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1840
en Floride. La navigation maritime représente le moyen de transport
privilégié pour le commerce des marchandises. A Key West,
les récifs sont menaçants et terriblement dangereux, mais
la région constitue la voie la plus rapide pour relier le Mississippi
à l’océan Atlantique. Des sauveteurs en mer se tiennent
prêts pour récupérer les naufragés des navires
abîmés en mer… et surtout la marchandise convoyée,
car ils empochent 50% de la valeur des biens récupérés.
La concurrence se révèle rude entre les différents
bateaux qui s’adonnent à cet exercice et la tentation de
provoquer les "accidents" pour toucher le pactole est grande.
Cette limite est allègrement et régulièrement franchie
par l’avocat et homme d’affaires véreux King Cutler,
dont le dernier forfait est d’avoir payé l’officier
en second du navire Jubilee pour le faire échouer. Le
capitaine de ce dernier, Jack Stuart, est sauvé par la belle Loxi
Claiborne pendant que Cutler et son frère, l’ayant précédée
sur les lieux du naufrage, s’occupent de la marchandise en bons
pilleurs d’épaves qui se respectent. Loxi et Jack tombent
amoureux l’un de l’autre. Elle profite d’un voyage à
Charleston pour aller défendre la cause de Stuart devant ses employeurs.
Elle y rencontre Steven Tolliver, l’avocat de la compagnie, à
qui elle fait du charme. Mais Tolliver s’éprend de Loxi qui
le rejette quand les masques tombent. Le destin de Stuart, qui lorgne
sur le commandement du bateau à vapeur Southern Cross,
dépend de Tolliver qui se rend à Key West pour enquêter
sur les naufrages qui coûtent une petite fortune à sa société.
Les intérêts des uns et des autres convergent ou divergent
selon la nature des sentiments amoureux conflictuels, sous l’œil
torve de King Cutler qui emploie tous les moyens nécessaires pour
défendre sa petite affaire menacée par les investigations
du brillant avocat. Un drame va précipiter les événements
et révéler la nature profonde des différents protagonistes. |
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Aventures
en mer, naufrages, exploration sous-marine, trahisons, comédie,
combats à mains nues, rivalités amoureuses, procès
en justice… Les Naufrageurs des mers du Sud est
une œuvre qui combine tout un tas d’éléments,
de péripéties colorées et de nœuds dramatiques
susceptibles de frapper l’esprit du jeune cinéphile et de
nourrir sa foi dans le cinéma d’aventures et ses nobles sentiments.
Certains téléspectateurs fidèles de la regrettée
émission de télévision La Dernière séance
se souviennent encore de la diffusion de ce film un soir de décembre
1994. Revoir Les Naufragés des mers du Sud dix
ans après peut représenter une gageure pour qui craint régulièrement
que les affres du temps, et une maturité trop occupée à
remettre en question les jugements exaltés de sa jeunesse, viennent
obscurcir et désavouer les souvenirs d’un temps révolu
où il n’était point honteux d’accompagner les
marins dans leurs exploits, de trépigner d’effroi devant
les machinations des salauds ou d’espérer que la belle reparte
à la fin avec son amant de cœur et non de raison, le tout
dans son salon. Pour autant, force est pourtant de constater que le plat
riche et garni conserve toujours sa saveur et son piquant, malgré
le recul que l’on pourra prendre vis-à-vis du cinéma
de Cecil B. De Mille. Pourtant, c’est bien au style opulent et flamboyant
du réalisateur démiurge, nourri de ses propres exubérances,
que l’on doit le plaisir de la redécouverte et cette impression
d’éternité pour ce type de film qui occupera toujours
une place à part dans le cœur des cinéphiles, et même
chez les plus endurcis d’entre eux. Cecil
B. De Mille ou le patronyme qui fait peur à nombre de spectateurs.
Farouches contempteurs d’un cinéma majestueusement empesé
qui mêle souvent opulence et grandiloquence, générosité
et emphase, noblesse d’âme et prosélytisme, ne fuyez
pas et restez donc à quai pour cette fois ! Cinq ans avant Samson
et Dalila et quatorze avant Les Dix Commandements,
De Mille n’avait pas encore versé dans l’outrance élégiaque
et le verbe déclamatoire qui caractérisent la dernière
partie de son œuvre cinématographique (même si l’on
qualifiera sans ambages Sous le plus grand chapiteau du monde
(1953) de chef-d’œuvre) et dont la teneur peut en rebuter beaucoup.
En 1942, la carrière de De Mille se situe à son zénith.
L’artiste qui avait tant apporté au cinéma muet en
termes d’audaces visuelles et narratives et de grand spectacle,
on l’oublie souvent d’ailleurs, avec des films comme Forfaiture
(1915), Les Dix Commandements (1923) ou Le Roi
des rois (1927), a passé avec succès l’épreuve
du parlant. Car la force et le dynamisme interne du cinéma de Cecil
B. De Mille naissent du plan lui-même bien plus que du découpage
ou du rythme du montage. L’exactitude de la composition, le soin
apporté aux détails, la place des comédiens dans
le cadre et leur stature iconique sont les caractéristiques premières
d’un style qui illuminera une décennie merveilleuse. Le cinéaste
tourne peu, en comparaison d'un grand nombre de ses collègues,
mais signe des films inoubliables comme les trois westerns Une
Aventure de Buffalo Bill (1936), Pacific Express
(1939) et Les Conquérants d’un nouveau monde
(1946), et deux films d’aventures inspirés Les Flibustiers
(1938) et surtout Les Tuniques écarlates (1940)
au titre très justement évocateur.Le personnage De Mille avait certes de quoi s’attirer notre mépris : ultra conservateur, bigot, pervers refoulé (ce qui aura pour heureuse conséquence de le voir nous offrir de belles scènes d’érotisme suggéré et de sadisme étonnant), et bientôt partisan actif du maccarthysme. Le traitement des Indiens et des Noirs dans ses films n’appelle pas non plus à notre indulgence, sans aller toutefois jusqu’à le traiter de raciste (quoique certains ne s’en soient pas privés), même si c’est plutôt une époque dans son ensemble qu’il faudrait incriminer dans ce domaine. Il n’est pas souvent aisé de faire la différence entre l’homme et l’artiste, et si la majorité des œuvres citées ici ne témoigne pas, heureusement, de la moralité douteuse de leur auteur, c’est un point à prendre en considération. Sa collaboration avec Gary Cooper sur quatre films atténue très fortement l’impression de malaise que l’on peut parfois ressentir lorsqu’on évoque De Mille, tant l’acteur véhicule une image intègre, noble, attachante et profondément humaine du cinéma américain. ![]() Gary Cooper était justement le premier choix de Cecil B. De Mille pour incarner le capitaine Jack Stuart dans Les Naufragés des mers du Sud. Mais le comédien ne put se défaire de l’engagement pris auprès du producteur Samuel Goldwyn pour jouer dans Vainqueur du destin (1942) de Sam Wood. De Mille choisit finalement John Wayne qui n’avait pas encore atteint la stature qu’il obtiendra après-guerre. Pas encore une grande star, Wayne pouvait se permettre ici d’apparaître un peu gauche, naïf, emporté et peu sûr de ses responsabilités. Un grand gaillard que l’on voudrait tant aimer mais que l’on sent hésitant sur le plan moral. Ainsi, ses scènes de confrontation avec le formidable Raymond Massey, qui interprète le rôle de l’infâme King Cutler, jouent autant sur sa fougue juvénile que sur sa fragilité. Face à Wayne, on trouve le distingué Ray Milland, dont le jeu rappelle un peu dans ce film celui de Cary Grant. Pour une fois loin de ses rôles de personnages cyniques et des drames sombres qui feront sa gloire future, comme Le Poison (1945) de Billy Wilder, Espions sur la Tamise (1944) de Fritz Lang ou Le Crime était presque parfait (1954) d’Alfred Hitchcock, Milland joue un homme valeureux, séduisant, intelligent, malin et doué d’un grand sens de l’humour (il est même ventriloque à ses heures perdues, ce qui
s’avère justement fort utile pour séduire la gent
féminine). L’opposition avec John Wayne fonctionne
sans le moindre accroc et le choix du spectateur n’est pas chose
aisé pour l’identification. Ce qui nous amène tout
naturellement au centre du triangle amoureux, à savoir la piquante
et intraitable Paulette Goddard. La fougueuse comédienne des Temps
modernes (1936) et du Dictateur (1940) de Charles
Chaplin (qui fut un temps son mari), et de l’émouvant Journal
d’une femme de chambre (1946) de Jean Renoir, trouve une
nouvelle fois un rôle à la mesure de son charisme, de son
énergie et de sa beauté : celui d’une aventurière
libre de ses gestes et de ses mots, qui ne craint ni la violence des hommes
ni la fureur de l’océan, et qui s’affranchit de toute
règle de bienséance quand ses intérêts sont
en jeu. Cependant, puisque nous sommes chez Cecil B. De Mille et non pas
chez Howard Hawks ou Nicholas Ray, la jeune et jolie rebelle devra malheureusement
vite rentrer dans le rang. On ne peut pas tout avoir. Paulette Goddard
tourne pour la deuxième fois avec De Mille après Les
Tuniques écarlates et avant Les Conquérants
d’un nouveau monde, dans lequel le réalisateur lui
fera subir les pires contrariétés et lui offrira le rôle
le plus délicieusement sexy de sa carrière. Dans un second
rôle, on aura le plaisir de voir évoluer une jeune Susan
Hayward débutante qui interprète la cousine de Loxi Claiborne
/ Paulette Goddard, amoureuse transie du frère cadet de King Cutler,
une situation qui causera sa perte. Découverte par David O. Selznick
qui l’essaya pour Autant en emporte le vent (1939)
avant de la rejeter (de même que Paulette Goddard d’ailleurs
qui prouve dans les scènes à Charleston qu’elle aurait
pu tenir le rôle de Scarlett O’Hara), Susan Hayward tourna
beaucoup avant d’obtenir la reconnaissance méritée
de son talent dans les années 1950 en alignant les personnages
de femmes fortes et indomptables comme ceux des Neiges du Kilimandjaro
(1952) de Henry King, du Jardin du Diable (1954) de Henry
Hathaway, d’Une Femme en enfer (1956) de Daniel
Mann et surtout de Je veux vivre (1958) de Robert Wise
où elle s'y montre sauvage et déchirante. Les
Naufrageurs des mers du Sud, un bon et classique film d’amour
et d’action avec une distribution prestigieuse sur fond d’aventures
en mer ? Oui et bien plus que cela encore. C’est avant tout un film
de Cecil B. De Mille reconnaissable en premier lieu par la reconstitution
minutieuse des différents lieux figurant le récit. Des ponts
des navires, en passant par la cité portuaire, les résidences
aristocratiques et la végétation luxuriante de la ville
de Charleston, le tribunal et les épaves sous-marines, le cinéaste,
aidé de techniciens hors pairs (qui obtiendront justement l’Oscar
des Effets Spéciaux en 1943), compose des tableaux de toute beauté
dans lesquels ses obsessions coutumières (la puissance des éléments,
le couple uni dans la douleur et une certaine forme de renoncement, le
destin dicté par le conflit moral, le nécessaire sacrifice,
le salut de l’âme) trouvent un superbe écrin. Bénéficiant
d’un Technicolor somptueux, Les Naufrageurs des mers du
Sud s’apprécie souvent comme un livre d’images
un peu figées dans leur beauté élégiaque et
quasi mystique (plusieurs plans "de milliens", comme celui des
matelots qui chargent un navire à contre-jour évoluant comme
dans une procession, confèrent une belle solennité à
ce qui apparaît également comme un drame épique à
bien des égards). Le Technicolor flamboyant aux couleurs très
saturées déréalise complètement l’histoire
et lui donne une patte visuelle sans équivalent, en nous plongeant
dans l’univers merveilleux de l’enfance qui s’affranchit
de tout réalisme et affirme le caractère d’exception
des personnages.L’action dans Les Naufrageurs des mers du Sud, qui reste un film assez bavard pour permettre à l’humour de s’exprimer, reste circonscrite dans quelques scènes. Le souvenir du spectateur peut ainsi être trompeur. Mais ces séquences ont toutefois gardé leur capacité de séduction et leur charme. Il faut néanmoins souligner que ces moments obéissent au style du réalisateur décrit plus haut… que les amateurs du cinéma d’action de Michael Curtiz ou de Raoul Walsh ne s’imaginent pas trouver un équivalent ici ! Le naufrage dramatique du Southern Cross offre un beau spectacle mais l’on retiendra essentiellement la scène de plongée sous-marine dans
laquelle John Wayne et Ray Milland descendent explorer l’épave
du navire dans leurs scaphandres. Ici, la nostalgie de l’adolescence
joue à plein car ce genre de péripéties est finalement
assez rare au cinéma (les scaphandriers ne soulèvent manifestement
pas le même enthousiasme que les plongeurs chez les scénaristes).
La rencontre avec un calmar géant apporte son lot de frissons et
de délectation. Douze années avant la pieuvre géante
de 20 000 Lieues sous les mers (1954) de Richard Fleischer,
le gigantisme de Cecil B. De Mille a frappé avec ce combat sous-marin
opposant les deux hommes au monstre de l’océan. Il faut reconnaître
toutefois que la créature en caoutchouc a bien vieilli et manque
singulièrement de vie en comparaison de la pieuvre de la production
Disney toujours aussi impressionnante. On dira qu’il s’agit
justement ici de relever le défi posé par le film de Cecil
B. De Mille. Sommes-nous encore capables de nous extasier devant des rivalités
amoureuses filmées en Technicolor sur le pont d’un bateau,
de goûter au spectacle d’un naufrage sans morts atroces, de
jouir devant les manigances criminelles d’un Raymond Massey en fieffé
salaud, d’assister avec délice à un combat à
main nues contre un calmar géant en plastique ? Si la réponse
est oui, alors l’hésitation n’est plus permise : Les
Naufrageurs des mers du Sud reste bel et bien fidèle à
notre souvenir ému de La Dernière Séance
d’Eddy Mitchell, lors de cette soirée mémorable de
décembre 1994. |
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Image
: Le générique et le début du film présentent
plusieurs problèmes de pellicule : rayures, taches, points blancs.
Bien heureusement, la suite se caractérise vite par une propreté
rarement prise en défaut (le master est finalement d’assez
haute tenue pour un film de cet âge. Les contrastes sont excellents
et la définition est très correcte. La compression, à
part quelques très rares fourmillements dans les coins sombres
de l’image, est du même tonneau. On garde le meilleur pour
la fin : les couleurs. Le Technicolor est superbement en valeur par ce
DVD. Au niveau colorimétrie, on peut parler d’un sans-faute
; seule une restauration exemplaire et un report HD pourraient améliorer
le rendu de ce film qui bénéficie ici d’un excellent
confort de vision.Son : La bande-son fait son âge. Non pas que la piste originale mono démérite vraiment (qui reste suffisamment claire pour ne rien perdre du mixage d’origine), mais elle est un peu étouffée. Cela dit, les ambiances et le mixage voix/ambiances sont corrects et suffisamment crédibles pour qu’on s’abandonne tranquillement à l’écoute de la version originale. Ce qui n’est absolument pas le cas de la version française. Un petit message aux éditeurs : si la version française d’époque n’existe pas, est en très mauvais état ou demeure introuvable, abstenez-vous de refaire un nouveau doublage s’il vous plaît. Parce que les voix complètement à côté de la plaque (dramatiquement parlant) qui semblent venir et résonner d’un caisson d’enregistrement situé dans son salon à proximité des enceintes qui crachent péniblement un arrière-plan sonore complètement éteint, on n’en veut plus, merci… De son côté, la version allemande reste assez proche de la version américaine. |
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![]() Tous les menus, au design complètement bâclé à l’image de la jaquette du DVD, sont fixes et muets. Le chapitrage est découpé en 18 segments répartis sur 5 pages. Aucun supplément, pas même la bande-annonce, ne figure sur cette édition décidément bien minimaliste pour un film de Cecil B. De Mille. |
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