Une incroyable histoire

(The Window)

Réalisé
par Ted Tetzlaff
Avec Barbara Hale, Bobby Driscoll, Arthur Kennedy, Paul Stewart, Ruth Roman
Scénario : Med Dinelli d’après une nouvelle de Cornel Woolrich (William Irish)
Musique : Roy Webb
Photographie : William O. Steiner et Robert De Grasse

Une production RKO
Etats-Unis - 73 mn - 1949

 

Une incroyable réputation ! Voir convoquer ici et là pour l’évoquer, La Nuit du chasseur et Fenêtre sur cour (dont Cornell Woolrich est aussi l’auteur), c’est bien trop lourd à porter et bien trop d’honneur fait au cinquième film de Ted Tetzlaff au final très prévisible et assez peu excitant. Prenant pour point de départ le fameux concept de l’histoire de "l’enfant qui criait au loup" racontée aux enfants qui ont tendance à mentir et affabuler, le scénario suit les pérégrinations d’un jeune garçon témoin d’un crime mais que personne ne va croire (ni ses parents, ni la police) tellement il avait l’habitude d’inventer des sornettes invraisemblables pour son entourage. Les meurtriers en revanche, ayant compris qu’ils étaient en présence d'un témoin, vont tenter de le liquider... Mettez Hitchcock à la mise en scène et nous nous serions peut-être trouvés devant un modèle de suspense oppressant et tendu jusqu’à la corde. Pourtant ce thriller vient encore une fois prouver que les grands chefs opérateurs font rarement de grands cinéastes. La carrière de Ted Tetzlaff à la photographie fut en effet assez brillante et le dernier film qu’il éclaira, Les Enchaînés (Notorious) d’Alfred Hitchcock, marqua en sorte son apogée. The Window peut quand même se prévaloir d’une très belle photographie dont de superbes vues très réalistes et documentaires de l’East End de New York. Nonobstant la faible durée du film (à peine 75 minutes) le scénario de Mel Dinelli (pourtant auteur du scénario noir de charbon de l’étonnant House by the River de Fritz Lang) , qui aurait été absolument parfait pour un court métrage, se traîne ici en longueur ; presque chaque séquence aurait mérité d’être moins étirée et montée plus sèchement. Ici, le bavardage l’emporte bien trop souvent alors que dans le même temps la tension a du mal à s’installer. Filmé de trop de points de vue différents, inutilement bavard, mal équilibré, mis en scène sans génie particulier, ce thriller a du mal à nous faire frémir pour ce garçon pourtant très bien interprété par un jeune acteur de l’écurie Disney : Bobby Driscoll. Arthur Kennedy et Barbara Hale, les parents, n’ont ici pas grand chose à faire et c’est Paul Stewart qui tire la couverture à lui, avec sa trogne patibulaire et teigneuse, une fois encore parfait en "Bad Guy". Grâce à lui, le dernier quart d’heure, qui voit les criminels se lancer à la poursuite nocturne de leur jeune témoin, nous ne fait pas regretter d’être restés jusqu’au bout. Mais trop tard ! Il aurait fallu que cette Une Incroyable histoire décolle plus tôt pour nous laisser sur une très bonne impression. Maintenant, oubliez ce que vous venez de lire et faites-vous votre propre opinion car celle que je viens de vous délivrer est très minoritaire, The Window étant considéré un peu partout comme une pépite du genre.
Editions Montparnasse
73 mn
Zone 2
DVD 5
Chapîtrage absent
Format cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais Mono 1.0
Sous titres : Français


Un assez bon master récupéré par les Editions Montparnasse malheureusement, parfois gâché dans les scènes sombres (13’) par une compression vraiment très moyenne. Dommage car le grain numérique était pourtant absent des ciels lors des plans en extérieurs du début qui laissaient présager une belle réussite de l’éditeur. Cela étant dit, rien d’insupportable non plus et la copie se révèle plutôt propre mais manquant un peu aussi de définition. Niveau sonore, nous sommes en présence d’une VF d’époque et d’une piste anglaise toutes deux très bien conservées, claires et sans trop de souffle. La présentation de Serge Bromberg revient surtout sur la carrière du réalisateur mais comme il a été dit au départ, l’idée d’invoquer le film de Charles Laughton pour mettre en bouche ne risque à mon avis que d’en faire découler une certaine déception.
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Rachel and the Stranger


Réalisé
par Norman Foster
Avec Loretta Young, Robert Mitchum, William Holden, Gary Gray, Tom Tully
Scénario : Waldo Salt d’après un roman de Howard Fast
Musique : Roy Webb
Photographie : Maury Gerstman

Une production RKO
Etats-Unis - 79 mn - 1948

 

Dans les paysages sauvages de l’Ohio à l’époque des pionniers, David Harvey (William Holden) vient de perdre sa femme et se retrouve seul avec son fils. Son épouse défunte ayant toujours souhaité que son garçon ait une bonne éducation malgré leurs conditions de vie difficile, David décide d’aller chercher une nouvelle épouse en ville malgré les protestations de son rejeton qui ne désire pas de remplaçante pour sa mère. Pour respecter les traditions, on le marie à Rachel (Loretta Young), servante qu’il rachète pour l’emmener dans ses montagnes. La vie reprend donc son cours mais les deux "hommes" se montrent froids et distants envers Rachel, la traitant plus en esclave et femme d’intérieur qu’en épouse et mère. Il faudra l’arrivée de Jim (Robert Mitchum), un trappeur et le meilleur ami de David, et son incrustation dans la famille suite à son béguin pour Rachel qu’il traite comme une reine, pour éveiller en David des sentiments insoupçonnés : la jalousie, le respect et l’amour. Rachel devient donc le déclencheur d’une prise de conscience au sujet du véritable rôle de la femme au sein de la famille mais aussi un “objet” de rivalité entre les deux amis qui étaient déjà auparavant entrés en “compétition amoureuse” pour la défunte…

A travers ce bref apercçu de l’intrigue de Rachel and the Stranger, on devine que le "blacklisté" Waldo Salt a écrit (sans être crédité, liste noire obligeait) un très beau scénario, ambigu, sensible et progressiste, s’attaquant à toutes formes de préjugés et plutôt original à l’intérieur du genre. Dans une veine identique à celle qu’avait tracé L’Ange et le mauvais garcon l’année précédente, un western doux, tendre et apaisé qui n’arrive malheureusement pas à concrétiser toutes ses promesses par la seule faute d’une mise en scène sans éclat de Norman Foster et l’ajout pour le final d’une scène d’action malvenue et techniquement sans relief, très certainement amenée là pour satisfaire les amateurs d’émotions fortes qui devaient jusqu’alors se sentir lésés. Mais en oubliant ces détails, une bien belle histoire mettant en scène quatre personages superbement dessinés, interprétés avec énormément de conviction par William Holden, Loretta Young et un Robert Mitchum charismatique qui en profite pour nous faire découvrir un autre de ses grands talents, celui de chanteur. C’était pour ce film une première ; pour l’occasion, il interprétait ici pas moins de six chansons non plaquées mais au contraire parfaitement integrées à l’intrigue dont la superbe Foolish Pride. Malgré la fadeur de la realisation, une assez belle réussite.

Editions Montparnasse
79 mn
Zone 2
DVD 5
Chapîtrage absent
Format cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Anglais Mono 1.0
Sous titres : Français





Le master récupéré par l’éditeur n’est pas flambant neuf, manque parfois de stabilité, de definition et de contrastes ; l’ensemble demeure néanmoins plutôt satisfaisant. Les aplats immobiles dans les sequences sombres sont totalement ratés à cause d’une compression aléatoire pourtant pas si mauvaise que ça lors des séquences bien éclairées, qui sont heureusement en grand nombre. Une seule piste anglaise assez propre. Serge Bromberg dans son assez longue présentation évoque surtout la carrière de Robert Mitchum avant de rapidement parler du film.

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Voyage au pays de la peur
 
 


Bon Voyage & Aventure Malgache


Réalisés
par Alfred Hitchcock
Avec John Blythe et The Molière Players
Scénario : J.O.C. Orton, Angus McPhails, d’après le sujet d’Arthur Calder-Marshall
Musique : Benjamin Frankel
Photographie : Günther Krampf

Une production Phoenix Films pour le Ministry of Information
Angleterre - 30 mn et 25 mn - 1944

 

En 1944, Alfred Hitchcock décide de participer à l’effort de guerre. Il parvient à persuader Selznick de le laisser se rendre en Angleterre afin de tourner deux films de propagande pour le compte du Ministère britannique de l’information. Ces deux courts films seront Aventure Malgache et Bon Voyage, tournés dans la langue de Molière avec justement des acteurs français (la plupart amateurs) réfugiés en Angleterre et qui ont fondé la troupe des « Molière Players ». Ces deux réalisations devaient être montrées immédiatement après la libération sur le territoire français pour sensibiliser les habitants à la dure tâche de la résistance. Si les deux films sont tirés d’histoires vraies, Bon Voyage est le plus hitchcockien du lot. Le film raconte la traversée de la France par deux évadés d’un camp de prisonniers allemand qui tentent de rejoindre l’Angleterre. Raconté par le soldat anglais, le récit est répété une deuxième fois, mais ce coup ci à travers le point de vue des officiers français qui ont découvert que le compagnon de route du jeune soldat est un agent de la Gestapo. Cette relecture joue sur les apparences, sur l’ambiguïté et l’interprétation, chaque péripétie possédant un double sens. Il faut cependant avouer que l’ensemble n’est pas d’une grande finesse, tant dans la construction du récit que dans une mise en scène très timide de la part du maître. Le chef opérateur Günther Krampf signe une photographie soignée aux accents expressionnistes qui relève quelque peu le niveau de l’ensemble. Un film mineur, ni désagréable, ni passionnant.

Aventure Malgache, toujours photographié par Krampf, se révèle plus intéressant. Pas du point de vue de sa mise scène, une nouvelle fois assez passe-partout, mais par l’intérêt politique et historique du film. Aventure Malgache montre comment les colons de l’île de Madagascar vécurent l’armistice (un moment de l’histoire très peu représenté au cinéma) mais surtout, le film porte un message qui s’inscrit de plein pied dans les mouvements naissants de décolonisation. Lorsque le héros du film Clarousse déclare à la radio : « Allons amis, proclamez l’autonomie politique et économique de Madagascar, et rangez-vous aux côtés des Alliés ! », on peut aisément comprendre pourquoi ce film ne fut finalement pas montré après la Libération, ce message n’étant pas encore vraiment d’actualité en 1945. Aventure Malgache brille également par la qualité de ses dialogues, drôles et caustiques, dont le franc-parler jure avec les canons du film de propagande.

Editions Montparnasse
25 mn / 30 mn
Zone 2
DVD 5
Chapîtrage absent
Format cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : Français Mono 1.0
Sous titres : aucun




Les copies sont assez propres bien que parsemées de tâches et griffures. La compression est assez correcte des pixellisations étant cependant perceptibles. Les blancs sont un peu cramés. La piste mono française d’origine est de bonne qualité, les dialogues étant assez clairs excepté quelques passages un peu étouffés.
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La Corde
Les Enchainés
Fenêtre sur Cour
 
 

Le Spécialiste

(Gli Specialisti)

Réalisé
par Sergio Corbucci
Avec Johnny Hallyday, Sylvie Fennec, Mario Adorf, Françoise Fabian, Gastone Moschin
Scénario : Sergio Corbucci et Sabatino Ciuffini
Musique : Angelo Francesco Lavagnino
Photographie : Dario Di Palma
Montage : Elsa Armanni

Une coproduction Adelphia CC / Les Films Marceau / Neue Emelka
Italie / France / Allemagne- 99 mn - 1969

 

Hud, pistolero solitaire, revient dans la ville où son frère aurait caché le butin d’un braquage avant d’être lynché par la foule… nombreux sont ceux qui ne voient pas cette arrivée d’un bon œil, mais son pistolet saura les faire taire…

Autant le dire tout de suite, même les amateurs de spaghetti ne doivent pas s’attendre à un film du niveau de Django ou Le Grand Silence : Le Spécialiste n’a pas leur noirceur, leur violence, leur puissance formelle ; les personnages rampant dans la boue lors de la première séquence n’évoquent que de façon lointaine la ville embourbée de Django, et le dernier plan très Lucky Luke ne pèse guère face au nihilisme du Grand Silence. Pourtant, on aurait tort de le rejeter. Le Spécialiste porte bien la patte de Corbucci, ne serait-ce que pour son aspect politique - la condamnation de la société bourgeoise est sans appel, mais il égratigne également au passage le mouvement hippie, représenté ici par une bande de vauriens dont la violence se révèle peu à peu, et qui conclut le film en organisant une version dégénérée de Woodstock sous forme d’un happening nudiste. De plus, le casting est aussi hétéroclite que d’habitude : après Jean-Louis Trintignant, il continue d’employer des comédiens liés à la Nouvelle Vague avec cette fois Françoise Fabian, tout juste sortie de Ma Nuit chez Maud - elle confiera à Olivier Père que pour elle, Le Spécialiste était un « film bifteck ». Mais il emploie aussi le comédien suisse-allemand Mario Adorf - que l’on verra aussi bien chez Argento que Fassbinder, en passant par Schlondorff, belle époque où les frontières entre Bis et cinéma d’auteur étaient plus minces qu’on en le croit - dans le rôle d’un bandit mexicain ; le genre de casting que permettait le cinéma populaire italien. Et notre Johnny national, dans tout ça ? Eh bien… il ne s’en sort pas si mal que ça : certes, il n’a pas la carrure d’un Franco Nero, encore moins celle d’un Clint Eastwood, pourtant il est loin d’être ridicule en pistolero façon « Jésus Christ est un Hippie ». Authentique amateur de cinéma, on imagine bien qu’il regrette de ne pas trouver de rôles qui lui conviennent : pas facile, lorsque les frontières sont cloisonnées entre les disciplines - ce qui est moins vrai aux Etats-Unis - et qu’on ne vous propose que d’interpréter un chanteur. Et la Camargue de D’Où Viens-tu Johnny ? est tout de même bien éloignée des plaines du Grand Ouest. Et il est plus que probable que persiste en lui un rêve de petit garçon, celui d’être un cow-boy. Sans doute à cause de cette frustration, il initiera ce projet, ayant apprécié Le Grand Silence. Le résultat ? Certes, il ne s’agit pas de l’un des sommets du genre, et son achat est plutôt à recommander aux amateurs de spaghetti complétistes, mais il pourrait bien satisfaire une petite envie de Cinéma de Quartier.

MK2
99 mn
Zone 2
DVD 9
Menu animé et musical
Chapitrage fixe et musical
Format cinéma : 2.35 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Français DD Mono 2.0
Sous titres : sans
Image : MK2 nous propose une copie en excellent état, où l’on distingue à peine quelques rayures. Les couleurs sont vives, la définition satisfaisante. On reprochera tout juste une compression qui se montre parfois trop visible dans les arrière-plans.
Son : Certes, les westerns italiens étaient systématiquement post-synchronisés. Certes, les acteurs, en majorité français, se doublent eux-mêmes. Certes, le spaghetti prend une saveur particulière écouté en français. Certes… mais on aurait préféré avoir le choix. Version française imposée, donc, dans un mono correct quoique parfois un peu métallique.

Bonus
:

Il Etait une Fois… - 4 mn 33 : sur des images du film, la voix off de Philippe Lombard replace Le Spécialiste dans le contexte du western spaghetti en offre une bonne présentation synthétique.

Il Etait une Fois… bis - 4 mn : deux jeunes femmes invitent leur voisins en vue de les draguer ; comme elles n’ont pas l’intention de regarder l’écran, elles choisissent un « vieux film », en l’occurrence Le Spécialiste. Mauvaise pioche, les deux cinéphages passeront la soirée à faire des commentaires… mais comme leurs propos se retrouvent dans les autres suppléments, vous pouvez sans problèmes oublier celui-ci.

Entretien avec Olivier Père : Histoire d’un Genre - 14 mn 23 : le critique brosse un portrait rapide du western spaghetti, qui n’apprendra rien aux amateurs mais posera des bases essentielles pour les novices. Il s’attarde bien entendu sur la spécificité du cinéma de Corbucci, notamment son aspect politique, et relève plusieurs points pertinents, dont un glissement sémantique : si en français, le titre au singulier désigne le pistolero campé par Johnny Hallyday, le pluriel original se référait aux habitants de la ville, spécialistes… du lynchage.

Un Spécialiste : Jean-Claude Morchoisne, Dessinateur - 9 mn 22 : ancien dessinateur de Pilote, Morchoisne s’est illustré dans la caricature et les parodies dans l’esprit de Mad Magazine. Il raconte ici son plaisir d’avoir réalisé celle du Spécialiste, et nous explique ses techniques de travail.

Bande-annonce - 3 mn 12 : film annonce français d’époque, présenté en bon état.
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Le grand silence
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