Prisonniers du passé :
John Smith (Ronald Colman), tel est le nom dont a été rebaptisé un soldat laissé pour mort dans une tranchée non loin d’Arras en 1917. Il se trouve désormais enfermé dans un asile anglais à Melbridge. Il y croupit depuis que sa blessure l’a rendu complètement amnésique. Profitant de la liesse populaire qui s’est emparée de la ville le jour de l’armistice, il s’enfuit de sa ‘prison’. Il fait par hasard la connaissance de Paula (Greer Garson), une chanteuse de cabaret, qui, ayant le coup de foudre pour ce ‘traumatisé’ de la guerre, décide de l’aider à échapper aux hommes de l’asile qui le recherchent et entreprend de lui redonner goût à la vie. Ils se marient, ont un enfant et coulent des jours heureux dans leur havre de paix à la campagne. Un jour que John Smith se rend à Liverpool pour le travail, il se fait renverser par un taxi. Le choc ravive sa mémoire et lui fait retrouver son identité ; il est Charles Rainier, un industriel millionnaire. Par contre, ses souvenirs s’arrêtent à sa blessure de guerre ; il a complètement évacué de son esprit les trois heureuses années qu’il vient de passer auprès de Paula…

Les quatre filles du Dr March :
Massachusetts durant la Guerre de Sécession. Alors que leur père est parti au front, les quatre sœurs March survivent tant bien que mal aux côtés de leur mère (Mary Astor), femme charitable et d’une grande honnêteté qui inculque à ses filles les meilleures manières. L’aînée, Meg (Janet Leigh), la plus posée et la plus mature, veille sur la bonne entente du ‘groupe’ surtout qu’il faut arriver à gérer à la fois l’impulsive Jo (June Allyson), garçon manqué qui songe à devenir romancière pour pouvoir s’émanciper, et l’égoïste et superficielle Amy (Elizabeth Taylor) qui ne rêve que de richesse mais n’en possède pas moins un cœur d’or. Quant à la douce Beth (Margaret O’Brien), la cadette, on ne l’entend guère car foncièrement timide mais d’une exquise bonté d’âme. Leur quotidien fait de rires et de larmes va être ‘bouleversé’ par l’arrivée dans la maison d’â côté d’un homme âgé et taciturne et de son petit fils Laurie (Peter Lawford) qui trouve comme seul distraction de regarder vivre la famille March…
Prisonniers du passé (Radom Harvest)
Les 4 filles du Docteur March (Little Women)

Réalisés par
Mervyn LeRoy
Avec Ronald Colman, Greer Garson, Philip Dorn, Susan Peters (Random Harvest) / Elizabeth Taylor, June Allyson, Margaret O’Brien, Janet Leigh (Little Women)
Scénario : Claudine West, George Froeschel, Arthur Wimperis d’après le roman de James Hilton (Random Harvest) / Victor Heerman, Andrew Solt, Sarah Y. Mason d’après le roman de Louisa May Alcott (Little Women)
Musique : Herbert Stothart (Random Harvest) / Adolph Deutsch (Little Women)
Photographie : Joseph Ruttenberg (Random Harvest) / Robert H. Planck et Charles Edgar Schoenbaum (Little Women)

2 films MGM
USA - 121 / 117 mn
1942 / 1949
Même s’il ne peut décemment pas prétendre être compté parmi les plus grands cinéastes hollywoodiens, Mervyn LeRoy ne mérite néanmoins pas le dédain avec lequel on le toise souvent dans un nombre incalculable de critiques et d’ouvrages français. Au contraire, nous devrions lui accorder plus de considération au vu des quelques perles décelées dans sa filmographie et des apports non négligeables qu’il a apporté au cinéma ne serait-ce que dans les années 30. A ce propos, Olivier-René Veillon, dans son essai sur le cinéma américain (aux Editions Points virgule), est un des rares à avoir pris sa défense avec des arguments tout à fait convaincants. LeRoy lui-même n’était pas dupe : il n’a jamais cultivé une position d’auteur, ne s’est jamais considéré comme un artiste mais comme un artisan chevronné, coopératif avec les producteurs et studios pour qui il a travaillé, ‘’simple rouage d’une œuvre commune dont il assure la cohésion’’ écrivait l’essayiste cité ci-dessus. Aucun génie, aucun style vraiment affirmé préférant l’adapter et le changer suivant le sujet traité, une ‘patte’ effectivement non reconnaissable sans audace véritable, mais un professionnalisme rarement pris en défaut et grâce auquel rares sont ses films aujourd’hui imbuvables si l’on excepte dans sa fin de carrière où on le sentait nettement moins concerné et convaincant. On se demande même encore quelle mouche l’a piqué d’avoir participé à la réalisation des Bérets verts de John Wayne, film à mille lieux de ce qui semblaient être ses préoccupations habituelles.

Né à San Francisco le 15 octobre 1900, il est le neveu du producteur Jesse L. Lasky ; pourtant il débute loin des plateaux de cinéma comme acteur de music hall. Puis il décide d’entrer dans le monde du 7ème art, au départ en tant que chef opérateur à la FBO puis réalisateur à la fin du muet à la First National, y tournant de petites bandes de pur divertissement. Quand le studio fut absorbé par la Warner, il y resta signant 33 films en neuf ans. Son professionnalisme lui permit de s’adapter à tous les genres passant avec une grande aisance de films à petits budgets à d’autres plus prestigieux ou ambitieux. Il fut même surnommé à cette époque ‘The Boy Wonder’ au vu de sa facilité à rendre rentables des productions au départ peu onéreuses. En 1931, les spectateurs restent ébahis devant Little Caesar, film n’ayant pas forcément bien vieilli mais qui eut une influence capitale sur ce nouveau ‘genre’ que constituait le film de gangster par son rythme nerveux et son montage syncopé lors des scènes d’action ; il entraina dans son sillage tout une flopée d’œuvres remarquables tels Scarface d’Howard Hawks, L’Ennemi public de William Wellman et bien d’autres encore. Il su ainsi tirer le meilleur parti du style sombre et réaliste de la Warner signant ensuite aussi bien de puissants drames sociaux tel le sublime Je suis un évadé (I am a Fugitive from a Chain Gang) sur l’extrême dureté des conditions carcérales ou le non moins réussi Quand la ville gronde (They Won’t Forget), dénonciation du lynchage à placer au moins au même niveau que le Fury de Fritz Lang, que des comédies musicales avec un arrière plan social aussi assez prononcé comme Chercheuses d’or 1933 (Gold Diggers of 1933). Tous des films historiquement très importants dotés d’une réelle et puissante critique de la société de l’époque et techniquement irréprochables. N’oublions pas qu’il fut aussi un sacré découvreur de talents puisque c’est lui qui lança Humphrey Bogart et James Cagney.

Il abandonne ensuite la Warner pour rejoindre la firme du lion. Changement assez radical puisque la noirceur et la sécheresse de style du studio précédent font place au monde des comédies familiales sophistiqués et des mélodrames sentimentaux ; les descriptions sobres et réalistes sont remplacées ici par des décors surchargés, des costumes somptueux mis très souvent en valeur par un Technicolor chatoyant du plus bel effet. Malgré la brusquerie de la mutation, LeRoy s’accommode parfaitement de ces nouvelles donnes et la première chose qu’il décide en tant que producteur à la MGM est d’imposer Victor Fleming face à George Cukor à la mise en scène du Magicien d’Oz. Dans un tout autre genre, il produit aussi Un Jour au cirque avec les Marx Brothers. Il n’en abandonne pas pour autant la mise en scène, signant surtout des mélodrames sentimentaux adaptés de Best Sellers, véritables tremplins pour ses actrices préférées, Greer Garson et surtout Lana Turner qu’il découvrit et dont il fit une grande vedette. On ne compte plus les jugements lapidaires sur les films de cette deuxième partie de carrière dont font partie Prisonniers du passé et Les Quatre filles du Dr March : mièvres, larmoyants, pantouflards, sirupeux, bavards, pénibles, dégoulinants de guimauve et croulants sous les bons sentiments… Objectivement, ce n’est pas tout à fait faux mais le métier et l’expérience de Mervyn LeRoy font que, même si le cinéaste ne cherche pas à transcender le style MGM (comme Vincente Minnelli savait admirablement le faire retournant tous les clichés à son avantage), la plupart de ses films des années 40 gardent un charme certain et des mélos comme, pour ne citer que le plus célèbre, La Valse dans l’ombre (Waterloo Bridge), conservent intacts leur pouvoir émotionnel. Il en va de même des deux films évoqués dans cette chronique même si leur trop grande sagesse et retenue les empêchent de s’élever aussi hauts qu’on l’aurait souhaité.

Random Harvest, adulé aux Etats-Unis, représente l’exemple type de ce que pouvait être le mélo hollywoodien des années 40, genre dans lequel se spécialisèrent des cinéastes tels Irving Rapper ou Edmund Goulding avec comme vedettes principales Bette Davis ou Joan Crawford, et dont le plus beau fleuron pourrait bien être Now Voyager (Une femme cherche son destin). L’histoire de Prisonniers du passé est celle d'une femme déterminée à ressusciter un amour égaré dans l'esprit de l'homme qu'elle aime mais qui ne la reconnaît plus. Comme pour la grande majorité des mélos de cette période, nous y trouvons un postulat de départ totalement improbable que l’habileté d’un scénario réussit à faire digérer avec ses invraisemblances et ses ficelles usées jusqu’à la corde, un dosage parfait de coup de théâtre, de romantisme et d’instants plus calmes, toute une ‘iconographie’ que l’on retrouve de films en films avec une prédilection pour la pluie, les larmes, les miroirs, les toiles peintes champêtres, les départs en train, etc., le tout baigné dans une photographie ultra léchée et des décors, costumes et maquillages très sophistiqués… Tout est en place et Mervyn LeRoy, professionnel jusqu’au bout des ongles, dirige avec une certaine délicatesse cette histoire d’amour impossible entre un millionnaire amnésique et une chanteuse de cabaret. Il faut dire qu’il est bien aidé par les scénaristes qui, toujours sur le fil du rasoir mais arrivant à ne jamais tomber dans le ridicule, démontrent un savoir faire indiscutable ; tout coule et se déroule avec fluidité malgré la mise en place d’un jeu narratif assez complexe dans lequel les fantaisies de la mémoire se jouent cruellement du spectateur qui se surprend à se retrouver face à un véritable film à suspense. En effet, Paula, ayant réussie à retrouver la trace de son mari disparu, va essayer selon les directives d’un psychiatre, de faire ressurgir les souvenirs de leur bonheur passé, mais avec tact, sans dévoiler ni son identité ni les relations qu’ils purent avoir pour ne pas risquer de provoquer de choc psychologique qui serait peut-être encore plus dommageable que sa semi-amnésie. Les occasions de stimuler cette mémoire vont alors se multiplier mais, désespérément, rien n'y fait et le spectateur est au supplice à cause de l’empathie qu’il ressent pour le personnage de Greer Garson. Que le soldat ne reconnaisse même pas en Paula la femme qu’il a passionnément aimé devient assez vite un véritable crève-cœur !

Nul doute que si Greer Garson, parfaite dans un rôle qui lui tenait sans doute fortement à cœur, n’avait pas obtenu cette année là l’Oscar de la meilleure interprète féminine pour un autre mélodrame encore plus réputé, Madame Miniver de William Wyler (qui récolta par la même occasion celui du meilleur scénario écrit… par la même équipe), elle l’aurait certainement reçue pour Random Harvest qui fut néanmoins nominé sept fois (les seules nominations de la carrière du cinéaste) sans rien rapporter. Ce qui n’empêcha pas le film de Mervyn Leroy de rafler tous les suffrages publics et critiques et d’être l’un des plus grands succès commercial de l’année 1943. Quant à Ronald Colman, sa composition est elle aussi admirable. Aussi convaincant dans la première partie au cours de laquelle, sous le coup de son traumatisme, il éprouve de fortes difficultés d’élocution et où il réapprend à vivre et à redécouvrir les bonheurs simples de l’existence, que dans la seconde où, ayant retrouvé sa véritable identité et son aplomb, il n’en apparaît pourtant pas aussi serein qu’il devrait l’être, homme devenu fragile par le doute et l’incertitude qui le rongent quant à ses trois années oubliées, persuadé en son for intérieur avoir vécu une belle histoire d’amour, une clé retrouvée dans la poche de son veston étant le seul objet le reliant avec cette partie de sa vie occultée mais qu’il sent avoir été une période bénie. Se raccrochant désespérément à ce ‘trou noir’ qu’il espère arriver à éclaircir un jour, il vit continuellement dans une espèce de tristesse, dans une nostalgie incompréhensible puisque basée sur du vide, perdu dans cette tentative de s’accrocher à un bonheur ressenti au plus profond de son âme sans qu’il n’en connaisse l’origine. L’on se rend compte de la complexité d’un tel rôle et Ronald Colman y est vraiment touchant.

Bref, une histoire sentimentale émouvante et au charme certain portée à bout de bras par le talent de ses deux acteurs principaux mais à laquelle il manque singulièrement d’audace pour pouvoir nous séduire totalement. LeRoy, par sa trop grande retenue en rapport aux ‘outrances’ de son intrigue, est souvent au bord de l’académisme et il manque à sa mise en scène cette ampleur, cette ‘folie’ et ce lyrisme (éléments qui font la marque des grands mélodrames, ceux de Sirk, Minnelli…) qui finiraient de nous convaincre et de nous transporter dans de plus hautes sphères émotionnelles. Dommage aussi que le score omniprésent d’Herbert Stothart soit aussi fade et anonyme car l’on sait très bien que par la seule force d’un thème musical efficace, un film peut arriver à s’élever vers des sommets insoupçonnés (La Valse dans l’ombre pour prendre un exemple d’un autre mélo du réalisateur) et que cette oeuvre soit aussi bavarde. Sinon, rien à redire de la superbe photographie en noir et blanc bien contrastée de Joseph Ruttenberg (The Philadelphia Story, Gaslight…), du traitement scénaristique soigné du roman de James Hilton (Horizons perdus, Au revoir Mr. Chips…) qui s’avère mélanger avec un bel équilibre suspense, romance sentimentale et étude psychologique. Pour les fans de ce genre tombé en désuétude qu’est le mélodrame romantique, une véritable aubaine ! Il sera permis aux autres de porter leur préférence sur un autre film de Mervyn Leroy à la réputation bien moins flatteuse, Les Quatre filles du Dr March.

La MGM consacra une grande partie de l’année 1948 à mettre sur pied un fabuleux succès pour les exploitants, une nouvelle adaptation du best-seller de Louisa May Alcott contant l’histoire de quatre sœurs devant faire face aux dures réalités de la vie tout en essayant de rendre leur quotidien le plus attrayant possible alors que leur père est parti se battre pendant la Guerre de Sécession ; presque un remake plan par plan du film de George Cukor de 1933 qui avait pour interprète principale dans le rôle de Jo, Katharine Hepburn. Pour cette nouvelle version, on reprend quatre des membres de la famille de Meet Me in St. Louis auxquels on y adjoint non moins que Janet Leigh, June Allyson et Liz Taylor et l’on engage les meilleurs techniciens du studio pour que ce Little Women devienne le film de prestige de cette dernière année de la décennie. LeRoy gagnera son pari et son film obtiendra parmi les plus grosses recettes de 1949 ; depuis il demeure avec La Vie est belle de Frank Capra, l’un des grands classiques des diffusions télévisées lors des fêtes de Noël aux USA. En effet, succès garanti si vous regardez ce film en famille avec les plus jeunes de vos enfants à condition en tant que parents de ne pas être allergique à un trop plein de bons sentiments. Mais quand Hollywood met le paquet pour nous en mettre plein les yeux et le cœur, il est souvent assez difficile de résister ; surtout quand dès le premier plan il nous prend par la main pour nous faire pénétrer à l’aide d’une naïve et magnifique toile peinte à l’intérieur d’un monde irréel, totalement artificiel, sorte de ‘Brigadoon’ citadin. Car si l’action est belle et bien délimitée dans l’espace et le temps, le scénario s’en serait bien passé, l’histoire de ces cinq femmes pouvant très bien s’être déroulée à n’importe quelle époque, dans n’importe quel pays. Bref, Little Women se passe dans le monde carte postale rêvé de la MGM, monde qui ressemble à ce tendre canevas sur le fond duquel se déploie le générique de début.

Ne donc pas rechercher une quelconque vraisemblance dans les costumes, les coiffures et les décors, la pauvreté de la firme du lion se déclinant dans une ambiance plutôt cossue et propre sur elle ; pour le plus grand plaisir du spectateur amateur de ‘sucreries’, qui est à cet instant précis plus conditionnée pour rêver que pour s’apitoyer malgré un script qui réserve de nombreux moments dramatiquement assez forts et qui soulève en filigrane les problèmes du dénuement de certaines familles touchées par la guerre. Tout ceci écrit et filmé avec une grande délicatesse, le spectateur passant d’une séquence à l’autre du rire aux larmes, tour à tour touché par la poignante Margaret O’Brien, amusé par une June Allyson revigorante, étonné par une Liz Taylor piquante et drôle dans le rôle ingrat d’Amy, fille égoïste et qui se rend ridicule à force de vouloir sortir de grands mots qu’elle écorche la plupart du temps, séduit par la beauté discrète et ‘l’under-playing’ très cohérent de Janet Leigh dans le rôle de l’aînée mature et sérieuse. Les yeux écarquillés devant un vibrant Technicolor et les oreilles ravies par un agréable score d’Adolph Deutsch, il n’a pas le temps de se rendre compte qu’il est en train de contempler une jolie suite de tableaux plutôt qu’une histoire bien charpentée. C’est là que l’on peut affirmer que LeRoy a réussi son coup : à partir d’un scénario peu audacieux et peu original brassant tous les clichés sans même les transcender, à l’aide d’un casting hors pair et d’une direction artistique exceptionnelle, il réussit à faire passer ce sentimentalisme romantique sans jamais nous écœurer, ce dernier arrivant au contraire à charmer ceux qui, au départ ont accepté de se laisser glisser dans ce monde ‘fleur bleu’. Vous voilà donc prévenu : cyniques et cœurs de pierre, passez votre chemin sous peine de mauvaise digestion !

Pour en revenir à ce qui tire principalement le film vers le haut en faisant un très honnête drame familial, à savoir le casting, aux côtés des quatre actrices, nous avons le plaisir de rencontrer non moins que Peter Lawford, Rossano Brazzi, Mary Astor, Lucile Watson, C. Aubrey Smith, Leon Ames, and Harry Davenport, etc., tous des noms qui ne disent pas obligatoirement grand chose mais dont les visages connus apparaissent dans d’innombrables films de la MGM. Retenons surtout Mary Astor très digne dans le rôle de la mère qui, malgré le dénuement de sa famille, continue à aller aider les plus pauvres qu’eux, entraînant dans ses actes de charité ses filles qu’elle souhaite faire suivre son exemple. Le personnage de Jo (délicieuse June Allyson) permet d’aborder le sujet de l’émancipation de la femme et de la création artistique, le jeune auteur livrant sa plus belle œuvre en écrivant avec sincérité un livre sur sa sœur disparue alors que de prime abord, elle se destinait à la littérature policière pour laquelle elle n’était apparemment pas douée. Celui d’Amy apporte la touche d’humour frivole nécessaire à faire passer cette succession de petits drames ; Liz Taylor nous livre à cette occasion une facette assez méconnue de ses aptitudes. Celui de la vulnérable Beth, souffrant noblement, permet à la touchante Margaret O’Brien, déjà inoubliable dans Le Chant du Missouri, de nous montrer son talent trop peu exploité ; elle y est une nouvelle fois bouleversante. La délicatesse de LeRoy est une nouvelle fois décelable dans la manière d’inclure une ellipse pour la scène de sa mort. Enfin, dans la peau de Meg, Janet Leigh, sans trop en faire, laisse un souvenir exquis pour une de ses premières apparitions à l’écran. Tous trop âgées pour leur rôle, les quatre actrices arrivent pourtant à nous le faire oublier. Comme elles arrivent à nous faire oublier durant deux heures nos petits soucis quotidiens. Un film à réévaluer qui sera suivi la même année par un autre superbe drame, celui-ci noir et sans concessions, le méconnu Ville haute, ville basse (East Side West Side) qui prouvait l’éclectisme du réalisateur.
Image : La copie de Prisonniers du passé n’a pas été nettoyée de toutes ses scories car elle demeure discrètement griffée et constellée de points blancs ici et là ; mais la restauration a bel et bien eu lieu et nous pouvons apprécier ce mélodrame dans d’excellentes conditions surtout que la compression est aussi très bien gérée. De superbes contrastes, une bonne définition, le travail de Joseph Ruttenberg est impeccablement restitué. Celle de Les Quatre filles du Dr March mérite elle aussi des éloges car d’une très grande propreté et nous proposant un Technicolor qui déploie son opulente palette chatoyante. Quelques faibles variations de colorimétrie et une définition que certains jugeront peut-être un peu trop douce sont les seuls infimes ‘défauts’ à signaler.

Son : Pour Prisonniers du passé, une version française est proposée mais elle gomme tous les bruits d’ambiance et le doublage se révèle vraiment exécrable ; à fuir donc pour pouvoir apprécier correctement ce film. La version originale est un peu plus sourde, moins dynamique, mais aussi bien plus naturelle dans ses effets et plutôt claire. Mais pourquoi l’éditeur n’offre, sur le film censément être le plus accessible à un jeune public, à savoir Les quatre filles du Dr March, que la seule version originale (pour laquelle il n’y a rien à redire) en omettant la version française que l’on pouvait par contre trouver sur le zone 1 (qui, soit dit en passant, est toutes zones et qui propose la même qualité d’image) ? Une décision assez incompréhensible mais, après le coup bas de la suppression des sous titres français sur les zones 1, on ne s’étonne plus de rien ! Warner est le Major américain qui s’occupe le mieux de son patrimoine cinématographique. Alors, pourquoi tant de couacs ces derniers temps ? Nous sommes les premiers à le déplorer mais continuons néanmoins à garder confiance.
Warner
121 mn / 117 mn
Zone 2
DVD9
Format cinéma : 1 :33
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais et français mono / Anglais uniquement pour Les 4 filles du Dr March
Sous titres : Français
C’est le néant concernant ces deux films.
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Jeremy Fox

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