
" Le jeu est partout présent dans le cinéma
de Spielberg ".
Alain Garel.
C’est avec cette citation que l’auteur
introduit son travail – passionnant – sur l’oeuvre
du cinéaste le plus puissant des Etats-Unis. Et le
moins qu’on puisse dire, c’est que l’approche
de Cyrille Bossy vis-à-vis des films de Spielberg
est ludique elle aussi. Et de ce fait profondément
originale.
L’importance de ce livre est facile à démontrer
: tout d’abord, aussi curieux que cela puisse paraître,
il n’existe que très peu d’ouvrages en
langue française sur Spielberg et ses films. Bossy
le déplore d’ailleurs dans son introduction.
Ensuite, ce livre ne se contente pas d’évoquer
les réalisations de Spielberg, il tient également
compte de ses nombreuses productions. On trouve encore une
filmographie très complète et détaillée.
Enfin, comme je l’ai dit plus haut, l’approche
de l’univers spielbergien est ici inhabituelle. Bref,
les amateurs du cinéaste seront forcément
comblés avec ce document rare et précieux.
Le ton du livre est donné dès les premières
pages : le titre annonce déjà ‘un univers
de jeux’, et la première chose
mentionnée
dans ‘l’avis au lecteur’, c’est
le fameux jeu des ‘Six degrés de séparation’
avec Kevin Bacon (jeu qui consiste à relier le comédien
à toute autre personnalité du cinéma
par l’intermédiaire de films). On pourrait,
comme le souligne l’auteur, remplacer Bacon par Spielberg.
Et là, avec sa remarque, il fait d’une pierre
deux coups : démontrer l’importance du cinéaste
dans le monde du 7e Art (mais est-il encore besoin de le
prouver ?), et le principe déterminant des pages
qui suivent devient clair : le jeu sera l’élément
primordial de l’analyse de l’oeuvre spielbergienne.
L’ouvrage est découpé en quatre grandes
parties, elles-mêmes ensuite composées de chapitres.
La première est intitulée ‘Jeu sur les
logos : du son à l’image’. Pour donner
un exemple qui parlera à tout le monde, je citerai
la trilogie des Indiana Jones, où à chaque
fois, au début des trois longs-métrages, Spielberg
intègre la montagne du logo Paramount dans le décor
des premières images (ainsi dans Les aventuriers
de l’Arche perdue et Indiana Jones et la
dernière croisade, la montagne se révèle
en être une vraie dans le décor où évoluent
les personnages, et dans Indiana Jones et le temple
maudit, elle est incrustée en relief sur un
gigantesque gong). Les détournements de logos sont
fréquents chez le réalisateur, et l’auteur
passe ainsi en revue les films réalisés ou
simplement produits par Spielberg.
L’analyse se poursuit avec la deuxième partie,
‘La montagne spielbergienne : jeu sur le nom, jeu
sur les formes’. Il y est traité de la récurrence
de ‘l’élément’ de la montagne
dans l’oeuvre de Spielberg. Ceux qui connaissent bien
ses films verront rapidement la pertinence de ce segment
du livre.
La
troisième partie, ‘La séquence-générique
: jeu de la création et jeux de construction’,
comme son titre l’indique, souligne l’importance
des séquences d’ouverture dans les films du
cinéaste. Là encore, la minutie de l’auteur
s’avère pertinente, et film après film,
il démontre que le début de chacun est très
représentatif de tout ce qui suit dans le métrage
(il faut noter en passant que Bossy inclut dans cette partie
un paragraphe sur La Mascotte, un moyen-métrage
télévisé très réussi,
réalisé par Spielberg dans le cadre de la
série Histoires fantastiques. Comme l’auteur
le précise : "Simple épisode de série
télé, La Mascotte ne doit pas pour
autant être négligé : les réalisations
TV de Spielberg ne sont jamais en deçà de
ses réalisations pour le cinéma, Duel
en est l’exemple parfait").
Non seulement on ne peut qu’adhérer à
ses propos, mais de plus, Bossy ne néglige effectivement
rien de ce qu’a fait Spielberg. Et c’est là
l’une des forces de l’ouvrage, d’offrir
un parcours complet de l’œuvre spielbergienne,
là où d’autres s’arrêteraient
à ses seules réalisations pour le cinéma.
Le parcours s’achève dans la quatrième
partie, ‘Le film dans le film : jeux de miroirs’.
Certains collègues de Spielberg sont ici évoqués,
comme Robert Zemeckis (fréquemment associé
au réalisateur de Jurassic Park), Jan De
Bont, Joe Dante ou Tobe Hooper (un paragraphe important
relate ‘l’affaire Poltergeist’,
film au sujet duquel une énorme controverse se tient
quant à savoir qui en est réellement le réalisateur
; Bossy tranche nettement en incluant cette oeuvre dans
les réalisations de Spielberg !).
Dans ce quatrième segment, l’auteur démontre
l’influence de Spielberg sur les films de ses amis
et / ou collaborateurs cinéastes (sont alors mentionnés
Retour vers le futur, Gremlins, L’aventure
intérieure...), ses propres centres d’intérêt
et sujets de prédilection s’y retrouvant ainsi
fréquemment.
La dernière section, les ‘Annexes’, permet
de consulter une filmographie complète de Steven
Spielberg (réalisations télé et cinéma,
simples productions...), ainsi qu’une vidéographie
(évidemment plus à jour !), une bibliographie,
et un box-office Spielberg, permettant de se faire une idée
du succès de chacun de ses films.
En dehors d’une sobre photographie noir et blanc en
couverture, aucune illustration n’agrémente
le texte, mais nous trouvons en revanche de nombreux tableaux
récapitulatifs appuyant les démonstrations
de l’auteur sur tel ou tel point de l’oeuvre
spielbergienne.
Paru
en 1998, aux éditions de ‘L’Harmattan’,
préfacé par Pierre Berthomieu, ce livre se
veut bien plus une analyse qu’une critique des films
de Spielberg. Pour ceux qui veulent en savoir plus, c’est
bien entendu un achat indispensable, mais le grand intérêt
du livre est tout autre : très plaisant à
lire (nous sommes dans ‘un univers de jeux’,
n’oubliez pas !), il nous fait prendre conscience
d’une chose (qui, si elle est évidente pour
les fans, l’est beaucoup moins pour les détracteurs
du cinéaste) : le cinéma de Steven Spielberg
est tout sauf simpliste. Sous des aspects de films à
grand spectacle, de réussites commerciales spectaculaires
(ponctuées, rappelons-le, de quelques cuisants échecs),
l’oeuvre de Spielberg est très élaborée,
complexe, rarement innocente. Il suffit de parcourir les
quelques 300 pages de cet ‘Univers de jeux’
pour s’en rendre compte.
Une seule chose est finalement regrettable : que cet ouvrage
date d’il y a 5 ans, et arrête son analyse au
deuxième volet de Jurassic Park, sorti en
1997...
Une
chronique de John
Anderton