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Le
centaure Chiron apprend à son élève Jason qu'il est
l'héritier du trône de Thessalie. Il réclame son dû
au Roi Pélias, qui lui promet la couronne en échange de
la Toison d'Or, symbole de prospérité gardé en Colchide.
Séduite par Jason, Médée la fille du roi de Colchide
l'aide à voler le trésor et s'enfuit avec. Ils se réfugient
à Corinthe, où règne Créon. Dix ans après,
Jason s'éprend de la fille de Créon. La vengeance de Médée,
mère de deux enfants, sera terrible… |
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Egoïste
platinum, pour hommes (vieille réclame)
Pasolini applique à la réalisation de Médée
le prisme primitiviste de l'Evangile : il taille dans
le vif du mythe, élude en en retranchant certains épisodes.
Si la Callas avait joué la Médée de Cherubini,
Pasolini n'y fait pas référence, tout comme il prend des
distances (le film n'est pas bavard) avec la tragédie d'Euripide,
qu'il cite avec parcimonie. Au spectaculaire, Pasolini préfère
le ‘dépassionné’, expédiant ainsi la
traversée des Argonautes en un plan qui lui donne l'ennui du
Radeau de la Méduse. Pasolini pratique l'analogie, refuse la
reconstitution : la Colchide de la Toison d'Or correspondant à
l'Anatolie actuelle, Pasolini y tourne, y trouvant un cadre idéalement
terrien (le film sera aussi tourné en Syrie et à Cinécitta).
Il "syncrétise" aujourd'hui et avant-hier. Il filme
un sacrifice rituel à distance, comme un documentaire et théâtralise
l'infanticide (moment hiératique, paradoxalement glaçant
pour une offrande au Soleil). Comme souvent, son casting mêle
non-acteurs (Jason est incarné par un sauteur olympique, Massimo
Girotti ; les figurants sont les habitants des villages locaux turcs)
et professionnels (Laurent Terzieff est le Centaure, tour à tour
ironique et sentencieux), avec son souci magmatique de mêler fiction
par la fenêtre et réalisme sur votre perron. Médée
est donc arrivée près de chez vous, dans une contrée
sauvage et cérébrale entre berceau et tombe de l'Humanité. Vous me direz donc : en quoi tout cela nous concerne-t-il ? Exploration
du cerveau reptilien, hommes en robe… le mythe est fondamental,
universel. Pasolini fonctionne à l'essence de l'Homme et fouillant
dans les strates, trouve une image résiduelle : la généalogie
de la magie, un temps archaïque où le surnaturel était
quotidien. Médée réécrit
la Chute originelle, en faisant de la perte du Sacré la fin de
l'Innocence. La vision par Jason d'un Chiron double (sous forme humaine
et celle d'un centaure) exprime cette dualité humaine, divine
et terrestre, logique et instinctive. Pasolini capture la nécessité
du Sacré dans la scène du sacrifice, vitale (le sacrifice
nourrit la terre et le soleil, la vie) et barbare. Ce monde est spirituel,
idéal pour Pasolini – plus Malraux que jamais - qui espère
voir dans la réalité – la nôtre - la présence
d'une "lumière importante et sacrale". Médée
en est l'incarnation, et le drame de la jalousie devient très
vite la conséquence d'un déracinement, la fameuse "conversion
à l'envers" (la perte du Sacré (1)) : Une fois amenée
à Corinthe, Médée perd pied, son dialogue avec
la nature. Prêtresse, elle est traitée comme une sorcière.
Si on peut y lire des accents de conte tiers-mondiste |
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![]() Image : la copie restaurée et au format respecté est impeccable : grain minime, couleurs chaudes et terriennes très bien restituées, sans l'ombre d'un défaut. Du très bon travail : dans Médée, le soleil mord. Quant au son : mono italien d'origine sous-titré d'une grande clarté, avec répartition équilibrée des dialogues et de la musique orientale. Rien à redire. Avec cette édition, Carlotta nous livre probablement un des meilleurs DVD de cette année. Compléments nécessaires, synthétiques, pédagogiques, le tout enchâssé dans un digipack classieux aux couleurs terre et bronze : il n'y a strictement rien à jeter. |
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![]() Visions de la Médée – probablement, le meilleur bonus du dvd. Reprenant la technique du Lapin Blanc du dvd de Matrix [cliquez sur une icône pendant le film pour accéder à une featurette sur le tournage], il se présente sous forme d'une vingtaine de lectures de texte [sur des scènes du film] auxquelles on peut accéder pendant le visionnage [cliquez sur l'icône]. Les textes reprennent les Visions de la Médée [98 au total] écrites par Pasolini sur le tournage et font ressortir la nature profondément littéraire du film : impressions, réflexions qui prolongent les séquences ou "synopsis" de scènes non tournées ou retenues éclairant les interstices du film. Ce sont l'équivalent des notes de bas de page d'un ouvrage, explicitant ici et là le sens et les intentions [la dichotomie logique/illogique, la conversion à l'envers, un passage où Pasolini voulait initialement que Maria Callas chante…] pour le spectateur non averti. Les Visions sont aussi visibles en continu sur le deuxième dvd de bonus.
Médée, le choc des cultures – documentaire où Christophe Mileschi, traducteur des Visions de la Médée, évoque clairement la nature [Médée doit s'envisager comme devant être complété par le livre et TOUTE l'œuvre de Pasolini] et les thèmes du film. Le centaure comme "voix" de Pasolini, la nostalgie de l'archaïsme, le conflit Jason/Médée et le sens du sacrifice final, tout y est traité synthétiquement en 10 minutes. Indispensable. Médée Passion, souvenirs d'un tournage – documentaire où Terzieff, G. Gentile (Jason), le décorateur Dante Feretti, le costumier de la Callas et d'autres évoquent la partie technique du film. Des anecdotes lumineuses où Gentile évoque son expérience de non acteur [très encadré par Pasolini], où Laurent Terzieff raconte la manière dont PPP se reposait entièrement sur son équipe technique… très éclairant donc, notamment sur la manière dont le costumier Piero Tosi a travaillé sur l'identité visuelle des lieux, le tout illustré par des photos de plateau [la Callas évanouie pour cause de chaleur et de 50 kg d'accessoires portés] et des films du tournage en Super 8.
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