle, c’est un touche à tout qui dès sa prime jeunesse s’intéresse au théâtre, à la photographie, à la peinture, au dessin (il publie des caricatures pour le quotidien Koviénskoié ziepkalo de Kovno). Il est également passionné d’entomologie et il rêve de filmer un combat de scarabée. A chaque essai les bêtes se figent sous les éclairages et c’est alors qu’il a l’idée de reconstituer la scène avec des insectes naturalisés. Ainsi naît La Lutte des cerfs-volants (Lucanus Cervus), son premier film d’animation image par image.

Rapidement la réputation de son petit film n’est plus à faire et le bruit court que cet homme est capable de dresser les insectes ! Starewitch décide de créer son propre studio de cinéma à Moscou en 1912 et réalise de nombreux films avec des insectes animés qui rencontrent un succès toujours croissant. Le Tsar Nicolas II lui fait même l’honneur de saluer publiquement La Cigale et la fourmi (1911). Rapidement il met en scène de véritables petites fictions avec ses créatures, comme dans La Vengeance d’un opérateur où un couple de scarabée deviennent les héros d’un vaudeville amoureux. Starewitch ne se cantonne pas à la seule formule magique qui l’a fait connaître et réalise également des longs métrages "classiques", adaptant Gogol ou Pouchkine, ou encore en dirigeant le célèbre Ivan Mosjoukine (L’homme, 1912). Son succès est international et son avenir assuré. Il réalise en 1913 un dessin animé, Le Coq et le Pégase, ce qui fait de lui non seulement un pionnier de l’animation image par image mais également le premier réalisateur russe de dessin animé. Starewitch s’amuse à acteurs et personnages animés (Le Lys de Belgique), dirige des animaux (Les Quatre diables). Au total il réalise avant la première guerre mondiale une douzaine de films d’animation et une cinquantaine de fictions. Très vite son bestiaire animé évolue. Starewitch passe des insectes aux grenouilles, aux rats puis aux chiens. Suivent les lions et autres mammifères, ses personnages devenant dans un même temps de plus en plus humains, en acquérant les vices et les vertus. Cette réussite fulgurante, cette période d’intense créativité est soudainement interrompue. Starewitch perd son studio lors de la révolution Russe. Il quitte Moscou et vient s’installer définitivement en France où il crée un nouveau studio d’animation à Fontenay-sous-bois.

Starewitch y poursuit ses recherches et ses expérimentations. Son travail ne cesse de progresser, que ce soit au niveau de la qualité d’une animation toujours plus fluide ou de la précision des traits et des caractères. Il dépense tout son argent dans la production de ses films, consacre ses jours et ses nuits à ses ciné-marionnettes. Il occupe tous les postes, véritable artisan qui fignole ses petits tableaux de maîtres dans l’économie la plus complète. C’est un atelier familial où Starewitch travaille en étroite collaboration avec sa femme Anna et sa fille aînée Irène, faisant même jouer sa deuxième fille Jeanne, sous le nom de Nina Star. Une centaine de films vont naître de cette petite entreprise, autant de petits chefs d’œuvre qui annoncent les travaux de Ray Harryhausen, de Svankmajer, de Trnka ou encore de Pojar. Starewitch ne réalise qu’un seul long métrage, son plus célèbre, Le Roman de Renart, sommet du cinéma d’animation qui fait encore école de nos jours.

Le Roman de Renart
Le Roman de Renart est l’œuvre la plus emblématique de Ladislas Starewitch avec ses animaux humanisés qui sont florès dans son œuvre, son cadre moyenâgeux, ses songes, son humour noir. Le Roman de Renart est à l’origine une suite de poèmes écrits par différents auteurs entre la fin du XIIème et la fin du XIIIème siècle. Ces récits font souvent intervenir le narrateur, procédé qui permettait aux conteurs ambulants d’appréhender directement le public. Starewitch retrouve cet aspect dans la conception de son film, la voix off du narrateur s’amusant à mener la danse. Ce n’est pas une vision sage et scolaire de la version de Goethe (ici adaptée), mais un film souvent iconoclaste, qui joue de son statut d’œuvre animée et affiche son artificialité avec panache. Ainsi un singe ouvre le récit, mettant en route une caméra comme s’il s’agissait d’un limonaire. Starewitch conçoit son film comme un prolongement moderne des spectacles de troubadours du moyen âge, n’hésitant pas à faire appel à un côté légèrement grivois ou encore à s’amuser de certains anachronismes (un duel entre Renart et le Loup est commenté comme une rencontre sportive retransmise sur les vieilles TSF).

Adapter Le Roman de Renart, c’est l’occasion pour Starewitch de mettre en scène tout un bestiaire animal, dont l’humanité n’a rien à envier aux futures fables de La Fontaine (qui a d’ailleurs repris Le Corbeau et le Renart qui ouvre le film). On y trouve Isengrin le loup, Renart le goupil (à l’époque le Renart, l’animal, se nommait Goupil et c’est le succès rencontré par Le Roman de Renart qui va modifier son appellation dans la vie courante, Renart perdant son T au profit d’un D avec les années), Noble le lion, Brun l’ours… autant d’animaux qui ont pour fonction de moquer les différents travers de l’époque féodale, où corruption et intrigues règnent en maître, mais qui trouvent tout autant dans notre monde contemporain. Renart est un anar. Il n’a de Dieu ni de maître et cet aspect du personnage ne pouvait laisser Starewitch insensible. Antimilitariste convaincu, athée, le cinéaste vit d’ailleurs son film subir les foudres de l’église, scandalisée par une scène où des animaux prient dans une église et une autre où le paradis est représenté comme le palais des délices gastronomiques, couvert de chapelets de saucisses. Renart est un personnage haut en couleur, malicieux, parfois cruel, qui emporte immédiatement l’adhésion. L’humour noir est omniprésent, ainsi qu’une petite dose de méchanceté on ne peut plus réjouissante et détonnante dans l’univers de la fiction enfantine. Comme dans les fabliaux d’origine, nulle morale ne vient sanctionner les ruses de Renart. Il s’échappe toujours et ne paie jamais pour ses crimes. Starewitch aime la dérision et ne s’encombre pas de morale lénifiante. Il ne se pose pas en juge de ses personnages, et par là de ses contemporains, préfère les décrire avec humour et une grande tendresse pour leurs défauts.

Ce qui est saisissant dans chacun des films de Starewitch, c’est la capacité de leur auteur à faire vivre ses personnages. La finesse, la précision, la justesse des mimiques et des gestes est tout simplement foudroyante. Les expressions des visages sont d’un réalisme incroyable et Starewitch trouve à chaque fois le ton juste, le détail qui nous fait pleinement croire dans ses créatures animées. Il n’a pas peur de filmer les visages en plans serrés, ainsi l’on voit les larmes poindre aux coins de yeux, les plumes des volatiles se soulever, les poitrines respirer… Starewitch utilise pour ses personnages trois tailles de figurines selon la grosseur du plan voulu : quatre-vingts centimètres (Le roi lion mesurait même un mètre !), vingt et enfin deux centimètres pour les plans les plus larges. Une technique qui fera école mais qui demande une somme de travail considérable, soit un an et demi de tournage pour la petite heure que dure Le Roman de Renart. Starewitch est un bricoleur, un inventeur né qui adore les petites mécaniques, le bricolage. On retrouve ce plaisir évident dans la grande scène du Roman de Renart, le siège du château de Malpertuis où le cinéaste s’amuse à inventer moults pièges et chausses trappes aussi farfelus les uns que les autres. Ingénieux, malicieux, il multiplie les astuces pour donner vie à ses personnages. Ceux-ci respirent grâce à deux planches cachées dans leurs poitrines qui se rapprochent ou s’éloignent selon un système de vis. Starewitch, méticuleusement, multiplie ce genre de détails. Ainsi chaque poupée, sculptée dans du bois ou du liège, est pourvue d’une dentition, de vêtements en peau de chamois cousus le plus souvent par Anna Star. Chaque marionnette est complètement articulée et pour chacune d’elle Starewitch utilise cinq cents masques différents. Le cinéaste crée des dizaines de figures immédiatement identifiables et surtout incroyablement attachantes, même dans leurs défauts. Un lapin enfant de chœur couard et pleurnichard, un chat ménestrel qui minaude et fait la cour à une reine lionne aux œillades aguicheuses, un blaireau avocat beau parleur…d’autres animaux jouent de la musique, dansent, s’amusent, trichent, jouent, pleurent, tout un petit monde miniature qui respire la vie.

Starewitch travaille également sa mise en scène, essayant de compenser la fixité de sa caméra (techniquement, il ne peut se permettre des mouvements fluides) en utilisant des zooms, des travellings avants, des panoramiques. Des effets pas toujours heureux, leur exécution étant toujours brusque, la vitesse excessive des mouvements et des effets optiques étant la seule possibilité de masquer l’immobilité des sujets lors de leur exécution. Nous ne sommes pas encore à l’ère de Wallace et Gromit et nul ordinateur ne peut venir calculer les déplacements de caméra en fonction de l’animation image par image. Mais ces tentatives de Starewtich sont attachantes, car elles nous montrent bien que le cinéaste a le désir de repousser toutes les barrières qui se mettent en travers de son chemin, qu’il veut rivaliser techniquement et artistiquement avec le cinéma de prise de vue réel. On ressent constamment que pour lui, cinéma pour enfant ne signifie pas cinéma "au rabais". C’est dans cette optique qu’il fait appel à Jean Nohain pour les dialogues et à Vincent Scotto pour la musique. Starewitch veut se donner les moyens de son imaginaire. C’est d’ailleurs à cause de cette volonté de réaliser un film sonore que la sortie du film sera retardée pendant dix ans. En effet, le film est prêt dès 1930, mais sortira en France seulement en 1941. Malgré un très bel accueil public et critique, il disparaîtra des écrans jusqu’aux années quatre-vingt dix où il connaîtra une résurrection amplement méritée. Cette édition dvd est une nouvelle occasion de redonner à ce chef d’œuvre la place qu’il mérite au panthéon du cinéma d’animation. Une œuvre phare, aussi drôle que touchante, impertinente, unique, un enchantement de chaque instant.

Le Monde magique de Ladislas Starewitch
Ce programme est une compilation de quatre films réalisés par Starewitch entre 1926 et 1949, quatre petits programmes où l’on retrouve la fantaisie, l’humour, l’espièglerie et la tendresse de leur auteur. Chaque film est riche en passages oniriques, en songes (Le lion devenu vieux), en bacchanales diaboliques (Fétiche mascotte). Fleur de fougères, le plus beau, est tout entier conçu comme un rêve, ou plutôt un cauchemar qui devient rêve puis, petit à petit, rejoint la réalité. Un raccourci de l’œuvre de Starewitch où les peurs enfantines se mêlent aux songes, où les rêves sont des prolongements naturels de la vie réelle, des échappatoires, des moyens de transfigurer les drames du quotidien. Quatre courts où l’on retrouve les différentes influences de Starewitch : La Fontaine, le Moyen âge, les contes (Les mille et une nuits dans Le Lion devenu vieux), voir même les légendes celtiques à travers les lutins, farfadets, Ents tout droit sortis de Tolkien, qui hantent la forêt de Fleur de fougère. Dans ce dernier, Starewitch invite à la tablée du roi Jeannot toutes les figures des contes et des fables : La grenouille et le bœuf, le Renart, la cigogne et le corbeau, le loup, mais également le Chat botté ou encore Cendrillon. Bien avant Shrek, Starewitch s’amuse de la rencontre de ces personnages d’horizons différents mais quivivent dans le même monde de l’imaginaire enfantin.

Ce côté iconoclaste, on le retrouve dans Le Rat des villes et le rat des champs, où il s’amuse à transposer dans le Paris des années folles la fable de La Fontaine. Revue de music-hall menée par une rate exotique, hommage à Josephine Baker, Jazz et champagne sont de la partie. Starewitch met souvent en scène des séquences de fête, ses personnages s’enivrent et jouent, courtisent. Les animaux de ses films ont un comportement on ne peut plus humain, ce qui donnera quelques soucis au cinéaste avec une censure pointilleuse. Cette magie qui prend sa source dans un quotidien parfois trivial, parfois naturaliste, est l’une des composantes essentielles du style Starewitch. Dans Fétiche mascotte, personnages réels côtoient marionnettes animées et le film s’ouvre sur une scène poignante nous montrant une mère pleurer de voir sa fille malade, alitée, à laquelle elle ne peut même offrir une orange. Starewitch se prend de ces élans de réalisme qui tranchent avec les mondes purement fantastiques souvent à l’honneur dans le cinéma d’animation. Toujours dans Fétiche mascotte, un des jouets est un souteneur qui extorque de l’argent à un singe qui fait du gringue à une poupée. Dans Le Lion devenu vieux, on assiste à une description de la fin de la monarchie avec soldats, bourgeois et ouvriers qui s’entendent pour mettre le roi à terre. Le petit garçon devenu roi dans Fleur de fougères, va quitter le royaume des rêves pour aider son grand père, pauvre paysan qui ne peut plus cultiver sa terre suite à la mort de son cheval. Le destrier princier va dorénavant devenir cheval de labour. Univers fantastique ne signifie pas pour Starewitch monde déconnecté de la réalité. Au contraire, il n’est que l’extension, l’émanation, d’un quotidien parfois dur. Il est inquiétant et immoral comme peut l’être l’imaginaire enfantin, d’où la profusion de diables et de créatures monstrueuses.

Le Rat des villes et le Rat des champs, premier film de la compilation, est l’occasion de pointer une faiblesse du style Starewitch. Souvent, le cinéaste a tendance à trop charger son image. Il y a une profusion de détails que Starewitch ne parvient pas toujours à hiérarchiser par l’utilisation de l’éclairage, l’utilisation de la profondeur de champ ou la composition des cadres. Du coup, il devient parfois difficile de saisir ce qui nous est montré et une impression de trop plein nous envahit, défaut inhérent à la sensibilité baroque de l’auteur. Pour le reste, c’est toujours le même émerveillement devant tant d’inventivité et de trouvailles. Starewitch utilise à merveille les surimpressions et les transparences, comme lorsque le rat des villes file au volant de sa voiture, marionnette animée et filmée devant une vitre où sont projetés des images de la rue. Trucage impressionnant qui huit décennies après sa réalisation nous laisse toujours perplexe. Starewitch est un passionné de bricolage qui s’amuse à trouver les inventions les plus folles pour donner vie à son imaginaire. Il suit également de prêt les évolutions techniques, comme la sonorisation. Il tourne Le Rat des villes et le rat des champs en 1926, puis le reprend entièrement en 1932 pour y adjoindre une bande sonore. Bruitages et musiques sont déjà prégnants dans la structure même de ses films muets. Leur montage est musical, les scènes de danse et de chants pullulent. Starewitch reprendra l’ensemble de son œuvre tournée avant 1932 pour y ajouter ces musiques, ces sons, dont il rêvait déjà avant que la technique ne le permette. La couleur est également une technique qui passionne le cinéaste. Tout au long de sa carrière il utilise différents procédés, virage, filtres, peinture au pochoir…

Mais la généralisation de la couleur, de par son coût d’exploitation, vient mettre en péril le délicat équilibre économique des productions Starewitch. La seconde guerre mondiale complique également son statut d’artisan. Après guerre, ses productions deviennent sporadiques. Fleur de fougère est ainsi l’un des rares témoignages de son art après les prolixes années 30, réalisé avec Alexandre Kamenka, émigré russe comme lui, ami et collaborateur fidèle après guerre. Fleur de fougère a été tourné en couleur, mais la méthode utilisée n’a pu traverser les années et c’est donc une version restaurée, mais en noir et blanc, qui nous est ici proposée.

Le Lion devenu vieux est tourné dans l’urgence, pour des raisons financières suite au blocage de la production du Roman de Renart alors au point mort à cause de difficultés de sonorisation. Starewitch reprend les marionnettes de son long métrage, et les utilisera dans deux adaptations de La Fontaine tournées en 1932. C’est un magnifique conte sur la vieillesse. Le cinéaste nous parle des tourments et de la tristesse de ce lion avec une sensibilité et un justesse de chaque instant. On est ému de son sort, de sa déchéance. On partage sa mélancolie lorsqu’il rêve de ses aventures et de ses amours passés. Cette séquence de souvenir est l’occasion d’un voyage merveilleux qui vient rompre avec les intrigues de cours, l’irrespect des sujets du roi, les moqueries. On y trouve même un éléphant volant grâce à ses oreilles, dix années avant le Dumbo de Disney. Peu d’œuvres traitent la vieillesse de front et il est étonnant de voir que l’une de ses évocations les plus justes est un petit film d’animation pour enfant…

Fétiche mascotte est le premier film d’une série de cinq mettant en scène le personnage récurrent de Mascotte, qui devait en comprendre douze tournés sur deux ans. La série fut interrompue par manque de financements, et Fétiche mascotte et ses quelques suites ne purent voir le jour que grâce à des apports américains et anglais garantissant leur distribution. Seul problème, Starewitch se voit contraint d’édulcorer son propos afin de satisfaire les desiderata anglo-saxons. Ce premier épisode est à la frontière des désirs de son auteur et des implications commerciales. Ce film est à la fois doux et enfantin, mais dans sa deuxième partie Fétiche se retrouve confronté au diable et à des créatures tout droit sorties de l’enfer : poulet et poisson squelettes, légumes démoniaques… un imaginaire qui ne correspond pas aux codes habituellement admis dans les productions visant un public enfantin. Si Fétiche mascotte est également touchant dans son évocation d’une mère et de sa fille (Nina Star) meurtris par la pauvreté, c’est bien la partie "démoniaque" qui emporte l’adhésion avec son bestiaire incongru, improbable, ses gags issus du slapstick, ses visions de l’enfer que ne dédaigneraient pas un Tim Burton. Une œuvre étrange donc, qui mêle deux sensibilités, un côté doux, un côté noir, deux facettes de l’univers enfantin en quelque sorte.

Les Contes de l’horloge magique
Les Contes de l’horloge magique est une autre compilation de trois films tournés entre 1924 et 1928. Ces trois courts sont liés par des séquences dessinées de Jean Rubak, réalisées pour l’occasion. Autre modification de taille, les cartons ont disparus au profit d’un texte lu par Rufus accompagnés d’une belle musique originale composée par Jean-Marie Sénia. Ces films ont pour point commun de mêler prises de vues réelles et êtres animés, Nina Star jouant dans chacune des histoires.

La petite chanteuse des rues est un film où quotidien et magie se confondent. Spéculation immobilière, pauvreté, petite fille qui arpente les rues en jouant du limonaire pour gagner trois sous… la toile de fond est sombre et sociale. On y ressent une certaine douleur, peut-être celle de Starewitch l’exilé, celui dont la carrière a volé en éclat suite à la révolution russe. Puis le merveilleux surgit en la personne d’un singe, d’abord véritable animal qui devient créature animée. La petite chanteuse des rues un film naïf, au jeu d’acteur et aux situations appuyées, où l’animation tient une place congrue. Une œuvre mineure mais attachante, essentiellement pour une scène réjouissante où le singe se bagarre avec le "grand malhonnête" et une autre où le petit primate se joue d’un serpent.

La Petite parade est inspiré du conte d’Andersen Le petit soldat de plomb. Ici l’irruption d’un acteur de chair et d’os est limité à un passage où une petite danseuse mécanique éblouit l’assistance des jouets de ses pas miniatures. La petite parade porte bien son nom, tant Ladislas Starewitch fait défiler toute une population hétéroclite de personnages animés. On trouve Casse-noisettes, le chien Fétiche, des soldats de plombs, un diable surgit de sa boîte, des danseuses-noisettes, des huîtres-sirènes et autres créatures aquatiques. Le récit est amusant, parfois sombre, à l’instar d’un petit soldat qui perd une jambe alors qu’il essaie de sauver la petite danseuse. L’ombre de la guerre14/18 est présente, à travers une attaque de château et ce soldat mutilé, images qui nous rappellent à quel point Starewitch est un farouche antimilitariste. Pour le reste, c’est une pure fantaisie avec un casse-noisettes quelque peu libidineux, des aventures sous-marines dignes de Jules Vernes, des péripéties en grand nombre qui s’enchaînent à un rythme effréné. La Petite parade réjouir par ses situations les plus saugrenues qui surgissent à l’improviste, joyeux capharnaüm où des dizaines de personnages viennent semer la zizanie.

L’Horloge magique est le film le plus onirique et le plus fou du lot. On y retrouve la fascination de son auteur pour le Moyen-âge, les chevaliers, les princesses, les dragons. La première partie du film est un pastiche des contes de fée. Un ton décalé, un humour un peu vachard (les chevaliers décimés un à un par leur ennemi) la caractérise. La petite fille du fabricant de jouets, qui lui ouvre les portes de ce monde fantastique, se conduit en spectatrice étonnée et amusée. Mais petit à petit, elle s’investit pleinement dans ce monde imaginaire jusqu'à dérégler la précieuse mécanique du rêve et se retrouver personnage de l’histoire. La deuxième partie se déroule dans un monde féerique où règnent Sylphe et Ondin, deux lutins qui rivalisent d’imagination pour asseoir leur suprématie sur cet univers. Nina y est miniaturisée et certains passages nous évoquent, avant l’heure, le King Kong de Schoedsack et Cooper. Tour à tour effrayée et séduite, elle apprend à apprivoiser peu à peu ce monde enchanté, oublie le monde réel pour ne plus vivre que dans le rêve.

La coexistence de personnages de chair et d’os et de créatures animées est d’une incroyable qualité. Il y a dans ces deux mondes qui se mêlent, une véritable réflexion sur l’imaginaire et le réel, sur l’animation et le cinéma "d’acteurs". Starewitch crée des passerelles empruntées à tour de rôle entre ces deux pôles du cinéma. Un acteur est aspiré dans le monde des contes, il devient poupée le temps d’un plan large, puis c’est une marionnette qui se transforme d’un coup en personnage réel. Starewitch insuffle de la vie dans des objets normalement inanimés, il n’est donc aucunement choquant de les voir entre deux plans prendre vie ou à contrario de voir un humain se transformer en marionnette. Starewitch utilise souvent l’idée de l’âme, de la vie donnée à des objets, que ce soient des jouets qui s’animent au coin d’un plan ou les âmes de deux amoureux qui s’envolent. Le grand père qui ouvre un monde de rêve, qui fabrique des petites figurines qui sont autant de passeurs vers un univers magique, est l’incarnation même de Ladislas Starewitch. L’horloge décompose le temps, le stoppe, tout comme Starewitch avec ses prises de vue image par image. Des instants de temps figés qui, mis bout à bout, créent une nouvelle temporalité et ouvrent les portes d’un nouveau monde.

Nina Star est l’Alice de L’Horloge magique. Elle brise la mécanique de son grand père afin de sauver un chevalier, et de spectatrice va devenir personnage de la fiction. C’est le dernier film où elle joue dans un film de son père. Dans la vraie vie, elle quitte le monde de fiction, et dans la fiction , elle quitte la vraie vie pour rejoindre le monde des rêves. Un paradoxe qui a certainement beaucoup amusé son père cinéaste. Fleur de fougère est une fantaisie merveilleuse où Starewitch se livre de manière très personnelle. Outre les adieux de sa fille au cinéma, on y retrouve la fascination de Starewitch pour les insectes avec un combat de coléoptères qui nous ramène à la genèse de sa carrière. C’est un film d’une grande beauté, tour à tour en noir et blanc puis en couleurs monochromes dont les teintes nous rappellent les enluminures moyenâgeuses.

Si Fleur de fougère brille d’un éclat que n’ont pas les deux autres films, ces trois œuvres sont liées par le même sens du merveilleux et de la fantaisie. Les histoires sont plus douces et enfantines que dans Le Roman de Renart et dans la compilation du Monde magique. La partition de Jean-Marie Senia, composée à l’occasion de la sortie de cette compilation, est tout simplement splendide. Sa musique lie les trois films en reprenant le thème d’ouverture tout au long des histoires, thème qui apparaît alors que la petite chanteuse des rues joue pour la première fois du limonaire. Senia, spécialiste de l’accompagnement de films muets, a longtemps accompagné des projections de films de Starewitch avant de composer la partition des Contes de l’horloge magique. L’osmose entre son univers musical et l’œuvre de Ladislas Starewitch est complète. Si certains peuvent reprocher le "rajeunissement " des films originaux, ces Contes de l’horloge magique sont une porte d’entrée parfaite pour faire découvrir aux plus jeunes le monde merveilleux de leur auteur, qui seront accompagnés tout en douceur par la voix chaude de Rufus.

Starewitch est très justement adulé par Terry Gilliam, Peter Lord ou encore Tim Burton qui projeta à toute son équipe technique les œuvres de Starewitch pour trouver l’inspiration de son Etrange Noël de Mr. Jack et dont certains personnages sont un hommage à Fétiche mascotte. Le cinéma de Starewitch c’est l’invention, la magie. Sous la fluidité de l’animation, l’incroyable vérité qui émane de ses ciné-marionettes, se cache l’animation à l’état pur, dans le sens donner vie, insuffler une âme à un objet. Ladislas Starewitch, maître de la "plastique animée" comme il aimait à appeler son travail, est l’un de ces rares génies qui offrirent au cinéma de nouvelles voies, de nouveaux horizons. Un cinéaste à découvrir, et à faire découvrir, absolument.

 

Le Roman de Renart
Image : La copie a été restaurée en 1991. S’il subsiste des tâches et des griffures, des baisses de luminosité, des points blancs, la qualité d’ensemble est très satisfaisante. On déplore quelques recadrages certainement inhérents à l’état de conservation des négatifs originaux.
Son : La piste sonore reste très correcte malgré des passages présentant du souffle, des sautes de volumes, des scratchs et des paroles parfois étouffées qui rendent quelques échanges verbaux difficilement compréhensibles.

Le Monde magique de Ladislas Starewitch
Image : Le Lion devenu vieux et Fétiche mascotte sont dans un très bon état au vu de l’âge des films. Il y a bien sûr quelques griffures, des tâches, mais l’ensemble a bénéficié d’une excellente restauration. Le Rat des villes ainsi que Fleur de fougère présentent quant à eux de nombreuses sautes de luminosités et des blancs pour la plupart cramés.
Son : A l’exception de Fleur de fougère, les films sont muets avec un accompagnement musical (ajouté en 1933 pour Le Rat des Villes). A noter que Fétiche Mascotte est proposé dans sa version distribuée au Royaume-Uni, nous avons donc pour ce film quelques commentaires off en Anglais non sous-titrés. Dans l’ensemble, les pistes sonores sont très bien conservées, la musique est parfaitement audible et les défauts de souffles sont très sporadiques.

Les Contes de l’horloge magique
Image : Les films ont été restaurés à l’occasion de leur sortie en salle en 2003 et des séquences ont été réalisées par Jean Rubak (Robinson et compagnie) pour lier les trois histoires. La qualité des copies est excellente. Le plus abîmé des trois films est La petite chanteuse des rues qui souffre de nombreuses sautes de luminosité. Pour le reste un très beau travail de restauration qui nous offre des masters de toute beauté où les poussières deviennent presque invisible. Le tout est servi par une compression impeccable. Les films ont également été colorisés, et ce dans l’optique du respect du travail original de Starewitch. Ses films étaient en effet distribués dans des versions colorées par virage, ou encore peints au pochoir pour certains éléments. Lors de la restauration, un travail de recherche à était effectué pour retrouver les effets de couleur disponibles à l’époque.
Son : Les cartons d’origine ont été retirés et remplacés par un commentaire dit par Rufus. Une musique de Jean-Marie Sénia a été composée pour l’occasion, agrémentée de bruitages judicieusement placés. La piste audio est claire, sans parasites ni souffle et propose une très bonne dynamique.

Le Roman de Renart
85 mn
Zone 2 - PAL - DVD5
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langue : Français Dolby Digital 1.0
Sous-titres : Anglais
Chapitrage, menus fixes et muets
Le Monde magique de Ladislas Starewitch
65 mn
Zone 2 - PAL - DVD5
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langue : Français Dolby Digital 1.0
Chapitrage, menus fixes et muets
Les Contes de l’horloge magique
61 mn
Zone 2 - PAL - DVD5
Format cinéma : 1.33
Format vidéo : 4/3
Langue : Français Stéréo Dolby digital 2.0
Chapitrage, menus animés et musicaux
Le Roman de Renart
- Fétiche en voyage de noces (de Ladislas et Irène Starewitch, 1936, 9mn). Fétiche, personnage canin récurrent de Starewitch, s’embarque pour son voyage de noces dans un bateau et dans les pires ennuis : un capitaine alcoolique, une tempête, un naufrage… Sur une musique de W. Grosz, les chants de marins accompagnent les péripéties loufoques des deux tourtereaux.
- Galerie. Une dizaine de croquis préparatoires et de photos de plateau.
- Biographie et filmographie de Ladislas Starewitch
- Version du film commentée par Léona Béatrice Martin-Starewitch. Passionnée et passionnante, Léona Béatrice Martin-Starewitch décortique l’œuvre de son grand-père. Ses débuts en Russie, ses techniques d’animation, ses thèmes, ses méthodes de production sont évoqués ainsi que de nombreux aspects biographiques de l’auteur : sa passion pour l’entomologie, l’animation, ses premiers films, sa reconnaissance par le Tsar Nicolas II, l’exil…. Léona Béatrice évoque également l’importance de la collaboration d’Irène et de sa mère Anna. La fille aînée de Ladislas Starewitch a entièrement dévouée sa vie à la carrière de son père. Elle a constamment combattu pour préserver l’œuvre, protéger les intérêts de son père, et devenue aveugle, elle continue même de coudre les poupées des films. A noter que le commentaire ne court que sur la moitié du film, soit environ une demi-heure.

Le Monde magique de Ladislas Starewitch
- Version commentée par L. Béatrice Martin-Starewitch. On retrouve en partie la même intervention que sur Le Roman de Renart, agrémentée de commentaires spécifiques aux films de la compilation : naissance des personnages, techniques, production, anecdotes…
- Version colorisée du Rat de ville et le rat des champs (9mn40)
Version, entièrement muette, du film colorisé par virage. La copie est bien plus abîmée que dans sa version d’origine.
- Galerie. Une dizaine de croquis préparatoires ainsi que les mêmes photos de tournage présents sur Le Roman de Renart.
- Biographie et filmographie de Ladislas Starewitch
Les autres films de Ladislas Starwitch chroniqués par Classik
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