Le
film de commando est un genre qui a connu ses heures de
gloire dans les années 60-70. Les
Canons de Navarone en 1961 ou Les
Douze salopards en 1967, certainement les deux fleurons
les plus connus du genre, ont donné lieu à toute une
série de films dans la même veine, rarement des chefs-d’œuvre,
mais souvent de bons divertissements ! Mais qu’est-ce que
le film de commando ? Et bien s’il existe un genre codifié,
c’est bien celui-là, car à quelques exceptions
près, on pourrait résumer tous les films du genre
par ces quelques qualificatifs : un groupe d’hommes avec un
grand H plein de testostérone part à l’assaut
d’une forteresse imprenable tenue par des ennemis sans foi
ni loi, non sans avoir préalablement suivi un entraînement
de choc et une préparation minutieuse de l’opération…
la femme ayant bien peu sa place dans ces films. Bref, parmi les
artisans du genre citons Brian G. Hutton et son magnifique Quand
les aigles attaquent, Henry Hathaway et son sympathique
Le Cinquième commando, Jack Lee-Thompson
et son excellent Les Canons de
Navarone, Robert Aldrich et son grandiose Les
Douze salopards… sans oublier Andrew V. McLaglen
! Ce réalisateur, brillant par son incapacité à
fournir de bons films pour les uns, et bon faiseur de divertissements
"péchus" pour les autres, a beaucoup œuvré
pour le western (mais ceci est une autre histoire) et pour le film
dit de "commando". Lesquels ? Il y eut de jolies réussites
avec La Brigade du diable et Les
Oies sauvages, et du sympathique divertissement avec
Le Commando de sa Majesté.
Une question se pose alors : où classer Les Loups
de haute mer dans tout cela ? En premier lieu, il est bon
de préciser que ce film, contrairement aux autres, ne se
déroule absolument pas sur fond de guerre territoriale ou
mondiale. En fait, le pitch, comme explicité en haut de cette
page, est celui d’un simple détournement terroriste
de stations pétrolière maritimes, et bien évidemment
seul Roger Moore et son super commando d’élite peuvent
faire quelque chose ! Sur le papier, bien que très peu original,
le scénario fait penser à une sorte de Die
Hard sans Bruce Willis, mais où tout flamberait
et exploserait dans un déluge d’action. Et bien pas
du tout ! D’autant que beaucoup d’éléments
clochent dans cette histoire de "mecs"…

Tout d'abord, une chose frappe d’emblée dans les
premières minutes du film : la mise en scène. On sent
Andrew V. McLaglen complètement avachi derrière sa
caméra, préparant un énième ersatz de
thriller en haute mer comme s’il s’en fichait éperdument
! Visiblement, ce film, ce n’est pas son problème !
En ce sens, il faut également passer en revue la musique
trop vaguement inspirée de lointaines compositions guerrières,
la superbe photographie qui a finalement dû décider
de ne pas figurer dans le film, le montage mou adoptant le style
"plan-plan"... C’est là, notamment, que le
bât blesse, car McLaglen se
retrouve
incapable de fournir du rythme à l’entreprise, où
plutôt si, mais très maladroitement, tant les scènes
d’action et de suspense se trouvent alourdies par une réalisation
des plus inefficace, tandis que les scènes qui mériteraient
notre attention sont tronquées : en effet, les séquences
d’entraînement (pas très convaincantes au demeurant)
sont passées à la trappe, les préparations
de l’opération sont ignorées, et le final voyant
apparaître les hommes de Ffolkes manque de sérieux,
voire même semble mal agrégé à l’ensemble…
un peu comme si McLaglen s’était rendu compte qu’il
avait oublié tout le reste du commando en se concentrant
uniquement sur Roger Moore. Le suspense final, bien qu’assez
présent et fonctionnant plutôt bien, est plombé
une fois de plus par cette "non-mise en scène".
Dommage, car à défaut de fournir quelque chose de
nouveau, le final aurait pu (dû) se contenter d’être
tout simplement efficace. En bref, rien ne fonctionne de manière
attendue et tout concourt à donner l’impression de
regarder un téléfilm du dimanche après-midi
comme l’on peut en voir de manière pléthorique
sur M6. Les effets spéciaux, eux, ne donnent même pas
l’impression d’être ratés, car ils sont
pour ainsi dire absents eux aussi… tout comme le budget d’ailleurs,
qui ne devait pas être bien lourd au moment de la production,
et inutile de préciser que cela apparaît furieusement
à l’écran : trop peu de plans larges sur les
décors en haute mer, toujours les même plans quand
on aperçoit les stations pétrolières, trop
peu de scènes de plongée sous-marines (un comble pour
un film présentant un commando aquatique !)...
On peut dire que Les Loups de haute mer est en
quelque sorte le troisième et dernier épisode d’une
trilogie informelle commencée avec l’efficace Les
Oies sauvages, poursuivi avec le paresseux mais sympathique
Commando de sa Majesté, et terminé
avec le film qui nous intéresse ici… enfin, film ou
téléfilm, il s’avère bien difficile d’en
débattre au fur et à mesure de la diffusion des quelques
95 minutes du métrage. Cela dit, le film ne présente
pas que des mauvaises choses. Il y a une ambiance assez tranquille
et tellement British qui émane du film qu’on le trouve
tout de suite sympathique. Ensuite, il faut bien dire que le scénario,
bien que peu novateur, présente de jolis retournements de
situations, relançant le suspense en certaines occasions.
Et puis surtout il y a le casting, toujours très masculin
et jouissif : James Mason offre une prestation
somme
toute banale mais c’est toujours un plaisir de le voir à
l’écran, Anthony Perkins mange les scènes dans
lesquelles il apparaît de par son magnétisme et son
jeu de paranoïaque fou dangereux… Et surtout il y a Roger
Moore, le très britannique Roger Moore ! Certes, ses capacités
d’acteur ne sont pas faites pour interpréter n’importe
quel rôle, mais son style, sa démarche et ses réparties
font de lui la pièce maîtresse du film ici présent.
Après les séries The Alaskans, Ivanhoé,
Le Saint et surtout Amicalement vôtre,
le père Roger a fait du cinéma, à la fois dans
la peau du légendaire agent 007 (sept fois entre 1973 et
1985) et dans des films d’aventures et d’action : c’est
le cas ici. Fil conducteur de la trilogie "McLaglenienne",
Moore traverse ses rôles avec la même emphase, le même
œil toujours à demi-clos, bref, le même bonheur
! Vous comprendrez que j’aime vraiment Roger Moore, pour toute
la sympathie et la détente qu’il apporte à ses
films et séries TV. S’il porte une barbe ici, et qu’il
devient plus misogyne qu’à l’accoutumée,
c’est pour servir un personnage haut en couleur, nommé
Ffolkes, lançant un lot considérable de répliques
à base d’humour anglais, et fort de plusieurs coups
d’éclat à son actif. Il va résoudre cette
affaire grâce à son professionnalisme et à son
extrême rigueur pour les horaires, quel homme ! Amateur de
bon whisky, de couture et d’horaires fixes, il déteste
les gens en retard, et à voir le film on le comprend, tant
la précision du temps est importante ici. Il déteste
aussi les femmes mais aime les chats, n’hésitant pas
à leur léguer sa fortune dans son testament…
N’importe quoi ! En deux mots, Roger Moore fait 80% du film...
alors autant dire qu’il faut l’aimer, le Roger, si l'on
veut pouvoir apprécier Les Loups de haute mer.
Donc, vous l’aurez compris, les allergiques au « much
more Roger Moore » doivent s’abstenir... Et pour
information, Moore a beaucoup tourné en 1979, alignant la
même année Le Commando de sa Majesté,
Moonraker, Bons
baisers d’Athènes et Les Loups
de haute mer (pas de doute à avoir, les factures
devaient être très importantes cette année-là
!).

Andrew V. McLaglen a livré avec Les Loups de haute
mer un film paresseux, d’une piètre originalité
(quoi qu’historiquement il tombe en accord avec la seconde
crise pétrolière mondiale de 1979), portant le costume
d’un téléfilm, mais mené par des acteurs
que l’on aime, et surtout par un Roger Moore en roue libre,
plus Moore que jamais et toujours prompt à balancer la réplique
qui tue ! Un bon divertissement, certes, pour peu que l’on
aime ces comédiens, car c’est bien tout ce que le film
nous propose de réellement réjouissant, tant l’ensemble
manque de dynamisme et du minimum de savoir-faire.