Macbeth, un seigneur écossais, vient de remporter une guerre contre un prétendant au trône d’Angleterre. Trois sorcières s’adressent à lui pour livrer leur prophétie : sa destinée sera de devenir Roi après avoir été nommé Thane de Cawdor. Cette nomination prend effet lorsqu’il revient sur ses terres. L’ambition ne cesse alors de l’habiter, un sentiment alimenté par son épouse Lady Macbeth qui le presse d’assassiner le Roi pour s’emparer du trône. Le crime sera accompli et Macbeth accédera dans la foulée au pouvoir suprême. Mais les soupçons qui l’accusent du meurtre commencent à s’accumuler et les morts violentes se succèdent autour de lui. Rongés par la culpabilité, les époux régicides voient leur fin se dessiner alors que Malcolm, l’héritier naturel du royaume, amasse son armée pour le destituer.
Macbeth
(Macbeth)

Réalisé
par Orson Welles
Avec Orson Welles, Jeanette Nolan, Dan O'Herlihy, Roddy McDowall, Edgar Barrier, Alan Napier, Erskine Sanford, John Dierkes
Scénario : Orson Welles d'après la pièce de William Shakespeare
Musique : Jacques Ibert
Photographie : John L. Russel
Montage : Louis Lindsey
Une production Republic Pictures / Mercury
Etats-Unis - 107 mn / 85 mn - 1948 / 1950

« Une force démesurée, un charme exquis, la férocité épique, la pitié, la faculté créatrice, la gaieté, cette haute gaieté inintelligible aux entendements étroits, le sarcasme, le puissant coup de fouet aux méchants, la grandeur sidérale, la ténuité microscopique, une poésie illimitée qui a un zénith et un nadir, l'ensemble vaste, le détail profond, rien ne manque à cet esprit. On sent, en abordant l'œuvre de cet homme, le vent énorme qui viendrait de l'ouverture d'un monde. Le rayonnement du génie dans tous les sens, c'est là Shakespeare. » Ces quelques mots sont ceux de Victor Hugo exprimant son immense respect pour le dramaturge anglais. Bien des années plus tard, ces mêmes éloges mériteraient sans faute de s’adresser à Orson Welles. Les qualificatifs employés par l'écrivain français semblent définir exactement la personnalité fascinante du cinéaste et sa vision du monde. L’attachement profond ressenti par Welles pour Shakespeare depuis ses vertes années se comprend mieux lorsqu’on a fait le tour de sa carrière au théâtre et au cinéma. Ces deux créateurs étaient faits pour se rencontrer et le travail d’adaptation et d’interprétation entrepris par Welles éclaira d’un jour nouveau l’œuvre du poète. C’est en 1936, à l’âge de vingt et un ans qu’Orson Welles se frotta pour la première fois à la mise en scène de Macbeth sur les planches. Il fut appelé par John Houseman, alors à la tête du FTP (Federal Theater Project) à New York. Le FTP était un programme artistique gouvernemental créé par la Works Progress Administration (WPA), un organisme fédéral chargé de faire vivre les compagnie théâtrales en ces années difficiles de Grande Dépression. Houseman fondera par la suite le fameux Mercury Theater avec Orson Welles. Les cinéphiles le connaissent comme producteur (Lettre d’une inconnue, Les Amants de la nuit, Les Ensorcelés, Jules César ou Les Contrebandiers de Moonfleet) et aussi comme comédien à la télévision et dans quelques films célèbres tels que Rollerball, Les Trois jours du Condor ou Fog.

Dans les années 1930, le théâtre américain connaît une grande activité liée surtout aux débats d’idées qui illustrent cette période trouble aux Etats-Unis et en Europe, ainsi qu’au militantisme progressiste. Les afro-américains sont concernés au premier chef et Houseman n’est pas par hasard responsable de l’unité noire au sein du FTP ; il a pour ambition de présenter des pièces classiques interprétées par des artistes noirs. Sous la férule de John Houseman, Orson Welles allait donc initier cette nouvelle politique, inspiré justement par son épouse Virginia qui eut l’idée de transposer l’intrigue de Macbeth dans le Haïti du XIXème Siècle. C’est ainsi que le futur réalisateur de Citizen Kane débuta sa formidable entreprise de captation et d’interprétation de l’œuvre shakespearienne qui aboutit dans l’univers du cinéma à la mise en œuvre de trois films éblouissants par leur singularité narrative, leur intensité émotionnelle et leur maîtrise formelle : Macbeth (1948), Othello (1952) et Falstaff (1966), Le Roi Lear n’ayant, lui, jamais pu connaître son passage sur grand écran à l’exemple d’autres projets maudits du cinéaste.

Tout ne pouvait en effet aller de soi dans le petit monde baroque d’Orson Welles. En dehors de son premier film coup-de-poing de 1941, dont la réussite artistique quasi insultante scella paradoxalement le sort commercial de Welles à Hollywood, toutes ses autres œuvres devaient connaître difficultés et errements en tous genres, subir les interventions destructrices des producteurs, souffrir de l’ambition phénoménale de son auteur ou bien pâtir de l’ensemble de ces problèmes à la fois. Le cas de Macbeth est pourtant différent. Produit au sein de la Republic Pictures et co-produit par Welles lui même, il s’agit d’une relative petite production de 500 000 Dollars sur laquelle le réalisateur a tout le contrôle. Après La Splendeur des Amberson, It’s All True (inachevé) et La Dame de Shanghai pour lesquels il dût batailler en vain pour asseoir son autorité, Welles est libre de ses mouvements bien que ce projet n'avait pas été initié par lui. Du moins libre jusqu’à ce que ses options de mise en scène finissent par embarrasser les dirigeants du studio, s’attirer les foudres de la critique et la stupéfaction de son premier public. Tourné rapidement (en 23 jours) après de longues répétitions, avec l’appui de la postsynchronisation (les comédiens avaient enregistré leurs dialogues avant le tournage) et dans un décor réduit à sa plus simple expression, Macbeth n’a rien du projet risqué. Sauf que… Sauf que Welles décide de faire parler tous les acteurs avec un accent écossais bien appuyé, et de travailler la bande-son dans le but de conférer à cette dernière une présence outrancière et une puissance d’évocation inédite. Aujourd’hui ces décisions forcent le respect, et cette piste sonore combinée aux images expressionnistes noyées dans la brume donne au film son originalité et son pouvoir de fascination. Il en allait tout autrement en 1948 lors de la sortie du film. Suite aux attaques subies par ce premier montage de 107 minutes, il fut décidé de redoubler dans la douleur la quasi totalité des dialogues, de diminuer la surcharge sonore, d’ajouter un prologue explicatif et de couper et déplacer des scènes. En 1950 sort un second montage de Macbeth totalisant 85 minutes. Si la critique continue de persifler, le public suit plus ou moins. Le film ne sera pas un échec commercial et Welles a déjà l’esprit occupé par d’autres projets.

Orson Welles fait appel à quelques uns de ses compagnons du Mercury Theater pour composer le casting du film comme Edgar Barrier, qui travailla beaucoup avec le futur cinéaste lors de ses émissions radiophoniques, et Erskine Sanford, fidèle à Welles depuis Citizen Kane et La Splendeur des Amberson. Pour incarner la fielleuse Lady Macbeth, Welles appelle Jeanette Nolan, débutante au cinéma puisqu’elle interprète ici son premier rôle sur grand écran, mais une valeur sûre à la radio. On remarque que l’expérience du théâtre classique et surtout les voix des comédiens ont leur importance, autant sinon plus que leur physique. Nolan fit une carrière immense à la télévision et apparaîtra au cinéma dans Règlement de comptes de Fritz Lang, La Loi de la prairie de Robert Wise, Les Deux cavaliers et L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford, Sanglantes confessions d’Ulu Grosbard ou encore L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de Robert Redford. Sa performance de "femme fatale" dans Macbeth, consumée par l’ambition et rattrapée par la folie, donne le ton et tend un miroir déformant à son époux. Il fallait une prestance et une passion dans le jeu pour résister à l’ogre Welles (chose à laquelle certains autres comédiens du film ne peuvent malheureusement pas prétendre), Jeannette Nolan ne fut jamais aussi brillante et habitée que dans ce personnage ô combien méprisable. Dans le rôle de Malcolm, on reconnaîtra le formidable enfant star qui nous arrachaient les larmes dans Qu’elle était verte ma vallée (1941) de John Ford, à savoir bien sûr Roddy McDowall. Acteur précoce et très vite populaire aussi bien à la télévision qu’au cinéma et qui accompagna plusieurs générations de cinéphiles dans des productions célèbres dont il serait vain ici d’en énoncer la liste. Le hasard fit que son rôle le plus célèbre fut celui pour lequel son visage dut être méconnaissable : le chimpanzé Cornelius de La Planète des Singes. Pour la photographie de Macbeth, essentielle par ses forts contrastes et ses jeux de lumière, Orson Welles fit appel à John L. Russel. Ce chef opérateur habitué à travailler dans la rapidité, n’est pourtant pas un grand nom de la profession ; il est connu pour son travail avec Hitchcock dans la série télévisée Alfred Hitchcock Presents et surtout pour Psychose au cinéma (1960). Il est fort à parier que l’implication de Welles dans l’éclairage de son film fut déterminante, fort des son apprentissage avec le grand Gregg Toland sur Citizen Kane (1941).

Macbeth, l’homme et le souverain, peut facilement entrer dans la galerie des fabuleux personnages wellesiens. Animés par une ambition démesurée, imposants de par leur stature physique et leur emprise sur les siens, rongés par un secret inavouable qui conduit leur entreprise à un échec certain, architectes de leur ascension sociale et de leur déchéance, mêlant souvent fiction et réalité dans l’édification de leur propre légende, écartelés sous le sceau de la tragédie entre une nature humaine, trop humaine, et leur attirance vers le pouvoir suprême (proche du divin), Charles Foster Kane, Othello, Gregory Arkadin, Hank Quinlan, Falstaff, Charles Clay et donc Macbeth sont cousins et dessinent en creux le portrait d’un artiste démiurge qui a constamment porté son regard vers le haut, tutoyant les sommets de son art tout en dévalant avec pertes et fracas les pentes dangereuses de l’industrie qui l’a vu naître. Macbeth est tiraillé entre sa misérable condition d’être humain et son aspiration à rejoindre le sommet des dieux. Ainsi le filme Orson Welles, faisant le pont entre la terre et le ciel grâce à son corps massif étiré dans sa hauteur par des contre-plongées régulières et accentuées. Dès l’introduction, cet homme est défini comme un pantin, le jouet de forces surnaturelles : les trois sorcières sculptent une poupée dans la glaise, l’avenir de Macbeth est inscrit dans la pierre de l’oracle.

Avec Macbeth, Welles réalise un poème fantastique d’une beauté grave et douloureuse. Le génie baroque et expressionniste mis à l’œuvre confère au récit une puissance visuelle qui donne à voir la souffrance intérieure du personnage suite à sa trahison, de même que la sauvagerie - les personnages paraissent vivre dans des grottes - résultante des conflits historiques et religieux (le profane et le sacré s’opposent dans un monde en proie aux tourments de l’enfer sur Terre). La couronne que porte Macbeth évoque celle qui couvre la tête de la Statue de la Liberté. Voilà un exemple, volontiers ironique, de l’intrusion de la modernité dans le contexte ancien de l’Ecosse du Moyen Âge. Macbeth, bien que perverti par son crime, est un esprit libre. L’ordre ancien, symbolisé par les croyances païennes dont les sorcières représentent la face maléfique, est bousculé par l’irruption de la chrétienté. Mais Welles semble les renvoyer dos à dos dans cette quête de l’ordre et du pouvoir, croix celtiques contre fourches des sorcières. L’univers du film est un décor quasi unique, directement hérité de la pièce de théâtre montée en 1936, qui enserre en vase clos ses protagonistes. Rares sont les scènes éloignées de cet espace. Un espace-monde unissant les avant-plans de la pierre du château et les arrière-plans de la lande écossaise dans des aller-retour incessants effectués par la lumière et les personnages. Macbeth est transformé en un terrain de jeu pervers soumis à des forces obscures. L’adaptation de la pièce de Shakespeare, dans laquelle Welles a pas mal coupé, devient une fantasmagorie sombre et vouée aux mystères de la vie et de la mort. Un poème morbide scandé par de superbes plans séquence au sein desquels monte une tension qui finit par exploser lors de variations brutales d’éclairage ou des transitions violentes en fondus.

La brume, omniprésente, envahit sournoisement les lieux, les ombres entourent les protagonistes de l’intrigue, tous les sons sont amplifiés et trahissent la présence d’esprits mystérieux qui se mêlent aux suppliques du nouveau roi dans ses habits mal taillés. Les fantômes shakespeariens, véhicules extérieurs des tourments les plus intimes, trouvent ici une représentation insolite et volontiers extravagante, fort éloignée du travail jusque là respecté de l’impeccable Laurence Olivier. La brume donne à la forêt l’impression de bouger par elle-même lors de la marche de l’armée au service de Malcolm vers le château. Passant de l’ombre à la lumière et inversement, Lady Macbeth et son époux naviguent entre le Bien et le Mal, présentant leurs funestes desseins au spectateur ainsi que les incertitudes cruelles qui accompagnent leur réalisation. La mise en scène d’Orson Welles est principalement bâtie sur une composition millimétrée du cadre avec une grande profondeur de champ que viennent heurter les quelques mouvements de caméra. L’harmonie de la composition est en déséquilibre permanent avec les mouvements des personnages, les orientations d’angle et les directions de regard qui installent une tension verticale traduisant ces aller-retour entre le sol terreux de la réalité humaine et cette volonté de grandeur, cette ambition de remonter jusqu’aux cieux. Les humains, engoncés dans leur posture (la direction d’acteurs est, à ce titre, d’une précision phénoménale), obéissent à des besoins simples et naturels que vient contredire la recherche d’une certaine spiritualité condamnée dès le départ car esquissée dans le sang. C’est dans l’ombre de la mort que se fait jour la vérité des âmes. Welles, au sommet d’une inventivité qui doit compenser la pauvreté relative des décors, poursuit sa quête de la dualité des êtres promis à des destins exceptionnels, aussi fourbes que sincères, aussi puissants que pathétiques. Il balaie tous les champs du possible, de la vision microscopique à l’infiniment grand. C’est dans la destinée d’un tel personnage que se fait la compréhension du monde. L’absolu se niche dans le détail. Un détail qui échappe presque toujours au personnage mais que le spectateur sera toujours en mesure d’appréhender, consciemment ou non, en entrant par une porte dérobée dans l'univers grotesque et gigantesque du maître Orson Welles.

Image : La restauration entreprise par Wild Side Films et Paramount donne une nouvelle vie à cette œuvre mutilée. Les contrastes sont éclatants avec des noirs bien profonds, la définition séduisante même si victime de variations (dues au master) et la propreté du master quasi exemplaire (il suffit de se reporter au bonus Restauration située sur le DVD pour en juger). Il reste quelques scories ici et là mais absolument rien de dommageable à ce niveau pour le confort visuel. Pour ce qui est de la compression, le rendu est plus critiquable. On sera indulgent devant la nature de l’information à reproduire (brumes, fumées) qui se prête difficilement au report numérique, mais un bruit vidéo est parfois bien présent. Un voile de compression crée quelques artefacts lors de panoramiques rapides mais ils sont rare. En résumé, le DVD de la version restaurée nous montre Macbeth comme on ne l’avait jamais vu et c’est l’essentiel. La copie de la version cinéma n’a pas eu le droit au même travail pointu de restauration et les scories (taches, griffures, rayures, points blancs) sont pléthore. Les contrastes sont moins denses et cette patine brillante et argentée de l’image apportée par la restauration est absente.

Son : A l’exemple de l’image du film, la piste sonore de Macbeth est très propre. Dialogues et ambiances sont clairs et la bande-son témoigne d’une bonne dynamique et d’une réelle profondeur, chose essentielle pour rendre le mieux possible les étagements sonores et la richesse du mixage supervisé par Orson Welles. Le son de la version cinéma avec son accent américain bénéficie de moins de profondeur dans les graves, présente un souffle léger mais constant et quelques crépitements. Aucune restauration donc pour cette dernière.

Wild Side Vidéo
107 mn / 85 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage animé et musical

Format cinéma : 1.37 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais Mono 2.0
Sous titres : Français (imposés)

DVD 1

Les menus, animés et musicaux, ont été réalisés dans l’esprit du film. Le DVD de la version longue comporte un chapitrage musical et animé divisé en 14 sections et quelques suppléments :

Une bande-annonce (5’28’’) de la collection Les Introuvables de Wild Side qui se lance au démarrage du disque.

Une Filmographie d’Orson Welles, donnée comme sélective, regroupant ses fonctions de scénariste, réalisateur et comédien.

A propos de la restauration (4’57’’) : il s’agit d’un module qui nous éclaire sur le travail de restauration numérique de la copie du premier montage retrouvée en Europe. La comparaison avant/après suite au traitement des taches, rayures et scintillements est impressionnante. De même pour la piste sonore qui a subi un nettoyage équivalent. Ce court document dispose d’un commentaire en anglais sous-titré en français.

Des Liens Internet vers les sites Wild Side, pan-européenne.com et gebeka.com.

Les Crédits du DVD en bonus caché.

DVD 2

Ce DVD de la version courte (cinéma) ne comporte que le chapitrage, musical et animé, divisé en 12 parties.

DVD 3

C’est sur ce disque qu'a été reporté l’essentiel des suppléments.

Analyse du film :

- Les 2 versions de Macbeth (26’47’’) : cette analyse est effectuée par l’universitaire François Thomas , spécialiste de l’œuvre d’Orson Welles. Tout ce que le cinéphile souhaite apprendre sur les événements qui ont conduit à l’existence de ces deux versions (1948 et 1950) et sur la nature de leurs différences nous est ici conté : le mauvais accueil du public et de la critique, surtout en raison de l’accent écossais et de la surcharge sonore censée apportée une forme de sauvagerie, le tournage de trois semaines avec son play-back, la postsynchronisation, les détails du remontage du film et sa ressortie, la comparaison entre les deux versions (les 21 minutes supplémentaires et les séquences concernées). Thomas va dans les détails et explique fort bien les conséquences sur cette œuvre en terme de dramaturgie et sur la vision des personnages que l’on acquiert selon les deux montages. Voilà un document pertinent et particulièrement instructif.

- Le décor (13’43’’) : Jean-Pierre Berthomé, professeur d’études cinématographiques et critique à Positif, spécialiste du décor au cinéma, traite justement de l’importance de ce dernier dans Macbeth qui est du à Welles lui-même (des storyboards et croquis nous sont montrés). Comme nous le précise Berthomé, ses dessins préparatoires sont des variations du décor de la pièce montée en 1936. Bien que trop court, ce document sait mettre l’accent sur le rôle dramatique et historique du décor et des accessoires dans le récit (le château et la lande, le vêtement porté par Welles à la fin suggérant volontairement la Statue de la Liberté). On aurait aimé plus de développements pour un tel sujet.

- Séquences thématiques commentées : Jean-Pierre Berthomé pour l’image (3’) et François Thomas pour le son et la musique (3’38’’) se livrent chacun à une brève analyse de la même scène, celle où Macbeth quitte dans un même mouvement le château pour rejoindre la lande afin de s’adresser aux sorcières. Le travail pictural et sonore de Welles est intelligemment mis en perspective par le deux critiques et l’on aurait souhaité plus d’exemples de ce type pour satisfaire notre soif d’analyse.

Welles et Shakespeare (13’57) : Jean-Pierre Berthomé s’occupe enfin de nous entretenir de la relation unissant les deux artistes, Welles étant passionné par Shakespeare depuis son adolescence. Où l’on voit que le parcours du cinéaste depuis ses débuts est étroitement lié à l’œuvre du dramaturge anglais. Welles n’avait pas encore vingt ans lorsqu’il produisit une édition de ses œuvres théâtrales annotée de ses propres dessins et commentaires. Théâtre, émissions de radio et édition de disques ont suivi. Berthomé met l’accent sur l’intérêt porté par Welles aux pièces politiques, puis sur le goût du grotesque que le réalisateur partage avec l’écrivain, et enfin sur la vision métaphysique du monde. Et sans que Welles ne se soit jamais senti otage de l’adaptation littérale. Car démontrant une grande infidélité par rapport au texte original, Orson Welles n’en a jamais trahi l’esprit. Ce document constitue une excellente introduction à cette thématique qui nécessite la lecture d’un ouvrage entier pour en percevoir toute la portée dans l’histoire du cinéma.

Entretien avec Stuart Seide - « Le Bruit et la Fureur » (13’49’’) : l’interview du metteur en scène Stuart Seide, enregistrée au Théâtre de Genevilliers, apporte l’éclairage d’un homme de théâtre sur le travail d’Orson Welles, travail qui a révolutionné la manière d’aborder Shakespeare au XXème Siècle.

Le Macbeth Vaudou (4’11’’) : introduit par une présentation (1’39’’) de François Thomas, ce document nous présente les seules images connues du Macbeth monté au théâtre par Orson Welles en 1936 grâce aux financements du New Deal et interprété par une troupe d’acteurs noirs. Ces 4mn proviennent de la tournée effectuée ensuite dans le pays. Les images sont en bon état, de même que la bande-son bien conservée avec ses effets sonores.

Enregistrement discographique de la pièce en 1940 (78’) : sur une musique composée et dirigée par Bernard Herrmann, et illustré par des captures du film, nous est présenté le programme radiophonique de Macbeth enregistré par le Mercury Theater. Voilà donc un document rare et peut-être un peu rébarbatif, surtout après avoir pris connaissance des deux versions du film, qui demandera une certaine exigence de la part du cinéphile anglophile - aucun sous-titrage n’est disponible - pour se lancer à son écoute. Mais l’idée de Wild Side Vidéo de l’avoir proposé sur cette édition est à saluer.

Galeries : 6 affiches et 23 photos du film et de son tournage nous sont proposées.

Enfin, un Livret de 80 pages rédigé par Jean-François Buiré, critique de cinéma, complète cette magnifique édition qui, en fonction de l’investissement de Wild Side dans la restauration et sa belle intéractivité, mériterait son prix en théorie. Mais gageons que beaucoup de cinéphiles hésiteront à investir 40 Euros pour un seul film, aussi extraordinaire que puisse être le Macbeth d’Orson Welles.

En savoir plus
La fiche Imdb du film
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Roy Neary

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