Rufus Excalibur Ffolkes est un spécialiste des missions dangereuses en haute mer. Homme grenouille excentrique, il déteste autant les femmes qu’il adore les chats. Lou Kramer est un psychopathe froid et déterminé à faire sauter les plus grosses plates-formes pétrolières du monde situées en Mer du Nord. A moins que le gouvernement britannique accepte de lui payer une rançon mirobolante… ou que Ffolkes agisse à temps !

Les Loups de haute mer
(North Sea Hijack / Ffolkes)

Réalisé
par Andrew V. McLaglen
Avec Roger Moore, James Mason, Anthony Perkins, Michael Parks, David Hedison, Jack Watson, George Baker, Jeremy Clyde
Scénario : Jack Davies, d’après son roman Esther, Ruth & Jennifer
Musique : Michael J. Lewis
Photographie : Tony Imi
Une production Universal / Cinema Seven Ltd.
Etats-Unis - 95 mn - 1980

Le film de commando est un genre qui a connu ses heures de gloire dans les années 60-70. Les Canons de Navarone en 1961 ou Les Douze salopards en 1967, certainement les deux fleurons les plus connus du genre, ont donné lieu à toute une série de films dans la même veine, rarement des chefs-d’œuvre, mais souvent de bons divertissements ! Mais qu’est-ce que le film de commando ? Et bien s’il existe un genre codifié, c’est bien celui-là, car à quelques exceptions près, on pourrait résumer tous les films du genre par ces quelques qualificatifs : un groupe d’hommes avec un grand H plein de testostérone part à l’assaut d’une forteresse imprenable tenue par des ennemis sans foi ni loi, non sans avoir préalablement suivi un entraînement de choc et une préparation minutieuse de l’opération… la femme ayant bien peu sa place dans ces films. Bref, parmi les artisans du genre citons Brian G. Hutton et son magnifique Quand les aigles attaquent, Henry Hathaway et son sympathique Le Cinquième commando, Jack Lee-Thompson et son excellent Les Canons de Navarone, Robert Aldrich et son grandiose Les Douze salopards… sans oublier Andrew V. McLaglen ! Ce réalisateur, brillant par son incapacité à fournir de bons films pour les uns, et bon faiseur de divertissements "péchus" pour les autres, a beaucoup œuvré pour le western (mais ceci est une autre histoire) et pour le film dit de "commando". Lesquels ? Il y eut de jolies réussites avec La Brigade du diable et Les Oies sauvages, et du sympathique divertissement avec Le Commando de sa Majesté.

Une question se pose alors : où classer Les Loups de haute mer dans tout cela ? En premier lieu, il est bon de préciser que ce film, contrairement aux autres, ne se déroule absolument pas sur fond de guerre territoriale ou mondiale. En fait, le pitch, comme explicité en haut de cette page, est celui d’un simple détournement terroriste de stations pétrolière maritimes, et bien évidemment seul Roger Moore et son super commando d’élite peuvent faire quelque chose ! Sur le papier, bien que très peu original, le scénario fait penser à une sorte de Die Hard sans Bruce Willis, mais où tout flamberait et exploserait dans un déluge d’action. Et bien pas du tout ! D’autant que beaucoup d’éléments clochent dans cette histoire de "mecs"…

Tout d'abord, une chose frappe d’emblée dans les premières minutes du film : la mise en scène. On sent Andrew V. McLaglen complètement avachi derrière sa caméra, préparant un énième ersatz de thriller en haute mer comme s’il s’en fichait éperdument ! Visiblement, ce film, ce n’est pas son problème ! En ce sens, il faut également passer en revue la musique trop vaguement inspirée de lointaines compositions guerrières, la superbe photographie qui a finalement dû décider de ne pas figurer dans le film, le montage mou adoptant le style "plan-plan"... C’est là, notamment, que le bât blesse, car McLaglen se retrouve incapable de fournir du rythme à l’entreprise, où plutôt si, mais très maladroitement, tant les scènes d’action et de suspense se trouvent alourdies par une réalisation des plus inefficace, tandis que les scènes qui mériteraient notre attention sont tronquées : en effet, les séquences d’entraînement (pas très convaincantes au demeurant) sont passées à la trappe, les préparations de l’opération sont ignorées, et le final voyant apparaître les hommes de Ffolkes manque de sérieux, voire même semble mal agrégé à l’ensemble… un peu comme si McLaglen s’était rendu compte qu’il avait oublié tout le reste du commando en se concentrant uniquement sur Roger Moore. Le suspense final, bien qu’assez présent et fonctionnant plutôt bien, est plombé une fois de plus par cette "non-mise en scène". Dommage, car à défaut de fournir quelque chose de nouveau, le final aurait pu (dû) se contenter d’être tout simplement efficace. En bref, rien ne fonctionne de manière attendue et tout concourt à donner l’impression de regarder un téléfilm du dimanche après-midi comme l’on peut en voir de manière pléthorique sur M6. Les effets spéciaux, eux, ne donnent même pas l’impression d’être ratés, car ils sont pour ainsi dire absents eux aussi… tout comme le budget d’ailleurs, qui ne devait pas être bien lourd au moment de la production, et inutile de préciser que cela apparaît furieusement à l’écran : trop peu de plans larges sur les décors en haute mer, toujours les même plans quand on aperçoit les stations pétrolières, trop peu de scènes de plongée sous-marines (un comble pour un film présentant un commando aquatique !)...

On peut dire que Les Loups de haute mer est en quelque sorte le troisième et dernier épisode d’une trilogie informelle commencée avec l’efficace Les Oies sauvages, poursuivi avec le paresseux mais sympathique Commando de sa Majesté, et terminé avec le film qui nous intéresse ici… enfin, film ou téléfilm, il s’avère bien difficile d’en débattre au fur et à mesure de la diffusion des quelques 95 minutes du métrage. Cela dit, le film ne présente pas que des mauvaises choses. Il y a une ambiance assez tranquille et tellement British qui émane du film qu’on le trouve tout de suite sympathique. Ensuite, il faut bien dire que le scénario, bien que peu novateur, présente de jolis retournements de situations, relançant le suspense en certaines occasions. Et puis surtout il y a le casting, toujours très masculin et jouissif : James Mason offre une prestation somme toute banale mais c’est toujours un plaisir de le voir à l’écran, Anthony Perkins mange les scènes dans lesquelles il apparaît de par son magnétisme et son jeu de paranoïaque fou dangereux… Et surtout il y a Roger Moore, le très britannique Roger Moore ! Certes, ses capacités d’acteur ne sont pas faites pour interpréter n’importe quel rôle, mais son style, sa démarche et ses réparties font de lui la pièce maîtresse du film ici présent. Après les séries The Alaskans, Ivanhoé, Le Saint et surtout Amicalement vôtre, le père Roger a fait du cinéma, à la fois dans la peau du légendaire agent 007 (sept fois entre 1973 et 1985) et dans des films d’aventures et d’action : c’est le cas ici. Fil conducteur de la trilogie "McLaglenienne", Moore traverse ses rôles avec la même emphase, le même œil toujours à demi-clos, bref, le même bonheur ! Vous comprendrez que j’aime vraiment Roger Moore, pour toute la sympathie et la détente qu’il apporte à ses films et séries TV. S’il porte une barbe ici, et qu’il devient plus misogyne qu’à l’accoutumée, c’est pour servir un personnage haut en couleur, nommé Ffolkes, lançant un lot considérable de répliques à base d’humour anglais, et fort de plusieurs coups d’éclat à son actif. Il va résoudre cette affaire grâce à son professionnalisme et à son extrême rigueur pour les horaires, quel homme ! Amateur de bon whisky, de couture et d’horaires fixes, il déteste les gens en retard, et à voir le film on le comprend, tant la précision du temps est importante ici. Il déteste aussi les femmes mais aime les chats, n’hésitant pas à leur léguer sa fortune dans son testament… N’importe quoi ! En deux mots, Roger Moore fait 80% du film... alors autant dire qu’il faut l’aimer, le Roger, si l'on veut pouvoir apprécier Les Loups de haute mer. Donc, vous l’aurez compris, les allergiques au « much more Roger Moore » doivent s’abstenir... Et pour information, Moore a beaucoup tourné en 1979, alignant la même année Le Commando de sa Majesté, Moonraker, Bons baisers d’Athènes et Les Loups de haute mer (pas de doute à avoir, les factures devaient être très importantes cette année-là !).

Andrew V. McLaglen a livré avec Les Loups de haute mer un film paresseux, d’une piètre originalité (quoi qu’historiquement il tombe en accord avec la seconde crise pétrolière mondiale de 1979), portant le costume d’un téléfilm, mais mené par des acteurs que l’on aime, et surtout par un Roger Moore en roue libre, plus Moore que jamais et toujours prompt à balancer la réplique qui tue ! Un bon divertissement, certes, pour peu que l’on aime ces comédiens, car c’est bien tout ce que le film nous propose de réellement réjouissant, tant l’ensemble manque de dynamisme et du minimum de savoir-faire.




Image
: La copie est digne d’une copie de… téléfilm ! C’est-à-dire : fourmillements, quelques flous non artistiques, un piqué loin d’être percutant, quelques plans surexposés en matière de lumière… Mais la compression ne pose presque pas problème (normal, vu ce qu’on trouve sur le disque) et finalement, la copie offre une tenue générale assez correcte, à condition ne pas être trop exigeant.

Son : Un petit mono d’origine pour toutes les pistes ! Une version française bien doublée, agréable, mais manquant de pêche, tout comme la version originale, à peine plus relevée. Le tout est très propre, clair, sans souffle, mais manque de dynamisme. Les sous-titres, quant à eux, sont discrets, biens traduits et sans fautes d’orthographe majeures.

Universal
95 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe

Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais 2.0 / Français 2.0 / Italien 2.0
Allemand 2.0 / Espagnol 2.0
Sous titres : Anglais / Français / Espagnols
Allemands / Hollandais / Italiens / Arabes



Le néant total ! On aurait pourtant bien voulu une petite bande-annonce et un petit documentaire de l’époque (on en trouve souvent en guise de bonus sur les DVD), cela aurait donné un peu de relief à cette édition qui en manque cruellement, tout comme le film. Mais Les Loups de haute mer n’a-t-il pas l’édition qu’il mérite ? Cela dit, pour le bas prix auquel le film est proposé dans le commerce, on aurait tort de se priver, rien que pour le plaisir de voir un Roger Moore plus pétillant que jamais.
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