Jean-Baptiste
Thoret coordonne ici un recueil de textes sur la tétralogie
des Zombies de George A. Romero et, ce faisant, fédère
autour de lui un certains nombres de critiques et d’universitaires
chez lesquels il trouve un écho ou un prolongement à
ses passionnantes et pertinentes analyses du cinéma américain
des années 60 / 70 (Le Cinéma américain des
années 70, édition des Cahiers du Cinéma
; 26 secondes, l’Amérique éclaboussée,
édition Rouge profond…) et du genre fantastique (Massacre
à la tronçonneuse et Mythes et masques : les
fantômes de John Carpenter avec Luc Lagier, deux ouvrages
aux éditions Dreamland). Jean-Baptiste Thoret ouvre son livre
et en quelques pages synthétise son travail sur les nouvelles
formes esthétiques du cinéma américain au tournant
des années 60 et sur les nouvelles représentations de
l’horreur. C’est le hors champ qui se mêle au champ
(l’Autre et l’Amérique qui partagent dorénavant
le cadre, l’inconnu et le danger ne venant plus de l’extérieur
mais prenant leur source à l’intérieur même
de la société américaine), le gore comme prolongement
des images ramenées du Vietnam ou de celles du meurtre de Kennedy,
la perte de repère, le retour du refoulé… autant
de signes cinématographiques d’« une décennie
placée sous le signe du chaos. » Jean-Baptiste Thoret
place George A. Romero comme l’un des acteurs majeurs de cette
période, et ses zombies symbolisent parfaitement le basculement
et la plongée d’une nation dans la paranoïa, l’ère
du doute, la remise en cause de la société américaine,
les rouages déréglés de la machine à rêver
hollywoodienne.
Dans un premier article intitulé A leur corps défendant,
François Augelier remonte l’histoire des zombies, de
Béthanie et la résurrection de Lazare au Vaudou de Haïti,
en passant par le livre fondateur du mythe du zombie : L’Île
magique de William Buehler Seabrook. Augelier retrace ensuite
la vie des morts au cinéma : White Zombie,
film précurseur des frères Halperin tourné pour
Universal, ouvre le bal et installe pour longtemps les grandes figures
du récit de zombie qui seront reprises dans les productions
fantastiques pendant des décennies et partout dans la monde
(citons La Révolte des zombies, toujours
de
Victor Halperin, King of the Zombies, les productions
mexicaines de Santo, les séries italiennes de Maciste, la Hammer…)
: un savant fou qui ressuscite les morts afin d’en faire des
esclaves, d’assouvir une vengeance ou encore d’asseoir
son pouvoir et sa domination. Avec I
Walked With a Zombie en 1943, Jacques Tourneur contourne
déjà les figures du genre, représentant le vaudou
comme une possibilité de guérir et comme la réappropriation
de la parole par les descendants d’esclaves de l’île.
Mais il faut attendre 1968 et La
Nuit des morts vivants pour que Romero rompt définitivement
avec ces figures installées : plus de magie, plus de maître
manipulateur, plus d’explication au retour des morts, toutes
choses qui modifient en profondeur la portée symbolique des
zombies au cinéma.
Le texte suivant est la reprise d’une préface de Romero
à The Complete Night of the Living Dead Book (1985)
où il revient sur la genèse du ce premier volet. Il
explique que l’aspect économique est la seule raison
à apporter quant à la forme originale du film en regard
du cinéma d’horreur (aspect documentaire, noir et blanc).
Il réfute les hypothèses politiques proposées
par les critiques sur la présence d’un héros noir,
affirmant que ce choix ne vient que de la qualité de jeu de
l’acteur. Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un
John Ford ; à cette différence qu’en 1985, Romero
dans ses interviews n’hésite pas à parler de l’aspect
politique et social de ses films, de Martin
à Dawn of the Dead. Aussi, on peut prêter
une attention particulière
à
ce qui ne pourrait être considéré que comme de
la modestie et accepter qu’une part de chance et des circonstances
extérieures au projet esthétique aient participé
à la réussite artistique de La
Nuit des morts vivants. Serge Chauvin, dans son article
Du mort et du vivant, voit dans La
Nuit des morts vivants un grand film matérialiste.
L’aspect métaphorique (le final comme allégorie
du lynchage, le massacre des zombies comme référence
au "search and destroy" de la guerre du Vietnam…)
l’intéresse moins que la capacité de la figure
du zombie à échapper à une lecture symbolique.
Les morts-vivants fonctionnent comme un miroir, et tous les maux de
la société peuvent se refléter peu ou prou dans
le film de Romero : rapports filiaux, guerre du Vietnam, conflits
sociaux, racisme, fascisme, militarisme… toutes les lectures
sont acceptables, la figure en creux du zombie appelant que le spectateur
la remplisse. Ce que note par contre Chauvin, c’est que le mort-vivant
de Romero ne répond à aucune mystique, à aucun
thème religieux, à aucune faute ou malédiction.
Tonny Williams s’intéresse ensuite à Dawn
of the Dead. Ce très long article, passionnant, décortique
le film et met en exergue cette "politique des zombies"
qui donne son nom à l’ouvrage. Williams s’intéresse
au naturalisme du film et, ce faisant, aux liens qu’il entretient
avec tout un pan de la littérature mondiale, de Zola (le centre
commercial comme extension du Bonheur des dames) à
Bret Easton Ellis, en passant par Herman Melville, Jack London ou
encore Marc Twain. Des rapprochements audacieux qui sous la plume
de Williams semblent limpides et évidents. L’auteur renvoie
également aux travaux de Dieter Meindl sur le grotesque, qui
chez Romero représente « la psyché fragmentaire
américaine », outil satirique qui rejoint le réalisme
du XIXème siècle qui s’opposait au romantisme
et entendait parler de l’homme via son rapport à la société
et au présent. Williams étudie également les
rapports de Romero aux EC Comics, littérature vue comme un
complément aux romans naturalistes américains. Williams
décortique ensuite en profondeur le film, ses rapports avec
les précédentes réalisations de Romero et s’intéresse
à l’évolution des personnages, et notamment des
figures féminines au fil des différents volets de la
saga des morts-vivants.

Jean-Marie Samocki s’intéresse ensuite dans Le
mort-vivant et le cannibale : la tétralogie ou les disparitions
impossibles au rapport entre les zombies et le cannibalisme.
A contrario des films de Ruggero Deodato par exemple, la découverte
du cannibalisme dans la tétralogie n’est pas un climax
dramatique, mais est posée quasi d’entrée de jeu
comme une donnée brute. Samocki explore la représentation
des scènes de dévoration, leur fonction qui est de susciter
le dégoût et non la peur. Romero souhaite que le public
regarde ces scènes, ne se détourne pas, raison pour
laquelle elles ne doivent pas créer de processus d’effroi.
Samocki s’interroge alors sur ce qu’emporte avec lui la
figuration du cannibalisme via le zombie, cet Autre que l’on
ne veut pas voir et que le cinéaste nous force à regarder.
Pour
Samocki,
cet Autre, sans conscience, sans idéal, sans affect, est une
part de nous même : cet « être vorace qui s’épuise
dans la consommation irrationnelle des marchandises (…)
est l’Américain. » L’histoire de
l’Amérique et des totalitarismes est inscrite dans la
tétralogie, et l’horreur visuelle des films serait selon
l’auteur un apprentissage de la lucidité. Ce bref résumé
en diagonal ne doit pas faire peur : le texte est très clair,
très pertinent, même lorsque l’auteur fait un rapprochement
osé avec le cinéma de Bunuel, notamment avec La
Mort en ce jardin dont la tétralogie reprendrait le
schéma narratif.
Vincent Malausa et Jean-Baptiste Thoret écrivent de concert
l’article suivant consacré au Jour des morts
vivants et intitulé Cauchemar blanc. Le texte
s’ouvre sur une citation de Moby Dick où Achab
parle de l’effroi que lui inspire la blancheur de la baleine.
Les auteurs expliquent dans un premier temps l’environnement
politique et culturel (l’ère Reagan) qui voit la mise
en chantier de ce troisième volet et la genèse du film
qui de projet ambitieux devient petite production fauchée.
Pendant de celui de Williams, ce texte explore en profondeur le troisième
volet de la saga : rôle des décors, représentation
de l’horreur, fonction des personnages, humanisation des zombies.
Thoret et Malausa montrent la modification de la représentation
des zombies qui sont devenus entre-temps les héros de la franchise.
A travers le personnage de Logan, surnommé Frankenstein, c’est
même à une résurgence de la figure du mort-vivant
telle que conçue par Halperin à laquelle nous assistons
presque. Les humains se vident d’affects tandis que l’on
ressent des sentiments envers les zombies. Thoret et Malausa parlent
d’un tournant de la saga, qui va vers « le silence
et l’épuisement » : humains et zombies sont
deux groupes exsangues qui marchent sous le jour blafard.
Dans A l’ouest d’Eden, Carole Lépinay
met en relation la saga et les figures de l’île et du
paradis, parle de l’opposition entre le moderne et le civilisé
dans l’œuvre de Romero et s’intéresse à
la temporalité et la géographie de sa mise en scène.
Ce texte, bien que très intéressant et riche en pistes
d’exploration, reste très théorique et paraît
parfois trop déconnecté des œuvres en elles-mêmes.
The Turning Point : le moment décisif d’Adrian
Martin, est un texte peu convaincant consacré à Land
of the Dead, un film qui ferait preuve à chaque instant,
selon l’auteur, "d’une audace stupéfiante"
: « Le Capital de Karl Marx sur un écran de multiplexe.
» La lourdeur politique, le discours appuyé et l’aspect
didactique du film deviennent ici des exemples du courage et de la
lucidité de Romero. Adrian Martin précise que seul un
film d’épouvante, en l’occurrence un film de zombie,
genre rejeté par une grande majorité de la critique
dominante, peut parvenir à « échapper au radar
idéologique et préparer un mauvais coup, féroce
et
subversif.
» Une telle affirmation est surprenante. Si effectivement le
cinéma fantastique demeure encore aujourd’hui peu respecté
de la critique, celle-ci a profondément révisé
ses jugements à son encontre. Plusieurs réalisateurs
sont devenus des coqueluches des revues de cinéma et Romero
fait partie de ces auteurs encensés (certes depuis peu) par
l’ensemble des critiques, des Cahiers du Cinéma à
Positif, en passant par Première et Télérama.
Quant à « préparer un mauvais coup »,
les exemples ne cessent de nous parvenir d’Amérique de
ces œuvres qui prennent à bras-le-corps les questions
politiques et sociales et qui se posent en pamphlets radicaux à
l’encontre de son gouvernement. Adrian Martin affirme plus loin
que le cinéma d’horreur politisé fait l’erreur
de passer son message politique à la marge, ce qui empêche
ce dit message de toucher le plus grand nombre des spectateurs. Ce
qui est si souvent reproché à un Michael Moore ou un
Ken Loach devient ici une qualité. Un autre point surprend
plus encore dans un recueil de textes coordonné par Thoret.
En effet Land of the Dead est présenté
comme une date du cinéma d’horreur car Romero ne traite
plus l’Autre (le vampire, le zombie, le monstre) comme à
l’accoutumée : c'est-à-dire soit en le considérant
comme une menace extérieure à éradiquer soit,
lorsque le réalisateur s’est pris de sympathie pour cet
Autre, par son incapacité toutefois à le laisser vivre
à la fin de son film. C’est tout de même faire
l’impasse sur plus de quarante ans d’un cinéma
fantastique qui, justement, s’est interrogé sur la figure
de l’Autre et s’est posé comme réaction
à la vision jusqu’ici conservatrice du genre. Toutes
choses que Thoret n’a cessé de démontrer de textes
en textes. Enfin, soutenir que grâce à la radicalité
de Land of the Dead c’est toute une vague de
cinéma fantastique contestataire qui surgit, l’auteur
citant Homecoming de Joe Dante et The Host
de Bong Joon-ho, ne peut que nous laisser pantois.
Philippe
Rouyer s’intéresse ensuite à George A. Romero
et au gore, à l’évolution de la représentation
de la violence au fil des films de la tétralogie. Outre l’aspect
technique, du bricolage des débuts à l’utilisation
du numérique dans Land of the Dead, c’est
à une véritable réflexion sur l’image à
laquelle Romero se livre de film en film. Le gore est consubstantiel
au discours politique de Romero et non un effet de style, une marque,
un gimmick. Comme toujours avec Rouyer, l’approche est pertinente
et claire.
Masses, meutes, individus de Pascal Couté se concentre
sur la question du groupe, la façon dont une poignée
d’hommes ou une masse de zombies fondent une société,
et sur celle de l’identité perdue ou retrouvée.
Questions intéressantes auxquelles l’auteur apporte des
réponses qui le sont tout autant.
Enfin le dernier texte de Sébastien Le Pajolec est un petit
bonheur assez vachard envers la critique française. En effet,
il explore la réception des films de Romero par la presse française,
ausculte les revirements et les effets de masses qui ont finalement
transformé un cinéaste conspué en un auteur à
part entière, plébiscité par les critiques de
tous horizons. Même si Le Pajolec explique bien que ce texte
n’a pas pour but de mettre en exergue l’aveuglement et
les jugements à l’emporte pièce de la critique,
mais bien d’appréhender l’évolution de la
cinéphilie française,
force
est de constater que l’on prend un énorme plaisir à
voir la façon dont telle ou telle revue change de bord sans
vergogne, allant même jusqu’à se poser en défenseurs
de la première heure du cinéaste. Difficile de résister
au plaisir de proposer un résumé de ce texte extrêmement
complet et documenté. Là où les autres revues
ne voit dans La
Nuit des morts vivants qu’un ersatz de gore grand
guignol à la Herschell Gordon Lewis (ce qui n’interdit
pas à certaines critiques d’apprécier le film
justement pour cet aspect), Positif est quasi la seule à en
proposer une lecture politique, même si le critique s’empresse
d’ajouter que ce sous texte politique semble exister à
l’insu du réalisateur. Daney dans les Cahiers du Cinéma
perçoit quelque chose de singulier dans le film, mais s’avoue
incapable de mettre des mots dessus. Des cinq réalisations
suivantes de Romero, seuls deux sont distribuées en
France,
et encore très fugitivement (Martin
et The Crazies). Zombie est quant
à lui interdit par la censure jusqu’aux années
80. Dans le même temps, La
Nuit des morts vivants est devenu un classique du genre,
une date incontournable. Mais pour la critique c’est un météore,
un accident, et Romero n’est absolument pas considéré
comme un auteur. Personne ne s’intéresse au cinéaste,
ou alors pour souligner la déception engendrée par ses
nouvelles réalisations suite à son « classique
». Les Cahiers ne parlent plus du tout de ses films, Positif
se contente de quelques rapides notules, Télérama tire
à boulet rouge. L’Ecran fantastique suit de près
la carrière de Romero, mais ne s’intéresse pas
à lui en tant qu’auteur mais en tant que réalisateur
de premier ordre de film d’horreur des années 70. Zombie
sort enfin en 1983, soit cinq années après sa réalisation.
Les raisons de son interdiction par la censure sont explicitées
dans un article de Mad Movies daté de 1987. Jean-François
Théry, président de la Commission de censure à
l’époque de l’interdiction du film, explique que
ce qui avait effrayé le comité était la façon
dont les zombies devenaient des cibles abattues comme une sous-humanité.
Ils considérèrent dès lors le film comme prônant
une idéologie nazie. Là où les critiques ne voient
toujours pas de lecture politique possible aux œuvres de Romero,
la censure, elle, s’en était bien chargée, même
si c’était au prix d’un incroyable contresens.
La critique (hors revues spécialisées) exècre
le film, tout juste bon selon la grande majorité à flatter
les plus bas instincts des amateurs de gore. Un film grotesque, écoeurant,
stupide. Dans Positif, avis isolé, Emmanuel Carrère
prend la défense du film (et ce dès 1979) mais pour
sa mise en scène et non pour son contenu. Si Creepshow
est étonnement plutôt bien reçu, c’est parce
que le gore y est édulcoré, infantilisé. Le
Jour des morts vivants, lui, est de nouveau méprisé,
vilipendé.

Hormis toujours les deux mêmes revues spécialisées
(L’Ecran fantastique et Mad Movies, qui s’intéressent
au film du seul fait qu’il appartient au cinéma de genre)
et Positif, George Romero est toujours aussi déconsidéré.
Toujours ? Non ! Une revue peuplée d’irréductibles
cinéphiles vient enfin proposer le premier grand travail critique
sur le cinéaste. L’admirable Starfix avait déjà
proposé pour Zombie et Creepshow
une véritable analyse du cinéma de Romero, le considérant
comme un auteur majeur du cinéma américain, et non du
seul
cinéma
fantastique. Entre 1983 et 1986, la revue imprime trois longs articles
et un entretien de Romero, parlant enfin de l’aspect idéologique
de son cinéma et de sa mise en scène comme acte politique.
Sébastien Le Pajolec voit dans la mythique revue menée
par Christophe Gans un apport considérable dans la cinéphilie
française, à l’image des Cahiers du Cinéma
dans les années 50, et l’on ne peut que lui donner raison.
En trois ans, Starfix pose toutes les bases de la nouvelle perception
de Romero par la critique française, qui dès lors marchera
dans les pas de ces textes fondateurs. Il faut cependant attendre
encore longtemps, et la sortie de Monkey Shines,
même s’il est un film mieux considéré (notamment
par Les Cahiers) cantonne toujours Romero dans la case du réalisateur
de film d’épouvante. En 1993, Les Cahiers consacrent
un long dossier au film
d’horreur
politique, mais n’écrivent pas une ligne sur Romero,
Wes Craven était cité comme père fondateur de
ce mouvement. En 2001, La Cinémathèque organise une
rétrospective George A. Romero. C’est le coup d’envoi
d’un délire critique autour du cinéaste. Les Cahiers
réalisent un dossier sur le cinéaste et Zombie
devient une référence incontournable pour la revue.
Si elle déplore l’aveuglement de la presse à son
encontre, elle passe sous silence sa propre position et ne relève
pas le travail de Mad Movies, L’Ecran fantastique, Positif et
Starfix. On pourrait rajouter au panorama critique dressé ici
un épilogue : dans son numéro de septembre 2007, on
peut lire dans les colonnes des Cahiers à propos de la sortie
de Diary of the Dead : « Romero a souhait
accorder son premier entretien important sur ce film aux Cahiers,
qu’il crédite de la découverte de La
Nuit des morts vivants. » Bruiser,
l’un des films les plus faibles de Romero, est pourtant souvent
défendu par la presse avec une mauvaise foi hilarante, comme
si elle devait rattraper envers et contre tout son retard. La sortie
du remake de Zombie est l’occasion pour toute
la presse de rappeler que l’original était autrement
plus audacieux et stimulant, et Land of the Dead
permet enfin aux critiques qui ont si longtemps ignoré Romero
de dresser un monument en son honneur. La lecture politique du film,
basique et didactique, permet même aux plus aveugles des critiques
de parler d’une grande fiction de gauche, d’un pamphlet
contre Bush et la politique américaine. Voilà brossé
le portrait, incisif, de la presse ciné. Le Pajolec réalise
cependant un dossier bien plus fourni et complexe que ne le laisse
entendre ce résumé. S’il prend un malin plaisir
à montrer les incohérences de la critique, les retournements
de vestes, les goûts dominants, le texte évite de sombrer
dans le règlement de compte facile.
Deux entretiens avec George A. Romero par Jean-Baptiste Thoret viennent
conclure ce recueil. Déjà proposé dans la revue
Simulacre, la première interview date de 2001 pour la sortie
française de Bruiser. Romero revient sur les
neuf années d’inactivité entre La Part
des ténèbres et sa dernière réalisation,
sur sa collaboration avec
Dario
Argento sur Zombie et Deux yeux maléfiques,
sur la façon dont La
Nuit des morts vivants reflète l’esprit
des sixties, sur l’Amérique d’après le 11
Septembre. La plupart de ses films sont évoqués, ainsi
que quelques éléments de sa conception de la mise en
scène, ses influences majeures (Orson Welles et Michael Powell),
mais l’accent est surtout donné à sa vision politique
de la société américaine. Dans le second entretien,
daté d’août 2005, Romero revient sur Land
of the Dead, sa genèse, son aspect politique, et il
évoque sur sa position de "maverick" dans le cinéma
hollywoodien contemporain.
Politique des zombies est un ouvrage passionnant sur l'une
des figures majeures du cinéma américain. Si l’on
peut regretter le manque d’iconographie, la qualité des
textes et la richesse des propositions de lectures de l’oeuvre
du maître de Pittsburgh en font un ouvrage incontournable pour
tout amateur du cinéma américain.