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quelques semaines d’intervalles, les bacs des libraires
s’enrichissent de deux nouvelles parutions consacrées à
Martin Scorsese. D’un côté, Patrick Brion continue
de creuser la veine "grands réalisateurs" (1) en proposant
un album photo fleuve du cinéaste tandis que de l’autre les
éditions DarkStar éditent un ouvrage original imaginé
par deux passionnés : Nicolas Shaller et Alexis Trosset.
Depuis de nombreuses années, Martin Scorsese fait l’objet
de toutes les passions cinématographiques. Que ce soit à
travers ses films ou sa cinéphilie, on ne cesse de citer le cinéaste
new-yorkais. Malgré cette notoriété, un mystère
demeure : comment se fait-il que l’objet de telles passions n’ait
pas fait l’objet d’un ouvrage complet jusqu’à
cette date du 10 septembre ? On trouve bien une autobiographie co-écrite
avec Ian Christie (Scorsese par Scorsese aux éditions
des Cahiers du cinéma) et quelques ouvrages consacrés à
certains films du maître, mais c’est tout !! Les biographes
cinéphiles tels Mc Carthy, Ciment ou Baxter ont-ils peur de s’attaquer
à une telle légende ?
Armés de leur passion et d’un solide bagage cinéphile,
Shaller et Trosset se sont donc plongés dans l’univers "scorsésien"’
pour en tirer un ouvrage complet et qui deviendra, jusqu’à
nouvel ordre, la référence en la matière.
La structure du livre est à la fois classique et originale. Classique
car on y retrouve une analyse film par film comme c’est souvent
le cas dans ce genre d’exercice, et originale car divisée
en grandes périodes dont chacune fait l’objet d’une
introduction reprenant les principales figures du cinéma de Scorsese.
Afin d’éviter toute redondance dans les analyses de films,
les deux journalistes synthétisent le style Scorsese et ses influences
dans ces chapitres récapitulatifs. L’analyse des films permet
ensuite de rentrer plus en détail dans chacune des œuvres.
D’un tel livre, on aurait pu attendre une approche tournée
vers les grandes œuvres du maître. Mais Shaller et Trosset
ne l’entendent pas de cette oreille et se forcent à limiter
leurs analyses de film à environ 6 pages par oeuvre. Ainsi le lecteur
pourra en lire autant sur Boxcar Bertha que sur Raging Bull. Cette structure
a l’avantage de nous forcer à voir l’œuvre de
Scorsese comme un ensemble cohérent et "auteurisant"
(malgré ce qu’en disent les auteurs dans l’interview
qu’ils accordent à DvdClassik) ! Cette structure comblera
de bonheur certains fans tandis que d’autres resteront sur leur
faim en ce qui concerne les gros morceaux que sont Taxi Driver,
GoodFellas, Raging Bull, The
last temptation of Christ et Casino.
Mais au fond peu importe, car la matière apportée par les
deux journalistes de Première reste passionnante et ce, même
si la quantité n’est pas toujours à la hauteur de
nos attentes. L’analyse des films faites par Schaller et Trosset
est riche car on y évite les sempiternelles références
à Powell, Fuller ou Hitchcock. Les deux auteurs ne les rejettent
pas, mais passent rapidement dessus pour mettre en avant l’originalité
du cinéaste et montrer les nombreux apports qu’il a offert
au septième art. Il est alors question de montage, de placements
et mouvements de caméras, de bande son ou de symbolique des couleurs
par exemple. Les analyses sont souvent illustrées de captures d’écran,
ce qui les rend d’autant plus intéressantes et convaincantes.
On pourra toujours regretter que les deux passionnés ne se soient
pas d’avantage penchés sur les relations que Scorsese a pu
entretenir avec ses comédiens, notamment son travail avec Robert
DeNiro, mais dans l’ensemble le travail d’analyse proposé
est enrichissant et ce, même pour les plus grands fans du cinéaste
!
Pour conclure, sachez qu’il ne faut pas attendre pour acquérir
cet ouvrage. Produit par une jeune maison d’édition, DarkStar,
son tirage est limité à 2000 exemplaires. Nous leurs souhaitons
naturellement que les ventes de cet ouvrage soient à la hauteur
du contenu et qu’ils nous offrent d’ici quelques années
une nouvelle version enrichie de The Aviator, et qui
sait Dino ou d’autres chefs d’œuvres
en gestation …
Le cinéma de Martin Scorsese n’a jamais été
aussi vivant, Trosset et Shaller viennent de nous le rappeler au travers
de ces 250 pages où transpire la passion. Un régal !
(1) Après ses ouvrages
consacrés à Ford, Eastwood, Hitchcock, Huston…
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