Phantom of the paradise
, ou le Fantôme de l’opéra à la sauce Brian De Palma. Swan, producteur de disques riche et célèbre recherche une musique divine pour faire l’ouverture de son club ‘le Paradise’. Winslow Leach, compositeur naïf, se fait voler sa cantate rock par un Swan qui lui fait miroiter un contrat en or. Défiguré alors qu’il tentait de détruire son œuvre, Winslow Leach endosse les habits du Phantom et hante les couloirs du ‘Paradise club’. Séduit pas Swan, le Phantom signe un contrat de son sang et promet de s’atteler à l’écriture d’une œuvre rock magistrale que produira Swan.

Phantom of the Paradise
Réalisé par Brian De Palma
Avec William Finley, Paul Williams, Jessica Harper, Gerrit Graham,
Scénario : Brian De Palma
Musique : Paul Williams, George Aliceson Tipton
Photographie : Larry Pizer
Montage : Paul Hirsch
Etats-Unis - 98 mn - 1974

Ce Phantom of the Paradise, qui commence comme un épisode de Happy days, musique 60’s façon Beach boys, cuirs noirs et coiffures gominées, se situe dans la plus pure tradition ‘de palmienne’ : on retrouve les split screens, technique précédemment utilisée sur Dionysus in '69 (un des premiers De Palma) en 1970, une dose de thriller et de cynisme… D’emblée, un constat s’impose : Brian De Palma a puisé son inspiration dans différentes sources qui vont bien évidemment du roman de Gaston Leroux le Fantôme de l’opéra, à ses multiples adaptations cinématographiques : Lon Chaney en 1925 et Arthur Lubin en 1943. On pense également à Faust, au Portrait de Dorian Gray, à la Soif du mal ou encore au film muet allemand Das Kabinett des Doktor Caligari de Robert Wiene ou encore au Frankenstein de James Whale, bref, Phantom of the Paradise est un film passerelle, réalisé dans le seul but de critiquer l’industrie du disque et par extension, celle du cinéma.

Phantom of the Paradise est une méditation cathartique à propos du mercantilisme qui pervertit toute œuvre artistique. De Palma avoue lui-même se trouver au centre d’une société capitaliste dont il rejette les valeurs mais dont il ne peut se dépêtrer. Comme il le dit : "traiter avec le diable fait de vous un démon". A travers le personnage du fantôme, De Palma s’interroge sur la place de l’artiste dans un monde capitaliste qu’il ne peut rejeter, sous peine d’être rejeté à son tour. Si De Palma est critique par rapport au show business, il l’est également par rapport à son public. Une foule que le réalisateur décrit assoiffée, insatiable, incapable de penser par elle-même. La mort du chanteur glamour bisexué Beef (Gerrit Graham) passe pour partie intégrante du spectacle, un effet spécial concocté dans le seul but de nourrir la foule. Il en va de même pour le meurtre de Swan lors de la cérémonie de mariage avec Phoenix. La foule est pareille à un zombie, prête à accepter tout ce que le système peut lui donner sans se poser la moindre question. On est en droit de se demander si De Palma perçoit son public de la même manière…

Le succès d’estime, la reconnaissance du public ne peut passer que par de multiples concessions. Dans le cas du Phantom, le succès passera par la vente de son âme à Swan. Le réveil de son cauchemar ne se fera qu’au prix du meurtre de ce dernier. L’impresario mort, le Phantom peut renaître de ses cendres et devenir, comme Phoenix, un oiseau sacré libéré. Une libération, qui si elle marque la fin du Phantom, sonne également le chant du cygne pour Swan.

De Palma, qui mûrissait ce projet d’adaptation depuis de longues années, a eu quelque difficulté à vendre son script à un studio. Une barrière qui tenait principalement de la thématique rock du film, un genre dont les studios ont une peur viscérale, le rock représentant la liberté et la lutte contre l’establishment. De Palma a présenté le film comme une comédie musicale d’horreur rock, destinée à un public orienté cinéma plutôt que musique rock.

A la différence d’une comédie musicale dite classique, Phantom of the Paradise est une métaphore qui va au-delà des seules compositions scéniques. A la manière d’un Berthold Brecht, la musique et le spectacle deviennent un commentaire ironique sur l’action dramatique. De même, dans une comédie musicale classique, les compositions scéniques freinent l’action dramatique, avec Phantom of the Paradise, la musique n’est nullement un frein, une pause, au contraire elle attise la tension dramatique à l’écran.

Trouver un studio fut un tel calvaire que De Palma décida de prendre le problème à l’envers : dégoter une compagnie de disques intéressée dans le projet puis chercher un studio. De Palma sonna chez A&M records, il y fit la connaissance de Michael Arciaga, un jeune cadre enthousiasmé par le script, qui le mit en contact avec Paul Williams, sous contrat chez A&M à l’époque. De Palma tenait du même coup son Swan et son compositeur, même si le réalisateur avoue que Williams n’était pas son premier choix, il aurait préféré les Rolling Stones ou les Who, malheureusement, ils n’ont jamais décroché le téléphone. Pour le personnage du Phantom, De Palma pensa directement à William Finley, qu’il connaissait de longue date. En ce qui concerne le rôle de Phoenix, le choix fut plus délicat, l’actrice devait personnifier à la fois la beauté et le talent, Jessica Harper décocha le rôle, notamment grâce à ses capacités vocales. Suite à Phantom of the Paradise, son premier rôle au cinéma, on la retrouvera dans Suspiria de Dario Argento.

Sous des dehors de film comique, grand guignol et fourre tout, Phantom of the Paradise représente une œuvre éminemment intelligente et subtile qui consacra De Palma comme un des grands réalisateurs américains du vingtième siècle. Ne perdez pas de temps, signez dès à présent votre contrat !

Image : Il semble que le master utilisé soit le même que lors des éditions précédentes de la Fox. Toutefois, il a été nettoyé de quelques impuretés. Le résultat final est globalement satisfaisant : la définition est plus que correcte, et surtout la colorimétrie si difficile à restituer est ici parfaitement respectée - même les couloirs rouges du Paradise sont stables. Evidemment, l’abondance de pistes sonores a quelques conséquences sur la compression, et on pourra relever quelques fourmillements sur les blancs, mais rien de dramatique. On regrettera seulement que le cadrage ne respecte pas tout à fait celui vu en salles - il manque quelques millimètres en haut et en bas - même si le rendu final n’est aucunement choquant. Mais il faudrait repartir des éléments d’origine. En l’état, cette édition satisfera tous les amoureux du film.

Son : Fort heureusement, Opening ne nous prive pas de la bande stéréo d’origine ; claire, équilibrée, elle à privilégier. Du côté des remix également proposés : tous deux sont dynamiques, riches en basses, et surtout ne dénaturent pas le rendu d’origine à grands coups d’effets, la l’essentiel des informations provenant des enceintes avant. On notera une légère supériorité du DTS, plus détaillé, mais parfois imparfait. Ainsi, lors de la séquence du split-screen, les dialogues sont un peu noyés dans la musique, alors qu’ils sont parfaitement intelligibles sur la stéréo. Enfin, vous avez toujours la possibilité d’écouter le film en français en Dolby Digital ou en DTS, mais on se demande bien ce qui pourrait vous pousser à le faire.

Opening
98 mn
DVD-9
Zone 0
Menu musical et animé
Chapîtrage animé

Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : anglais stéréo, Dolby Digital 5.1 et DTS, français Dolby Digital 5.1 et DTS
Sous titres : français

Disque 1 :

- Présentation par Gerrit Graham - 47 s : l’interprète de Beef se fend d’une introduction entièrement en français au ton très pythonesque.

Disque 2 :

- Paradise Regained - 50 mn : Ils sont tous là, ou presque. Brian De Palma, Paul Williams, William Finley, Jessica Harper, Gerrit Graham, Paul Hirsch,… Et au contraire des documentaires de Laurent Bouzereau, le réalisateur ne monopolise pas la parole. Tous les intervenants nous racontent donc ce tournage haut en couleurs. Rempli d’anecdotes - il faut entendre Gerritt Graham, qui s’exprime partiellement en français, raconter comment les danseuses issues d’une université méthodiste étaient horrifiées par leurs costumes -, et d’information - Paul Williams confirme que la séquence des obsèques de Beef n’a jamais été tournée -, ce documentaire est un vrai régal pour tous les fans du film. De plus, il pose des questions essentielles : Kiss a-t-il copié les Undead, ou est-ce le contraire ? Le costume du Phantom et sa boîte vocale ont-il réellement inspiré celui de Darth Vader ? Indispensable.

- Carte Blanche à Rosanna Norton - 9 mn 36 : Filmée par un caméscope tremblant, la costumière se remémore son travail sur le film. Parmi d’autres souvenirs, elle nous explique que c’est Gerrit Graham en personne qui eut l’idée de la ceinture ornée de bois de cerf en contemplant la collection de son taxidermiste de mari. Un supplément sympathique, même s’il fait un peu mal aux yeux.

- Fausse Publicité par William Finley - 31 s : L’acteur a trente secondes pour nous vendre un modèle unique d’action figure du Phantom. Même si elle n’existe pas, JE LA VEUX !

- ‘I Feel for You’, Bob Sinclar - 3 mn 49 : On le savait déjà, le DJ/compositeur est resté bloqué sur les années 70, il remixe Cerrone, et on murmure que sa collection de magazines de charme d’époque serait impressionnante. Il réalise sans doute ici un vieux fantasme en se glissant dans la peau de Swan, même si on se demande un peu ce que ça vient faire sur ce disque. Anecdotique mais sympathique.

- Filmographie de Brian De Palma : Filmographie déroulante reprenant les long-métrages du cinéaste jusqu’au Dahlia Noir.

- Film Annonce - version longue - 2 mn 08 : assez belle bande-annonce, même si elle raconte à peu près l’intégralité du film, dans un état acceptable même si les couleurs ont tendance à virer dans les rouge.

- Film Annonce - version courte - 1 mn : cette bande-annonce plus ramassée se focalise sur les aspects les plus horrifiques du film en l’inscrivant dans la continuité des classiques du genre.

Pour conclure, en dépit d’un digipack au couleurs un peu trop fluorescentes, on peut dire qu’on a enfin entre les mains la première édition satisfaisante de Phantom of the Paradise, et à ce jour c’est une exclusivité française - voilà qui va faire des jaloux dans d'autres contrés ; signalons en passant que la présente édition est Zone 0. De quoi nous faire un peu oublier le mythique laserdisc Criterion annulé en son temps. Les amoureux du film peuvent se la procurer les yeux fermés, on ne devrait pas voir mieux avant l’arrivée du prochain support.

Test technique de Franck Suzanne.

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