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Un
paysan vient s’abriter d’une pluie torrentielle sous
une vieille porte délabrée où se sèchent déjà
deux hommes, un bûcheron et un prêtre. Le bûcheron semble
ne rien comprendre à une affaire à laquelle ils ont été
mêlés bien malgré eux. Tandis que le paysan fait du
feu, le bûcheron commence à raconter l’étrange
mystère…Un samouraï aurait été assassiné
et sa femme violée ; lors du procès quatre témoins
et/ou intervenants du drame (le bûcheron, le prêtre, l’accusé
et la femme violée) ainsi que l’esprit du guerrier (à
travers un médium) vont donner leur version des faits qui toutes
seront contradictoires… |
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| Rashômon, de par son traitement, bouscule et révolutionne également pas mal de codes du cinéma. Sur un point de départ finalement assez simple (une sombre histoire de meurtre et de viol), Kurosawa développe un film virtuose et novateur tant sur le plan esthétique qu’au niveau narratif et offre ainsi une intéressante réflexion sur le concept tout relatif de vérité/réalité.
Alternant plans rapprochés et plans larges composés avec
une précision d’orfèvre (le plan montrant Machiko
Kyo accroupie sous un rayon de soleil près du cours d’eau
est probablement un des plus beaux plans du film), Kurosawa effectue
un travail de montage impressionnant, le film comptant bien plus de
plans que la moyenne des films de l’époque. Mais ces choix
vont au-delà de la volonté de faire « beau »,
ils sont chargés d’une symbolique qui souligne les différents
thèmes du film. Kurosawa prend un parti pris esthétique
audacieux pour l’époque et nous offre des images de toute
beauté, jouant avec les ombres, filmant directement le soleil...
Dans les plans de sous-bois tout d’abord où la caméra,
d’une étonnante fluidité, capte le drame éclairé
par un soleil révélateur filtrant les feuillages (le long
plan en travelling où le bûcheron traverse la forêt
avant de trouver le corps). Aidé en cela par l’excellent
caméraman Kazuo Miyagawa, Kurosawa crée un envoûtant
et subtil jeu d’ombres et de lumières pour mettre à
jour l’âme humaine, suggérant ainsi toute la complexité
changeante des sentiments (des personnages, mais aussi les nôtres
par analogie, nous confrontant ainsi à notre propre nature) (2).
Kurosawa nous narre à travers les différents témoignages, cinq versions des mêmes faits ; structure narrative plusieurs fois copiée depuis et dont la plus belle réussite reste récemment le Hero (Ying Xiong) de Zhang Yimou. Qu’est-ce qui est réel ? Où est la vérité ? Y a-t-il UNE vérité ? La caméra enregistre une certaine vérité/réalité qui se trouve contredite l’image suivante ; chose déconcertante pour le spectateur (surtout à l’époque du film) qui part du principe que tout ce qui est enregistré par la caméra est réel et qui du fait est amené à se questionner sur cette réalité. Les incessants allez et venues entre la porte Rashômon où s’interrogent un quidam, le prêtre et le bûcheron sur le sens de cette histoire, la forêt du drame au centre des divers flash-back illustrant les témoignages et la cour de justice où les témoins s’expliquent confèrent une dynamique assez ludique à son film. On assiste à une série de récits où chaque protagoniste présente la version qui lui est la plus favorable, celle qui flatte le plus son honneur… Chaque protagoniste va donner sa version personnelle du drame apportant chaque fois de nouveaux indices qui réapparaîtront dans les autres témoignages (l’arc et les flèches rapportés par le moine seront une preuve à charge dans le témoignage du policier et ainsi de suite…) et qui seront comme les pièces d’un puzzle à reconstruire pour atteindre la vérité. C’est donc à un jeu de piste assez jouissif qu’est convié le spectateur. Kurosawa se contente donc de montrer différentes réalités. Au spectateur de faire la part des choses. Mais l’intention de Kurosawa n’est pas de nous livrer une quelconque réponse à l’énigme de ce drame, mais bien de donner un constat pessimiste et terriblement juste (ce qui le rend d’autant plus terrifiant) sur la nature humaine : « L’Homme est incapable d’être honnête avec lui-même. Il est incapable de parler honnêtement de lui-même sans embellir le tableau. Ce scénario parle de gens comme ça (ce genre d’individus qui ne peuvent survivre sans mentir pour se montrer meilleur qu’ils ne le sont vraiment. Il montre également que ce besoin de faussement se flatter continue même dans la tombe puisque même le personnage mort ne peut s’empêcher de mentir sur lui-même en parlant à travers le médium). L’égoïsme est un péché que l’être humain porte en lui depuis la naissance et c’est le plus difficile à combattre. » (4).
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Son : Son mono correct, assez étouffé avec par moment un certain souffle. A noter que le disque offre une piste doublée en anglais réalisée à l’origine par RKO pour la sortie du film aux USA. |
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