Ce
Phantom of the Paradise, qui commence
comme un épisode de Happy days, musique 60’s façon
Beach boys, cuirs noirs et coiffures gominées, se situe dans
la plus pure tradition ‘de palmienne’ : on retrouve les
split screens, technique précédemment utilisée
sur
Dionysus
in '69 (un des premiers De Palma) en 1970, une dose de
thriller et de cynisme… D’emblée, un constat s’impose
: Brian De Palma a puisé son inspiration dans différentes
sources qui vont bien évidemment du roman de Gaston Leroux
le Fantôme de l’opéra, à ses multiples
adaptations cinématographiques : Lon Chaney en 1925 et Arthur
Lubin en 1943. On pense également à
Faust,
au
Portrait de Dorian Gray, à
la Soif
du mal ou encore au film muet allemand
Das
Kabinett des Doktor Caligari de Robert Wiene ou encore
au
Frankenstein de James Whale, bref,
Phantom
of the Paradise est un film passerelle, réalisé
dans le seul but de critiquer l’industrie du disque et par extension,
celle du cinéma.
Phantom of the Paradise est une méditation
cathartique à propos du mercantilisme qui pervertit toute
œuvre artistique. De Palma avoue lui-même se trouver
au centre d’une société capitaliste dont il
rejette les valeurs mais dont il ne peut se dépêtrer.
Comme il le dit : "traiter avec le diable fait de vous
un démon". A travers le personnage du fantôme,
De Palma s’interroge sur la place de l’artiste dans
un monde capitaliste qu’il ne peut rejeter, sous peine d’être
rejeté à son tour. Si De Palma est critique par rapport
au show business, il l’est également par rapport à
son public. Une foule que le réalisateur décrit assoiffée,
insatiable, incapable de penser par elle-même. La mort du
chanteur glamour bisexué Beef (Gerrit Graham) passe pour
partie intégrante du spectacle, un effet spécial concocté
dans le seul but de nourrir la foule. Il en va de même pour
le meurtre de Swan lors de la cérémonie de mariage
avec Phoenix. La foule est pareille à un zombie, prête
à accepter tout ce que le système peut lui donner
sans se poser la moindre question. On est en droit de se demander
si De Palma perçoit son public de la même manière…
Le
succès d’estime, la reconnaissance du public ne peut
passer que par de multiples concessions. Dans le cas du Phantom,
le succès passera par la vente de son âme à
Swan. Le réveil de son cauchemar ne se fera qu’au prix
du meurtre de ce dernier. L’impresario mort, le Phantom peut
renaître de ses cendres et devenir, comme Phoenix, un oiseau
sacré libéré. Une libération, qui si
elle marque la fin du Phantom, sonne également le chant du
cygne pour Swan.
De Palma, qui mûrissait ce projet d’adaptation depuis
de longues années, a eu quelque difficulté à
vendre son script à un studio. Une barrière qui tenait
principalement de la thématique rock du film, un genre dont
les studios ont une peur viscérale, le rock représentant
la liberté et la lutte contre l’establishment. De Palma
a présenté le film comme une comédie musicale
d’horreur rock, destinée à un public orienté
cinéma plutôt que musique rock.
A la différence d’une comédie musicale dite
classique, Phantom of the Paradise est une métaphore
qui va au-delà des seules compositions scéniques.
A la manière d’un Berthold Brecht, la musique et le
spectacle deviennent un commentaire ironique sur l’action
dramatique. De même, dans une comédie musicale classique,
les compositions scéniques freinent l’action dramatique,
avec Phantom of the Paradise, la musique n’est
nullement un frein, une pause, au contraire elle attise la tension
dramatique à l’écran.
Trouver
un studio fut un tel calvaire que De Palma décida de prendre
le problème à l’envers : dégoter une
compagnie de disques intéressée dans le projet puis
chercher un studio. De Palma sonna chez A&M records, il y fit
la connaissance de Michael Arciaga, un jeune cadre enthousiasmé
par le script, qui le mit en contact avec Paul Williams, sous contrat
chez A&M à l’époque. De Palma tenait du
même coup son Swan et son compositeur, même si le réalisateur
avoue que Williams n’était pas son premier choix, il
aurait préféré les Rolling Stones ou les Who,
malheureusement, ils n’ont jamais décroché le
téléphone. Pour le personnage du Phantom, De Palma
pensa directement à William Finley, qu’il connaissait
de longue date. En ce qui concerne le rôle de Phoenix, le
choix fut plus délicat, l’actrice devait personnifier
à la fois la beauté et le talent, Jessica Harper décocha
le rôle, notamment grâce à ses capacités
vocales. Suite à Phantom of the Paradise,
son premier rôle au cinéma, on la retrouvera dans Suspiria
de Dario Argento.
Sous des dehors de film comique, grand guignol et fourre tout,
Phantom of the Paradise représente une œuvre
éminemment intelligente et subtile qui consacra De Palma
comme un des grands réalisateurs américains du vingtième
siècle. Ne perdez pas de temps, signez dès à
présent votre contrat !